« Maman, est-ce que tu m’aimes ? »

« Maman, est-ce que tu m’aimes ? »

« Maman, est-ce que tu m’aimes ? » Cette petite question, il est si simple d’y répondre ! « Bien sûr que je t’aime mon cœur ». Elle est arrivée bien après l’adoption, bien des mois après la rencontre. Je ne sais pas ce qui l’a éveillée. Toujours est-il que cette question fait désormais partie de notre quotidien.

Quand cela se répète

Je ne sais pas ce qui fait que Pirlouit s’est mis à la poser de plus en plus souvent. Actuellement, il peut nous le demander 20 fois par jour. Et je n’exagère pas. Le matin au réveil, ce sont souvent ses premiers mots, alors qu’il déboule dans notre chambre encore tout ensommeillé et les cheveux « en pinard » comme il dit. Il peut nous le demander 2 ou 3 fois d’affilée. Me la poser à moi puis aussitôt après à son papa. Nous la crier depuis sa chambre, quand il y joue tout seul. L’insérer au milieu d’une conversation qui n’a rien à voir. Ou au travers de la porte quand on est aux toilettes…

Je sais bien entendu d’où cela vient. On a été informés lors des réunions sur la parentalité adoptive que nous avons faites avant son arrivée. La peur de l’abandon est là, celle de ne pas avoir été assez digne d’être aimé pour être gardé par ses parents biologiques également. C’est aussi pour ça que notre petit est aussi mignon et charmeur : c’est un moyen pour lui de s’assurer qu’on va vouloir le garder, qu’on va l’aimer.

Alors cette question si simple renferme bien des choses pour lui. Il ne s’agit pas de lui répondre « mais oui » sans le regarder ou de manière automatique. Au début, bien sûr je me contentais de lui répondre que je l’aimais, sans développer. Mais avec le temps, il a fallu trouver d’autres réponses pour arriver à le contenter et apaiser ses inquiétudes.

Parfois, c’est épuisant. Répondre 4 fois de suite « Oui ». Avoir droit à un petit garçon qui se met à bouder ou à se plaindre qu’on ne l’aime pas si on a le malheur de ne pas répondre dans la seconde. De mon côté, j’arrive à faire abstraction de mon agacement mais M. Chéridamour s’est énervé une fois. On en a rediscuté ensemble : même si c’est parfois agaçant, il faut prendre le temps de lui répondre. Et quand on est fatigués par cette question, on peut se contenter de répondre un « oui bien sûr » franc et net, l’important étant de toujours le rassurer.

Crédits photo : Dima Valkov

« Oui je t’aime »

Avec le temps, j’ai pris l’habitude de varier mes réponses. Je lui retourne la question : « et toi, est-ce que tu m’aimes ? » Je lui dis qu’il n’imagine pas à quel point je peux l’aimer, et qu’il ne comprendra peut-être que s’il devient papa un jour. J’essaie de le faire rire, en lui faisant des réponses absurdes « si je devais choisir entre toi et le chocolat, je te choisirais toi, tu imagines combien je t’aime ? » Je développe parfois longuement, en lui serinant que même s’il fait des colères, qu’il a fait quelque chose qui ne m’a pas plu, que je l’ai grondé, je l’aime toujours. Souvent je lui fait un gros câlin pour lui répondre, je sens que cela le rassure.

D’autres fois, quand je sens la question arriver « maman… » je réponds avant même qu’il ne la pose. Et chaque fois qu’il tente de placer un mot, je le coupe avec un « oui je t’aime » de plus en plus fort ce qui finit par le faire éclater de rire.

Il y a bien sûr les livres qui viennent à notre aide. Je t’aimerai toujours quoi qu’il arrive et Est-ce que tu m’aimeras encore ? Je lui ai enregistré la seconde (que j’avais achetée en prévision de son arrivée) sur sa liseuse. Le matin, on l’entend régulièrement l’écouter tranquillement dans sa chambre.

J’ai également lu un livre en librairie (mais je ne retrouve pas le titre malheureusement) qui m’a permis de lui expliquer que l’amour, c’était aussi dans les gestes, dans ce que l’on fait avec lui. « Tu crois que si je ne t’aimais pas, je te ferais des gâteaux ? » « Tu penses que si je ne t’aimais pas, j’irais me promener avec toi même si je suis fatiguée ?  » « Si je ne t’aimais pas, ça ne me ferait pas plaisir de te lire des histoires alors que j’adore ça ! » « Qu’est-ce qu’on a fait de bien aujourd’hui tous les 2 ? On a joué au ballon ! Et ça je l’ai fait avec toi parce que je t’aime très fort, parce que moi j’aime pas trop le ballon mais je sais que toi oui et je veux que tu sois heureux ». Petit à petit, il a pris l’habitude lorsque je lui fais ce type de réponse de compléter de lui même avec d’autres exemples. Et je sens que cela lui procure beaucoup de joie : il n’y a qu’à voir son sourire !

Ces derniers temps, je me demande si cette question recèle toujours beaucoup d’angoisses ou si ce n’est pas devenu une routine pour lui de la poser. Parfois je le sens apaisé par nos réponses, parfois il semble toujours anxieux. Et il a tendance à passer au level au dessus : « pourquoi tu m’aimes ? » On n’en aura jamais fini avec les questions !

9 commentaires sur “« Maman, est-ce que tu m’aimes ? »

  1. Dis toi que ca remplace la phase des fameux « pourquoi » vers 3-4 ans. C’est aussi incessant et très répétitif. Sauf qu’ils s’intéressent assez peu aux réponses je trouve (en posant souvent des questions dont ils connaissent la réponse).

    Alors je compatis pour toi car je me souviens que ca finissais par me peser.

    Je suppose que tu y auras penser mais en lisant ton article 2 idées me viennent rn tête :
    – lui dire spontanément que tu l’aimes n’importe quand / que tu aimes le moment passé avec lui
    – qu’il ait des preuves d’amour visibles (un coeur sur la main, une photo de vous 3 dans la poche, un mouchoir plein de bisous d’amour au rouge à lèvres, biscuits du goûter en forme de coeur…). Ca aide souvent les enfants anxieux de pouvoir voir par eux-mêmes en plus de demander.

    Avec mon ainé, on a beaucoup travaillé sur le concept de famille (il y a qui dans notre famille, ca veut dire quoi d’être une famille…) et maintenant quand je lui dis que je l’aime il me répond souvent « c’est obligé on est une famille donc on s’aime ».

    Courage à toi. Vous avez beaucoup de chance de vous être trouvé et il va finir par l’admettre.

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    1. Ohhh, je n’avais pas pensé au gâteau en forme de de coeur merci !

      Je lui dit déjà spontanément que je l’aime, mais peut-être pas assez en effet.

      Quant à la notion de famille, c’est plus compliqué je trouve car sa famille biologique l’a abandonné. Il faudrait pas mal travailler dessus, et ça ne marche que sur le long terme pas sur l’immédiateté que requière sa réponse (je ne sais pas si je suis claire 😅)

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      1. Si si tu es claire. Et tu as probablement raison, je ne connais pas la facon de faire avec des enfants adoptés.
        Mais pour moi le liens du sang sont moins importants que ceux du coeur donc il me parait évident que vous êtes une famille. Mais peut être en effet que c’est plus dur à voir pour Pirlouit.
        (Et je pense que mes enfants ont une définition de la famille assez simplifié : on est gentil ensemble, on dort dans la même maison, on se fait des bisous et des câlins et on a le droit d’entrer dans la salle de bain tous en même temps…:-D)

        Je ne sais pas du tout si le fait d’entendre plus souvent que tu l’aimes sans qu’il ait besoin de poser la question va l’aider.
        Les autres familles adoptantes t’ont peut être donné de meilleures suggestion ou dit que ca allait s’arrêter au bout de X mois, non ?

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  2. J’imagine comme ce doit être lassant, même si on comprend ce qui se cache derrière, devoir toujours répéter est plutôt agaçant.

    L’histoire de Petit Renard est un succès non démenti chez nous 😅 Nous avons commencé à le lire quand Eliott se mettait beaucoup beaucoup en colère et que nous avions besoin de le rassurer.

    Dans les livres qui rassurent sur l’amour parental il y a aussi Mon Amour (Astrid Desbordes et Pauline Martin – la collection avec Archibald) qui marche bien ici, car la maman d’Archibald lui assure son amour quels que soient les choix et comportements du petit garçon.

    Et pour rebondir sur les preuves d’amour « palpables », nous avions dessiné des cœurs colorés et différents sur des petits bouts de papier, et mis dans une jolie boîte. Eliott partait en vacances une semaine pour la première fois. Nous lui avons expliqué qu’ils étaient comme des bisous et qu’il pouvait les sortir quand il voulait s’il avait besoin de petit bisous de papa et maman. Il les a toujours et jusqu’à très récemment les ressortait encore 🥰

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    1. Oh, Les coeurs me rappellent l’histoire de Zou (la provision de bisous de Zou). Parfois je fais un cœur ou un dessin que je mets dans le sac d’école de Pirlouit, je ne sais pas si ça l’aide vraiment au final…

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