Mon accouchement gémellaire : quand j’ai mis au monde deux bébés (partie 3)

Mon accouchement gémellaire : quand j’ai mis au monde deux bébés (partie 3)

Avec tout ça, il est déjà 7h du matin, l’heure du changement d’équipe. Je pense que ça arrange bien tout le monde que je sois sous péri : ils ont ainsi le temps de faire les transmissions tranquillement, de rassembler les mille personnes qui doivent être présentes à l’accouchement de jumeaux, de préparer le bloc, sans stress ni précipitation. Avant de partir, l’anesthésiste revient me voir pour me demander s’il met la dose forte en prévision du passage au bloc pour la naissance. J’accepte qu’il le fasse maintenant, en pensant que les transmissions se feront rapidement, qu’il faut un peu de temps pour que le produit agisse, et que Mathilde ne sera plus là pour m’aider à respirer comme il faut. On me perce également la première poche des eaux et là, quelle sensation ! Je me sens libérée d’un poids ! Une sensation de légèreté que je n’avais pas ressentie depuis bien longtemps !

Mais le changement d’équipe dure longtemps, longtemps….

Et j’attends.

Mr Solex va mieux, on discute un peu. Je ne ressens plus du tout de douleur lors des contractions. Je dois même me forcer à pousser au moment des contractions, ce qui est vraiment nouveau pour moi. On discute. On patiente.

La nouvelle sage-femme, moins douce, vient se présenter. Elle me refait un laïus sur l’importance de la péridurale, les risques d’un accouchement gémellaire, blablabla ça me saoule. Mais je reste zen. Incroyablement et inexplicablement zen ! Elle me propose d’installer une sonde urinaire. Au début je refuse, je n’en vois pas l’intérêt et je trouve que j’ai déjà assez de branchements comme ça dans mon corps. Mais elle m’explique pourquoi ça peut être intéressant de l’avoir, et je finis par céder. Médicalisée pour médicalisée… La suite nous donnera raison car en enlevant la poche quelques heures plus tard elle sera hyper remplie, et montrera donc qu’elle n’aura pas été inutile. Par contre je ne suis même plus capable de t’expliquer les bonnes raisons d’installer une sonde urinaire, je t’avoue que beaucoup de choses liées à cet accouchement ne se sont pas imprimées dans ma mémoire !

A un moment donné, on vient me voir pour me prévenir qu’on va se préparer pour passer au bloc. Mr Solex doit enfiler une jolie tenue verte avec une charlotte sur la tête. Mais le temps passe, et on ne part toujours pas. Plusieurs personnes passent dans la pièce, la sage-femme, la gynéco pour une dernière échographie, l’anesthésiste et/ou son assistant pour les dernières vérifications. Mais on attend, et on ne part toujours pas.

Enfin, les choses sérieuses se mettent en place, et on prépare mon lit pour me transporter au bloc. C’est très bizarre d’être allongée sur un lit, de traverser ainsi des couloirs, de passer des portes, pour aller dans une autre salle pour enfin accoucher ! Arrivée au bloc opératoire, on m’installe sur la table qui est beaucoup moins confortable que le lit.

Et là, brans-le-bas de combat. L’équipe est prête et chacun s’active. Chacun fait ce qu’il a à faire, on me manipule et on me touche sans me prévenir ni m’expliquer, je me sens comme une poupée de chiffon malaxée de tous les côtés et ça me fait énormément stresser. Par un miracle que je ne saurai expliquer, j’arrive à prendre sur moi et à ne pas exploser, à ne même pas envoyer chier une seule personne ! Vive la péri ! (Ils doivent mettre une drogue en plus là-dedans, c’est pas possible autrement !). J’en parle quand même à la sage-femme qui est à côté de moi et qui prend le temps de me rassurer et de m’expliquer un peu ce qui est en train de se passer. J’ai horreur d’être passive à ce point, et comme en plus je ne vois rien…

Je crois comprendre également qu’il y a des tensions entre certaines personnes de l’équipe médicale. Apparemment c’est l’assistante anesthésiste qui est très particulière, qui a tendance à se mêler de ce qui ne la regarde pas, qui exaspère plusieurs autres personnes. Et je crois comprendre que si ça a mis autant de temps c’est parce qu’on a dû l’attendre, elle !

Une fois que tout le monde est prêt, que chacun est installé au bon endroit, que mon mari a trouvé une place parmi tout ce monde, la sage-femme (ou la gynéco, je ne sais plus), me refait une explication complète de comment tout va se passer. Et puis ça y est, c’est le moment de pousser.

accouchement, découverte bébé
Crédit photo : Jozemara Fiorili Lemes

C’est la sage-femme qui s’occupe de l’accouchement du premier bébé. Je pousse, je pousse, je suis les directives qu’on me donne. Et je trouve ça dur ! Epuisant ! Très perturbant ! Je n’arrive pas à bien pousser au début car je ne sens rien, je ne sens pas le bébé, je sens juste de toutes petites contractions qui m’indiquent quand pousser. Mais je ne sens pas « où » pousser. A force de pousser je finis par sentir un petit quelque chose, et je sens la pression des doigts de la sage-femme qui m’indique où pousser. Et puis, je me rends compte que je dois pousser comme pour aller à la selle. Je ne me souvenais plus que la sensation était si proche, que « l’endroit » était si similaire ! Je pousse, je donne tout avec toutes mes forces, Mr Solex me tient la main et m’encourage.

Je sens qu’il se passe quelque chose, et doucement, on m’indique de ne plus pousser. Puis une dernière poussée et, enfin, mon premier bébé sort. Il est posé sur moi, il crie un peu. Je suis émue, et je ressens d’un coup une bouffée d’amour pour ce bébé. Une bouffée d’amour à laquelle je ne m’attendais pas. Je ne m’y attendais d’autant pas que j’ai passé une bonne partie de la grossesse à lui en vouloir : lui en vouloir de s’être installé avec un deuxième compagnon dans mon ventre, lui en vouloir de ne pas être dans la bonne position, lui en vouloir des douleurs dans les côtes et des remontées acides. J’oublie tout cela d’un coup, et, d’un coup, je l’aime ce bébé. Je l’aime si fort !

Il est 9h11 et Cocoa, notre troisième enfant, vient de naître.

Il est posé sur moi, je le câline. Mr Solex coupe le cordon. Puis, comme nous l’avions demandé, il n’est pas transporté loin de nous dans les bras d’une puéricultrice, mais il est enveloppé chaudement et confié à son papa. Mr Solex reste près de moi mais laisse sa place à la sage-femme. C’est elle qui prend le relais pour m’accompagner, m’encourager. Car il y a un deuxième bébé à sortir !

Je crois me souvenir qu’on me pose sur le ventre la sonde pour une échographie. J2 est toujours tête en bas, il s’engage mais est encore un peu haut. Aller, c’est parti pour le deuxième tour de ce marathon ! Je pousse. J’y mets toute mon énergie. Je suis épuisée. On m’annonce que J2 commence à montrer des signes de faiblesse et qu’il ne faut pas trop trainer. Je pousse, pousse. J’en peux plus, mais à chaque contraction je prends mon courage à deux mains et j’y retourne. Je me concentre sur les doigts de la gynéco, car c’est elle qui assure ce deuxième accouchement. La sage-femme à côté de moi m’encourage si bien que je trouve en moi suffisamment d’énergie pour faire descendre ce deuxième bébé.

Et finalement, il arrive. La tête passe, puis le corps. Il est posé sur moi et je suis heureuse. Heureuse d’être la maman d’un quatrième enfant, rassurée d’avoir accouché des deux bébés par voie basse, fière d’avoir enfin une petite fille.

Il est 9h20 et Prunelle vient de naître.

Je suis heureuse et soulagée. Ils sont là tous les deux, et en bonne santé.

mains, bébés
Photo personnelle Madame Vélo

Alors, le calme revient progressivement dans la pièce. Ce n’est peut-être qu’une impression, mais je ressens moins d’agitation autour de moi. Après avoir câliné Prunelle et que Mr Solex ait coupé son cordon, je demande assez vite s’il faut que je pousse pour expulser les placentas. Ma plus grande hantise pour cet accouchement c’était de faire une hémorragie de la délivrance et de devoir subir une révision utérine. Alors plus vite on en aura fini avec les placentas, mieux ça me va ! La gynéco me répond que je peux essayer de pousser si je veux, mais qu’il n’y a pas d’urgence, je peux attendre un peu de reprendre des forces. Je pousse. Et je pousse si bien que pouf ! Je sens quelque chose sortir de moi. La gynéco examine le placenta et me dit qu’il est complet, que tout va bien. Je demande alors si je peux pousser maintenant pour expulser le deuxième placenta. Elle me répond que c’est bon, je n’ai plus besoin de pousser, tout est déjà sorti ! En fait les deux placentas avaient fusionnés (à quel moment de la grossesse c’est arrivé, je n’en sais rien !) et ils étaient donc sortis en un seul morceau !

J’ai une chance incroyable car avec tout ça, je n’ai eu ni épisio, ni déchirure. La gynéco me dit que j’ai une petite égratignure à l’entrée du vagin et qu’elle n’a rien à faire, elle va guérir toute seule. Donc, contrairement à mes deux premiers accouchements, je n’ai pas besoin d’être recousue !

Maintenant que mon ventre est vide, il est temps de retourner en salle de naissance.

En salle de naissance, on me fait les quelques soins nécessaires post-accouchement, puis on me propose de mettre mes bébés au sein. C’est ainsi que je me retrouve avec mes deux bébés dans les bras, bien calés avec des coussins, tous les deux mis au sein, et tous les trois bien au chaud sous des couvertures. Nous restons presqu’une heure comme ça. Quel bonheur !

Au bout d’une heure, j’en ai un peu marre, donc Mr Solex prend Cocoa dans ses bras. Puis la puéricultrice et la sage-femme viennent faire leurs examens. La prise de leur température révèle qu’ils sont un peu froids. Ils sont donc placés tous les deux sur une table chauffante. Au moment de poser Prunelle à côté de Cocoa, elle lui agrippe le bras et commence à vouloir le téter… c’est tellement mignon et drôle ! Ils resteront quasiment deux heures sur cette table, car il faut attendre que leur température corporelle soit remontée pour que nous puissions monter en chambre.

Moi aussi j’ai froids d’ailleurs. Mr Solex me couvre avec des couvertures, et je somnole un peu. Au bout d’un moment le temps nous paraît long. Nous ne serons remontés en chambre qu’à 13h. Covid oblige, Mr Solex doit repasser par l’extérieur, pendant que moi (en fauteuil) et mes bébés (tous les deux dans un seul berceau) traversons les multiples couloirs et ascenseurs pour arriver au 3ème étage, qui deviendra mon QG pour les 4 prochains jours.

Je suis extrêmement reconnaissante à la Vie pour cet accouchement qui s’est merveilleusement bien passé. J’ai eu une grossesse difficile, physiquement et moralement, mais je mesure la chance énorme que j’ai eu car finalement ce fût une grossesse sans complications médicales particulières, et un accouchement qui pouvait difficilement mieux se passer. Evidemment, ce n’était clairement pas l’accouchement dont j’avais rêvé pour mon troisième enfant, mais celui-ci restera du domaine de l’imaginaire et je suis en paix avec ça.

13 commentaires sur “Mon accouchement gémellaire : quand j’ai mis au monde deux bébés (partie 3)

  1. rhoooooo la photo est juste trop chou ❤ ni épisio ni déchirure ? ça tient quasiment du miracle, comme quoi, avec tout ce que l'on entend sur les accouchements gémellaires ou les bébés mal placés…
    Pour ce qui est du flou après, j'ai un peu le même souvenir de ma césa, je me suis toujours demandé si le corps n'envoyait pas un énooorme shoot d'endorphine pour l'accouchement de sorte qu'on est carrément zen après 😉

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    1. Merci !
      Oui, je trouve aussi que ça tient du miracle ! Surtout que j’avais eu droit à une épisio la 1ere fois et une déchirure la deuxième fois !
      Ah ça c’est sûr pour le shoot d’endorphines ! Et c’est d’ailleurs encore plus fort sans péridurale !

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  2. Oui, trop chou la photo, et félicitations à vous tous alors ❤

    Sinon je confirme, la péri fait planer (en même temps la morphine c'est bien de la drogue en fait), moi aussi j'étais complètement zen alors que c'est pas mon genre, je ne me rappelle pas de la tête du personnel qui s'occupait de l'accouchement alors que je suis hyper physionomiste en temps normal, et j'ai oublié les explications qu'on m'a probablement données à ce moment-là !

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    1. Merci !!
      Ah merci de me confirmer pour la péri ! ça rajoute une explication au fait que les équipes préfèrent les patientes sous péri :p
      ça a dû te faire bizarre de ne te souvenir d’aucun visages si tu es physionomiste en temps normal.

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  3. Félicitations pour ce bel accouchement ! C’est chouette que tu l’aies bien vécu même si c’était éloigné de ton projet initial. Ton mari a pu revenir avec toi en suites de couches malgré le covid ? Pour la sonde urinaire, ma sage-femme m’avait expliqué qu’une vessie trop remplie pouvait gêner le passage du bébé. Pour ma part, accouchement sans péri, mais impossible de vider ma vessie toute seule après (mon corps était comme en grève !) donc j’ai eu un sondage rapide et ça a été très utile car ma vessie trop pleine (vive le thermos de tisane en salle d’accouchement :D) empêchait mon utérus de se remettre donc saignements ++ qui se sont arrêtés tout seul après.

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    1. Merci !
      Oui je pense que je dois beaucoup à ma sage-femme qui m’a préparée à ne pas vivre ce que je m’étais mise en tête ! Oui, Mr Solex a pu revenir me voir tous les jours à la maternité, il a même pu dormir avec moi deux nuits sur les 4. Et Crapouillou et P’tit Matelot ont pu venir aussi tous les jours. J’ai eu beaucoup de chance, parce que 2 mois plus tôt ou 1 mois plus tard, et les protocoles renforcés n’auraient pas permis ça.
      Ah oui c’est ça pour la sonde urinaire !! Merci !!
      Heureusement que les saignements se sont arrêtés tout seuls et rapidement après ton sondage !

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    1. Merci !! Un garçon et une fille ! C’est la configuration de jumeaux qui me faisait le moins peur. Et comme le disent la plupart des gens « au moins ça nous fait une fille » !!

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  4. Bravo pour cette naissance certes médicalisée mais le minimum pour un accouchement de jumeaux! D’habitude on lit plutôt des témoignages inverses du tien : un premier accouchement sous péri puis le suivant plus physiologique. Je comprends d’autant plus que tu aies pu être frustrée : etre allongée là où tu aurais été mobile, pousser à la demande là où tu aurais eu un réflexe naturel de poussée…Mais pour des jumeaux ça n’est pas comparable, on sent que tu t’es résignée et que tu as réussi à voir le côté positif ! Bravo! Dans un prochain article j’aimerais beaucoup voir une petite photo lorsque tu « double allaites » ou de tes jumeaux côte à côte (les visages floutés), ça doit être tellement attendrissant !!

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    1. Merci !! Oui c’est vrai que souvent les femmes vivent l’inverse, d’abord péri puis physiologique.
      J’ai bien prévu de parler d’allaitement (l’article est en cours de rédaction d’ailleurs 😉 ). Mais je ne sais pas si je vais réussir à mettre une photo sans qu’on y voit ni mon visage, ni celui des bébés, ni mes seins en trop gros plans ! Je vais essayer 🙂 (il y a une photo des bébés côtes à côtes dans mon article suivant sur les petits bonheurs de 2020 d’ailleurs).
      J’espère que de ton côté tout se passe bien dans votre vie à 5 !

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      1. oui je suis curieuse du double allaitement. c est que j ai du mal à m’imaginer comment tu peux allaiter les 2 « en autonomie » sans qqun qui te les place aux seins. Et tu devais avoir sacrément faim non ? déjà qu’allaiter un seul bébé ça creuse ! Est ce que tu faisais en sorte de leur donne systématiquement la tétée au même moment à tous les 2?
        Et pour le vélo, quelle solution comptes tu utiliser pour transporter 2 bébés ? carriole ?
        Chez nous ça roule à 5. Nos 2 filles ont eu un petit frère en octobre. A quelques semaines près nos enfants ont les mêmes dates de naissance.
        Hâte de lire la suite !

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