La révolution de la vingtaine

La révolution de la vingtaine

Lorsque j’ai écouté l’interview de Jeanne Added, une autrice-compositrice-interprète qui a déjà plusieurs années de carrière, j’ai été marquée par l’une de ses phrases. Je prends la liberté de reformuler (et peut-être dénaturer son propos) : la période de la vingtaine est une période de mutation.

Là, je l’avoue, j’ai bugué. Et j’ai tout de suite pensé « Mais bien sûr, quelle évidence ! » Oui, effectivement, aucun scoop. N’est-ce pas ?! Cependant, j’ai pris le temps de réfléchir à tout le chemin que j’avais parcouru en une décennie. Je l’ai trouvé particulièrement ardu.

On parle souvent de l’adolescence comme étant un période charnière. Celle où l’on se sent mal dans son corps, dans sa tête… Celle où l’on veut tester, tenter, oser. Celle où il est tellement facile de se brûler les ailes. Alors, oui, le corps se transforme. La pensée mûrit. L’adulte se dessine. Mais la majorité d’entre nous, à vingt ans, est encore gamine. Ces jeunes peuvent voter. Conduire une voiture. Acheter de l’alcool. Aller en prison… Bref aux yeux de la loi, ils sont adultes. Mais, dans mon cas, j’étais financièrement dépendante de mes parents. Donc dépendante tout court. Mon adolescence, je l’ai vécue au sein de ma famille. J’ai eu le cadre que je devais avoir. Je n’ai jamais douté des garde-fou placés par mes parents. Je les ai contestés, évidemment, mais ils m’ont permis de me sentir en sécurité, protégée.

Et puis, progressivement, on prend notre indépendance. J’ai quitté le foyer familial en même temps que j’ai quitté ma ville. J’ai traversé un bout de France. Loin des yeux paternels et des recommandations maternelles (et vice versa), j’ai fait les quatre cents coups, vécu diverses expériences. J’ai du grandir d’un coup. Me prendre en main et gérer (mal) ma vie. Les premières années ont été un fiasco et à la fois, elles m’ont construites telle que je suis aujourd’hui. Bien plus que les 20 premières années de mon existence. Première révolution de la vingtaine : l’émancipation.

Crédit photo : Pikrepo

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Comme (presque) tout le monde, j’ai découvert la vie professionnelle. J’ai fait le choix de travailler dans une grande entreprise. Avec ses codes et ses coutumes, sa culture d’entreprise. J’ai eu de nombreux collègues, plusieurs chefs… Je me revois au tout début. Timide. Me sentant en permanence illégitime parce qu’incompétente (ce qui était faux : juste ignorante). N’osant pas contredire untel parce qu’il avait un an d’expérience de plus que moi (en y repensant, j’en rigole). Là encore, que de changements ! Je ne me  qualifierais pas de meneuse, loin de là. Je ne suis toujours pas grande gueule. Mais quand il y a un désaccord, je n’hésite plus à le dire. Et je sais que c’est mieux pour tout le monde. Deuxième révolution : l’entrée dans le monde du travail.

Et puis, dans ma vingtaine, il y a un dernier élément qui m’a profondément transformée. La maternité. L’évènement qui fait dévier la lumière du prisme à travers lequel tu regardes la vie. Certain(e)s veulent faire croire que l’arrivée d’un enfant n’a pas changé leurs habitudes. Ce discours m’horripile parce que je le trouve menteur. Certes des adaptations sont toujours possibles. Mais avant, j’étais égocentrée et je trouve ça normal : le centre de mon univers, c’était moi. Et du jour au lendemain, ce centre s’est carapaté pour investir un petit être complètement dépendant de moi. Et je ne conçois pas qu’il puisse en être autrement pour une autre femme. Peut-être ai-je une vision trop réductrice ? Toujours est-il que la naissance de mon premier fils a été ma troisième révolution.

Tout ça, j’en ai pris conscience en un soir. Quelle claque !

Mais ça a été aussi un vrai soulagement. Vois-tu, il y a quelques années de ça, une amitié à laquelle je tenais s’est étiolée. Elle a fini brutalement et ça m’a fait mal. Et maintenant, quand je vois tout le chemin que j’ai parcouru, tout ce qui s’est construit pendant ma vingtaine,  je me dis que j’ai nécessairement beaucoup changé. Mais l’autre, de son côté, a également parcouru son chemin, a également eu besoin de grandir vite et fort. Alors, ce soir, c’est un peu comme si je m’étais dit « tout s’explique »

Et je comprends enfin cette phrase d’une prof de lycée que j’avais trouvée à l’époque sibylline : « 20 ans c’est pas si bien, il y a plein de tracas. Attendez 30 ans, c’est beaucoup mieux. » Et, au milieu de la famille que je construis tous les jours, dans mon travail dans lequel je m’épanouis, je me dis qu’elle avait fichtrement raison.

Ceci dit, je ne qualifierai pas cette décennie de reposante. Trois enfants rapprochés, ça épuise ! Le cancer de mon aîné m’a fait changer de paradigme. Toute mon énergie leur est consacrée. Je me sens régulièrement lasse. Tellement vidée. Je ne regrette pas les choix que j’ai fait, loin de là. Mais parfois, j’ai l’impression de traverser le désert. Et si j’adore toutes ces bouffées d’amour et que je regarde avec émerveillement mes enfants grandir, je me dis que peut-être bien, la quarantaine sera la décennie de la croisière. Dans le doute, je garde cet article précieusement, pour le relire en pleine crise de la quarantaine.

 

14 commentaires sur “La révolution de la vingtaine

  1. Je me retrouve tellement dans ton article ! Je savais que la vingtaine sera une décennie charnière de ma vie. Tout comme toi, j’ai débuté dans le monde professionnel (en me cassant les dents parfois, notamment avec ma première expérience d’harcèlement), j’ai construit ma maison, je me suis plantée dans mes études, je suis devenue maman…
    J’ai eu 30 ans en plein confinement et je partage totalement l’avis de ta prof de lycée, j’ai l’impression que c’est plus à la quarantaine qu’on profite.
    Avec Mari Barbu on rigole parfois car on a encore l’impression d’avoir 20 ans. Et lorsqu’on regarde des émissions à la TV où les candidats ont notre âge, on se dit « mais on fait vieux comme ça ? » c’est souvent le moment où Mari Barbu m’arrache un cheveu blanc …!

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  2. Il y a tout à construire dans la vingtaine sa vie professionnelle, sa vie de couple, son indépendance adulte…. Il y a eu des hauts et des bas…et j’ai aujourd’hui 34 ans, pour rien au monde, j’aurai envie de retourner 10 ans en arrière !!! Je me trouve plus épanouie maintenant : )

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    1. Tout pareil ! Je me sens largement mieux à 32 ans qu’à 20, et je ne regrette vraiment pas du tout cette période (« on n’a pas tous les jours 20 ans […] ce jour-là c’est l’plus beauuuuu d’la vie » c’était peut-être vrai à l’époque de Berthe Sylva mais plus maintenant !), ça va de mieux en mieux (j’espère que ça continue encore un moment 😀 )

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    2. Je suis plus épanouie aussi. Ceci dit, revivre la vingtaine, la liberté qui lui est associée, avec l’expérience de la trentaine… ça fait un peu rêver

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  3. Je me retrouve totalement dans ton article. C’est une discussion que j’ai eu récemment . Je ne revivrais pas ma 20aine. C’est celle qui m’a construite et qui a fait la femme que je suis, mais je l’ai trouvé très dur moralement et physiquement. Aujourd’hui j’ai 34 ans et je n’ai jamais autant été épanouie depuis ma trentaine.
    Je pense que c’est dû aux expériences bonnes ou mauvaises, à la vie aussi tout simplement.

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  4. Je suis d’accord, au final la 20aine est plus formatrice que l’adolescence. Mais choisir une voie, apprendre à vivre seul.e, passer des concours et des examens, trouver une place dans le marché du travail quand on a pas d’experience, voir trouver un.e amoureux.se pour la vie.. que de choses difficiles et d’insertitudes.. Au final la 20aine est souvent vu comme une période d’insouciance alors qu’elle contient tellement de doutes et de difficultés! je trouve aussi que la 30aine est plus calme sur ce point là, en tout cas au niveau professionel et affectif, ça se calme souvent un peu 🙂 Après pour moi c’est aussi la décennie « vraiment adulte », avec des enfants en bas age, voir un investissement immobilier, donc par définition une décennie un peu chaotique, j’attends de voir la 40 aine 🙂 !

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  5. Je ne sais pas si la vingtaine a été une telle révolution pour moi, j’ai suivi mon petit bonhomme de chemin, sans trop d’écart… certes, il y a eu la maternité qui a changée quelques paradigmes, mais les épreuves que m’inflige la trentaine me font sacrement douter que je préfère cette décennie 😓

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  6. Coucou. Je ne sais pas quand c’est la croisière. Mais je sais qu’on créé notre vie. Donc il y a des choses qu’on peut faire pour ne pas être lasse je pense 🙂 et c’est pas parce qu’on a des enfants quil4faut s’oublier en route….jamais!! Bon courage 🙂

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  7. Moi aussi « j’attends » la quarantaine pour être moins fatiguée en permanence, pour ne plus avoir les pleurs de ma dernière, les cris pour « mais elle a pris ma poussette !!! »… parfois j’imagine même ma vie quand elles seront adultes, parties de la maison et qu’on sera tranquilles avec mon mari (et qu’on s’emmerdera sévère !!!) J’ai aimé la vingtaine pour la découverte, le changement perpétuel, les amitiés qui sont si fortes rapidement, les histoires d’amour, la liberté des soirées folles après le boulot (plutôt à partir de 25 ans du coup…)… A chaque âge ses priorités assorties de ses avantages et inconvénients. Et peut-être aussi que quand je regarde en arrière j’édulcore un peu, alors je regarderai sans doute la trentaine avec beaucoup de nostalgie et de tendresse pour tous ses moments où mes filles auront été le centre de ma vie…

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  8. Quel article ! Bravo !
    Et je me retrouve pleinement dans ton discours : moi aussi, plus jeune, je pensais que la vingtaine, c’était le sommet, le top, qu’ensuite on dépérissait doucement (oui oui, je suis une éternelle optimiste ! 😉 ). Mais je me sens tellement mieux dans mes ballerines depuis que j’ai 30 ans : mes choix de vie sont plus sûrs, je me sens à ma place, fière du chemin parcouru et des choix qui m’ont menés là où je suis.
    Même si, quand même, comme toi, après une énième nuit foireuse, je me dis que 40 ans, ça doit être pas mal aussi….!

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