Sur les traces d’une étoile – La PMA et l’accueil d’embryon
Bribes de Témoignage : Nébuleuse souhaite partager avec toi l’histoire de ses filles, et de son second enfant, né d’un accueil d’embryon.
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À l’origine, il y a beaucoup d’amour et un grain de folie. L’envie d’être mère a été très tôt présente en moi. Petite fille, je me souviens avoir attendu mon dernier petit frère avec impatience, et une grande joie. J’ai suivi la grossesse de ma mère avec émerveillement. Je l’ai vue allaiter avec fascination, et depuis, j’ai attendu le jour où je pourrai moi-même devenir maman. Mais le destin avait décidé de ne pas me faciliter la tâche.
25 ans. Après un gros chagrin d’amour dont il m’a fallu plusieurs années pour me remettre, j’enchaîne les relations ratées, et je sens bien que quelque chose en moi bloque, et m’empêche de m’impliquer affectivement dans un couple.
Les années passent et l’angoisse monte. Autant sur le plan professionnel et amical, tout me réussit, autant ma vie sentimentale est une catastrophe. Je sentais bien que si le fait de devenir mère reposait sur le fait de construire un couple, alors mes chances s’amenuisaient. L’horloge biologique m’a très tôt travaillée.
31 ans. Princesse Arc-en-Ciel est mon premier bébé miracle. Elle est arrivée sans prévenir, dans une relation débutante. C’était un peu tôt, mais nous souhaitions tous les deux être parents, alors nous avons décidé de l’accueillir et de tenter l’aventure… Mais très rapidement dès le début de la grossesse, cela se gâte entre nous. Nous avons malgré tout essayé de faire fonctionner ce couple pendant quatre ans, pour elle, pour qu’elle sache ce que c’était d’avoir ses deux parents. Mais nous avons fini par nous séparer.
C’est le début de ma première vie de maman solo. Rapidement je m’adapte. Nous trouvons notre rythme, et je me sens bien comme ça. De toute manière, depuis la naissance de ma fille je gérais déjà presque tout toute seule. Le père de ma fille finit par quitter la région où nous vivons, et ne la prendre que la moitié des vacances scolaires. Je me retrouve donc vraiment presque seule, pour assumer ma fille, en tout cas presque sans aucune aide de son père, mais heureusement avec celle de ma famille et de mes amies. Ma fille souffre de l’absence de son père, mais moi, de mon côté, je me dépatouille plutôt bien avec cette situation. Sauf que…
Ma fille voudrait une petite sœur.
Sauf que dans mon cœur, il reste tant d’amour à donner.

J’ai 35 ans. Je veux revivre ce qu’elle m’a fait découvrir, retrouver ce bébé à cajoler, qui tète si paisiblement dans mes bras, cette béatitude qui se déploie en moi lorsque je la contemple. Je veux m’émerveiller encore de la voir grandir et découvrir le monde avec fascination. Alors je retente le couple. Le suivant est très gentil, et prometteur. Il rêve de refonder une famille lui aussi, il a une fille qui s’entend très bien avec la mienne, et je découvre la place de belle-mère et les joies et embûches des familles recomposées. Mais à nouveau, cela ne fonctionne pas.
Alors je m’en vais.
J’ai 37 ans, presque 38. Je n’ai plus le temps d’attendre. La nouvelle loi sur la PMA vient de passer. Au même moment, une amie évoque l’idée de se lancer dans un parcours de PMA en tant que femme seule. Au départ sceptique, je l’écoute, découvre, m’intéresse, et finit par me demander, si moi aussi…
C’est ainsi que Petite Etoile rejoignit notre famille. Ma deuxième fille est née, après un parcours de PMA en solo, grâce à un accueil d’embryon. C’est une technique de PMA qui n’est pas très connue, car on y recourt assez peu en France, et généralement, on la réserve pour les situations les plus désespérées. C’est un peu l’ultime recours. J’ai dû aller à l’étranger pour en bénéficier.
Lorsqu’un couple réalise une FIV, il arrive assez souvent qu’il y ait des embryons surnuméraires. Ces embryons peuvent être conservés par le couple, pour être transférés plus tard, et avoir d’autres enfants. Mais il arrive que le couple n’ait ensuite plus de désir d’enfant, et alors, ils peuvent demander à ce que les embryons soient détruits, soient donnés à la science, ou soient proposés pour un accueil d’embryon. Après une légère stimulation hormonale, on réalise le transfert de l’embryon dans l’utérus de la receveuse, et s’il s’implante, il y a une grossesse. Il n’y a donc pas de lien génétique entre l’enfant et le ou les parents. C’est un peu comme si on adoptait un enfant, au stade embryonnaire. D’ailleurs, cette technique s’appelle aussi parfois « adoption d’embryon ». C’est pour cela aussi que l’on parle d’accueil, et pas de don, car on considère que l’on ne peut pas « donner » un embryon, comme un gamète, car c’est déjà un début d’être humain.
C’est un peu comme une adoption, mais en même temps, c’est aussi beaucoup plus que cela. Car ce bébé je l’ai porté pendant neuf mois, c’est avec moi qu’il a passé toute sa vie utérine. J’ai accouché. Je l’allaite. Nos êtres sont profondément intriqués, car nous avons échangé, et nous nous sommes transmis tant de choses déjà. Lorsque j’étais enceinte, je suis tombée sur une émission de radio qui parlait du phénomène de « chimérisme » et qui expliquait que la mère et le foetus échangeaient pendant la grossesse des cellules leur appartenant et portant donc leur patrimoine génétique propre. Nous avons donc tous des cellules dans notre organisme qui n’ont pas notre ADN, mais celui de notre mère, celui des frères et sœurs qu’elle a portés avant nous, mais aussi de notre grand-mère.
Cela veut dire que Petite Etoile porte mes gènes en elle, ceux de sa grande sœur Princesse Arc-en-Ciel, ceux de ma propre mère… Cela veut dire que je porte probablement aussi maintenant des cellules qui me viennent d’elle, comme des cellules qui me viennent de Princesse Arc-en-Ciel, de ma mère, de ma grand-mère… Cela veut dire que cette étrange adoption nous a beaucoup plus liées qu’il n’y paraît peut-être au départ.
J’ai décidé de demander un accueil d’embryon, parce que je désirais plus que tout avoir un autre enfant, que les taux de réussite de cette technique étaient très bons, que l’insémination ne fonctionne pas assez bien après 35 ans, que j’avais peur que la FIV soit difficile à gérer sur le plan physique et psychologique, qu’elle avait un important coût financier, et qu’on me prédisait un risque d’échec important, au vu de ma faible réserve ovarienne.
Et puis… j’aimais bien l’idée… l’idée d’offrir à une petite graine en suspens une chance de germer, et montrer tout son potentiel, de devenir un petit d’homme ; l’idée qu’à mon besoin d’enfant, pouvait répondre le besoin d’un embryon de trouver une maman où s’implanter, pour croître et se déployer. J’aimais l’idée qu’il y avait un enfant en sommeil qui m’attendait quelque part, avec lequel créer une histoire, mais qui avait déjà une histoire, une existence avant moi, un enfant qui porte en lui sa part de mystère, une part de la recette que je ne connais pas.
Ma fille est née. Du premier coup. Parfois, je me dis que nous étions destinées à nous rencontrer. Avant d’entamer ce protocole, je lui parlais parfois. Car je me disais, pour tenir, qu’un petit embryon, qui existait déjà, quelque part, attendait peut-être que je vienne le chercher. Je voulais croire qu’il était peut-être possible d’établir déjà un lien avec lui. Je lui soufflais que je l’aimais déjà, qu’il m’attende, qu’il ne s’inquiète pas, que j’allais venir le chercher, le ramener chez moi et l’aider à pousser de toutes mes forces. Je priais. Car tout au long de ce parcours, j’ai rapidement senti que la PMA, c’était aussi une histoire de foi. Il faut être croyant pour se lancer seule dans une telle quête, affronter autant d’obstacles, pour l’amour d’un être dont l’existence est encore aussi fragile que la faible lueur d’une bougie. Mais une frêle flamme peut finalement devenir une grande lumière.
« Ben dis donc, t’es rigolote toi. C’aurait été dommage de ne pas te décongeler… » a dit ma mère en riant à Petite Etoile, il y a quelques jours. Cela m’a fait chaud au cœur d’entendre cela, parce que même si elle m’a toujours soutenue, je sais qu’elle avait des réticences vis-à-vis de ma démarche. Et elle a raison. C’aurait été tellement dommage de ne pas lui donner sa chance. Alors, même si la vie d’une maman solo de deux enfants dont un bébé est loin d’être un long fleuve tranquille, même si un parcours de PMA seule est une belle épreuve, je ne regrette pas. Je suis heureuse d’avoir cette fille là. Elle est parfaite pour moi, et je l’aime, par delà l’horizon.
