L’amour rationnel

L’amour rationnel

Je ne gagnerai jamais au Loto. Non que je ne joue pas. Monsieur Fernand se charge de jouer pour nous deux une ou deux fois par an. Mais je pense que j’ai déjà tiré le gros lot dans ma vie, alors j’imagine qu’on ne peut pas tout avoir. Pour moi, la chance, elle a eu lieu en amour. Comme tu t’en souviens peut-être, cela fait bien plus de 10 ans que Monsieur Fernand et moi avons décidé de faire le reste du chemin de notre vie ensemble. Dans 5 ans, j’aurai passé plus de temps avec lui que sans lui dans ma vie… l’occasion de faire le point sur ce sentiment qui nous lie.

L’amour… passionnel ?

Quand j’examine ma relation amoureuse avec Monsieur Fernand, je me pose parfois des questions. Non, disons plutôt que quand je discute ou que j’entends parler de certaines histoires amoureuses, je me demande si notre histoire est « dans la norme » (si une telle chose existe en matière d’amour… spoiler : non). Cette sensation de vivre une histoire d’amour un peu basique est particulièrement forte après avoir lu un livre avec des héros énamourés ou après avoir vu un film avec de grandes déclarations enflammées. Et je ne te parle pas de la façon dont les héros et héroïnes de manga vivent leurs histoires d’amour : là, je me sens totalement extraterrestre (même si j’ai bien compris que ce sont eux les cas particuliers dans l’affaire, je te rassure).

Toute cette introduction pour te dire que dans ma vision de l’amour à moi, la passion n’a pas vraiment sa place. Impossible pour moi de comprendre les réactions disproportionnées de certaines personnes, qu’elles justifient par « j’étais amoureux / amoureuse ». Néant absolu dans ma tête quand j’essaie de me représenter les envolées lyriques d’amoureux transis en incarnant l’un desdits amoureux. Je ne me vois pas faire de déclaration incroyable à Monsieur Fernand comme dans les livres ou les films, et même lui réciter un poème ou un extrait de pièce de théâtre me semblerait… bizarre. Niais ? Emprunté ? Forcé ? Je ne sais pas trop, mais un peu de tout ça. Quand j’essaie d’analyser ce qui est à l’oeuvre dans mon cerveau quand je vois d’autres personnes faire ce genre d’action (en vrai ou en fiction), je crois que je les trouve pathétiques.

Rappelons la définition de pathétique, parce que les cours de français et leur programme de 1ère sont un peu loin maintenant : Caractère de ce qui est propre à émouvoir fortement. (Dictionnaires Le Robert).

Or, voilà peut-être le nœud du problème ! Je ne ressens pas d’émotion particulièrement « forte » à l’évocation de mon amour pour Monsieur Fernand. Du coup, je me demande souvent si ce que je ressens, c’est bel et bien de l’amour en fait, puisque tous ces signes extérieurs semblent me montrer que l’amour se manifeste par des cris, des larmes, des étreintes fougueuses. Que l’amour fait mal ou génère des papillons dans le ventre. Mon échelle d’émotions fortes n’est pas la même que ce qu’on me renvoie dès qu’on parle d’amour.

Balance cerveau - coeur (raison - émotion)

Crédit photo : Tumisu

L’amour… choisi ?

Mon amour à moi, notre amour à nous, il est plutôt du genre « force tranquille », si je devais le décrire. On s’aime. On sait qu’on s’aime, et on se le montre, mais pas en écrasant notre bouche violemment contre la bouche de l’autre (OK, ça a pu nous arriver au début, mais quand on s’est rendu compte que ça faisait hyper mal, ben on n’a pas recommencé !). On se le montre en s’écoutant (j’avoue, c’est moi la plus mauvaise élève… mais j’y travaille, promis). Ou en se faisant une tartine le matin. Ou en achetant le tome suivant du manga qu’on est en train de lire. Ou en s’envoyant un petit SMS gentil dans la journée. Des trucs pépères quoi. Voilà, notre amour est pépère.

Mais ça me va très bien ! Très peu pour moi les amours violentes (qui ne sont du coup PAS des amours, il faut le rappeler ! ça s’appelle une relation toxique, et tu peux te faire aider pour en sortir) ou les crises de jalousie qui te montrent combien l’autre tient à toi (là encore : NON ! c’est une relation abusive de faire des crises de jalousie pour un oui ou pour un non). Bon, d’accord, ces exemples ne sont peut-être pas qualifiables d’amour passionnel. Mais très peu pour moi aussi les amours éplorées, où les amants se désolent de ne pas être ensemble et passent leur temps à s’envoyer des messages. Nous avons connu un temps l’amour à distance, et effectivement, nous avons eu besoin de maintenir un contact régulier dans ces moments-là, mais pas non plus tous les jours, 24h/24.

Mais du coup, j’ai vraiment du mal à comprendre certaines expériences de vie ou certaines remarques à propos de l’amour.  » Je n’avais pas le choix », « on est bêtes quand on est amoureux », « l’amour rend aveugle »… attention, je ne porte pas de jugement sur ces gens ! Je dis juste que dans ma façon d’aimer, je n’arrive pas à m’imaginer les prononcer. Parce que pour moi, l’amour ne m’a jamais fait perdre la tête et ne sera jamais une justification d’accepter n’importe quoi de la part de l’être aimé. Ce dernier est aimé JUSTEMENT parce qu’il est bon, aimable, respectueux, qu’il sait gérer son argent, qu’il partage mes valeurs et tout un paquet d’autres trucs. Impossible pour moi d’aimer un homme raciste par exemple. Ou quelqu’un qui fume. Je ne peux pas passer au-dessus de ça par amour. Je ne peux juste pas aimer quelqu’un comme ça.

Et j’ai l’impression que je suis anormale. J’ai l’impression d’avoir choisi d’aimer Monsieur Fernand. Qu’au départ, quand il m’a demandé si je voulais sortir avec lui, j’ai dit oui parce que je le connaissais déjà assez pour savoir qu’il n’y avait aucun « red flag » susceptible de me faire fuir. Et approfondir notre relation m’a confortée dans cette idée que c’était un homme bien, comme il faut, et surtout comme j’avais envie d’en avoir un dans ma vie. Difficile d’accepter que notre relation ne s’est pas beaucoup basée sur l’émotion dans mon cas, mais plutôt sur la raison. J’imagine que la pression sociétale qui pèse sur les femmes concernant leurs émotions n’y est pas pour rien. Pourtant, je suis très heureuse ainsi et je n’échangerai Monsieur Fernand pour rien au monde.

Pour conclure cet article, je te renvoie vers ces quelques liens utiles, qu’il est toujours bon d’avoir sous le coude.

Et si tu as envie de partager ta vision de l’amour avec nous, je te lirai avec attention 🙂

6 commentaires sur “L’amour rationnel

  1. Quand j’ai commencé à sortir avec mon chéri (il y a 20 ans !!!), je ne le connaissais pas si bien que ca contrairement à toi. Mais si on est resté ensemble, c’est que nous avions remarqué que nous étions bien, nous avions les même valeurs, les mêmes envies. C’est donc un choix pour moi de rester avec lui.

    Cependant comme toi je ne dirais pas que c’est un amour passionné. On n’a jamais fait de choses vraiment folles l’un pour l’autre. On n’aime pas non plus les grandes déclarations ou les marques d’affection publiques.

    Mais on aime passer du temps ensemble, faire des activités ou des vacances à 2. On est capable de se séparer sans se manquer trop longtemps mais on est toujours tellement heureux de se revoir. Et on n’imagine pas vieillir l’un sans l’autre.

    Cependant, on s’est retrouvé il y a peu dans une situation très compliquée. Le pire moment en 20 ans. Et à ce moment, on s’est directement retourné l’un vers l’autre, pour du soutien, de la confiance, de l’amour. Pour moi c’est ca qui fait la force d’un couple. Pas des moments de passion, mais un quotidien plein d’amour et être là l’un pour l’autre quand il le faut !

    Tu m’as l’air d’avoir une super relation, heureuse et équilibrée dont beaucoup pourrait être jaloux.

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    1. Merci de me rassurer, c’est très gentil 🙂 Effectivement, je suis consciente de ma chance, et je souhaite à tout le monde de se retrouver dans la même situation que nous (et vous, dirait-on !).

      Je partage ton avis sur la force du couple. Franchir les obstacles ensemble, c’est le plus important, pour se rendre compte si on est vraiment partenaires, ou non.

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  2. Ton article est intéressant car nous avons exactement le même style de relation avec l’homme. L’amour pépère, j’adore !

    Par contre, l’amour nous est tombé dessus, sans qu’on le veuille vraiment. Nous étions « amis », enfin, plutôt dans le même groupe d’amis et on était diamétralement opposés. Clairement, on s’énervait l’un l’autre. Il était du genre grande gueule, moi très réservée. Mais un jour, sans trop comprendre pourquoi, j’ai ressenti ces papillons dans le ventre. Ce mec qui m’énervait tellement me faisait aussi beaucoup rire et j’avais hâte de passer une autre soirée en sa présence. Et apparement c’était réciproque.

    C’est sûrement un peu idiot de dire ça, mais avant même que l’on sorte ensemble, au fond de moi je savais qu’avec lui ce serait pour la vie. Nous avions les mêmes valeurs et la même vision du couple. C’est quelqu’un de fiable, de fort mentalement, mon pilier depuis toutes ces années.

    Nous n’avons jamais eu de discours enflammés, pas de demande en mariage gnangnan, pas de sexe à casser une table comme dans les film… et pour ma part ça me convient très bien. Chaque couple a son langage et, si le votre est peut être plus tranquille, différent de l’image du couple que la société nous renvoie, il semble reposer sur des bases très saines avec une belle complicité et une tendresse qui est loin d’être présente partout.

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    1. Jolie histoire ! L’amour pépère, ça me va aussi 😉 Et je pense que nous sommes plus nombreu-ses-x qu’on le croit, puisque ce sont surtout les histoires « non-pépères » dont on entend parler 😀

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