La naissance d’un Lutin

La naissance d’un lutin

Article 100% écrit sous le Lutin en question.

L’autre jour, je racontais ici que cette troisième grossesse, si elle se passait plutôt bien, était TRÈS longue.

Nous voilà donc rendus à 40 semaines de grossesse. Et même un chouille plus. Mes parents sont venus le week-end précédent et repartis bredouilles. J’ai déjà eu un décollement des membranes : RAS. J’ai aussi été une paire de fois aux urgences pour cause de contractions ou de tension trop haute : RAS.

J’en ai MARRE. Je suis épuisée, je n’ai plus l’énergie de rien faire, j’atteins des volumes inédits, bref, la fin est proche.

Et puis quelque part, je sens que j’ai un truc pas entièrement résolu. Et un petit miracle arrive : j’ai un regain d’énergie. J’en profite pour aller au cimetière. Je crois bien que je n’avais pas pris le temps de le faire de toute la grossesse. Je présente le futur Lutin à Nino et inversement. Je leur explique qui ils sont, pourquoi ils sont là. Je crois que je lâche un peu de ces émotions qui m’ont tant fatiguée pendant la grossesse. Je sors de là un peu vidée mais plus sereine.

Dans la nuit qui suit, 2h30 du matin : contraction. Comme d’hab. Ou pas ? Très rapidement, je comprends que ce n’est pas comme d’habitude. Je souffle à Mr Sans Chaussettes qu’il faut appeler la relève et je vais prendre une douche.

Mon plan A, c’est : pas de péridurale.

Je pars là dessus, dans la douche j’ai mal, mais je prends mon temps, sachant que la relève ne sera pas là avant 1h. En sortant de la douche, je n’ai plus aucun doute que c’est tout de suite et maintenant. Je file (à poil) sur le ballon. Et j’essaie de m’habiller. Une jambe dans le pantalon, contraction. L’autre jambe, contraction. T-shirt, contraction. C’est très intense, je ne chronomètre plus mais y’a pas plus d’une jambe de pantalon entre deux contractions. Je souffle, je fais des sons graves comme on m’a dit. Je vomis aussi.

Mr Sans Chaussettes sors du lit, prépare les derniers trucs, me met mes chaussettes (je n’y arrive plus), j’enfile vite fait mes baskets sans même mettre le talon et on file. Il doit être 4h du mat, peut-être moins. Dans la voiture, c’est dur. On a trois f*cking coussins berlinois sur le trajet et évidemment ils tombent TOUS sur une contraction. Je perds un peu le fil mais j’arrive à retrouver mes sons graves sur la musique. On arrive, je vomis encore, et je monte aux urgences pendant que Mr Sans Chaussettes gare la voiture.

Je ne gère plus grand chose. On me demande si c’est mon premier, je fais le signe 3 avec les mains. Là, tout s’enchaine, on m’emmène dans une salle, je chope le ballon mais j’en descend aussi sec pour l’examen : 4cm madame, bébé est en chemin. Y’a deux sages-femmes avec nous, une essaie de poser un monitoring mais clairement c’est sportif. Je vomis encore (je crois) et y’a plus de sons graves, maintenant je crie, et même si ça fait peur à tout le monde, moi, ça me soulage.

Mon plan B, c’est : attendre le jour pour avoir une péridurale ambulatoire.

Mais là, on est au plan C : péri, de suite. C’est une décision éclairée, je sais que ça va médicaliser l’accouchement, je sais qu’on va vers ce que je ne veux pas, à savoir m’allonger sur le dos etc. Je sais que ça risque de tout ralentir. Mais clairement, c’est ça qu’il me faut, je ne me vois pas continuer comme ça.

On passe donc en salle de naissance, et là il y’a tout un paquet de gens, les anesthésistes flippent un peu en voyant mon état que bébé sorte en scred pendant la pose de la péridurale mais non, je ne sens rien qui pousse, j’ai juste très mal, très souvent, et mon seul moyen de le gérer c’est de crier.

Je fais mon job de ne pas bouger, ils font leur job de fermer leurs oreilles, et très vite je suis soulagée.

Et là, tout retombe. Nouvel examen, 6cm, tout va bien, ça progresse tranquillement. On fait une petite sieste (ou 2 ou 3). J’ai un uterus cicatriciel, on sait que tout le monde à l’oeil sur la montre, notamment pour la descente du bébé dans le bassin (je ne sais plus, de mémoire ils donnent deux ou 3h entre la dilatation complete et le début des poussées). Mais cette fois, un mot fait toute la différence : utérus cicatriciel eprouvé. La sage-femme ne déclenche pas le chrono, jugeant qu’il reste un tout petit bout de col là au bout madame. Ce qui nous permet d’avoir une looooongue période pour que bébé fasse son chemin tranquillement. On me met de l’ocytocine, parce que ça stagne un peu. Je dis d’abord non, puis en fait je suis au bout, il faut qu’il arrive ce bébé et j’accepte.

Marrant d’ailleurs, le produit est injecté avec exactement le même pousse-seringue que pour la nutrition de la Poupette en néonat, des années avant.

Pour Nino je n’ai jamais senti la fameuse « envie de pousser ». Il est sorti à la ventouse, et si je l’ai senti sortir je n’ai pas vécu cette phase de l’accouchement. Là, je le sens. Et la sage-femme, définitivement du côté de mon périnée, laisse bébé descendre vraiment jusqu’au bout du bout, ce n’est que quand je n’en peux plus de sentir cette pression dans mon derrière (déso) qu’elle décide qu’il est temps d’acceuillir ce Lutin.

Et en deux contractions, tout en douceur, sans médecin, sans instrument, j’entends « tendez les bras » et j’attrape un petit Lutin tout chaud.

Et il est là.

Photo personnelle

Je ne me rappelle pas de l’arrivée de Nino. Je me rappelle juste avant et juste après, mais pas de sa sortie. Alors là je me concentre pour graver ce moment dans ma mémoire. Il est là, après l’avoir tant attendu, tant espéré, il est là.

Et l’équipe médicale sent l’émotion présente, je les vois tous filer faire un truc utile pendant qu’on est tous les trois.

Il ressemble à Nino, il n’y a pas de doute. Mais à moitié à la Poupette aussi. Il est tout contre moi.

Ce n’est absolument pas l’accouchement que j’avais imaginé, mais je n’ai aucun regret. Je crois que pour moi, l’accouchement est un passage, pas une fin en soi. Je crois aussi qu’on avait besoin de sérénité, et qu’en pleines douleurs il n’y avait pas de place pour ça.

Ce Lutin, c’est beaucoup d’émotions en 3.8kg. Ce que moi j’ai déposé au cimetière quelques heures avant sa naissance, Mr Sans Chaussettes l’a vécu à son arrivée. J’ai aussi compris que cette naissance venait remettre un bébé dans mes bras, qui étaient si vides depuis un an et demi.

Il est avec nous depuis maintenant 6 semaines. C’est à la fois naturel et incroyable. Doux et fluide, éreintant par moments.

Bref, le Lutin est arrivé.

11 commentaires sur “La naissance d’un Lutin

  1. Tes articles sont tellement beaux, émouvants et bienveillants. Et toujours pleins de douceur. Ils me touchent, peut être encore un peu plus parce que comme toi je suis la maman d’un Nino. Je te souhaite plein de bonheur avec ton lutin 😘

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  2. Quel magnifique récit d’accouchement. C’est hyper touchant ❤ J’espère pouvoir lire prochainement tes premiers moments avec le lutin.

    Cela me rappelle pleins de souvenirs car j’ai accouché il y a à peine 11 semaines et je te lis avec mon propre lutin (une lutine 😉 ) sur moi dormant du sommeil du juste.µ

    Plein de bonheur à ta petite famille.

    Aimé par 1 personne

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