Mes premiers pas en Escarpins – 2
Dans mon article précédent, je t’ai parlé de ma prise de poste. Devenir chef n’est pas évident, ça a été (et ça reste) un énorme défi !
Et l’équipe alors ?
Je n’avais pas trop réfléchi à la chef que je voudrais être. Par contre je savais exactement celle que je ne voulais pas être : indisponible, versatile, incompétente, cassante… J’avais eu 2 très bons modèles de chef (et 2 mauvais) avec chacun leurs défauts mais qui me permettraient d’avoir un cap.
Mon défi numéro 1 était évident : montrer que j’étais présente et qu’on pouvait compter sur moi, et prendre ma place de chef car cela faisait 10 mois que l’équipe fonctionnait en totale autonomie (officiellement, officieusement mon prédécesseur n’était que très rarement présent). Il faut ajouter qu’au cours des 6 dernières années, 3 personnes se sont succédées sur le poste et qu’elles n’étaient visiblement pas impliquées et très peu présentes sur le site. Je suis donc là de 8h00 à 17h30, porte toujours ouverte, répondant présente à la moindre sollicitation et réagissant le plus vite possible sur tous les points qu’on me soumet et si ce n’est pas le cas de suivre les dossiers pour ne rien oublier. J’ai aussi montré que je suis installée dans la ville depuis des années, et c’est très apprécié car je connais les lieux, les histoires locales, j’échange les bons plans et le nom de bons restos contrairement à mes prédécesseurs qui n’étaient pas du tout « du coin ». J’ai ainsi fait passer le message que j’avais tout intérêt à ce que les choses fonctionnent et que je souhaitais m’installer dans la durée. Petit atout supplémentaire : j’ai déjà travaillé sur le site (mais sur un poste n’ayant rien à voir avec celui que j’occupe actuellement) il y a 17 ans, alors que les 2 plus anciens agents étaient déjà là, et quand on m’évoque telle ou telle personne, ce n’est pas rare que je l’ai rencontrée à ce moment-là.

Et ça fonctionne : les personnes prennent l’habitude de venir me voir, les agents sentent mon implication. L’un d’eux, réfractaire à l’administratif et qui depuis des années refuse de présenter le moindre dossier d’avancement l’a fait cette année car je l’ai soutenu et accompagné dans cette démarche. Entendre « mais ça change tout d’avoir un responsable » ou « ah non mais là on a une cheffe qui est d’ici et qui bosse, on la garde » m’a fait chaud au cœur !
Une de mes agentes (assez jeune) m’a indiqué qu’elle appréciait beaucoup ma présence et que cela la rassurait. D’autre part, elle voit que je maîtrise les outils et à plusieurs reprises je lui ai donné des « tips » pour utiliser les logiciels ou lui ai appris des manipulations qu’elle ne connaissait pas (et comme cela fait 5 ans qu’elle les utilise et moi seulement quelques mois, je n’en suis pas peu fière !).
Mes chefs ont été surpris de certains résultats que j’ai obtenus (comme la modification des horaires, refusés depuis des années). J’ai quant à moi énormément appris et développé mes compétences de diplomatie, de prise de décision et d’organisation.
Bref, j’ai senti une bonne dynamique se créer et c’est très agréable !
Les difficultés
Le plus dur ? Me sentir isolée. C’est en partie ma faute : j’ai beau m’entendre avec les agents, je reste leur supérieure. Et je maintiens une certaine distance, à la fois voulue et involontaire. D’une part car je suis comme ça, je mets du temps à faire confiance. J’ai également la crainte que passer au tutoiement induise trop de familiarité. C’est idiot mais je le sens comme ça. Presque tous mes agents sont plus âgés que moi, de plusieurs années. Ce sentiment est aussi renforcé par le fait que je suis seule décisionnaire à la barre, qu’il faut parfois prendre des décisions rapidement sans avoir le temps d’en référer à quiconque ou demander conseil. C’est difficile pour moi car j’ai besoin de temps pour prendre des décisions et peser chaque élément. De même j’ai eu le retour de mes agents qui m’ont indiqué que je ne communiquais pas assez (ou du moins, je pense que je ne communique pas de manière assez efficace). Je travaille beaucoup là-dessus et apparemment ça fonctionne.
J’ai également dû faire de gros efforts de « sociabilité » : étant très mal à l’aise dans des groupes que je ne connais pas, et surtout ayant du mal à m’affirmer et prendre la parole, je dois aller contre ça car je participe régulièrement à des réunions avec des inconnus. De même au quotidien, alors que ma tendance naturelle me pousserait à arriver et me mettre au travail de suite, je prends le temps de discuter avec les personnes. J’en apprends plus sur eux, sur la manière dont le site fonctionne, sur les relations entre les gens ou les événements anodins qui me sont très utiles pour naviguer dans ce que je veux et dois faire. C’est très important pour moi, mais pas si évident !
Le management me pose également souci. Pour le moment ça tourne bien avec les agents mais je sais que des défis pas faciles m’attendent, et j’espère sincèrement les surmonter. J’ai déjà dû annoncer à une personne le non-renouvellement de son CDD, embaucher d’autres personnes (ça c’est un sacré stress de ne pas se tromper, sinon j’en subi les conséquences !).
Ces derniers mois ont été très difficiles car la secrétaire est partie et n’a pas été remplacée pendant 5 mois. La charge de travail m’est retombée dessus, et j’ai enchaîné les heures sup’ et une fatigue énorme. Néanmoins, j’ai réussi à garder le cap avec mon équipe qui a été très soutenante.
Au final…
Est-ce que je regrette d’avoir changé de poste ? Non. Mes anciens collègues me manquent, ça oui. L’ambiance était telle que je sais que je ne retrouverai jamais cela nulle part (et c’était le bon moment pour partir car des échos que j’ai, l’ambiance s’est fortement dégradée depuis mon départ). Mais j’aime mon nouveau poste, les défis à relever. Je sens que je m’intègre petit à petit à l’équipe. Certes, sur certains points j’ai une grosse marge de progression et j’en ai bien conscience, et eux aussi. Mais j’ai commencé à nouer des liens avec les usagers du site. Je me sens de plus en plus à l’aise dans ce que je fais.
Quand je repense à ce que mon prédécesseur m’avait dit et les angoisses que j’ai eu et qui ont failli me faire renoncer à ce poste qui est fait pour moi, je me dis que prendre des risques peut parfois s’avérer payant !
