Et c’est le temps qui court…

Et c’est le temps qui court…

Je me souviens, quand j’étais enfant, tout me paraissait long, interminable. Je me rappelle que les journées d’école semblaient durer 24h. Le mois de juin était, à mes yeux, le mois le plus terriblement long et ennuyeux de l’année. L’attente jusqu’à Noël était insoutenable. Et puis, j’ai grandi…

temps qui passe
Credit Photo : Nattanan Kanchanaprat de Pixabay

En grandissant, ou devrais-je dire en vieillissant, le temps s’est comme accéléré. Il est devenu incontrôlable, comme si le bouton pause n’était plus possible à activer, même durant des périodes de vacances. Alors que je m’approche dangereusement d’une nouvelle dizaine, je regarde derrière moi et j’ai l’impression que c’était hier. Mes années collège et lycée sont maintenant bien loin derrière moi, mais j’ai du mal à réaliser que c’était il y a plus de vingt ans. Car vingt ans, c’était cet âge qui me paraissait si lointain quand j’étais gamine. Vingt ans, c’était l’âge de mes cousins-cousines que j’admirais tant quand j’étais môme. Vingt ans, ça signifiait pour moi être adulte et être libre de tout. Aujourd’hui, j’ai bientôt doublé cet âge et je ne le regarde plus de la même façon. Il y a de la nostalgie, de la tendresse, envers cette moi d’il y a vingt ans, mais je ne voudrais pas retourner à cette époque pour autant. J’ai évolué, justement, avec ce temps.

Ce temps qui passe, qui file. La perception du temps est tellement relative. Avec mon mari, nous avons mis plus de quatre ans pour concevoir notre premier enfant. Ces quatre années m’ont paru interminables, je n’en voyais pas le bout. J’avais l’impression de vivre dans une faille temporelle, où autour de nous, tout avançait très vite – nos amis devenaient parents, leurs enfants grandissaient, de nouveaux venaient au monde, bref tout le monde évoluait – et nous, on stagnait. Et puis, l’Elu est arrivé, et quand il a eu quatre ans, ce même nombre d’années qu’il nous a fallu pour le voir arriver dans nos vies, je me suis juste dit que ces quatre dernières années étaient passées trop vite, que je ne les avais pas vu passer, que notre joli poupon tout neuf était devenu, en un claquement de doigt, un petit garçon sur le chemin de son indépendance.

Parce que c’est ça, quand on devient parent, le temps prend encore plus de vitesse, ça en devient vertigineux. J’ai même le sentiment que ça s’accélère à chaque enfant supplémentaire. Les journées s’enchaînent dans un cycle infernal, on n’a pas le temps de se poser, de réfléchir, de dire ouf. On n’a même plus le temps de s’ennuyer. Bon, à vrai dire, la dernière fois où j’ai eu l’occasion de m’ennuyer, au moins quelques heures, c’est pendant la semaine où mes trois enfants étaient en vacances chez mes parents. En 6,5 ans, c’était la première fois que l’on se retrouvait sans aucun enfant dans notre quotidien. J’en ai donc déduit que mes enfants avaient un rôle à jouer dans ce temps qui court à toute vitesse. Il est à leur image : plein de vie et de fougue. Car oui, ce temps qui passe prouve aussi qu’on est vivant, qu’il y a de la vie et qu’il faut la croquer à pleines dents.

Ainsi, en réalisant que le temps ne nous attend pas, qu’il trace sa route et nous conduit là où il doit, j’ai décidé de profiter de chaque moment qui passe, pour ne rien regretter. Parce qu’au delà de mon âge qui avance, pour le moment, je vois aussi celui de mes parents. Dans ma tête, ils avaient encore la petite cinquantaine. Cet âge qui me paraissait si vieux quand j’en avais 10 ou 20, et qui aujourd’hui me parait si jeune. Dans la réalité, leurs cinquante ans sont déjà bien loin derrière eux et ça m’effraie. Je ne les vois pas vieillir mais c’est pourtant le cas. Alors face à ce constat, je profite d’eux tant que je peux, et je fais en sorte de nous créer, à tous, petits et grands, de jolis souvenirs. Si le temps passe, les souvenirs eux ne s’effacent pas. Je filme, je photographie, j’écris pour ne pas oublier. J’emmagasine tout ça dans ma mémoire, même si parfois, mon disque dur sature un peu, je veux garder l’essentiel.

C’est quelque chose que je dis souvent lors des réunions que j’anime, auprès de jeunes parents, dans le cadre du soutien à l’allaitement et à la parentalité : que tout passe, les bons comme les moins bons moments. Forcément, quand on a la tête sous l’eau, les moments difficiles nous semblent éternels, interminables et insurmontables… et puis, un jour, ils passent, et quand on y repense, des années plus tard, on se dit que finalement, ce n’était pas grand chose, que sur toute une vie, ce n’était qu’un petit grain de sable. Tout cela m’aide aussi parfois à relativiser sur ce que l’on vit. Je me dis que si je ne vois pas le temps passer, c’est aussi parce que j’ai une vie bien remplie. Etre maman, c’est être occupée H24, c’est vivre des moments intenses. Je ne suis plus la petite fille de huit ans, qui s’ennuie en classe et qui attend désespérément les vacances. Je ne suis plus cette ado de 16 ans, un peu paumée qui espère une autre vie. Je ne suis plus cette jeune adulte qui cherche un sens à sa vie. Au final, tout ça je l’ai trouvé et je peux regarder tout ce temps qui vient de s’écouler et être fière de ce que j’ai construit : ma famille.

Bien évidemment, je continuerai à être la maman relou qui dit à chacun de ses garçons, qu’ils ne peuvent pas avoir déjà 7/5/3 ans, car ils sont nés hier. Je ressentirai toujours cette nostalgie de leur toute petite enfance qui est passée à la fois en un claquement de doigts mais qui a été une période si éprouvante. Et je vais continuer d’écouter mes vieux tubes des années 90, comme s’ils étaient sortis la veille et chanter à tue-tête que c’est le temps qui court, court, qui nous rend sérieux, la vie nous a rendu, plus orgueilleux, parce que le temps qui court… court… (et je tiens à préciser que je chante la version du boys band Alliage, parce que même si le temps court, je ne suis pas assez vieille pour avoir connu la version originale d’Alain Chamfort !).

2 commentaires sur “Et c’est le temps qui court…

  1. Je ne dois pas être plus jeune que toi mais pour moi « le temps qui court » c’est la version des enfoirés !

    Je suis contente de voir mes enfants grandir, j’ai hâte de toutes ces expériences qu’on peut faire avec des enfants plus grands (même si je rêve peut être) mais comme toi je suis effrayée de voir mes parents veillir, faiblir. C’est dur.

    Vive les souvenirs, les moments partagés, les expériences familliales…

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  2. J’ai eu un choc quand je me suis rendue compte que ma soeur allait sur ses 50 ans. Comme toi, la cinquantaine pour moi, c’était l’âge de nos parents. Et puis ma tante a fêté ses 80 ans, alors que mes souvenirs des 80 ans de ma grand-mère ne semblaient pas si lointains (en vrai, 20 ans tout de même 😅). Le temps qui court, c’est du coup ce décalage de génération que je ressens maintenant. Et ça ne nous rajeunit pas !

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