Le ballet des trois heures

Le ballet des trois heures

Il est 21 heures et le cri d’un nourrisson vient déchirer le début de quiétude de cette soirée. Les autres enfants sont à peine couchés et notre repas pas encore avalé. Pourtant se lance alors un étrange marathon, une course contre la montre, contre le temps.

45 minutes, c’est le temps qu’il faudra en moyenne pour que mon nouveau-né avale son biberon. Il n’est pas pressé, c’est peu de le dire, mais en plus chaque soir, il est énervé et se débat avec la tétine, nous aspergeant de lait au passage. Nous allons sûrement nous relayer, un avant le change, un après, pour ne pas trop nous énerver avec lui.

Puis il faudra arriver à le coucher, de préférence dans son lit, de préférence sans pleurs. Parfois ça prend du premier coup et parfois il faut faire preuve de patience, à coup de balade et de berceuses. Il me faudra trouver le moyen d’avaler un morceau en parallèle, mais aussi gérer la grande qui a envie de faire pipi, ou le chien qui réclame son dîner.

Puis vient le moment de préparer la nuit : quatre biberons, préremplis d’eau, une boite de lait posée sur le meuble près du berceau, assez de bavoirs et de couches, vérifier que la veilleuse est chargée et que le fauteuil de la chambre n’est pas recouvert des Lego de sa sœur. Mon nourrisson a un sommeil agité à cette heure du soir alors je croise les doigts (des mains et des pieds) pour qu’il ne se mette pas à hurler.

Quelques minutes dans les bras de mon chéri. Cinq, dix, guère plus. Nous échangeons sur le programme du lendemain : qui amène petit Chat à l’école, quels travaux sont prévus sur notre chantier, est-ce que nous aurons du temps pour se voir dans le week-end ? Brossage de dents, de cheveux si j’ai la foi. Une douche parfois, si je n’ai pas réussi à la prendre en journée. On frôle dangereusement les 23h : il est temps pour moi d’essayer de dormir. Car à minuit, comme une horloge bien réglée, bébé poussera de nouveau un cri et souhaitera se rassasier. Manger lui prendra de nouveau 45 minutes, parfois moins car il s’endormira sur son biberon, et en laissera une bonne moitié. Et nous repartirons pour le sempiternel ballet des 3 heures.

temps, nourrisson, rythme
Crédit photo : anncapictures

3h, 6h, 9h. A croire que mon fils a été coucou suisse dans une autre vie. Toutes les trois heures, ce cri déchire le silence de la nuit et me rappelle à ma mission première : Lui. Ma mission première mais pas unique. Dans la chambre voisine, dort une petite fille qu’il faudra lever, préparer et faire déjeuner pour un dépôt en bonne et due forme à l’école pour 8h30. Et là, sur le canapé, un monsieur Ours qui passe chaque jour 12 heures sur un chantier et a grand besoin de dormir la nuit ; mais qui aimerait aussi profiter de sa femme. Même le chien ramène parfois sa fraise au milieu de la nuit pour une sortie pipi. Et moi, au milieu de tout ça, je compte les heures de sommeil sur les doigts d’une main.

Depuis quand n’ai-je pas dormi plus de deux heures consécutives ? Est-ce qu’on peut mourir de ne jamais bien dormir ? Est-ce que je vais finir par prendre ce pli et passer le restant de ma vie dans un ballet de trois heures qui n’en finit plus ? Sûrement car, malgré le manque de sommeil, il n’est pas rare que mon cerveau me réveille à 2h55, juste avant le cri d’alerte de mon petit garçon.

Dormez quand ils dorment, même la journée qu’ils disaient. Oui mais ils ont oubliés que pendant ce temps, la vie ne s’arrête pas, qu’il faut aller chercher l’aînée à l’école, faire des courses pour le dîner, ouvrir au livreur et répondre à un coup de téléphone. Ils ont oublié que contrairement à nos progénitures, notre cerveau adulte différencie très bien le jour et la nuit et qu’il nous est impossible de fermer l’œil sitôt le jour levé. Ils ont oublié que bébé ne dort pas non plus toujours dans son lit et que dès lors que ce sont nos bras qu’il choisit pour piquer un petit somme, nous sommes foutus.

Et ce ballet des trois heures qui n’en finit plus, qui continue la journée : 12h, 15h, 18h. Choisir entre deux biberons s’il vaut mieux manger ou prendre une douche, ranger la lessive ou faire la vaisselle. Gratter quelques minutes aux toilettes, et lancer un thé chaud pour tenir le coup. Prier aussi pour qu’on ne soit pas dans un pic de croissance, et que le ballet se transforme en anarchie la plus totale.

Alors, à toi la jeune maman qui ne dort plus, qui a l’impression de jongler avec le temps, et qui ne compte plus les heures qu’à travers le ballet des biberons et des couches à changer, sache que je te comprends et que je t’envoie tout le courage qu’il me reste. Sache aussi que ce n’est qu’une phase et que bientôt tu pourras de nouveau regarder une montre et dire : « Chéri, on se fait un film ce soir ? J’ai pas sommeil ! »

Allez, je vous laisse, il est bientôt 21h et mon ballet va (re)commencer.

18 commentaires sur “Le ballet des trois heures

  1. Alala ça me replonge dans de mauvais souvenirs !.. mon aîné c’était même toutes les 2h30.. franchement quand on voit l’épuisement que ça crée un nouveau né c’est à se demander comment les humains continuent de se reproduire 😅 .. ! Courage à toi et à tous.tes celles et ceux qui vivent ça en ce moment ! Heureusement il y a une fin!

    J’aime

    1. C’est exactement ce que je me dis en permanence ^^ mais comment est-ce possible que l’humanité ne se soit pas éteinte ? Piiiiiire, comment ça se fait que même en l’ayant vécu on continue à agrandir les fratries ?! Ah oui, je sais, on oublie ^^ » et on les aime quand même ! Et puis surtout un jour ils dorment un peu plus et ils se mettent à nous sourire, donc ça aide drolement.

      J’aime

  2. OMG qu’est-ce que je l’ai maudit ce bib de 2h chez nous ! En revanche, on partageait, mon mari s’occupait de celui de 21 ou 22h et je prenais ceux de la nuit. Du coup, j’arrivais à gratter. En plus, je n’ai aucun problème d’endormissement, donc j’ai suivi au max la sieste en journée, surtout en début d’aprèm.
    Bon courage les mamans de tout petits ! ❤

    J’aime

    1. Que je jalouse les personnes capables de dormir en journée ^^ » Je suis une grosse dormeuse, mais purement nocturne. Impossible de fermer l’oeil en journée, c’est une malédiction quand on a des enfants.

      J’aime

  3. Bonjour Yume,
    D’abord, je t’envoie tout mon soutien et j’espère que les cycles vont bientôt s’allonger, au moins la nuit.
    Ensuite, pardonne moi si je suis un peu brutale mais je suis un peu choquée par le fait que tu gères toute la nuit et toutes les nuits parce que ton mari a besoin de dormir pour travailler le lendemain. Oui un travail physique exige de dormir mais toi tu gères un enfant toute la journée… Je trouve que ce n’est pas juste et que c’est même dangereux pour ta santé.

    J’aime

    1. Alors pour commencer je vais rassurer tout le monde, cet article je l’ai écrit il y a environ deux mois, et depuis mon petit garçon a décidé de faire ses nuits, ce qui est un vrai soulagement. En général je n’ai plus droit qu’à un réveil, et souvent juste pour une totote ou une couche à changer, donc on a vraiment passé le cap des nuits hâchées (joiiiiiiiiiie :D).
      Ensuite j’ai parfaitement conscience que notre fonctionnement avec mon mari était un peu risqué pour moi (et si je veux être tout à fait honnête nous sommes arrivés à un moment où j’ai craqué et où je suis partie dormir plusieurs nuits ailleurs pour récupérer, et lui a fait une pause de chantier du coup pour prendre en charge bébé). Mais je savais à l’époque que ce n’était qu’une phase, et je m’estime même extrêmement chanceuse que ce soit déjà terminé (à toutes celles qui ne dorment toujours pas au bout de 1, 2 voir 3 ans, vous avez mon admiration éternelle !).
      La réalité c’est que nous avons fait le choix, dès le début de ma grossesse, de gérer en parallèle un nourrisson et une rénovation de grande ampleur, car ce sont deux opportunités qui se sont présentées exactement au même moment, et nous avons pris les deux en connaissance de cause, lui sachant qu’il allait devoir énormément travailler, moi que j’allais devoir gérer les premiers mois de bébé souvent seule. Et si ça a été dur à vivre (et ça l’est encore parfois) on sait quels sont les objectifs derrière, et on essaie de combattre la fatigue et le stress en restant concentrés sur ça ^^

      J’aime

  4. Je suis en plein dedans ! Un petit de 2 ans et un mini de 2 mois. Et ici aussi, les biberons s’enchaînent tous les 2 à 4h (pas de régularité chez nous !) avec 2 problèmes principaux: il faut absolument changer la couche à chaque bib car bébé fait énormément pipi et changer la couche la nuit ça me saoule ! et il ne se rendort pas après le repas mais 30 min à 1h après ! Donc on reste debout avec lui pendant longtemps et on a peut de temps pour dormir entre les bib.

    Mais ici on partage les bibs et donc la fatigue ! Monsieur ne risque rien de grave si il va travailler un peu fatigué donc aucune raison de le faire seule.
    Nos familles qui habitent pourtant très loin (à plus de 800km) se sont relayées (malgré le Covid) pour nous soutenir et on a déjà eu 4 vraies nuit de sommeil ou ma mère, ma soeur et son mari géraient les nuits pour nous. Et mes beaux parents ont géré les levers aux aurores du plus grands pour nous permettre de grappiller quelques minutes de sommeil en plus. On est vraiment chanceux !

    Et quand je vois ton article, je me dis qu’on a vraiment eu raison de décidé d’acheter une maison sans aucun travaux (c’était mon critère numéro 1!) et de ne jamais avoir voulu d’animaux de compagnie. On limite vraiment les distractions et les problèmes. 2 enfants ca me suffit en terme d’imprévus !

    Courage à toi ! J’espère que cette étape est bien derrière toi et que tu profiteras au maximum de ta famille avec moins de fatigue !

    J’aime

    1. J’avoue que j’aurais aimé de l’aide de nos familles pour prendre le relais, mais bon….
      Quand à la maison, on avait le même critère au départ ^^ » Et puis le coup de coeur s’en est mêlé !

      J’aime

  5. Ohhh des vraies nuits,
    Ici c’est du passé, mais c’était toutes les 3heures et… dix minutes.
    Et comme j’allaitais, je me levais. Généralement mon mari m’aidait sur celui de minuit et de 6h.
    Une fois en parlant à mamie, elle m’a dit «  je vais chez ma fille l’aidait un peu et donner qques bib la nuit ». J’étais jalouse de sa fille (que je ne connaissais pas), j’aurai voulu de l’aide également.
    Maintenant c’est derrière, mais qu’est ce que c’est dur ce balai nocturne.

    J’aime

  6. Le ballet des 3h ! Naïvement on se dit que c’est 3h de sommeil entre 2 bib’. Que nenni. c’est 3h entre les bib’s.
    J’estime qu’on a eu de la chance avec notre fils la nuit. Il fallait 30 minutes chrono pour le biberon et le change et hop il dormait (la journée pas du tout).
    En revanche j’ai allaité et comme M. n’était pas doué c’était allaitement au sein + bib et tire lait ensuite Cela me prenait 1h30. J’ai craqué et finalement Chéri donnait le biberon, je tirais pendant ce temps. Je ne donnait plus le sein la nuit. Je pensais que ce serait temporaire mais finalement enlever la tété la nuit a été salvateur.
    Après avoir connu cette période je comprend mieux pourquoi la privation de sommeil était une technique de torture… Force à celles qui sont en plein dedans !

    J’aime

  7. Fiouh, à moi aussi cet article rappelle de mauvais souvenirs, ma fille aussi était à peu près aux trois heures, ça s’est un peu espacé vers 3-4 mois mais ensuite j’ai repris le travail et comme je l’allaitais elle refusait de manger en mon absence, du coup jusqu’à ce que j’arrive à la sevrer vers 1 an elle se réveillait toutes les 3 voire 2h pour compenser la journée… Et évidemment comme elle refusait tout biberon mon mari ne pouvait rien faire, c’était long !
    Du coup je dois avouer que ton article me fait me sentir très très contente de ne pas vouloir d’autres enfants, ne serait-ce que pour que cette période horrible ne m’arrive jamais plus ! Mais courage à celles qui sont dedans, c’est pas facile !

    J’aime

    1. J’en ai mal au coeur pour toi rien qu’à te lire. Je trouve ça encore plus horrible quand ils ont commencé à espacer les repas de revenir d’un coup en arrière…. Et je comprends que tu ne veuilles plus d’enfants, ça a dû être une année très très longue.

      J’aime

  8. J ai allaité ma 2nde 11 mois pendant lesquels elle se réveillait de 5 à 2 fois sur la fin. Puis un réveil nocturne jusqu’à ses 2 ans 1/2. Que ce fut long, j étais sur les nerfs. Heureusement j arrive à dormir un peu en journée.
    Malgré ça je recommence avec numéro 3 dans peu de temps, on doit oublier c est donc vrai 🙂

    J’aime

  9. Hélas, je me souviens d’un temps pareille de ma vie. J’ai eu des jumelles quand mon fils a eu 2 ans. Je n’ai pas dormi plus de 4 heures à la fois pendant 15 mois. Les conseils des autres étaient nuls. Ma seule consolation a été de me rappeler que ‘ce qu’une femme peut faire une autre le peut aussi’. Cette période difficile va se terminer, je vous rassure. Bonne chance!

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s