Conte de Noël – Première partie

Conte de Noël – première partie

Pour cette semaine de Noël, 16 chroniqueuses ont écrit ensemble un conte de Noël. Bonne lecture !

En quittant Paris, Emilie se sentait à bout de nerfs. Elle avait longuement hésité entre le train ou la voiture pour se rendre dans la maison de ses grands-parents pour les vacances de Noël, mais en voyant les prix prohibitifs de la SNCF, couplés à la foule probable qui envahirait la gare de Lyon, elle avait préféré compter sur sa bonne vieille Citroën saxo. Mais les bouchons pour sortir de la capitale avaient eu raison de sa bonne humeur. Lorsqu’elle se gara devant la vieille maison, dans le noir le plus total, il était près de 2h du matin. Elle trouva, à la lueur de son téléphone portable, les clés cachées sous le pot de fleurs et pénétra dans la demeure sur la pointe des pieds. Elle laissa en tas son manteau et ses chaussures et se hâta vers sa chambre où elle se faufila entre les draps légèrement rêches et sentant la lavande, recouverts d’une lourde courtepointe brodée. Bientôt, elle s’endormit.

Le lendemain matin, pleine d’entrain, elle ouvrit les volets pour se retrouver face à un mur de brouillard. Ses espoirs de finir ses derniers achats de Noël dans les petites boutiques du village venaient de s’écraser dans un nuage froid et humide. Elle descendit les escaliers grinçants et pénétra dans la cuisine, qui embaumait le café frais.
– Bonjour mamie ! Comment vas-tu ?
– Emilie ! Ma chérie ! Je suis tellement contente de te voir ! Je ne t’ai pas entendue arriver cette nuit mais j’ai vu ta voiture garée devant la maison. Que comptes-tu faire aujourd’hui ?
– Je voulais descendre au village mais vu le temps pourri…
– Tu pourrais peut-être m’aider à préparer l’arrivée du reste de la famille en t’occupant des chambres du dernier étage ?

Avec un enthousiasme modéré, Emilie remonta les escaliers pour filer vers les chambres des combles. En entrant dans la première petite pièce mansardée, elle avisa un livre sur la commode. Elle ne l’avait jamais vu. La couverture était en cuir bleu nuit, décorée de fines spirales incrustées d’argent. Elle ouvrit le livre et l’observa attentivement. Les pages, plus épaisses que ce qu’on trouve dans un roman classique, sentaient le grenier et étaient légèrement teintées. Leurs bords s’effritaient légèrement. Elle pinça la première page entre deux doigts et la tourna délicatement, de peur d’abîmer l’ouvrage. Elle n’y comprenait rien. Les écritures qui noircissaient les pages semblaient calligraphiées à la plume. Elles étaient trop tarabiscotées, trop travaillées. L’encre s’effaçait parfois mais avait gardé un tel brillant qu’on pouvait croire qu’elle n’avait pas encore séché. De temps en temps, une illustration décorait la page de droite. On y voyait une jeune femme, enluminée, dans des tenues et décors qui semblaient retracer de grandes époques historiques. Elle eut beau plisser les yeux et tenter de déchiffrer le texte, rien n’y faisait. La langue utilisée lui était totalement inconnue.

Emilie reposa l’ouvrage, sortit de la grande armoire ouvragée les draps nécessaires, et fit le tour des pièces pour préparer les lits du reste de la famille qui devait les rejoindre dans la journée. Il était près de midi lorsqu’elle descendit retrouver sa grand-mère qui s’affairait en cuisine.
– Je t’aide ? 
– Avec plaisir ma chérie, tu peux t’occuper des pommes de terre ?
Les deux femmes discutèrent tout en accomplissant leurs tâches, fredonnant de temps en temps les chansons qui passaient à la radio. L’ambiance douce et chaleureuse faisait doucement oublier à Emilie le temps maussade du jour et sa mauvaise humeur de la veille

A 12h45, son grand-père entra, en bleu de travail et les mains pleines de cambouis. Emilie se jeta dans ses bras, sans se soucier de se tâcher :
– Papi !
– Ma petite chérie ! Tu as fait bonne route ? Désolé d’arriver si tard, j’aidais Sam sur sa bécane…
– Sam ?
– Haha oui, depuis la dernière fois que tu es passée, nous avons de nouveaux voisins…
– Et Papi a beaucoup de succès, compléta fièrement sa grand-mère. Sam a eu des soucis de plomberie à son installation. Nous l’avons hébergé le temps que tout soit réparé.
Emilie pensa au livre inconnu de la première chambre et se dit que c’était peut-être le moment d’en parler, maintenant que son grand-père était rentré.

Elle s’apprêtait à ouvrir la bouche quand une sonnette se fit entendre.
– Je vais voir qui c’est, lança son grand-père en se dirigeant vers l’entrée. Sam ! Ce n’est toujours pas résolu ?
Emilie, curieuse, s’avança pour apercevoir ce Sam qu’elle ne connaissait pas. Il prenait pratiquement tout l’encadrement de la porte. Une carrure impressionnante. Des cheveux blancs comme la neige avec une barbe assortie bien entretenue. Des cheveux tellement blancs qu’ils semblaient… briller ??? Comme… ? Non, ce n’est pas possible. Personne n’a une barbe et des cheveux brillants.

Un gigantesque sourire illuminait le visage de Sam. Il se dégageait de lui une sensation de chaleur et de sérénité qu’Emilie n’avait jamais ressentie auparavant.
Elle se sentait attirée par l’aura de Sam. Une envie de tout lui dire, ce qu’elle avait fait de bien et de mal. Et ce sentiment s’accentua quand elle entendit sa voix. Chaude et réconfortante, comme un chocolat chaud dégusté sous un plaid en regardant la pluie tomber dehors.
– Ho non, ne t’inquiète pas pour ma monture ! Grâce à ton aide, elle fonctionne parfaitement. Non, je vidais quelques cartons et je ne retrouve pas certaines de mes affaires. Vous n’aviez rien trouvé dans la chambre que j’ai occupée il y a quelques mois ?

Emilie reprit ses esprits en entendant cette phrase. Serait-il possible que le livre de tout à l’heure lui appartienne ? Elle était sûre de ne l’avoir jamais vu auparavant chez ses grands-parents et puis l’éclat de l’encre… Il lui semblait réaliste que ce soit le livre de Sam.

Elle décida alors d’intervenir. Près de ce vieux monsieur, malgré sa stature imposante, on se sentait intuitivement en confiance. 
– Enchantée Sam, je m’appelle… 
A ces mots, le visiteur l’interrompit. Ses yeux pétillèrent soudainement de malice : 
– On dirait Elinor ! Incroyable !!!
– Perdu, je m’appelle Emilie, sourit la jeune femme. Dites-moi, l’objet oublié, ça serait pas un livre ?
Sa voix se perdit quand grand-mère arriva dans l’entrée en s’exclamant : 
– Sam ! Ça fait plaisir de te revoir !
– Je ne resterai pas longtemps. Mes amis, je vous ai apporté une bouteille d’hypocras, ça vous rappellera de bons souvenirs ! 
– D’excellents souvenirs en effet. Je vais le faire chauffer, installez-vous au salon ! 

Crédit photo : Pick Pik

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