Les pictogrammes
Cet article est écrit en binôme avec Hisaé. On utilise toutes les deux des pictogrammes dans nos famillles respectives, dans des contextes tout à fait différents.
Chez Madame Sans Chaussettes
La Poupette a une personnalité un poil anxieuse. Et elle est clairement rassurée par le cadre et les procédures. Elle a aussi une forte angoisse d’abandon, notamment avec moi, sa Maman.
Tout a commencé toute petite, pendant mes déplacements, j’ai commencé à dessiner des pots sur une feuille, un par nuit d’absence, et tous les jours elle collait une gomette champignon dessus.

Et puis petit à petit on a pris l’habitude de faire des petits dessins de notre quotidien. Pour illustrer une procédure, l’aider à se repérer, la rassurer quand les habitudes sont bousculées (les vacances par exemple sont angoissantes pour notre Poupette), ou pour l’aider dans son autonomie.



En fait, ces petits dessins c’est finalement notre manière de communiquer par écrit avec une enfant qui ne lit pas encore. À la fois ça ancre (encre !) notre parole et lui donne confiance, et puis on s’est aperçus que la Poupette est assez visuelle. On lui dit « après manger on se lave les mains et c’est la sieste » et elle est confuse. Mais si on lui dessine elle s’y réfère et se repère toute seule dans la procédure.


Alors à la maison, on a des pictos. Un bisou et un check (c’est la procédure de séparation) quand l’un d’entre nous n’est pas là. Un bonbon, aussi, quand on promet « pour demain ».

Plus récemment j’ai réalisé que ça pouvait aussi l’aider dans la recherche d’autonomie.

Dans la même veine, j’ai commencé à prendre le pli de dessiner les procédures longues, surtout pour gérer la frustration du temps de pause entre chaque étape, et des interruptions constantes pour m’occuper du bébé.

Bref, on fait ce qu’on peut pour essayer d’accompagner la Poupette, de répondre à ses angoisses et lui donner des outils dans la gestion de ses émotions. Mon prochain combat-pictos : les bases de la nutrition. Parce qu’elle a quasi 5 ans et ne comprend pas trop pourquoi les légumes c’est plus important que le chocolat.
Chez Hisaé
Ayant des enfants porteurs de troubles du neuro-développement, les pictogrammes occupent une place essentielle dans notre vie et notre accompagnement. Ces supports visuels, simples en apparence, répondent à des besoins très profonds liés à la compréhension, à la prévisibilité du monde et à la régulation émotionnelle. Ils ne sont pas seulement des outils pratiques : ils deviennent, pour beaucoup d’enfants, un langage accessible, un cadre sécurisant et un pont entre leurs besoins internes et les exigences du quotidien.

Pour de nombreux enfants autistes, le langage oral peut être difficile à traiter. Ptit Loup par exemple ne parlait pas dès que nous étions hors de chez nous jusqu’à l’âge de 3,5 ans. Il se réfugiait dans un mutisme sélectif afin de se protéger de la surstimulation du monde extérieur souvent trop rapide, trop abstrait et trop chargé d’implicites. Il y avait trop d’informations qu’il ne savait pas encore gérer. Les pictogrammes ont agi alors comme un traducteur permettant de communiquer avec lui et réciproquement, en apportant une clarification immédiate du message. En effet, le cerveau autistique a tendance à privilégier les informations visuelles, qui sont plus stables, plus concrètes et plus faciles à décoder.
Chez les enfants ayant un TDAH, les pictogrammes jouent un rôle différent mais tout aussi précieux. Ils servent à soutenir l’attention, à structurer le temps, à rappeler les étapes d’une tâche sans multiplier les demandes verbales qui peuvent entraîner de la frustration ou une perte de motivation. Le pictogramme recentre, guide, ancre. Il aide l’enfant à « voir » ce qu’il doit faire plutôt que d’essayer de retenir une consigne auditive volatile. Sans pictogramme, Petit Koala est vite perdue dans des choses qui paraissent pourtant évidentes pour nous (genre bien penser à mettre une culotte, ou à remonter son pantalon en sortant des toilettes).
Utiliser des pictogrammes ne suffit pas : encore faut-il qu’ils soient adaptés à chaque enfant, à son développement, à sa personnalité et à ses besoins sensoriels. Certains enfants préfèrent des images très épurées et contrastées ; d’autres comprennent mieux des dessins plus réalistes ou des photos. Certains aiment les pictos en couleur, d’autres ne tolèrent que le noir et blanc. Il n’y a aucune règle universelle, parce que les enfants TSA ou TDAH ne sont jamais des « profils types ». Ce qui va marcher chez l’un ne fonctionnera pas obligatoirement chez l’autre.
Dans les deux cas, l’objectif reste le même : faciliter la compréhension, réduire l’effort cognitif et permettre à l’enfant de réussir là où le verbal seul serait insuffisant.

L’âge joue également un rôle. Un enfant de trois ans aura besoin de pictogrammes simples, très concrets, presque immédiats : manger, dormir, s’habiller, aller à l’école. En grandissant, les pictos évoluent vers des concepts plus complexes : plus l’enfant mûrit, plus le visuel devient nuancé. Adapter, c’est aussi penser au contexte : la maison, l’école, les trajets, les rendez-vous médicaux… Un picto n’a de sens que s’il répond à une situation réelle.
Outre la communication, les pictogrammes offrent un véritable sentiment de sécurité. Savoir ce qui va se passer, comprendre ce qu’on attend de soi, pouvoir visualiser une transition difficile… tout cela réduit énormément l’anxiété, surtout chez un enfant qui vit dans un monde sensoriellement intense et socialement déroutant. Ils permettent ainsi de diminuer les crises, non pas parce qu’ils « corrigent » un comportement, mais parce qu’ils évitent les situations de débordement : une consigne mal comprise, un changement inattendu, une tâche trop complexe. Le picto découpe, simplifie, structure. Il apaise.
Enfin, les pictogrammes aide à favoriser l’autonomie et le comportement. Ils permettent à l’enfant d’être acteur de son quotidien plutôt que spectateur désorienté. En visualisant, il intègre plus rapidement ce qui est acceptable ou non et apprend à se réguler.

Il existe des banques de pictogrammes toutes faites disponibles sur internet ou dans le commerce, mais comme Madame Sans Chaussettes, on peut le faire soi même. Personnellement j’associe les deux, ce qui me permet d’avoir une très grande variété à disposition.
