La grossesse en solo

La grossesse en solo

Bribes de Témoignage : Nébuleuse te raconte les émotions qui l’ont traversée au cours de sa grossesse en solo.

Le parcours de PMA est déjà en soi toute une aventure. Une aventure qui te laisse, une fois arrivée à son terme, à bout de souffle… et qui n’est d’ailleurs pas vraiment terminée car une petite voix dans ta tête te répète sans cesse que tant que le bébé n’est pas là, on ne sait jamais, il pourrait se passer quelque chose, et tout serait à recommencer… À cette simple idée, que tu pourrais retourner à la case départ, comme dans le jeu de l’oie, et devoir refaire tout le chemin que tu as déjà parcouru, ton âme vacille. Tu essayes de chasser bien vite cette idée.

Crédits photo : Gustavo Fring

Ça y est, tu es enceinte, c’est déjà une belle étape de franchie. Sauf qu’à l’instant où les deux barres sont apparues sur le test de grossesse, à peine as-tu terminé de faire la danse de la joie, d’appeler tes parents, tes copines, en pleine euphorie, que tu réalises qu’un deuxième parcours médical vient tout juste de débuter. Tu es passée du statut de femme en désir d’enfant, en parcours de PMA solo, au statut de femme enceinte. Cela te semble déjà beaucoup mieux, cela sonne dans ta tête un peu comme une promotion, et c’est le cas. Tu peux redevenir une femme enceinte parmi les autres, pas encore tout à fait comme les autres car être enceinte après une PMA implique quelques traitements supplémentaires, quelques examens médicaux supplémentaires, mais tout cela va petit à petit s’estomper. Sauf que le suivi d’une grossesse, c’est aussi lourd, et qu’une grossesse, surtout les premiers mois, s’accompagne généralement d’un tas de petits désagréments. Tu voudrais pouvoir souffler, pouvoir te poser et regarder le chemin déjà parcouru, être fière de toi, tout mettre en pause et savourer, mais ce n’est pas possible. Il faut continuer à arpenter le chemin, même si la route devient plus aisée.

Tu te sens seule. Très seule. Car tu ne peux pas encore tellement en parler autour de toi, car tu n’as même pas de papa pour partager avec toi la joie, mais aussi l’inquiétude du risque de fausse couche. Au travail, tu fatigues, tu as la tête ailleurs, mais tu dois continuer d’avancer, car les autres ne savent pas, et ils attendent de toi que tu sois aussi performante et efficace que d’habitude, et tu ne veux pas que cela se voit, se sache tout de suite, car on ne sait jamais, avant les trois premiers mois, il y a le risque de fausse couche. Il y a aussi les réactions de ton entourage. Certaines enthousiastes, d’autres moins. Et comme tu es épuisée, et fragilisée, car tu sors d’une PMA, car la grossesse en elle-même fragilise, car il y a les hormones qui te rendent hypersensible, tu finis par douter. Est-ce que tu n’as pas fait une grosse bêtise ? Et si cet enfant, plus tard, était malheureux à cause de toi, à cause d’un coup de folie, d’un désir égoïste ? Et si tu ne t’en sortais pas avec deux enfants à gérer ? Et si ta première se sentait délaissée ? D’ailleurs, la première, elle sent bien qu’il y a un truc qui cloche, et elle te le montre, et tu culpabilises. Alors tu tentes de redoubler d’attention, tu t’oublies, tu t’épuises.

Tu as profondément conscience qu’une grossesse en solo et que devenir maman solo, cela signifie que tout dépend de toi. Tu ne peux pas te noyer dans les angoisses, ni dans l’euphorie du bonheur, tu ne peux pas te laisser submerger par les émotions, et planer sur ton petit nuage. Tu ne peux pas laisser tous les petits maux de grossesse prendre possession de ton corps. Tu dois gérer. Tu dois tenir. Pour tes deux enfants, pour les personnes dont tu as la charge au travail. Comme lorsque ta fille et toi tombez malade le jour de l’échographie du premier trimestre, qu’il faut l’emmener chez le docteur, toi aussi voir le docteur, faire tes analyses, déposer ta fille chez une amie et repartir en voiture, enceinte et malade, parce que c’est le dernier jour pour la faire, cette échographie, et qu’il y a trop d’enjeux, puis traverser une ville que tu ne connais pas à pied pour trouver un laboratoire où faire ta prise de sang, qui doit être faite elle aussi le jour même, puis récupérer ta fille et rentrer chez toi. Un petit doliprane et ça repart. Pas le choix. Mais le soir, tu as vu son petit corps, sa petite tête, ses petits pieds. Tu réalises que tu as réussi à faire tout cela, Et le sourire pointe sur tes lèvres. Une dure journée derrière toi. Tu sais qu’il y en aura d’autres, mais qu’il y aura aussi d’autres instants de bonheur immense, tellement immense…

Dans la nuit de tes angoisses, tu t’accroches à cette petite étoile, cette graine de lumière qui vient de germer. Tu y es arrivée ! Elle est là, elle pousse, elle croît chaque jour, et chaque jour te rapproche de ton but. Le temps joue dans ton camp. Tu lui parles doucement « Accroche toi, accroche toi, ne lâche pas. Laisse moi gérer mes tourments, ne t’en préoccupe pas. Grandis ! Je veille sur toi. » Et les jours passent, et la petite graine pousse. Tu la voies lors des échographies. Cela t’apaise. Elle va bien. Tout va bien. Garde espoir.

Crédits photo : Breno Cardoso

Tu te demandes comment tu feras, pour l’élever, cet enfant-là. S’il t’en voudra lorsqu’il saura. Tu réalises que tu vas avoir besoin des autres. Parce que lui, il aura besoin d’autres que toi. « Il faut tout un village pour élever un enfant. », comme le dit le proverbe. Élever un enfant seul, ça n’existe pas. Sans père, ça ne veut pas dire seul. Ça veut dire avec une multitude d’autres. Ça veut dire qu’il va falloir aller chercher de l’autre ailleurs. C’est vital. Demander de l’aide, compter sur les autres, ce n’est pas ton fort. Alors il va falloir apprendre. Tu vas devoir apprendre qu’indépendante ne veut pas dire seule. Ça veut dire savoir demander de l’aide au bon moment et aux bonnes personnes. Tu as peur de te sentir redevable. Tu as peur que les autres ne soient pas disponibles. Tu as peur qu’on te le reproche. C’est ton enfant, tu as fait un choix, alors assume le jusqu’au bout. Mais prendre le risque de demander de l’aide, du soutien, de te montrer faillible et vulnérable, c’est assumer, c’est faire ce qui est bien pour lui.

Et puis un jour, il y a la baby shower surprise. Les futures marraines qui ont réuni un groupe de bonnes fées pour t’organiser une fête, pour célébrer l’arrivée de ce bébé, ce bébé que toi seule attend, avec aussi sa grande sœur. Et alors tu réalises, que ce bébé est une chance pour tout un tas de personnes, que ce bébé peut être aimé, mais aussi apporter de l’amour à tellement de monde autour de lui. Il va avoir son village, mais le village le considère comme une chance, et non comme un fardeau. Il a sa place, il est aimé, il est attendu. Ce bébé c’est une fête pour tout le monde. Tu réalises que tu vas lui donner un village, et tu vas le donner à un village. Car cet enfant est une promesse, un combat acharné se prépare, pour qu’il devienne. Le combat a déjà commencé il y a bien longtemps, pour toi, et pour lui. Vous vous êtes battus ensemble pour le faire germer, grandir, pousser, et il y a autour de toi tant de monde qui l’exhorte à continuer. Alors au fond de toi, pour la première fois depuis longtemps, il y a de la paix, et pas l’agitation forcenée à tout préparer, tout anticiper, tout encadrer et baliser. Tout ne repose pas uniquement sur toi.

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