Un deuxième bébé en solo #8 – Le rendez-vous avec la psychologue – Partie 2

Un deuxième bébé en solo #8 – Le rendez-vous avec la psychologue – Partie 2

Aujourd’hui, je continue mon récit du rendez-vous avec la psychologue dans le cadre de mon parcours de PMA Solo. Tu peux retrouver ici la première partie. 

Pour le moment, le rendez-vous se passe plutôt bien, on a parlé de ma situation, de mon désir d’enfant et de l’organisation que je projette pour l’arrivée de ce deuxième bébé.  

Elle me demande ensuite comment réagissent mes proches ? Mes parents ? S’ils sont inquiets pour moi ? S’ils appréhendent ce projet ? J’essaie de prendre un peu le contre-pied de toute cette négativité et je réponds que non, au contraire, ils sont excités et impatients. Comme moi. Que c’est un projet joyeux pour tout le monde ! 

Sans transition, elle me demande ce que j’ai prévu si je meurs parce que si c’est le cas l’enfant sera tout de suite placé en famille d’accueil. Waouh ! Ok, je trouve la question hyper brutale d’autant que je venais justement de lui faire la liste de tous mes proches qui seraient présents pour moi et pour les enfants au quotidien… Et en plus je suis quasiment certaine que ce n’est pas vrai et que dans un cas comme celui-là l’enfant sera bien plus certainement confié à un de mes proches. Mais je n’entre pas dans le débat et lui expose posément ce que j’ai prévu de mettre en place avec le notaire en cas de décès. 

Image par Åsa K de Pixabay

Sujet suivant : la psychologue m’interroge sur le discours que je compte tenir à l’enfant sur ses « origines » (attention : question piège). C’est un sujet sur lequel je suis vraiment au clair de mon côté et je n’ai pas de tabou ou d’appréhension particulière sur le sujet. J’ai l’intention d’être parfaitement transparente avec mon enfant sur la manière dont il a été conçu. La psy est très insistante sur le sujet (pour ne pas dire lourdingue) et me martèle l’importance de dire la vérité à l’enfant dès son plus jeune âge. Dans ma tête je pense « bah oui Madame, je viens de te dire que c’est exactement ce que j’ai prévu de faire… De toute façon sans papa, que veux-tu que je lui dise ? Qu’une cigogne me l’a déposé de bon matin ? ».

Alors attention, je trouve ça très très important d’être sensibilisée sur le sujet et je sais à quel point la question des origines est essentielle pour la construction des enfants né.e.s d’un don. Mais, encore une fois, je trouve ce discours assez hypocrite dans la mesure où cette volonté absolue de transparence concerne uniquement les couples de femmes ou les mamans solo alors que dans un couple hétéro qui a recourt à un don de gamètes le secret peut rester bien gardé sans que cela ne dérange personne : la transparence oui, mais pas pour tout le monde… 

En effet, si la nouvelle loi bioéthique lève d’anonymat du donneur, elle n’oblige pas à ce qu’une inscription soit faite sur l’acte de naissance de l’enfant comme c’est le cas pour les couples de femmes et les femmes seules. 

Cet article explique tout ça très bien. En voici un extrait : il existe donc une différence de traitement juridique quant aux modalités d’établissement de la filiation entre les enfants conçus par don, en fonction de l’orientation sexuelle de leur parent. Cette différence de traitement constitue une discrimination pour les enfants conçus par don au sein des couples hétéros. En effet les enfants « d’hétéros » n’ont aucun moyen de savoir qu’il a fallu un tiers donneur pour leur venue au monde, puisque la copie intégrale de leur de naissance au paragraphe « évènements relatif à la filiation », ne mentionne aucune reconnaissance conjointe mais uniquement, soit la mention du mariage, soit celle de la reconnaissance de paternité, c’est-à-dire deux modalités qui ne disent rien du recours à un tiers donneur ; à contrario l’enfant d’un couple de femme, a dans son acte de naissance toutes les indications sur son histoire, indication dont il n’a en réalité pas besoin car les couples de femmes, à la différence des couples hétéros ne lui racontent pas d’histoire et ne cachent pas le fait qu’il a été conçu grâce au don d’un tiers.

Du coup je mets les pieds dans le plat avec la psy et je lui demande son avis. Parce que bon, après tout, si je suis honnête avec moi même, elle n’y est pour rien, ce n’est pas elle qui a fait la loi. Le dialogue est assez intéressant et elle m’explique qu’elle tient le même discours lorsqu’elle rencontre des couples hétérosexuels et qu’en effet la question de la transparence et souvent moins évidente à gérer notamment pour les hommes. 

On  échange également sur Petit Viking et son ressenti. Je lui explique que je lui ai déjà expliqué ma démarche le plus simplement possible et qu’il est très impatient de devenir grand frère. J’ai pris pas mal de précautions également en lui expliquant que ça serait dans longtemps, pour ne pas qu’il s’impatiente trop.

Elle me demande comment je vais gérer le fait qu’un de mes enfants ait un papa et pas l’autre. Il risque de s’interroger, de m’en vouloir, d’être jaloux… Oui c’est probable, comme Petit Viking m’en voudra probablement un jour d’avoir quitté son papa et de lui faire subir une garde alternée… Je n’ai pas tellement de miracle là dessus. Mes enfants pourront m’en vouloir des choix égoïstes que j’ai fait les concernant, ils auront tout à fait le droit d’être en colère contre moi… mais je serai toujours transparente avec eux sur les raisons qui m’ont poussée à faire ces choix. Et de toute façon j’imagine que, quelque soient les choix qu’on fait (ou qu’on ne fait pas) les enfants ont toujours une bonne raison de nous en vouloir… Dans tous les cas ils auront une maman épanouie, droite dans ses bottes, qui a pris ses décisions en conscience et qui les aime plus que tout au monde. Et pour le reste je veux bien leur payer à tous les deux leurs séances de psy 😉

Le dernier point qu’aborde la psychologue est la nécessité de nommer un parrain pour l’enfant afin qu’il ait un repère masculin dans sa vie. J’ai envie de lui expliquer qu’on est en 2022 et que si par masculinité elle entend virilité toxique, violence, mansplaining et jambes écartées dans le métro, on devrait s’en sortir sans, merci bien. Mais je commence à être un peu fatiguée par l’entretien et me contente donc de hocher docilement la tête. 

L’entretien touche à sa fin (tant mieux, je n’en peux plus). Elle me pose encore quelques questions puis m’explique la suite de la démarche : la commission va se réunir pour statuer sur mon dossier et, si le résultat est positif, l’étape d’après sera l’attente pour les paillettes. Quand celles-ci seront disponibles, un deuxième rendez-vous psy sera calé juste avant le don.

Je sors de là vidée, je reprends le métro pour rentrer chez moi et m’écroule dans mon canapé. 

Tu l’auras compris, j’ai trouvé cet entretien assez difficile à vivre. Si je comprends parfaitement son importance, j’ai quand même trouvé l’échange intrusif, dans le jugement et même limite réactionnaire. 

Je n’ai pas aimé que l’on juge ma capacité à être mère « hors-couple ». Que quelqu’un puisse décider, en fonction de mes réponses, si je pourrais ou non démarrer la procédure. Je n’ai pas aimé devoir me justifier sur mon budget et mon emploi du temps. Je n’ai pas aimé non plus cette discrimination de « maman solo » et que doivent subir également les couples de femmes.

Si la loi a changé les choses, il y a encore du boulot pour faire avancer les mentalités. On reproche aux femmes qui ne veulent pas avoir d’enfant d’aller « contre la nature » mais quand elles en veulent dans d’autres formats que le couple hétérosexuel, on les met en garde contre tous les maux qui pèsent sur elles et leur future progéniture. Bref, j’ai l’impression que, comme souvent, dans les deux cas, c’est de notre faute… 

J’aurais bien aimé que la psychologue choisie par l’hôpital soit un peu plus ouverte d’esprit, compte tenu du contexte, et un peu moins donneuse de leçons. 

Mais, tout ceci étant dit, j’ai « réussi » l’entretien. Tellement bien que non seulement la psychologue a validé mon dossier mais en plus je n’ai même pas eu de deuxième rendez-vous. Elle m’a trouvé très sereine et au clair sur ma démarche.  Ce qui était, au delà de toutes mes considérations idéologiques, l’objectif de base. 😉

Quelques semaines plus tard, je reçois un coup de fil du CHU pour me dire qu’il manque encore le document du notaire pour valider le dossier. Mierda ! J’avais un peu laissé ça en suspens en pensant que je n’en aurais besoin qu’au dernier moment. Du coup il faut que je me bouge pour prendre rendez-vous et ça sera le sujet de mon prochain article. Je te dis donc à très bientôt !

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13 commentaires sur “Un deuxième bébé en solo #8 – Le rendez-vous avec la psychologue – Partie 2

  1. oh la la j’imagine en effet à quel point ce doit être rageant et stressant à la fois! dire qu’à un rdv gyneco préconception on se contente de nous dire de prendre de l’acide folique quoi ^^ ! J’ai bien rigolé sur ta description de la masculinité 😀 mais justement je pense personellement que c’est d’autant plus important que les enfants d’aujourd’hui aient des référents masculins féministes et « non toxiques » dans leur entourage pour qu’ils comprennent dès le plus jeune âge qu’un homme ça ne ne doit pas rentrer dans ces critères étroids et nocifs, non?

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ! Et je suis tout à fait d’accord avec toi sur les « référents masculins féministes » ! Ce qui m’a un peu agacé dans le ton de la psy c’est l’injonction « il faut UN parrain homme absolument » alors que je pense que plus les enfants ont des modèles différents de masculinités différentes plus c’est riche pour eux !

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  2. vraiment j étais toute prête a abonder a cet article. Nous sommes en processus de fiv do et si étant en couple marié hétéro nous sommes dispensé d entretien nous avons du quand même écrire un courrier au psy de sécu pour obtenir une autorisation de soin J ai trouvé extrêmement désagréable de devoir m étendre sur tous mes problèmes médicaux ( l impression de les monnayer pour obtenir l autorisation de fiv do est juste … Ecoeurante ) donc le psy en direct je compatis.
    mais je trouve la citation de ton article extrêmement déplacée  » car les couples de femmes a la différence des couples hétéro ne lui raconte pas d histoire et ne cachent pas le fait qu il est été conçu grâce au don d un tiers ». Pardon mais en quoi le fait d être hétéro implique qu on cache les choses a notre enfant. C est littéralement un préjugé négatif basé sur notre orientation sexuelle. Et ce n est pas ok de publier un contenu de ce type
    On a lu les mêmes recommandations nos familles et amis proches ,nôtre aînée conçue avant que je sois malade sont au courant et bébé le sera a son tour des qu on parlera de comment on fait les bébés.Dans l absolu je trouve que l inscription de la double origine biologique et familiale dans les états civils pour tous devrait être un bon objectif de société.
    Plutôt qu opposer hétéro/ homo /mono ou féminisme vs masculinisme avec les gentils et les méchants habituels, je crois surtout que nos générations bénéficient de tout le travail douloureux des tas de couples et d aidants des 30 dernière année pour sortir des mécanismes de secret honte et culpabilité liés à la PMA. C est plus simple d être transparent aujourd’hui ( même si cela reste plus douloureux pour certains)
    autre point de réflexion dans notre couple c est moi qui ne peut pas fournir les gamètes et non monsieur (qui n a pas de PB existanciel avec le don) . Je n ai jamais envisagé de le cacher je suis relativement persuadé de l effet dévastateur des secrets de famille. En revanche c est une position particulière et distincte de celui qui transmet ses gamètes. Pas de lien génétique avec ma famille, angoisse classique de « ,vais je le reconnaître a la naissance »(qui disparaît seule avec la grossesse) angoisse plus diffuse de sa réaction a l adolescence… Ce serait mentir de dire qu être le parent « origine »du don ne fait pas gamberger et ce que qq soit le sexe.

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je vous envoie plein de courage pour votre parcours de PMA. Concernant la phrase qui t’a choqué, elle n’est pas de moi ! C’est un extrait de l’article que je cite. Je comprends parfaitement qu’elle puisse vous avoir heurtés si vous êtes dans un objectif de transparence de votre côté. Néanmoins je ne pas pense du tout que l’objectif de l’auteur soit d’opposer gentils homo / et méchants hétéro, mais plutôt de pointer du droit la discrimination qui existe dans la loi actuelle et qui est très factuelle. Heureusement que tous les couples hétéro qui bénéficient d’un don de gamètes ne gardent pas le secret sur les origines ! Mais malheureusement cela ne signifie pas que ça a toujours été le cas et que les discriminations n’existent plus…

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  3. J’aimerai bien avoir le retour d’une psychologue (ou d’un psychologue) sur la facon de voir ces entretiens. Car là ou tu t’es senti jugée, accusée, je trouve les questions assez banales et logiques.

    Je me demande donc si le but de l’entretien est d’avoir des réponses précises particulières ou si c’est juste de voir si le/les futurs parents ont réfléchi à ce projet et si ils sont prêts à se lancer.

    Personnellement la question sur la présence d’un référent masculin ne me choque pas. Mon fils a des questions très précise sur les érections, le fonctionnement des testicules et il préfère les poser à son papa (et heureusement car je t’avoue qu’il y a pas mal de choses que j’ignorai). Je ne pense pas que ca soit indispensable pour le bonheur d’un enfant mais je pense que ca peut être un plus pour certains moment où un enfant peut préférer parler à un homme ou à une femme.

    Pareil pour le cas de ton décès, il y a une différence entre avoir de nombreuses personnes près de toi prête à faire du baby sitting pour une heure, une journée ou une semaine et avoir une famille de substitution au cas où…

    Et pour ce qui est des origines, j’ai dans mon cercle d’amis 2 personnes qui ont découvert le secret de leurs origines à l’âge adulte. Dont une jeune fille qui a découvert que son papa n’est pas mort pendant la grossesse mais que c’était le patron marié de sa mère qui habite dans la vile d’à côté. Donc on peut trouver plein d’explications plausibles à donner à un enfant.

    Maintenant, elle aurait pu être plus délicate et plus ouverte dans ses questions. Et croire tes réponses/explications du premier coup. C’est quand même son travail.

    Je ne savais pas du tout qu’il y avait une différence dans les modalités d’établissement de la filiation selon le/les parents. Je trouve ca choquant ! On devrait tous être à égalité, après tout un enfant est un enfant, quelque soit la famille dans laquelle il nait.

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire !

      Je te rejoins, j’adorerai avoir le retour d’un.e psy pour savoir quels sont leurs buts pendant ces rendez-vous et surtout comment et pourquoi ils choisissent de valider tel ou tel dossier !

      Et je suis tout à fait d’accord avec le fait qu’il est important pour les enfants d’avoir des hommes de confiance dans leur entourage avec qui ils se sentent suffisamment en confiance pour poser toutes leurs questions. Comme je le disais dans le commentaire précédent c’est plus le côté injonction qui m’a dérangé…

      Et pour les origines, j’imagine que chacun fait comme il peut / veut / le sent. Mais là pour le coup je comprends que les psychologues prônent la transparence le plus tôt possible. Je ne sais pas comment l’ont vécu tes ami.e.s mais j’imagine que ça doit être compliqué à gérer de découvrir ça à l’âge adulte.

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  4. En fait je crois que ce qui ressort de tes article, c’est que cette psy donnait beaucoup d’ordres/ d’injonctions. Ce qui est très maladroit et contre productif ! Ca convint rarement les gens.

    Pour les origines, l’un des 2 se doutait d’un secret et avait imaginé le pire et était finalement serein quand il a appris la vérité mais l’autre à coupé les ponts avec sa maman pendant plusieurs années (jusqu’à sa propre grossesse).

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  5. Je signale juste dans la réflexion sociale qu’on peut juger discriminant que la mention du don soit obligatoire pour un enfant conçu par une mère seule ou un couple de femme, ce qui est exact. Il est cependant encore plus discriminant qu’on refuse tout accès à la paternité à un couple d’hommes ou un homme célibataire. Ça c’est de la discrimination au cube. (NB le délai d’attente pour adopter pour un couple d’hommes est de 15 ans, ce qui les exclu de facto de l’adoption).

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  6. Je te remercie beaucoup pour ton commentaire et je suis vraiment désolée de lire les difficultés de ton parcours. 😔 Je ne connais pas l’ensemble des circonstances mais je trouve la manière dont tu es traitée injuste et frustrante. J’avais déjà lu que certains CECOS prenaient de libertés avec les procédures, je suis désolée de lire que c’est ton cas. Ce que je peux te conseiller éventuellement est de te rapprocher de groupes d’échanges, par exemple sur les réseaux sociaux, où tu pourrais entrer en contact avec d’autres femmes en PMA dans le même CECOS afin de savoir si certaines subissent les mêmes traitements. (Je sais qu’il existe ce type de groupes sur Facebook). Si vous êtes plusieurs avec des témoignages similaires, cela sera plus facile de faire remonter les choses. Je te souhaite plein de courage pour la suite de tes démarches et j’espère que ton projet aboutira au plus vite. 💪🏻♥️

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