Deux maisons et un village – Partie 1
Ou la garde alternée sept ans après
Cet hiver, cela fera sept ans que je me suis séparée du papa de Petit Viking. Sept ans, donc, que Petit Viking a deux maisons. Je t’avais raconté notre séparation dans un précédent article mais j’avais envie de te faire un petit bilan sept ans après. Et comme j’avais visiblement beaucoup de choses à dire cet article sera divisé en deux parties.
Un couple parental solide
La bonne nouvelle, c’est que tout se passe très bien et que nous formons toujours, avec mon ex-conjoint, un couple parental très soudé. Les échanges sont réguliers : autour de Petit Viking bien sûr, mais aussi sur le mode d’éducation, le suivi de la scolarité, les rendez-vous médicaux. Nous déjeunons ensemble tous les trimestres pour faire le point. Il y a eu des passages délicats — des difficultés d’adaptation en CP, un problème de harcèlement en CE1 — et ça a vraiment été précieux pour nous de pouvoir gérer cela ensemble. Pour les rendez-vous importants (médical, école ou autre) nous essayons d’être présents tous les deux et nous échangeons régulièrement sur comment va notre grand garçon.
Alors non, ce n’est pas magique. Nous ne sommes pas d’accord sur tout et il arrive que nos différences — éducatives ou de valeurs — ressortent (ce n’est pas pour rien que nous nous sommes séparés). Et puis, soyons honnêtes, certaines choses qui m’agacaient en couple continuent de m’agacer aujourd’hui : les oublis d’affaires, les horaires approximatifs, certaines remarques…
Mais je sais que ces ajustements et agacements restent très à la marge. Quand je vois ce qui peut exister dans d’autres familles séparées, je réalise la chance que j’ai que les choses se passent aussi bien. (Même si cela ne m’empêche pas de dire quand les choses ne conviennent pas et d’essayer de trouver des solutions pour améliorer la communication , encore et toujours !).

On recompose en famille
Sept ans après notre séparation, notre composition familiale a beaucoup changé des deux côtés. Le papa de Petit Viking s’est remis en couple et Petit Viking est devenu grand frère il y a trois ans. Ce passage a été délicat pour moi, je ne te le cache pas. La question du deuxième enfant avait été l’une des raisons de notre séparation, et lorsque mon ex-conjoint m’a annoncé la grossesse de sa compagne, j’étais moi-même en démarche de PMA solo. L’annonce a été douloureuse. J’étais triste notamment de savoir que Petit Viking allait devenir grand frère sans que je sois là pour vivre cela à ses côtés…
Mais mon ex-conjoint et sa compagne m’ont proposé d’être présente lorsque Petit Viking a rencontré sa petite sœur à la maternité. Ce moment a été extrêmement émouvant. Et, presque paradoxalement, une fois la petite sœur arrivée, les choses sont devenues plus simples et plus fluides pour moi.
De mon côté, la situation familiale a aussi évolué puisque je me suis mis en couple avec BAE qui a lui aussi un garçon (Petit Renard) du même âge. Petite Pieuvre est arrivée et nous avons emménagé tous ensemble pour une nouvelle vie à 5 ! Lorsque j’ai annoncé ma grossesse à mon ex-conjoint, sa réaction a été profondément émouvante. Il savait à quel point ce projet comptait pour moi, et il était sincèrement heureux.
Aujourd’hui, les échanges au sein de tout ce « village » — parents et beaux-parents — sont très fluides. Mon conjoint et mon ex-conjoint s’entendent bien. Moi aussi avec la compagne de mon ex-conjoint et avec l’ex-compagne de mon conjoint (ça va tu suis ?). En effet BAE est lui aussi resté en bons termes avec la maman de Petit Renard. Tout le monde a le numéro de tout le monde, on se passe des affaires, on échange des conseils et on s’organise pour les vacances ! Ça va même plus loin car chacun a un double des clefs de l’autre en cas d’urgence ou pour passer nourrir les chats et arroser les plantes ! La compagne de mon ex-conjoint me demande régulièrement comment ça se passait quand Petit Viking était plus petit, maintenant qu’elle est aussi maman et on échange nos expériences et nos galères.
Et puis on se soutient collectivement quand les périodes sont compliquées, les nuits courtes et les enfants intenses. On se glisse des « bon courage » discrètement pendant les transitions des vacances. C’est chouette de ne pas se sentir jugé et de pouvoir partager le fait que la parentalité n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Parfois, je me dis que finalement, être quatre pour élever un enfant, ce n’est pas si mal 😅
Cette bonne entente est contagieuse car elle s’élargit même aux grands-parents. Quand Petite Pieuvre est née, les parents de mon ex-conjoint lui ont fait des cadeaux et idem de l’autre côté ce que j’ai trouvé très émouvant.
Encore une fois, tout n’est pas magique et je sais qu’il y a des petits agacements de chaque côté mais on fonctionne tous en bonne intelligence pour mettre ça de côté. Nous n’avons pas de formule magique mais personne n’essaie de prendre la place de personne, il n’y a jamais de volonté de vengeance ou de manipulation.
Et si c’est agréable pour nous je pense que c’est aussi très sain pour tous les enfants. Déjà parce qu’ils savent qu’on se parle régulièrement et que donc ils ne peuvent pas nous la faire à l’envers ;). Ils sentent aussi qu’il n’y a pas de tension et on ne dit jamais du mal de leurs autres parents devant eux (on ne dit jamais de mal tout court d’ailleurs mais disons que quand on a besoin de râler un coup on le fait quand ils ne sont pas là). C’est d’ailleurs bien ancré dans leurs esprits et quand ça arrive ils nous le font vite remarquer. Par plus tard que la semaine dernière alors que je m’agaçais à voix haute d’un truc récurrent que fait le papa de Petit Viking (à savoir ne pas acheter, assez souvent à mon goût, de vêtements à sa taille), Petit Viking m’a rétorqué qu’il en avait marre qu’on râle son papa et moi sur le sujet des vêtements et qu’on avait qu’à s’appeler et discuter ensemble pour trouver une solution. Ce à quoi je lui ai répondu qu’il avait tout à fait raison !
En sept ans, il y a donc eu énormément de changements et d’adaptations, mais on a réussi, je pense, à conserver l’essentiel : une base solide, respectueuse et sécurisante pour les enfants. Deux maisons, oui, mais un cadre commun, une communication constante et une vraie volonté de faire ensemble, même séparés.
Dans le deuxième article je viendrai te raconter pourquoi nous avons changé le rythme de garde alternée et un autre élément essentiel : comment Petit Viking, lui, vit cette séparation !
