Quatre mois pour se dire adieu (4)
J’ai mis presque un an à reprendre le clavier pour écrire la fin de cette série d’articles. Il fallait que j’essaie de me guérir un peu, de m’apaiser en tout cas. Me voilà donc pour te raconter la suite et clôturer tout ça. Je t’avais laissé à la fin des vacances de Noël, mon papa était hospitalisé. L’avenir me semblait sombre.

Les allers retours de janvier
En ce mois de janvier, mon père est donc hospitalisé dans un service spécialisé en cancérologie où la grippe circule allègrement. Le service est plein et il est donc en chambre partagée. Son voisin ne tarde pas à attraper la grippe et mon papa également. Je tremble à chaque appel : peur qu’il ne me réponde pas, peur de ce qu’il va m’annoncer. J’ai l’impression que les nouvelles ne sont jamais bonnes. Je n’attends qu’une chose, mon prochain voyage dans le « train de l’enfer » pour pouvoir constater ce qu’il se passe. Sur place, ce n’est guère glorieux, lorsque je rends visite à mon père, son bassin n’est pas vidé, les restes de son repas de midi traînent encore. Je craque complètement. J’essaie de parler aux internes. Ils m’expliquent qu’ils ne peuvent pas parler de l’évolution de la maladie puisqu’ils sont eux concentrés sur l’énième infection qu’il vient d’attraper. Je nettoie un peu la chambre de mon père.
Je m’inquiète pour sa santé, il n’atteint même pas les 55kgs. Les différents membres du personnel médical en sont conscients mais personne ne peut m’expliquer quoi que ce soit. Et je dois soutenir ma mère qui semble toujours passive face au cancer de mon père et qui ne vient le voir que lorsque je suis là.
Je prends la décision de faire un voyage supplémentaire et de ne pas être présente pour l’anniversaire de Sangohan afin de retourner voir mon père. Mon cousin et mon oncle me rejoignent aussi pour le week-end. J’avais vraiment besoin d’eux donc j’ai appelé à l’aide. Nous nous retrouvons à l’hôpital, on partage des anecdotes, mon père se moque un peu de nous et râle parce que je vais être fatiguée à faire des allers-retours. Il s’inquiète pour moi alors que c’est lui qui est malade. Le soir, en famille, chez mes parents, mon oncle et mon cousin s’écroulent. C’est dur, mais cela me fait tellement de bien de ne pas être en tête à tête avec ma mère.
Et puis, je repars chez moi, je sais que je ne vais pas revenir avant quinze jours car j’ai des obligations professionnelles. Le lundi, mon père m’annonce qu’il va être transféré dans les jours qui suivent dans la maison médicale dans laquelle il était juste avant. Il espère une reprise de sa chimiothérapie. Et moi, je suis furieuse, j’ai l’impression qu’on se débarrasse de lui, faute de lits et qu’on ne lui dit pas la vérité. Je n’arrive pas à imaginer, vu son état, qu’il puisse avoir une chimiothérapie.
Le pronostic vital n’est pas bon à moyen et court terme
Je passe une semaine à essayer de joindre les différents services de l’hôpital dont mon père dépend pour essayer de comprendre si le retour en maison médicale signifie que je dois rapidement revenir chez mes parents ou si c’est comme mon père me le dit un bon signe. Je suis hyper désagréable avec tout ce petit monde : marre d’être baladée de services en services et que personne ne sache rien. Je finis par recevoir un mail du spécialiste qui « supervise son dossier » m’indiquant que le pronostic à moyen et court terme n’est pas bon mais qu’il ne peut pas être plus précis et qu’il n’y a pas d’urgence à venir. Moi, ce que je voulais savoir c’est si on était dans les dernières semaines et si je devais m’arrêter pour passer ce temps auprès de lui. Je n’ai jamais eu la réponse à cette question mais j’imagine bien que ce n’est pas évident.
Je suis tellement fatiguée de tout ce stress, alors j’appelle ma copine d’enfance. Elle se rend donc à la maison médicale pour jouer mes yeux et aller voir mon père. Ils passent une super après-midi. Elle me dit qu’elle l’a trouvé en forme malgré sa maigreur. Il était hyper heureux de la voir.
Et puis, le lendemain, mon père m’appelle, suite à un RDV avec son oncologue. Il est aux anges « la tumeur a rétréci mais par contre je n’aurais plus de chimiothérapie ». On se dispute, je suis persuadée qu’il ne me dit pas tout, que la tumeur n’a pas rétréci et que ce qu’il me dit n’est pas vrai. Il fait tomber son téléphone et ne me rappelle pas. Le lendemain il chute. Je suis toujours très inquiète. Alors, j’appelle une amie infirmière dans son hôpital de rattachement (oui j’ai sollicité tout « mon village »). Elle se renseigne et m’informe qu’ils sont en train d’essayer de mettre mon père en soins palliatifs (spoiler alert : je saurais plus tard qu’il a refusé). Elle m’incite à venir, ça tombe bien, je prends le train le lendemain avec les enfants. Cette nuit-là, il chute à nouveau.
On arrive le samedi et nous filons directement à la maison médicale. Mon père a fait des pieds et des mains pour pouvoir venir dans la salle commune sans son oxygène et avec un fauteuil roulant. Je galère à le déplacer parce qu’il doit avancer avec les pieds et il n’a plus cette force. Il est épuisé mais nous sommes vraiment heureux de passer ce moment avec lui. En partant, il me dit « bonnes vacances au ski ». Je lui rappelle que je suis là toute la semaine. On convient de ne pas se voir le lundi pour ne pas le fatiguer et pour que les enfants se remettent.
Adieu…
Mardi, nous sommes sur le point de partir quand le téléphone de ma mère sonne. Mon père a à nouveau besoin d’une transfusion, il nous appelle pour nous dire de ne pas venir le voir car il part pour l’hôpital. On change nos plans de la journée et on opte pour une journée sur la plage. Je suis un peu nostalgique car il adorait ces balades sur la plage en hiver. Il incitait les enfants à jouer dans le sable et je râlais. A cet instant là, il me manque.

Nous rentrons à la maison. Pas de nouvelle de mon papa ni de l’hôpital. Il est injoignable. Je contacte ma copine infirmière qui fait une recherche dans les services. Elle m’annonce qu’il est aux urgences et que je vais probablement être contactée rapidement pour me dire ce qu’il se passe. Je comprends que ça ne va pas aller et je prépare ma mère au pire. Il est 21h quand un médecin appelle ma maman pour nous dire que si on veut voir mon père il faut qu’on soit là rapidement. Nous avons besoin d’une heure pour arriver et il faut que je puisse placer les enfants. Ma mère ne veut pas y aller. Je ne veux pas laisser mes enfants seuls avec elle. Finalement, je décide de rester avec ma maman et les enfants. Nous sommes rappelées moins d’une heure après. Je ne serai jamais arrivée à temps. Je suis détruite.
Durant les jours qui suivent, nous avons été très entourés, notre famille, nos amis, ils étaient nombreux à venir pour « célébrer » mon père et ses nombreuses qualités. Un couple de très proches amis de mes parents m’a accompagné pour disperser les cendres dans un coin de Sud qu’il aimait tant (d’où mes photos de mer). Et je sais que depuis les étoiles (comme Muphasa) et la mer, il m’accompagne tous les jours.
Aujourd’hui, il me reste encore beaucoup de colère envers ma maman qui m’a un peu laissée me débrouiller seule avec tout l’aspect administratif, l’organisation de la cérémonie, qui n’a pas accompagnée mon père comme je le désirais et qui par son refus de se déplacer le jour de son décès m’a privée de tenter le déplacement. Mais je suis reconnaissante de tout le soutien que j’ai reçu y compris de personnes qui ne me connaissent pas « en vrai » (merci les tribulettes d’avoir été là dès les premières heures).
