8 Mois et un jour
C’est le temps qu’il m’a fallu pour devenir maman.
Pendant des années, je ne voulais pas d’enfant. Je pensais que je n’en aurais pas. Plus précisément, je ne voyais pas quelles étaient les étapes qui me mèneraient au désir d’enfant (j’ai une personnalité qui aime les procédures).
J’ai rencontré Mr Sans Chaussettes il y a 12 13 14 ans (!!!). On a très vite emménagé ensemble. Puis on a acheté notre appart, un studio à rénover entièrement. Ça nous a pris 2 ans 1/2. Et on sentait qu’on était au bout d’un cycle, qu’on avait besoin de nouveaux projets. C’est là que l’expatriation est arrivée.
Je suis partie seule d’abord, pendant qu’il pliait notre vie « d’avant ». Et je suis rentrée pour les fêtes de fin d’année. Et le 25 décembre, tôt le matin pour cause de décalage horaire pas encore absorbé, j’ai ouvert les volets et j’ai vu ce jardin au lever du soleil, sous cette lumière froide d’hiver. Et j’ai su qu’un jour, mes enfants, nos enfants joueraient dans ce jardin.
Quelques jours après, on a pris l’avion pour l’autre bout du monde, en couple cette fois, pour deux ans d’aventures.
C’est pas longtemps après, un matin comme un autre, une remarque anodine, je ne sais même plus duquel de nous c’est parti, et on a compris que cette évidence de la parentalité on était deux à la vivre. Je me rappelle dire quelque chose comme « ok, je vais travailler, ce soir on va boire un coup et on en parle ».
Et quelques bières plus tard, c’était clair. On voulait des enfants. Rapidement. Mais pas tout de suite, j’étais mal à l’aise avec l’idée d’un congé maternité en pleine expat (vis à vis de mon entreprise) et surtout on voulait voyager plusieurs mois avant de rentrer et c’était moyen compatible avec un bébé/une grossesse. Donc, on partirait en voyage, et quand on le sentirait on ferait ôter cet implant dans mon bras. Ça, c’était début 2019.
Sauf que … sauf que ce voyage devait démarrer fin 2020. On y a cru aussi longtemps que possible, avant de se rendre à l’évidence : on allait avancer le projet bébé.
On a donc ôté cet implant (je te passe l’épisode boucherie – mais enfin bref ça s’est fait). 15 jours plus tard, j’ai des gros seins (oui, j’ai googlé « taille des seins en SPM »). Et puis on part faire du vélo un week-end dans des rizières, et je fais hypoglycémie sur hypoglycémie.
Mr Sans Chaussettes me dit faudrait faire un test quand même. Déni complet, je dis qu’on va plutôt réserver nos vacances à Bornéo et on verra après.

Spoiler : il avait bien entendu raison. Deux petites barres « heu, mais si y’en a deux, c’est positif ?! ». Et on s’est envolés pour Bornéo 6 jours plus tard, sans même penser Dengue et Chikungunya.


J’ai donc démarré ma grossesse en Malaisie. Suivie par Dr K.K.I et son infirmière. Clinique privée, échographie tous les 15 jours. On l’a annoncé des qu’on a entendu le cœur battre à nos proches – par téléphone interposé : « On a enfin pris nos billets ! On rentre fin novembre, et on se laisse 2 mois de congés pour se ré-acclimater, et trouver un appartement. Un trois pièces, pour le bébé ». Beaucoup d’émotions.
Je l’ai dit en même temps au travail, très tôt donc. Pour plusieurs raisons : j’étais sur le retour de l’expatriation et personne voulait me dire ce que je ferais après, donc j’ai pris les devants. J’avais besoin d’en parler. Et puis aussi, y’avait un plan social qui démarrait et j’étais dans les employés à risques, donc je voulais assurer mes arrières. La nouvelle a été très bien accueillie.
Le retour à été un peu sportif, 14000km fin 2020 c’était des liasses de papiers pour nous autoriser à circuler, des avions vides, un PCR à faire en temps et en heure, des masques partout, et un mot du docteur : « apte à voyager ».
On arrive en France, branle bas de combat, inscription maternité (oui, à quasi 5 mois de grossesse, dans Paris), trouver un appart (easy), un suivi médical (à la maternité, du coup – ils m’ont demandé l’echographie du 1er trimestre, j’avais qu’une petite photo, elle a fait le tour du service avant qu’on m’explique que non, une echo T1 c’est un peu plus quand même), revoir nos familles mais pas trop, recommencer à travailler, meubler notre chez nous, etc (tu noteras que « trouver un prénom au bébé » ne fait pas partie de la liste !). J’ai de la chance, j’ai une grossesse hyper facile. Je prends pas de poids (j’ai déjà un petit bagage faut dire), j’ai peu de ventre, j’ai mal nulle part, nickel. Bébé gigote dans tous les sens, on se projete tout doucement, même si pour moi c’est très abstrait, tout ça.
Arrive l’echo T3, le matin même j’ai annoncé à mes supérieurs que je décale le congé maternité de 3 semaines, tout baigne, j’ai la pêche, je veux travailler le plus tard possible pour gagner du temps avec bébé. On sait pas si c’est une fille où un garçon, d’ailleurs.
L’échographe fait tout l’examen, puis nous assoit et nous dit : « Tout va bien avec votre bébé. Par contre, il a cassé sa courbe de croissance. Donc là, vous allez aller manger, puis vous allez aux urgences, je les préviens, ils vous attendront. C’est eux qui prendront les décisions. Il faut vous attendre à une naissance par césarienne dans les 48h ».
On ne comprend pas directement la gravité du truc, bébé est petit, mais nous aussi, est-ce que c’est si grave ? On va manger, puis aux urgences (j’ai dit qu’on aime les procédures ?). On choisit deux prénoms dans ce couloir du sous-sol. Glam. Et je suis hospitalisée.
Je rappelle mon employeur, je lui dit qu’en fait non, je m’arrête. Maintenant.
