Quand le sexe n’est pas une priorité

Quand le sexe n’est pas une priorité

Ah ! Le sexe ! À l’origine de toute vie, tantôt sacralisé, tantôt diabolisé, il occupe une place prépondérante voire omniprésente dans la société depuis la nuit des temps.

Il est vrai qu’au même titre que la respiration ou l’alimentation, la reproduction fait partie de ces fonctions primitive de tout être vivant.

Et à l’instar de l’alimentation dont l’objectif initial, la survie de l’espèce, a évolué vers un objectif purement gustatif où la recherche du plaisir est inversement proportionnelle aux bienfaits sur notre santé (#legrascestlavie), le sexe ne se limite plus à sa simple fonction reproductive.

Dans notre société moderne et dans d’autres anciennes, bien avant que le christianisme ne jette l’opprobre sur un acte aussi naturel que le fait de manger, le sexe est mis sur un piédestal. Quoi que l’on fasse, où que l’on soit, le sexe, ou plutôt nos pratiques sexuelles, ont envahi notre société et notre culture.

Sauf chez moi.

couple qui se tient la main
Image by Free-Photos from Pixabay

En effet, en couple depuis presque 15 ans, nos relations sexuelles n’ont jamais été une priorité. Avec nos 2-3 rapports par an, nous sommes en effet bien loin de la moyenne française de 2 rapports par semaine. Et malgré tout, notre couple est épanoui.

Alors, si tout va bien, pourquoi venir t’en parler ? Après tout, tout le monde sait qu’il n’y a pas de normalité en termes de sexualité et tant que ça convient aux principaux intéressés, c’est le plus important, non ?

Et bien, même si je suis au clair avec ma sexualité maintenant, cela n’a pas toujours été le cas. Je me suis souvenue de moi plus jeune, cherchant désespérément des infos sur la toile et ne trouvant rien qui aurait pu me rassurer. Et dans un autre registre, plus récemment, j’ai lu bon nombre de témoignages de femmes avouant se forcer dans une plus ou moins grande mesure à « passer à la casserole » avec leur conjoint de peur de subir du chantage ou que ce dernier les quitte.

Et je me suis dit que finalement mon témoignage permettrait peut-être de briser un tabou, ou du moins d’apporter un œil différent sur le sujet.

Donc voilà, aujourd’hui, je te parle de ma sexualité. Ou plutôt de ma « non sexualité ».

Comme je le mentionnais plus haut, nous n’avons que très peu de rapports sexuels avec l’homme. Alors oui, au début de notre relation, on était un peu plus « foufou ». Mais sachant que nous entretenions une relation à distance, pendant les 3 premières années, nous ne nous voyions que tous les 2 mois environ. Et franchement, déjà, à cette époque, nous avions envie de profiter l’un de l’autre d’une autre façon qu’en restant sous les draps tout le week-end lors de nos retrouvailles.

En effet, nous aimons discuter ensemble, échanger et débattre sur de nombreux sujets très variés. C’est d’ailleurs comme cela, après plusieurs mois de discussions par messagerie internet, sur des sujets aussi érotiques que des débats sur nos choix politiques ou notre vision de la vie et du monde, que nous sommes tombés amoureux.

Je pensais à cette époque que ce manque de désir était lié au peu de temps que nous passions ensemble et que le jour où nous emménagerions ensemble, l’envie se développerait. Mais il n’en a rien été.

Quand nos rapprochements intimes ont commencé à s’étioler, assez rapidement après notre emménagement, je me suis posée beaucoup de questions sur le pourquoi du comment. Surtout que je le précise, dès lors que j’ai un rapport sexuel par envie, j’apprécie énormément. J’ai la chance d’avoir des orgasmes assez facilement je pense, et je ne suis donc pas « frustrée » ni autrement dit vulgairement « mal-baisée » comme certains pourraient le penser. J’ai aussi changé de contraception, pensant que cela était lié à la prise d’hormones, sans aucun effet.

À cette époque, en cherchant des infos sur la toile je ne suis tombée que sur des articles qui considéraient que le manque de désir ne pouvait venir que d’un problème psychologique nécessitant une thérapie pour le corriger. Sauf que moi, je n’avais aucune envie de le corriger. Je n’étais pas mal dans ma peau, et ce manque ne me manquait pas, justement. Et puis, un jour finalement, je suis tombée sur un article définissant l’asexualité. Je n’aime pas les cases alors même aujourd’hui, je refuse de me considérer comme tel, mais pourtant cela ressemble pas mal à ma situation. Et surtout, plus important encore, l’asexualité n’est pas considérée comme une pathologie mais un type d’orientation sexuelle que l’on ne choisit pas plus que l’hétérosexualité ou l’homosexualité. Il n’en fallait pas plus pour me rassurer, je n’étais ni malade, ni anormale.

De son côté, l’homme s’est aussi posé beaucoup de questions, pensant que je ne l’aimais plus ou encore qu’il ne s’occupait pas assez bien de moi lors de nos câlins. Alors qu’il n’en est rien. Je suis très amoureuse, très câline, j’adore quand il me prend dans ses bras, les petits bisous et toutes les marques d’affection, mais sans pouvoir l’expliquer vraiment, je considère le sexe un peu comme un loisir. C’est très sympa et agréable quand c’est occasionnel, mais cela ne m’apporte pas assez pour que je veuille recommencer plus souvent. Même en solo.

Il faut dire qu’en effet, nous partageons de nombreuses activités ensemble qui m’apportent bien plus de plaisir et d’épanouissement dans ma vie de couple. Typiquement, je préfère largement passer une soirée pizza-bière-série, lovée dans ses bras que de me lancer dans une partie de jambes en l’air. Ayant peu d’amis, des familles éloignées et sans enfant, nous sommes H24 ensemble en dehors de nos heures de travail et avons ainsi développé notre complicité autour de nos passions communes mais aussi grâce à nos valeurs et une vision du monde que nous partageons tous les deux.

Je ne vais pas te cacher que l’homme aimerait sans aucun doute avoir des moments d’intimité ensemble plus fréquemment, mais il a bien pu constater les quelques fois où je me suis un peu forcée (disons les choses comme elles sont) que je n’y prends aucun plaisir. Et lui non plus finalement. Donc, désormais, même s’il a envie, quand il voit que ce n’est pas mon cas, il n’insiste pas. Je tiens aussi à le préciser, mais jamais il ne m’a fait de chantage ou ne m’a fait culpabiliser sur ce point.

Et pour en avoir discuté de nombreuses fois, même si ce n’est pas parfait, notre mode de fonctionnement lui convient très bien. La preuve, il est encore là après 15 ans. Je pense que s’il avait dû partir à cause du manque de sexe, il l’aurait déjà fait. Et pour être complètement honnête, je lui ai toujours laissé la possibilité d’aller voir ailleurs s’il en ressentait le besoin. J’ai une vision assez ouverte du couple et je considère que le sexe et l’amour peuvent être différencié. On peut coucher avec quelqu’un sans l’aimer et on peut aimer quelqu’un sans pour autant partager de moments intimes. Pour autant que je sache, ce n’est pas une option qu’il a considéré jusqu’à présent.

Je ne pense pas que notre couple soit si différent des autres, car je connais peu de couples en complète harmonie sur tous les sujets. Alors que certains sont en désaccord sur l’éducation des enfants ou la charge mentale, chez nous c’est le sexe. Et comme à chaque fois qu’il y a désaccord, il y a deux options, soit on discute et on essaye de trouver une solution qui mette tout le monde d’accord, soit on se sépare. Nous avons choisi la première option, enfin, surtout l’homme qui se retrouve impacté, et bien que cela puisse surprendre, nous avons ainsi trouvé le bon équilibre pour notre couple.

Je conclurais donc mon témoignage en 3 points :

1. Ce n’est pas parce que le sexe est omniprésent dans la société que tu dois te fondre dans le moule si ce n’est pas ton truc. S’il y a des femmes dont le sexe n’est pas la priorité, dis-toi qu’il y a aussi des hommes dans ce cas. Et cela vaut pour toutes les pratiques ou orientations sexuelles. Pour revenir à ma comparaison avec l’alimentation, on a tous nos préférences et on ne devrait jamais se sentir forcé ou obligé de manger quelque chose que l’on n’aime pas. Même par politesse.

2. On peut être en couple depuis longtemps et être toujours aussi amoureux et complices, même avec très peu de relations sexuelles. Le sexe n’est pas une fin en soi et la complicité d’un couple peut se développer au travers de nombreuses autres activités. Dans notre cas, cela est aussi passé par beaucoup de discussions sur nos priorités dans la vie.

3. Et comme je ne pense pas que mon conjoint soit un cas isolé, oui, certains hommes sont prêts à se passer de sexe par amour sans pour autant être infidèles ou culpabilisants.

8 commentaires sur “Quand le sexe n’est pas une priorité

  1. Merci pour cet article qui, je pense, va décomplexer.
    Je pourrais totalement reprendre ton titre, mais avec l’effet inverse. Le sexe n’est pas une priorité dans notre couple dans le sens propre du mot.
    Par contre nous sommes totalement en phase sexuellement et avons un rapport tous les jours (ou presque car je n’aime pas quand j’ai mes règles – et non plus la tête à ça aussi !). Parfois c’est le matin au réveil ou sous la douche ou le soir avant d’aller au lit.
    Alors dit comme ça, ça ressemble à un acte « ritualisé » même s’il n’en est rien ! Avec Mari Barbu on ne peut simplement pas concevoir une semaine sans sexe.
    Le plus important c’est que chaque couple soit en phase avec ses attentes et ses envies, le tout dans le respect de l’autre
    Et encore merci pour ce chouette témoignage

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  2. Je reste sur le cul (haha !) à la lecture de ton article. Plus précisément, je suis impressionnée et ravie d’une telle transparence, car c’est un discours que je pense assez tabou. Perso je me situe entre deux, moins que la moyenne nationale, mais plus que vous, et je suis en paix avec ça. La plupart du temps. Parfois, la comparaison avec ce qui me semble normal me rattrape un peu 😏
    Longue vie à votre couple ! Et vive les orgasmes 😁

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  3. En fait, ça me fait penser au une amitié amoureuse que j’ai connue (j’ai appelé ça comme ça) et perdue justement faute d’attirance physique. C’est-à-dire que j’étais littéralement amoureuse de la personne en tant que telle mais n’avais aucune envie de sexe avec. Pareil, le toucher ok, au contraire mais c’était plus de la tendresse.
    C’est un de mes plus gros regret car je considère avoir réellement perdu un ami très cher qui, lui, voulait aller plus loin ou, par manque d’assurance à l’époque, a fini par mal le prendre et à couper les ponts.
    Je vous envie quelque part mais je ne regrette pas du tout ma rencontre avec mon mari avec qui c’est une tout autre histoire ! 😉

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  4. Eh bah ! Merci pour ce témoignage sans tabou sur un sujet aussi tabou ! C’est vraiment chouette d’avoir un autre son de cloche, je te remercie d’avoir pris la peine de l’écrire. Et pour moi qui ne suis pas très portée sur la chose, ça m’ouvre des portes de réflexion !

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  5. Merci pour ce post sympathique et décomplexé! 2 fois par Semaine? Ce n’est pas la première fois que je lis ce chiffre mais il me laisse toujours songeuse…. comment un couple avec 2 enfants en bas âge (ou 1 ou 3) où avec des horaires décalés ou que sais-je peut il avoir l’énergie mentale, la disponibilité psychologique le TEMPS de faire des câlins 2 fois par semaine…. je serai curieuse de connaître cette statistique après 1, 10, 20 ans de couple, avec sans enfants etc… je la trouve monstrueusement culpabilisante. Pour ma part, après quelques mois «foufous » nous avons beaucoup ralenti l’allure… et par moment on remet ça! L’an dernier par exemple durant le confinement on était en télétravail tous les deux, c’était fiesta tous les midis! En vacances à deux c’est tous les jours mais en dehors des pandémies et de nos 1 ou 2 week end prolongés en amoureux, on est sur 1 fois par semaine … ou par mois! Depuis que nous avons des enfants j’ai plutôt besoin de me retrouver seule avec moi même (exemple après les accouchements c’était zone en travaux plus personne ne rentre ou ne sort d’ici avant nouvel ordre!).

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  6. J’aime beaucoup ton article et je te remercie de parler de ce sujet aussi librement et sans tabou.
    Comme Mme Vélo, je ne suis pas trop portée sur la chose et encore plus en ce moment. Fatigue enfants en bas âge, franchement je me contente facilement d’un rapport une fois par mois.
    Et comme le commentaire précédent, je trouve cette moyenne de 2 fois par semaine hyper culpabilisante et j’avoue qu’à part au tout début de notre relation on a jamais été sur cette moyenne. Pour autant j’apprécie beaucoup les moments d’intimité quand il y en a mais comme toi ce n’est pas essentiel à mon couple.

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  7. Merci pour cet article si déculpabilisant autour d’un sujet très tabou. Mon mari et moi sommes ensemble depuis 13ans et nous n’avons pas d’enfants. Notre rythme n’a plus rien à voir avec celui de nos débuts, et en raison d’un souci de santé de ma part ( endométriose et arrêt du Lutényl), nos rapports sont plus espacés car il m’arrive de saigner entre mes règles ( bonjour le côté glamour).
    Je pense que le sexe et la bonne entente sexuelle sont des ingrédients importants dans un couple, mais ne tiennent pas la première place.
    Sinon, aucun couple ( le vôtre 15, le mien plus de 13 ans) ne resterait ensemble plus de quelques semaines ou mois.
    L’amour peut se manifester de plein d ‘autres façons possibles…

    Il nous arrive à mon mari et à moi d’être nostalgiques de l’époque où nos rapports étaient plus fréquents. Mais on mesure aussitôt le chemin parcouru et on se dit que le meilleur ( la ménopause dans mon cas, lol) reste à venir.
    Le tout est de trouver, comme vous l’avez fait, un équilibre.

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  8. Coucou ! Maman de 2 enfants, les rapports ont repris moins de 2 mois après chaque accouchement, et l’arrêt de la pilule libératoire… Merci a l’infertilité de Monsieur Loup, plus besoin de me gaver d’hormones et retour de la libido en force ! En période lutéale, c’est tous les jours, et même d’ailleurs si j’étais pas si épuisée, si on se voyait pas si peu, si je m’endormais pas si vite après, ce serait sûrement plusieurs fois par jour… Là que j’ai repris la pilule pour le retour en pma, on en est a laborieusement une fois par semaine, quand j’ai un sursaut de désir… Monsieur Loup sait que c’est les hormones qui foutent le bordel, ça ne durera pas, il s’y fait. C’est pour mieux se retrouver après. Quant au temps… On se voit de 20h a 6h en semaine, le temps passer ensemble sous la couette est aussi précieux que celui passé le soir avec mes enfants… Nous ne regardons pas la TV, c’est notre « rituel du coucher  » 🙂 mais comme le dit Lola, tout ça, c’est une question d’envie et d’entente sur le sujet 🙂

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