Comment j’accueille des guêpes dans mon jardin
Après les rats, s’il y a bien une bestiole dont la plupart des gens ne veulent pas chez eux, ce sont les guêpes ! Combien de fois ai-je entendu cette phrase : « accueillir des abeilles ok, mais les guêpes certainement pas, je les écrase ! ». Pour moi elles sont le symbole de la cohabitation que l’on peut avoir avec les insectes et autres animaux sauvages chez soit, alors viens, je t’emmène dans mon jardin !
Mais avant, petit retour en arrière. Quand nous avons acheté notre maison il y a trois ans, le jardin était à l’image des propriétaires : ancien, sobre et moche (pardon !). Une haie de thuyas formant un mur vert tout autour de la maison, une pelouse tondue à raz, quelques rosiers et hortensias, et c’est tout. Ah si, une allée de cailloux parfaitement vierge de toute brindille. Pour nous c’est évident : ils utilisaient des produits chimiques pour entretenir leur jardin.
Nous on est plutôt du style nature, permaculture, sauvage. On aime laisser l’herbe pousser pour attirer les abeilles (bon, aussi par flemme et manque de temps pour tondre hein, soyons honnête !). On aime laisser les arbres et les arbustes monter pour avoir de l’ombre en été. On aime les fleurs de toutes les couleurs. On aime savoir que notre jardin est un abri pour la faune et la flore locale. Et on n’aime pas les produits chimiques !
Cet hiver, on s’est attaqué à la haie de thuyas : 40 pieds que mon papy est venu tronçonner, des montagnes de branchages et d’épines à broyer ou à évacuer, 40 souches à enlever – à la main, par manque de moyens. Et au printemps, nous avons replanté une haie variée, tant sur le visuel que sur l’utilité : des arbustes qui fleurissent à différents moments de l’année, de tailles et de couleurs différentes, et qui attirent les insectes. Nous avons aussi gardé des souches et des bûches de thuya que nous avons empilé dans un coin pour qu’ils servent de refuge à des animaux. Nous allons planter des arbres, le tout étant de bien choisir les essences et les emplacements, afin d’avoir de l’ombre en été mais de ne pas non plus nous « boucher la vue ». Et puis, si une partie du jardin est tondue pour que les enfants puissent y jouer pieds nus, nous avons laissé tout un espace, proche du potager, où nous n’avons pas tondu de toute la saison.

Les animaux que nous avons vu
Sur cet espace non tondu nous avons pu observer différentes sortes d’abeilles et de bourdons, mais aussi plein de sortes de papillons (dont un bleu, trop beau !). Plusieurs fleurs de toutes les couleurs, dont des coquelicots (j’étais trop heureuse !).
Un pied de potimarron a poussé tout seul dans un reliquat de notre composteur : il nous a quand même donné 4 beaux potimarrons ! Nos pieds de tomates feraient rougir de honte mon grand-père par leur indiscipline, mais nous mangeons de bonnes tomates cerises et ça c’est du bonheur à l’état pur.
Et cette année, nous avons vu beaucoup, beaucoup moins d’escargots et de limaces que les deux années précédentes… peut-être avons-nous hébergé un hérisson sans le savoir ?
Pour nous cacher un minimum en attendant que notre nouvelle haie pousse, nous avons installé de la canisse en roseau. L’un d’eux, que nous avions acheté en trop, nous l’avons installé sur le bord de la terrasse, dans le sens horizontal, pour nous protéger du soleil. Eh bien nous avons eu la surprise de constater que des petites abeilles les avaient colonisé ! Certains trous étaient bouchés et nous avons pu observer le ballet de ces minuscules abeilles ! Tu savais qu’en France il existe 1000 espèces d’abeilles ?

Une troisième espèce d’abeille, un peu plus noire, a aussi élu domicile dans notre jardin. Celle-ci avait l’air solitaire, et a construit son nid sous une de nos chaises de jardin. Nous avons donc décidé de laisser cette chaise tranquille pendant quelques semaines, le temps que l’abeille n’en ai plus besoin.
Nous avons observé plusieurs lézards également, dont un qui a l’air d’habiter sous notre terrasse en bois, car il vient souvent se prélasser ici et s’en va en vitesse quand nous sortons sur la terrasse. Ainsi que des mantes religieuses mâles et femelles. L’autre jour j’ai également vu un énorme papillon, qui faisait bien 4 ou 5 centimètres de long, et après recherche il s’est avéré que c’était un Sphinx du Troène, un des plus grands papillons d’Europe !
Sans parler des multiples oiseaux que nous observons toute l’année, des tourterelles ayant fait leur nid dans notre bouleau, aux mésanges ayant élu domicile dans le nichoir, et aux moineaux, pies, rouges-gorges, troglodytes, verdier et d’autres que je n’ai pas su identifier (j’apprends, mais pas facile avec mes problèmes de vue).
Et bien sûr, des araignées de toutes les tailles, des gendarmes, des mouches et… des guêpes !
Très souvent, les guêpes sont chassées, tuées, assassinées d’un coup de torchon quand elles viennent tourner autour de nos assiettes lors de nos repas estivaux. Sais-tu que la guêpe est un animal essentiel pour la biodiversité et qu’elle joue un rôle important de nettoyage et de prédation d’autres insectes ? Cet article de Reporterre est très parlant et intéressant et ouvre les yeux sur la réalité des guêpes. Ainsi, nous avons mis en place deux choses :
1 – nous laissons une assiette avec nos déchets alimentaires sur un bord de la terrasse, en hauteur, que nous apportons tous les 2 jours au composteur. En attendant, les guêpes ont de quoi se nourrir tranquillement et c’est assez incroyable de les regarder manger des restes de melons ou de pastèque, et de former des petites boules pour les emporter.
2- si des guêpes nous tournent un peu trop autour pendant le repas, nous les enfermons dans des gobelets en plastique et les libérons à la fin. Crois moi ou pas, on a même l’impression que ce sont toujours les mêmes guêpes qui reviennent, et qu’elle apprennent de leurs aventures car au bout de 2 fois qu’elles se sont fait piéger, elles partent dès qu’elles entendent ou voient le gobelet ! Avec ces deux astuces, nous sommes beaucoup moins embêtés par les guêpes, et ils nous arrive fréquemment de manger tranquillement, pendant qu’elles se régalent de leur côté avec ce qu’on a laissé dans l’assiette.
Je ne t’ai pas parlé des coccinelles, des multiples plantes sauvages, des araignées qui habitent notre maison, ni même des plantes nourricières que nous avons planté. J’adore observer la biodiversité dans notre jardin, et apprendre. J’ai téléchargé l’application PlantNet qui m’aide à identifier les plantes que je vois, et je suis assez fière d’enfin réussir à retenir et à reconnaître de plus en plus de plantes (il était temps, après 5 ans d’étude de biologie…). Et je veux penser notre jardin comme un espace d’accueil pour la faune et la flore, sur le principe de la permaculture (en évitant les rats quand même… !). J’ai ainsi l’impression de faire ce que je peux pour enrayer le déclin de la biodiversité, dont nous dépendons pour notre survie. Tu savais, toi, que 68% des populations de vertébrés ont disparu depuis 1970 ? Que 30% des oiseaux des champs ont disparu ces 15 dernières années ? Et que 40% des populations d’insectes sont en déclin ? Et que sans toute cette biodiversité (et encore, je t’ai épargné les autres chiffres !), l’être humain ne peut pas survivre ? Moi je trouve cela vertigineux et très inquiétant.
Ainsi, pour sensibiliser un peu plus largement, j’envisage même, un jour, de planter un arbre devant la maison, d’installer un banc pour les passants fatigués, et d’exposer des panneaux pour expliquer notre démarche aux voisins et promeneurs d’une autre génération, qui sont sans doute outrés de voir l’état de notre jardin et qui n’ont pas conscience du problème !
Finalement, avec tout ça, le seul animal que je ne tolère pas, ce sont les chats du quartier, qui viennent chasser les oiseaux et chier dans notre pelouse !
Et toi, les guêpes te font peur ? Es-tu curieuse des êtres vivants qui t’entourent ? As-tu observé des plantes ou des animaux sauvages incroyables chez toi ? Dis-moi tout !

PS : article écrit en 2024, oublié dans un coin. Les photos datent de la fin d’été 2026, où j’ai découvert de nouveaux insectes, mais très peu de guêpes… elles n’ont certainement pas aimé les canicules à répétitions.
