J’ai été victime de harcèlement scolaire

J’ai été victime de harcèlement scolaire

Au collège, de la 5ème à la 3ème, j’ai été victime de harcèlement scolaire et avec le recul, je souhaite te parler de cette période de ma vie et de l’impact sur ma façon d’être aujourd’hui.

Tout d’abord, je dois t’avouer que j’ai mis du temps avant d’écrire cet article, pas seulement à cause des mauvais souvenirs que cela ressasse mais surtout parce que j’ai encore du mal à me considérer comme ayant été victime de harcèlement.

En effet, je n’ai jamais été insultée, ni violentée, ni rackettée… C’était très insidieux et impossible à voir pour quelqu’un de l’extérieur. Même moi, je me demande parfois si mes souvenirs ne prennent pas des proportions plus importantes que la réalité et j’en suis à remettre en question ma responsabilité dans ce qui m’est arrivé.

Crédit photo : Tumisu de Pixabay

Manifestations du harcèlement psychologique

Alors concrètement, qu’est ce qui s’est passé ?

Le harcèlement dont j’ai été victime avait plusieurs origines : mes bons résultats scolaires, couplé au fait que j’avais un an d’avance sur ma scolarité. Même si cela m’a réellement posé un problème au collège, il y avait déjà quelques prémices à la fin du primaire quand les filles de ma classe m’écartaient de leurs anniversaires ou jeux dans la cour de récré, au motif que j’étais trop « bébé » et que je ne m’intéressais pas aux mêmes choses qu’elles, comme les magazines d’ado ou encore les boys bands. Mon caractère introverti et moi ne l’avons pas spécialement mal pris à ce moment-là, je préférais passer mes récrés à lire plutôt qu’à écouter en boucle les Spice Girls dans les toilettes ou à m’extasier sur les posters des 2b3.

Cependant, en arrivant au collège, j’ai pris bien soin de ne mentionner à personne mon âge car je présageais que la même chose se reproduirait. Ainsi, alors que mon année de 6ème s’est déroulée sans anicroche malgré mes bons résultats scolaires, tout a changé au cours de mon année en 5ème, quand un petit groupe de 3-4 collégiens m’a prise pour « cible » après avoir été informé de mon âge et du fait que j’avais « sauté » une classe. Leur petit jeu était donc de comparer leurs notes avec les miennes à chaque contrôle. Assez innocent à première vue. Mais la répétition couplée avec les surnoms dont on m’affublait ont commencé à vraiment peser sur mon moral. Et, bien entendu, si je refusais de donner ma note, ce que j’ai bien tenté, c’était une excuse de plus pour m’embêter.

C’est ainsi que le cercle vicieux a commencé. Toutes ces moqueries en continu, à une période de l’adolescence déjà bien compliquée par d’autres aspects, n’ont fait qu’accentuer mon mal-être. J’ai donc commencé à me replier sur moi-même, à éviter d’aller dans la cour pendant les pauses pour ne pas croiser mes « bourreaux » et donc par extension à éviter mes amies qui ont logiquement fini par me lâcher. Je m’en voulais de ne pas réussir à avoir la répartie et le courage nécessaire pour les envoyer bouler. En plus de la honte que je ressentais, j’ai aussi développé un sentiment de paranoïa en ayant l’impression que, dès que je sortais de chez moi, tout le monde me (re)connaissait et se moquait de moi. Je n’avais plus d’amies à qui me confier, pas de sœur ni de frère proches et mes parents, bien qu’ils me voyaient aller mal, ne comprenaient pas vraiment pourquoi je restais dans cette impasse sans rien faire. Parce que oui, le « mais défends-toi ! », c’est si facile à dire mais tellement compliqué en réalité. Je t’avoue que, même si je n’ai jamais rien tenté, ce ne sont pas les pensées suicidaires qui manquaient ni le nombre incalculable de scénarios que j’élaborais au cours de mes insomnies pour me venger de ces collégiens.

La situation a fini par se calmer en 4ème quand, après une énième crise de pleurs en rentrant chez moi, mes parents ont appelé le collège qui a tout de suite convoqué les personnes responsables, sonnant ainsi la fin de mes problèmes.

Mais alors que ma situation s’améliorait, en entrant en 3ème, c’est un autre groupe de collégiens qui a pris le relais avec un jeu quelque peu plus dangereux. Ils s’amusaient à me faire peur (autrement dit, à me faire tomber) alors que j’étais sur mon vélo. Je me souviens que je « monnayais » ma tranquillité dans le bus en leur donnant les résultats aux exercices que nous devions préparer pour nos cours.

Heureusement pour moi, tout cela s’est arrêté au lycée. J’ai continué ma scolarité, je me suis fait de nouveaux amis et j’occupe aujourd’hui un très bon poste de manager dans mon entreprise, ce que je considère comme ma revanche personnelle sur ces mauvaises années. Je précise que cet harcèlement a eu lieu dans un établissement privé et qu’aucun de mes camarades de classe n’avait de problème particulier. Il s’agissait d’ados de la classe moyenne, plutôt bien éduqués d’une façon générale.

Dit comme ça, on pourrait penser que mes malheurs appartiennent au passé, que j’ai eu de la chance comparée à d’autres formes de harcèlement et que j’en suis sortie indemne.

L’impact psychologique à long terme

Sauf que non, pas complètement. Je n’ai aucune marque visible mais des blessures profondes bien présentes. Il m’a fallu énormément de temps pour regagner confiance en moi mais aussi en les autres. Concrètement, je suis incapable de faire le premier pas avec les gens. Discuter avec des inconnus en soirée, impossible. J’ai bien 2-3 amis qui datent du lycée ou de la fac mais toutes mes autres relations sont les connaissances de mon mari.

Mais le plus gros impact psychologique de cette période, c’est que j’ai continuellement peur du regard des autres et d’être moquée. Pendant longtemps, je n’osais pas porter certains vêtements ou certaines couleurs. J’ai beaucoup de mal avec l’auto-dérision car j’ai tendance à tout prendre au premier degré même si je fais des efforts. Une réflexion anodine de quelqu’un peut me faire perdre tous mes moyens.

Une autre conséquence, qui peut s’avérer autant un avantage qu’un inconvénient, c’est que je me considère comme une personne gentille. Ayant trop souffert des moqueries, je ne souhaite en aucun cas blesser autrui par mes propos. Le pendant négatif, c’est que j’ai du mal à exprimer mon opinion, surtout mon désaccord, de façon posée, sans être tout de suite sur la défensive.

J’ai la chance d’évoluer dans un cadre de travail très bienveillant, ce qui m’a énormément aidée à progresser sur tous ces points mais je sais que je ne serai jamais complètement à l’aise dans mes relations sociales.

Comment aider ?

Comment on peut t’aider ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? C’est la question que me posaient mes parents désespérés de me voir aussi mal. Je n’ai jamais osé leur dire ce que j’aurais aimé qu’ils fassent réellement car j’avais honte de la situation et encore plus honte de demander de l’aide. Mais, sur le moment, j’aurais vraiment aimé pouvoir parler avec un professionnel, un psychologue ou tout autre personne qui puisse vraiment comprendre ce que je vivais et qui puisse me donner la force de me sortir seule de la situation.

Et, dans un deuxième temps, j’aurais aussi aimé que mes parents me changent de collège. J’étais tellement persuadée que tous les autres élèves étaient de connivence que j’avais juste envie de partir loin, quitte à aller en internat, dans un endroit où personne n’aurait pu me connaitre. Je précise que j’étais dans un petit collège, 3-4 classes par niveau seulement, donc tout le monde se connaissait.

En dernier lieu, j’aurais aimé faire des activités extra-scolaires en dehors de mon village pour m’aider à prendre confiance en moi, comme le théâtre souvent cité notamment pour développer son sens de la répartie, ou un sport de combat pour me défouler (ailleurs que sur mes parents).

Mais surtout, je ne voulais absolument pas qu’ils appellent le collège. J’avais tellement peur que cela se retourne contre moi, qu’on me dise que je me faisais des films, que c’était juste de petites blagues, que je n’avais qu’à ignorer ou bien que c’était de ma faute… avec le risque que la situation empire si le collège prenait la défense de mes camarades.

Mes parents ont finalement appelé le collège sans m’en avertir, ce qui était une bonne chose en soi. J’ai appris par la suite que mes camarades avaient été convoqués et qu’ils étaient tombés des nues car ils n’avaient pas conscience une seule seconde de ce qu’ils me faisaient vivre.

Ces regrets et envies sont bien sûr totalement propres à mon cas et ma personne.

Ma part de responsabilité

J’en ai longtemps voulu à ce petit groupe de collégiens, estimant qu’ils avaient gâché une partie de ma jeunesse. Durant de nombreuses années j’avais peur de les croiser dans un bar, dans les magasins…

Aujourd’hui, considérant avoir réussi à prendre ma revanche sur la vie, j’ai une position plus mitigée. Je suis une victime, certes, mais je pense toujours avoir une part de responsabilité dans cette histoire. J’aurais dû avoir le cran de dire stop dès le début. À quel moment ces personnes étaient censées connaitre ma limite de tolérance entre la blague un peu lourdingue et le harcèlement, si je ne leur disais pas clairement que j’en avais marre ?

En 2021, malgré la mise en lumière de ces comportements et les actions entreprises par les établissements, en discutant avec les jeunes de mon entourage, je n’ai malheureusement pas l’impression que la situation se soit améliorée. Le harcèlement est différent, il prend d’autres formes, à travers les réseaux sociaux, les photos… mais il reste très présent et la plupart du temps invisible.

Je conclurais donc cette chronique en enfonçant une porte déjà grande ouverte mais à mon avis, pour lutter efficacement contre ce problème, tout le monde a un rôle à jouer. De l’équipe éducative, aux parents de tous les élèves (harceleur, harcelé, témoins) en passant par tous les élèves : personne ne doit fermer les yeux.

Et ne pas oublier que n’importe qui peut être harceleur, même le plus mignon des enfants qui ne ferait pas de mal à une mouche en apparence.

26 commentaires sur “J’ai été victime de harcèlement scolaire

  1. Ça m’est arrivé également (pas de la même façon) mais je me suis reconnue dans beaucoup de choses que tu as dites. C’est un article très réfléchi et très bien écrit qui tente d’appréhender le phénomène d’une manière plutôt objective. En tt k, il t’a fallu beaucoup de courage pour analyser tout ça, merci de l’avoir partager ainsi 😚

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  2. Je ne sais pas trop comment commencer mon message tellement cela me parle. J’ai eu les mêmes remarques que toi au primaire et au collège. Moi aussi on me traitait de bébé et on me jalousait pour mes bons résultats scolaires. Mais à la fin du collège et malgré des années très compliquées ça a fini par se tasser. Comme toi j’avais honte et mes parents encore aujourd’hui ne savent rien.
    Et puis au lycée j’ai mis mes espoirs de grande amitié dans la mauvaise personne et j’ai vécu ma seconde comme une tortues. Ça a détruit le peu de confiance et d’estime de moi même que j’avais. J’ai mis beaucoup de temps à m’en remettre même si mon année de première et de terminale ont été plutôt sympa. Quand je suis arrivée à l’université j’étais bien contente de ne connaître personne, au moins je redémarrais de zéro. Et en effet ça a été les meilleures années de ma vie. Je me suis fais des amis facilement. On ne me jalousait pas, on m’appréciait. Pour autant comme toi j’ai gardé des séquelles : j’ai du mal à aller contre les autres, je suis gentille et j’ai du mal à m’imposer. Seulement la différence c’est que dès que je sens le même malaise qu’à l’époque, je préfère fuir avant de me laisser bouffer.
    Pour mes filles, je fais hyper attention à la fois pour qu’elles soient gentilles avec les autres et pour me rendre compte si jamais quelque chose ne va pas.
    Merci pour ton témoignage.

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    1. Plus j’en parle autour de moi et plus je me rends compte qu’on est très nombreux(ses) à avoir souffert. Sûrement bien plus que les chiffres officiels sur le harcèlement… c’est très triste. Concernant ta fille tu as peut-être vu les liens TEDs ci dessous. il te seront peut-être utile si tu ne connais pas déjà. Bon courage.

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  3. C’est une de mes craintes pour ma fille et la seule parade que j’ai trouvée est de lui donner les armes 1/pour identifier la situation (et éviter le doute que tu évoques « si ça s’trouve c’est ma faute » ou  » ce que je fais n’est pas bien, cet autre enfant que je moque ne va pas bien ») donc j’essaie de développer son empathie et d’apprendre à connaître ses propres émotions
    2/lui donner le max de vocabulaire et de confiance en elle
    3/ sport d’auto défense dès que possible.
    Elle n’a que 4 ans, vaste programme 😉 si tu as des pistes, je suis super preneuse !
    Merci de ce partage, je suis d’accord avec ta conclusion et plus on en parle, plus c’est connu et plus c’est visible.

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    1. Je trouve que ce que tu fais est déjà super ! La communication est essentielle à mon avis, que ce soit avec vous les parents si possible ou un confident proche de la famille afin de prendre le mal à la racine avant qu’il ne fasse trop de dégats. En espérant que ta fille n’en ait jamais besoin!

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  4. Voilà une conférence tedX de 10min sur le harcèlement scolaire. C est très bien fait, et ça donne les bonnes clés.

    (Souvent changer d établissement scolaire ne sert pas à grand chose, le harcèlement reprend avec d autres enfants.
    Sauf qd les études supérieurs débutent, car souvent, les jeunes choisissent des études où les autres jeunes leur ressemblent: bons élèves studieux entre eux.)

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    1. J’allais indiquer Emmanuelle Piquet aussi. Elle a publié un livre « Te laisse pas faire » qui tient la route sur ce sujet.
      J’ai morflé en 4°-3° : tête de turc de la classe, je n’osais plus répondre aux questions des professeurs en classe parce qu’on se moquait de moi à chaque fois, j’avais une santé fragile donc des absences fréquentes et du primaire au lycée j’ai eu droit à des remarques moisies. Mais la 4°-3°, ils avaient décidé que j’étais débile (et moche parce que maigre, il me semble). Je me rappelle avoir eu peur d’annoncer en classe où je faisais mon stage de 3° et mes envies professionnelles. Et que monitrice d’équitation c’était apparemment hilarant (bon j’ai fait autre chose mais franchement ?!).
      Ils n’ont pas atteint ma confiance en moi d’un point de vue intellectuel, par contre sur mon physique… alors que franchement ça va quoi. Ça s’est arrêté parce que j’ai déménagé (mais ils ont quand même laissé un message salace sur le répondeur de ma mère… 🤦🏻‍♀️).

      Je suis terrifiée et hyper vigilante avec mes filles.

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      1. Je suis désolée pour toi, ce n’est jamais facile de se (re)construire sereinement et de façon apaisée à cet âge là quand notre confiance en nous en prend un coup. Etre à l’écoute de ses enfants est déjà un très bon point afin de repérer les signes annonciateurs dès le début.

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    2. C’est très intéressant comme piste. Et je pense qu’elle a raison de vouloir apprendre aux enfants harcelés à se défendre par eux même. Ca ne peut que leur rendre service pour maintenant et plus tard.
      Cependant je pense que les harceleurs ont aussi la principale responsabilité. Et qu’éduquer, rendre responsable, punir est aussi utile. Car sinon, ils changeront juste de cible !

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    3. C’est très intéressant, je découvre Emanuelle Piquet. Elle a en effet raison sur de nombreux points, sauf que pour lancer des flèches, pour reprendre ses termes, il faut déjà en avoir le cran. Certains enfants l’auront et réussiront à s’en sortir d’eux mêmes, mais pour d’autres, l’aide d’un adulte extérieur, souvent un psy ou un conseiller est indispensable. Mes parents et ma famille plus généralement me donnaient exactement ces conseils, mais étant à un âge de défiance vis à vis de l’autorité, par pure provocation je n’allais jamais appliquer un de leurs conseils. Si un psy m’avait dit la même chose, là je l’aurais très certainement pris plus au sérieux et peut-être que j’aurais réussi à m’affirmer à ce moment là.

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  5. Voilà une article qui me fait drôlement réfléchir !
    Je me retrouve complètement dans ta description adulte, un peu moins dans celle de l’adolescence dans le sens où je n’ai jamais eu de pensées suicidaires et qu’il n’y a jamais eu d’intervention de la part de mes parents. J’ai peu connu la moquerie je crois mais plutôt l’ostracisme de mes « copines » qui m’ont gentiment dit d’aller voir ailleurs si quelqu’un voudrait bien de moi entre autres. Mais j’ai toujours eu beaucoup d’espoir pour la suite (lycée puis étude supérieure) et c’est ce qui m’a aidé à passer le cap en quelque sorte.
    En revanche, je n’avais jamais vu les choses sous l’angle du fait que les choses vécues au collège avait un impact sur mon caractère aujourd’hui. J’ai toujours inversé plutôt l’idée : mon caractère est une des causes du comportement des autres.
    Je ne sais pas quelle idée est vraie mais le fait de l’envisager autrement m’ouvre un monde de réflexion !
    Merci!

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    1. Je te trouve bien sévère avec toi même 🙂 certainement que notre comportement influence nos relations, si nous sommes plus vulnérables nous avons tendance à attirer les personnes les plus toxiques à nous. Mais c’est un cercle vicieux et le mal que ces personnes nous font affecte de facto notre comportement. Concernant le rejet de tes copines, je pense qu’on l’a tous vécu et pour le coup je met ça sur le fait de l’adolescence, la recherche de soi et l’affirmation de l’autorité par certains. Je me suis fait « viré » de ma première bande de copine avant que le harcèlement commence et dans mon cas c’était pour des broutilles qui n’avaient absolument rien à voir avec moi.

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  6. Je ne me suis jamais sentie harcelée même si j’étais dans ta situation (bonne élève, 1 an d’avance) et probablement un peu trop fière de moi. Quelques surnoms (Encarta entre autre..) parfois et peu d’amis mais rien qui me gênaient. J’ai eu conscience plus tard que ça aurait pu déraper mais j’ai eu de la chance.
    Je pense néanmoins que cette expérience a eu un impact sur ma personnalité comme les autres expériences de ma vie (bonnes ou mauvaises).

    Si je suis d’accord avec toi pour dire que la frontière entre mauvaises blagues et harcèlement est assez minces. Je ne pense pas que les victimes soient responsables de la situation.
    Si ca n’avait été toi, ca aurait été quelqu’un d’autre. Un groupe de harceleur veut avoir au moins une victime ! Tu aurais été plus forte, tu n’aurais peut être pas subi cela mais ils s’en serait pris à un autre élève.

    L’analogie qui me vient (et qui est probablement maladroite) est celle du viol. Quand la victime est tétanisée par la peur (physique ou psychologique) et n’ose même plus dire non. C’est quand même un viol ! Le coupable aurait dû s’assurer que la victime soit consentante et si on prête attention à l’autre vraiment on remarque bien une participation forcée, à contre-cœur.
    C’est pareil pour toi. Tu n’allais pas les chercher pour exhiber ta note, tu ne rigolais pas de bon cœur à leur surnom, tu ne mettais pas en avant ton âge ou la classe sautée, et tu ne sautais pas volontairement de ton vélo pour les faire rire ! Ils savaient ce qu’ils faisaient ! Ils n’avaient peut être pas conscience que c’était si mal que ca (et ils n’ont peut être toujours pas compris) mais ils savaient que tu n’y prenais pas du plaisir.
    Ce n’est pas de ta faute !

    Et bravo á tes parents d’avoir remarquer quelque chose et d’avoir tenté d’agir. Ce n’était pas parfait mais à cette époque on parlait beaucoup moins de harcèlement.

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    1. Merci Marina 🙂 C’est ce que je me dis, et c’est aussi ce que mes parents m’ont toujours répétés. Si tu pleures, que ça t’atteint, c’est que quelque chose cloche. Mais ce n’est jamais facile, ni agréable pour son ego de se catégoriser « victime ».

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  7. Moi aussi j’aurais pu écrire cet article (sinon que je ne crois pas que mes parents l’aient jamais su) ! J’en garde un peu les mêmes soucis que toi, mais atténués depuis que j’ai fait une thérapie pour dépression et phobie sociale à 20 ans, ça m’a bien aidé (je suis toujours introvertie et peu sociable mais ça ne me pose plus de problèmes). Le seul truc idiot qui me reste, c’est que j’ai hyper peur des groupes de préados, alors même que j’ai le double de leur âge haha.
    Ça s’est aussi calmé au lycée pour moi, j’ai enfin pu rencontrer des gens qui ne voyaient pas de raison de se moquer de moi (voire qui avaient vécu la même chose : une grosse pensée pour ma meilleure amie qui a pleuré le jour où elle a eu une bonne note et constaté que personne ne se moquait d’elle 😥 ), du coup c’est heureusement finalement juste un mauvais souvenir, mais j’ai mis du temps à aller mieux !
    J’ai aussi peur pour ma fille, elle aura probablement droit à un cours de self défense assez vite, mais pour le moment elle ne semble pas prendre le même chemin que moi : elle joue avec tout le monde à la place de jeu alors que moi je suis terrifiée et lorgne les autres parents en mode « non non viens pas me parler toi », j’espère que ses camarades se moqueront pas d’elle parce que sa mère est pas sympa 😀

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  8. Moi aussi je me reconnais dans certains passages de ton article. Mon « problème » au collège c’est que je cumulais bonnes notes et physique ingrat (acné, cheveux gras, coiffure et fringues improbables — j’avoue que j’en ris aujourd’hui quand je revois les photos de classe…), bref du pain béni pour les abrutis du collège.

    Quand tu dis que tu évitais « d’aller dans la cour pendant les pauses pour ne pas croiser tes « bourreaux » « , moi quand j’arrivais le matin avant mes rares copines je me planquais dans les chiottes pour ne pas croiser les abrutis en question et ne pas me prendre encore des moqueries…

    Quand tu dis « j’ai aussi développé un sentiment de paranoïa en ayant l’impression que, dès que je sortais de chez moi, tout le monde me (re)connaissait et se moquait de moi » : j’ai eu exactement le même problème !

    Heureusement, au lycée ça s’est beaucoup mieux passé pour moi car l’ambiance était meilleure, les élèves plus intelligents, et en plus j’avais changé de coiffure, ce qui mine de rien m’avait redonné un peu confiance en moi… Eh oui je ressemblais enfin à quelque chose !

    Puis la fac et ma vie de jeune adulte m’ont fait redevenir comme avant le collège, càd le contraire de la fille tellement timide qu’elle n’osait pas regarder les gens dans les yeux et qu’elle rougissait dès qu’un mec lui parlait gentiment…

    Bref, bravo à toi d’avoir eu le courage de vider ton sac ici ! 😉

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    1. En effet, beaucoup de ressemblances… Et tout comme toi, j’ai enfin le sentiment d’avoir réussi à briser ma carapace qui me protégeait pendant si longtemps et d’être redevenu la jeune fille insouciante et épanouie depuis que je travaille et que je suis plus à l’aise dans mes relations. Mais le chemin a été long.
      Le but de mon article n’était pas tant de vider mon sac (même si oui, cela fait du bien), que de mettre en avant cet harcèlement invisible. En espérant que cela puisse aider soit des personnes harcelées, soit des parents…

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      1. Comme tu le dis si bien dans ton article, le harcèlement « 2.0 » est bien plus insidieux puisqu’il ne se déroule plus devant témoins (camarades, profs, pions… même si ceux-ci ne levaient pas forcément le petit doigt) mais sur le net… Et c’est encore pire…

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  9. Bonjour, j’ai également connu ça. Le tout premier souvenir dont je me rappelle c’est en primaire, je pleurais seule dans le patio car personne ne voulait jouer avec moi. Un professeur est venu me voir, je lui ai expliqué et il m’a « disputée » en me disant que c’était à moi de me forcer et d’aller vers les autres (il avait certainement raison, mais j’étais si petite). Les seuls souvenirs que j’ai de mes années collège et lycée sont que je m’enfermais aux toilettes dès lors que je n’était pas en cours, car j’avais honte d’être seule et que je ne voulais pas être moquée ou chamaillée. J’ai oublié tout le reste, surtout les noms et prénoms. A la fac et en BTS je supportais mieux la solitude, je lisais beaucoup, je révisais, je m’isolait dans ma voiture et non plus aux toilettes. Mon année de licence m’a ressuscitée, je suis allée à Paris, le grand inconnu, je ne connaissais rien ni personne je partais d’une page blanche, sans aucun boulet, ça restera pour moi la meilleure année de toute ma vie, j’y ai rencontré des amis très chers et j’ai enfin vécu.
    Maintenant, j’entame le milieu de la trentaine, je suis toujours très réservée, c’est toujours presque insurmontable pour moi d’aller vers les gens, mais j’apprécie quand des gens veulent faire connaissance. J’ai réussi à fonder ma famille avec mon mari extraordinaire et mes deux petits princes. C’est ma petite victoire. Mon prochain combat, ce sera de leur donner les armes le plus tôt possible pour s’exprimer, expliquer ce qu’ils ressentent, se comprendre et s’accepter, être gentils et être capable de reconnaitre si eux où quelqu’un de proche a besoin d’aide. Les mots m’ont souvent manqués, je veux leur apprendre à s’en servir.

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  10. Passionnant ! J’avais vu une interview de cette psy a propos des flèches etc et j’avais trouvé ça génial et globalement très vrai. Je n’ai pas eu un bon collège, on a déménagé pour la 6eme ce qui m’a fait perdre d’un coup toutes mes amies et mes repères, le tour couplé à un changement de système d’apprentissage et a l’entrée dans l’adolescence et ses émois… Bref, j’ai souffert mais je ne pense pas avoir été la cible particulière de harcèlement. On se voyait tous des pics, je veux dire. Je pense que j’ai eu la chance d’avoir des parents qui nous ont bcp parlé, soutenu, endurci, mis en confiance etc. On a tous les 3 bcp d’auto dérision. Et ça aide dans ces périodes la. Par contre, je pense avoir loupé bcp de choses, par méfiance… J’ai trouvé une amie au lycée qui m’a dit un jour « on était dans le même collège, j’avais essayé de te parler mais tu étais dure à atteindre »… Je m’étais frais une sacrée carapace! Aujourd’hui c’est une excellente copine, plus de 15 ans après !

    Par contre, quand j’ai eu vraiment du mal au collège, que ça me rendait triste d’aller en cours, ma maman m’a trouvé une pedopsy absolument géniale. J’ai du faire 5 ou 6 séances, je ne sais plus de quoi j’ai parlé ni ce qu’elle m’a conseillé, amis ça m’avait fait un bien énorme et ça m’a marqué : je sais que parfois, on n’a pas besoin d’aide, mais juste d’écoute et d’échanges avec quelqu’un qui n’est pas émotionnellement engagé.

    Ça m’a aussi appris qu’en tant que maman, parfois, il faut savoir passer le flambeau à quelqu’un d’autre quand on ne sait pas comment aider son enfant ! Je parle bcp a la lueur de ce qu’elle vit à l’école… C’est une boule d’énergie et elle est plutôt leader, pour le coup j’ai peur qu’elle soit côté harceleur… donc oui, on debrief autant que possible !

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  11. Je viens de me souvenir qu’en fin de collège, un abruti d’en ma classe se moquait de ma très petite poitrine (en cours de sport) et me demandait souvent pourquoi je mettais des soutifs vu ce que j’avais.
    Je m’en étais plaint à mes parents et au départ ils m’avait conseillé de l’ignorer mais après 2 semaines, on s’est assis en famille (avec mon frère et ma soeur) et on a imaginé des réponses à lui faire ensemble.
    Je ne me souviens plus de tout bien sûr mais je sais que j’avais catégoriquement refuser d’en dire certaines (« je serai toi je ne dirais rien, car vu ta tête, t’es pas prêt d’approcher une poitrine grosse ou petite ») et qu’on s’était finalement mis d’accord sur quelque chose du style « pourquoi ca t’étonne? tu mets bien un caleçon alors que t’as pas de couilles! » et que mes parents m’avaient dit de lui répondre devant quelques un de ses copains, voir la classe entière. J’osais pas trop. Ils ont alors proposé que je le dise assez fort pour que le prof m’entende et intervienne. Comme ca, j’aurais le dernier mot, il ne pourrait pas répliquer et que si le prof me punissait ils iraient lui parler. Ce ne fut pas facile mais ce fut radical. Le prof s’est marré, ses copains aussi. Et il ne s’est plus jamais moqué de moi !
    Pouvoir parler à ses parents et avoir leur soutien ca peut tout changer !

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