Grossesse et pandémie

Grossesse et pandémie

Ma grossesse a pratiquement commencé en même temps que la montée d’un certain virus en Europe… Discrète au début, avec des signes ça et là que quelque chose était différent. Et puis de plus en plus évident, jusqu’à ce que tout le monde ne remarque que cela… Je ne pensais honnêtement pas qu’une si petite chose puisse autant changer une vie. Tu en as sûrement entendu parler de cette petite chose qui a bousculé le monde entier ? Je te parle du corona, pas de ma grossesse, évidemment !

Et vivre cette période très particulière en portant la vie bouscule toute mon expérience de la grossesse…

Crédit photo : Juraj Varga

L’incertitude

La grossesse est un moment particulier, où on est tourné vers le futur. On s’imagine avec bébé, on prépare son accouchement, on décore la chambre… Tout est porté vers l’arrivée de cette nouvelle vie. Oui, mais pendant cette pandémie, tout est devenu flou. Depuis l’arrivée du virus, rien n’est plus acquis.

Je ne sais pas dans quelles conditions j’accoucherai en septembre. Je ne sais pas dans quelles conditions va grandir mon petit bout, si fragile. Et surtout, question qui me taraude depuis que les frontières de l’Europe se sont fermées : va-t-on pouvoir avoir l’aide de notre famille ?

Je m’étais imaginée pouvoir compter sur l’aide de mes parents ou de mes beaux-parents une fois que Polichinelle sera arrivé. Voire même un peu avant, pour que Pépette soit avec ses grands-parents pendant que sa maman et son papa sont occupés à l’hôpital. Mais au moment où j’écris ces lignes, même si la situation a l’air de s’éclaircir, leur présence est tout sauf garantie. Surtout pour mes parents qui sont tous les deux à risque. Je sais que ce sont des considérations assez égoïstes mais ne pas pouvoir prévoir autant que possible à l’avance est une situation inédite qui me préoccupe beaucoup.

L’autre question qui me taraude est celle de l’accouchement. Je ne m’imagine pas sans mon homme pour ce moment… Mais c’est maintenant une vraie possibilité. Pour le moment, le père peut accompagner les parturientes à l’hôpital en Suède, pourvu qu’il reste dans la salle à tous moments (pas d’aller-retour pour s’acheter à manger par exemple). Mais le moindre petit rhume (ou même un virus plus sérieux) et il ne sera pas avec moi… C’est une possibilité que pour l’instant, je préfère ne pas imaginer (la technique de l’autruche, ça te dit quelque chose ?)

La situation actuelle a l’air de s’améliorer mais nous ne sommes toujours pas sortis du tunnel. Le risque de deuxième vague en septembre, moment où je suis supposée accoucher, est réel. Du coup, je ne prends rien pour acquis… Mais je m’inquiète.

L’angoisse

Car la situation est extrêmement anxiogène pour moi. Non seulement le fait d’avoir du mal à se projeter mais également les grandes questions de santé font de cette grossesse tout sauf une bulle de sérénité.

Les informations sur le virus en lui-même et particulièrement sur son effet sur les femmes enceintes et le fœtus sont assez faibles (ce qui est normal, vu que c’est un nouveau virus, je demande pas à la recherche de pondre des rapports en 2 heures non plus). Mais du coup, impossible de savoir dans quel camp me poser : suis-je à risque ? Selon l’agence française, oui. Mais pas la suédoise, qui déclare seulement qu’il faut que je fasse attention.

Quand les choses ont commencé à s’emballer mi-mars et que toute l’Europe a fermé frontières, restaurants et commerces, mon inquiétude est montée d’un cran, comme pour beaucoup. La Suède n’a pas pris de grosses mesures comme le confinement mais j’ai tout de même décidé de travailler à la maison à partir de ce moment-là. Je suis, on peut le dire, devenue parano. Je sortais peu de chez moi, m’autorisant les sorties pour récupérer ma Pépette à la crèche et l’accompagner jouer dans la cour de l’immeuble… Et c’est tout. Je suis devenue hypocondriaque : tout petit reniflement me stressait et j’avais l’impression d’avoir du mal à respirer rapidement… Sauf que, bon, c’est aussi un symptôme de grossesse mais du coup mon hypocondrie m’angoissait, et j’avais du mal à bien respirer, ce qui était sûrement dû à la grossesse mais c’est aussi un symptôme du Covid, qu’est-ce qui va se passer si je l’attrape, ça m’angoisse, je respire mal… L’exemple même du cercle vicieux.

Crédit photo : Apollo Reyes 

Moi qui suis généralement peu stressée, voire même un peu trop cool sur certaines choses, je ne me reconnaissais pas vraiment. Les hormones n’arrangeaient rien, je pouvais d’un coup m’énerver au-delà de toute raison parce que je voyais des vieilles personnes assises sur un banc. J’étais inquiète pour ma Pépette mais surtout pour moi et mon bébé. Dans ces conditions, très difficile d’envisager sereinement l’arrivée d’un bébé.

Trouver une sérénité

Mais heureusement, et comme souvent, j’avais mon mari avec moi. Il est et reste mon roc, toujours solide, sur lequel je peux m’appuyer quand je me sens faiblir. Mister Man a accueilli les choses avec un zen exemplaire. Il me répétait qu’il y avait beaucoup de choses que l’on ne savait pas, et que le mieux que nous puissions faire était de suivre les recommandations des agences de santé. Et surtout, il écoutait mes angoisses et me répétait ma propre devise : tu ne peux pas tout contrôler mais tu peux contrôler tes réactions. C’est quelque chose que je dis souvent parce que je trouve que c’est le meilleur moyen de mieux vivre ce qui nous arrive. Il y a beaucoup de choses effrayantes que je ne peux pas contrôler et qu’il ne sert à rien d’essayer de contrôler : pourquoi me prendre le chou avec ça ? Bref, tout ça pour dire que j’ai réalisé qu’on ne pouvait pas changer la situation et que le mieux à faire était de suivre les avis des professionnels et tout faire pour se sentir protégés.

Ce changement d’attitude ne s’est clairement pas fait du jour au lendemain, il a été progressif et a été aidé par la récession progressive du virus, mais j’ai finalement respiré un peu plus. J’ai décidé de prendre mes responsabilités sur mes choix de sortie, sur mon attitude globale par rapport à la pandémie et son effet sur ma grossesse. Je suis persuadée que mon stress et mon angoisse affectent le bébé et je refuse qu’il grandisse dans un climat plus anxiogène qu’il ne l’est déjà.

Un quotidien chamboulé

Du coup, j’ai dans le même temps décidé de profiter du côté inédit de la situation car tout n’est pas mauvais. On a la chance de ne jamais avoir été confinés, ce qui fait que Pépette a pu continuer à s’éclater avec ses copains (le seul changement, c’est qu’elle passe maintenant la majorité de ses journées dehors et que c’est là qu’on la récupère). Mister Man et moi sommes donc tous les deux à la maison pour travailler. Ça a permis une chose qui ne nous était pas arrivée depuis l’arrivée de Pépette : on passe beaucoup de temps ensemble. C’est une façon assez chouette de discuter de l’arrivée de Polichinelle, de se faire des petits lunchs en amoureux, bref, de se retrouver comme un jeune couple d’amoureux. Et c’est très agréable.

Loving couple, on a bench, pregnant woman
Crédit photo : Kelly Sikkema

L’avantage aussi du télétravail quand tu es enceinte, c’est que tu ne te fatigues plus dans les transports. Je gagne 30 minutes de trajet que j’utilise pour avoir du rab de sommeil. Et, soyons tout à fait honnête, ça permet aussi de glisser ça et là une petite sieste entre deux réunions. Bon, ça veut aussi dire que quand Pépette est malade, je dois la gérer à la maison, plus travailler, plus couver une nouvelle vie, et ça je me suis rapidement rendue compte (comme beaucoup de mamans ces derniers mois) que ce n’est pas possible.

Le changement le plus dur, c’est l’interdiction pour les partenaires d’accompagner la femme enceinte aux rendez-vous médicaux. Mister Man n’a pas pu assister à la dernière échographie de cette grossesse (celle d’anatomie en Suède), et ça nous a tous les deux pesé. Du coup j’ai la désagréable impression que mon mari est moins impliqué dans cette grossesse, mais ce n’est qu’une impression. Je dois seulement gérer tous les aspects médicaux toute seule.

Relativiser

Clairement, être enceinte pendant une pandémie n’est pas l’idéal. Mais après la panique des débuts, j’ai fait contre mauvaise fortune bon cœur. Je me dis que beaucoup de femmes ont été enceintes pendant des temps incertains, des pandémies, des guerres. Je me souviens de ma grand-mère qui me racontait son accouchement en 1944, dans une cave, sous les bombes, et je relativise. Bien sûr, je voudrais que Mister Man soit à mes côtés, je voudrais être certaine que Polichinelle soit en bonne santé. J’aurais préféré que le papa soit à mes côtés pour ma dernière échographie… mais le principal, c’est avant tout d’être en bonne santé et protégés, ce qui est le cas. On fera ce qu’il faudra d’ici à la naissance de notre petit bout. Ça fera quelque chose à lui raconter sur sa naissance !

18 commentaires sur “Grossesse et pandémie

  1. Je compatis, naissance prévue pour octobre de mon côté! Quand j’avais annoncé ma grossesse à mon grand chef, il m’avait dit après ses félicitations: « ah octobre, c’est la qu’on attend la deuxième vague »… euh merci pour l’info?
    Je suis clairement très stressée tout le temps et évite tous les lieux à l’intérieur où il pourrait y avoir du monde. Je m’enerve quand j’apprends que mon mari est allé manger une glace avec ma fille en rentrant de la crèche. Et là où je perds complètement les pédales c’est quand ma fille fait l’idiote en se lavant les mains en rentrant et éclabousse tout avec ses mains sales (comportement d’enfant normal quoi), si quelqu’un a une astuce pour me calmer dans ce moment précis je suis preneuse!
    Les rdv médicaux seule c’est différent, ma fille est triste parce que dans son livre le futur grand frère va chez le docteur avec sa maman.. mais c’est des petites choses.
    Je souhaite à toutes une grossesse et naissance et suite en bonne santé!

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    1. Ah j’ai le même souci avec ma Pépette qui préfère courir partout que de se laver les mains et ma solution c’est…. euh… honnêtement à part respirer profondément pour garder son calme, et lui proposer notre mini-chanson pendant le lavage des mains, pas grand chose. J’ai eu aussi une réflexion agréable à entendre, une amie m’a dit « ah c’est vraiment pas le bon moment pour être enceinte » quand elle a appris ma grossesse… Merci? Mais comme tu dis, au final c’est des petites choses. J’espère que tout se passera bien pour toi et ton futur petit bout !

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      1. Est-ce que quelqu’un a déjà passé une grossesse sans entendre « c’est vraiment pas le bon moment »? La dernière fois on m’avait dit ca parce qu’il faisait chaud en été lorsque j’étais enceinte.. merci mais éviter un été pendant une grossesse ou pour un tout petit bébé ca me semble difficile 😉 Et là je me dis honnêtement « si j’étais pas tombée enceinte juste avant toute cette histoire, je crois que je ferais tout pour éviter de tomber enceinte en ce moment »… donc c’était un bon timing en fait. (Ceci est simplement un avis personnel de femme enceinte pleine d’hormones qui est complètement stressée par les évènements actuels, évidemment c’est magnifique pour les personnes qui décident d’avoir un enfant en ce moment).
        Bref je vais bien penser à respirer profondément pour le lavage des mains… et vous faites quoi comme chanson, sûrement une chanson magique qui fonctionne tout le temps pour calmer tout le monde? Une fois sur deux elle rale parce qu’elle veut pas chanter cette chanson là aujourd’hui maintenant…

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        1. Ahaha c’est une chanson en Suédois apprise à la crèche qui marche 30% du temps, quand les planètes s’alignent, donc c’est loin d’être une formule magique! Sinon en ce moment, sa poupée se lave les mains avec elle, et ca ca marche bien (jusqu’à la prochaine fois en tout cas).

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  2. Comme je peux te comprendre ! Ce virus me fait peur pour moi et mon bébé à venir. L’accouchement est prévu pour début décembre et je me demande comment cela va se passer. Pour le moment mon mari n’a participé à aucun examen de la grossesse et le fait de devoir aller accoucher seule me fait peur. Et pour le moment on le sait pas comment on fera garder les 2 aînées, car les grands-parents sont à risques.
    Comme on ne contrôle pas tout, je prends sur moi et je vis au jour le jour, essayant de profiter de cette grossesse qui sera la dernière dans des conditions si particulières.

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    1. C’est exactement ca, l’incertitude est dure à vivre, alors autant vivre au jour le jour et essayer de profiter. La situation a le temps de changer (en mal ou en bien malheureusement) d’ici Décembre ! J’espère que vous trouverez une solution pour les plus grandes, et que tu auras ton mari avec toi à l’accouchement.

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  3. Comme je comprends tes angoisses. J’ai accouché en mai, juste après le déconfinement en France, et ma plus grande angoisse était de devoir accoucher seule, mais heureusement cela n’a jamais été mis en place dans ma maternité. Par contre l’accouchement a dû être déclenché, cela a été long malgré que ça soit un deuxième et j’ai dû gérer tout le « pré-travail » seule pendant 24h avant de passer en salle d’accouchement, où le papa a pu me rejoindre.
    Au moins il a pu être présent pendant le séjour, quand je pense à toutes ces femmes qui ont dû accoucher seule et tous ces papas qui ont fait connaissance avec leur enfant sur un parking, ça me rend triste.
    On a beau relativiser et se dire que c’est pour se protéger et protéger les autres, ça ne rend pas les choses plus faciles à vivre.

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    1. 24h sans le papa en pré-travail c’est quand même long ! C’est vrai que le partenaire est clairement délaissé dans ces situations, et c’est vraiment dommage. Pour moi ca montre vraiment le travail qu’il reste à faire sur la place du papa. J’espère que vous avez quand même pu profiter de vos premiers temps à 3!

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  4. Je comprends tes angoisses surtout par rapport à l’incertitude sur la présence de ta famille, en étant expatriée. Pour info en France les femmes enceintes ne sont pas considérées « à risque » hormis au 3eme trimestre. Je dois accoucher de mon 3eme en octobre mais je ne suis pas particulièrement stressée. Je suis médecin généraliste. J’ai donc vu quelques patients COVID en mars avril au cabinet, mais avec les masques chacun, le lavage de mains et la désinfection des surfaces tout se passe bien. Ce qui m’aurait vraiment embêtée par contre ça aurait été d’accoucher pendant le confinement et donc d’avoir mes 2 grandes à la maison H24 pendant le congé mat. J espère bien qu’ elles seront à l’école avant et après la naissance ;-). Bonne fin de grossesse à toi dans la sérénité je l’espère.

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    1. Merci pour ces paroles rassurantes ! En Suède aussi, c’est seulement au 3è trimestre qu’une femme enceinte est à risque… Sauf autre pathologie aggravante: dans mon cas, diabète gestationnel ! Mais d coup maintenant que tu es proche (ou dans) ton troisième trimestre, tu continues d’exercer ? Plus le terme approche, moins je m’inquiète du virus en lui-même cela dit… mais plus je m’interroge sur les conditions de la naissance. J’espère comme toi que ma Pépette pourra continuer d’aller à la crèche une fois le bébé arrivé! Bonne suite de grossesse en tout cas.

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      1. oui je continue à travailler jusqu’ au congé maternité (grossesse non compliquée). Avec les mesures d’hygiene (et la relative faible circulation du virus dans ma région) je travaille en toute sérénité .

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  5. Je suis à trois semaines du terme ici donc j’ai vécu aussi une bonne partie de ma grossesse avec cette histoire de Covid.
    On va dire qu’il y a quelques avantages : le confinement m’a épargné pas mal de fatigue liée aux transports (mais avec mon aîné de deux ans et demi ce n’était pas totalement du repos non plus !) et mon mari reste en télétravail, ce qui est quand même plus confortable pour tout le monde.
    En revanche j’ai fait les deux dernières échos toute seule, ainsi que les RDV médicaux… Et j’appréhende déjà le séjour à la maternité, sachant que la règle actuelle est que seules les visites du conjoint sont autorisées. Donc ni ma famille… Ni mon aîné. Première longue séparation pour nous !
    Ce n’est pas une période facile et je comprends qu’elle soit source d’angoisse, surtout avec les hormones.
    Je te souhaite beaucoup de courage et une fin de grossesse plus sereine.

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    1. Je suis d’accord, le télétravail est très confortable, surtout en fin de grossesse ! Bon, si tu avais ton petit bout avec toi c’est pas vraiment de tout repos, mais au moins ca évite les transports. Je croise les doigts pour que tout se passe bien dans la dernière ligne droite pour toi, et que ton séjour à la maternité soit le plus court possible pour que tu retrouves vite l’ensemble de ta famille !

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  6. Je viens de discuter avec une amie dont le terme était pour mi-mars donc en plein pendant le confinement ici. L’hôpital lui avait d’abord dit que le papa ne serait pas accepté en salle de naissance puis finalement, il pouvait y être à condition de ne plus en sortir (même pas pour chercher à boire ou aller aux toilettes), du coup c’était vite réglé pour elle car son fils s’est décidé de naître à la maison ! Mais je comprends le climat anxiogène décuplé. J’étais très hypocondriaque pendant mes grossesses alors le fait d’ajouter une pandémie par-dessous doit être vraiment difficile…

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