Ma vie de chercheur en biologie

Ma vie de chercheur en biologie

Sur Sous Notre Toit, je t’avais expliqué les tribulations professionnelles qui m’avaient amenées à l’emploi que j’occupe aujourd’hui. Pour rappel, j’ai fait des études de biologie jusqu’au doctorat, puis j’ai eu des expériences professionnelles assez variées, à la fois dans le secteur public et privé, qui se sont plus ou moins bien passées… J’ai eu des moments assez difficiles dans ma vie professionnelle, mais aujourd’hui j’ai trouvé un assez bon équilibre : j’ai réussi à concilier l’intérêt de ce que je fais avec une vie personnelle un peu plus riche que ce que j’ai pu connaître avant. Je te raconte aujourd’hui mon quotidien !

Crédit photo : Louis Reed

Concrètement, ça fait quoi un chercheur en biologie ?

Aujourd’hui, je fais de la recherche fondamentale. C’est-à-dire que mon travail vise à expliquer et connaître des processus qui se déroulent dans le corps humain et dont le dysfonctionnement entraîne l’apparition de maladies. Cela permet également de connaître le fonctionnement et le développement des micro-organismes qui causent des maladies (comme les virus). C’est un travail de fourmi, parfois un peu ingrat, car l’application médicale peut être très lointaine, et nous ne « trouvons » pas forcément toujours des choses intéressantes (oui, j’entends déjà la fameuse boutade « des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche »). Mais c’est très important : c’est vraiment la base de la recherche médicale puisque c’est grâce à la compréhension de ces processus que nous pouvons ensuite mieux connaître les maladies pour les traiter.

Pour ma part, je travaille dans le domaine de la génétique. Les gènes, dont la combinaison est propre à chacun et héréditaire, correspondent aux informations de référence dont les cellules ont besoin pour fabriquer les protéines qui servent aux fonctions biologiques (les processus dont je parlais plus haut !) Dans mon travail, il s’agit de déterminer si certains gènes en particulier peuvent être liés au développement d’une maladie. L’intérêt médical est que, si l’on détermine qu’une maladie est associée à un gène, alors en agissant sur ce gène (par un médicament ou par thérapie génique pour restaurer sa fonction par exemple), nous pouvons guérir la maladie ou tout au moins ralentir sa progression.

En pratique, mon travail est basé sur des analyses où j’identifie dans le génome (c’est-à-dire l’ensemble des gènes) de patients sains ou malades les mutations (c’est-à-dire les erreurs) dans les gènes. Je cherche ainsi à déterminer si des mutations sont présentes chez les malades et pas chez les personnes saines. Si c’est le cas, ça veut dire que le gène pourrait être impliqué dans la maladie.

Une fois que je soupçonne un gène d’être responsable de maladies, j’essaie de le vérifier dans des modèles biologiques. Pour cela, je reproduis en laboratoire dans des cellules une maladie donnée. Ces cellules ont soit un gène normal, soit un gène dont j’ai créé en laboratoire la mutation. Je peux comparer leur réponse dans les deux cas et conclure sur le rôle du gène dans le développement de la maladie.

Mon quotidien de chercheur

Comme tu l’as lu dans la première partie, mon travail se partage entre une partie d’analyse qui se fait sur ordinateur et une partie en laboratoire. Je fais aussi beaucoup d’autres choses, c’est ainsi très varié, j’aime beaucoup ça !

J’avais envie d’intituler cette partie : « ma journée-type », mais en fait je n’ai pas une journée qui ressemble à une autre… Alors je vais plutôt te lister les différentes tâches que je peux réaliser :

  • Le travail en laboratoire : il faut être très organisé et rigoureux pour cette partie. Les cellules demandent un entretien régulier à jour fixe, ceci même si on ne fait pas d’expérience particulière. Ensuite, les techniques de manipulation sont assez variées en fonction de l’expérience que l’on fait. Je travaille depuis bientôt 15 ans dans un laboratoire donc j’ai acquis une certaine expertise, mais il y a toujours des nouvelles choses que je ne connais pas encore. Heureusement, j’ai l’occasion de suivre des formations si besoin. Pour cette partie, je travaille en équipe avec plusieurs techniciens et ingénieurs que j’encadre et qui eux ne gèrent quasiment que l’aspect laboratoire : c’est donc la chose que je délègue le plus quand j’ai trop à faire en même temps. De ce fait, il peut se passer plusieurs semaines sans que je n’y mette les pieds.
  • Le travail d’analyse : je l’ai déjà détaillé dans la première partie, c’est un vrai travail de fourmi qui nécessite de recouper nos données avec les données déjà publiées par d’autres. C’est la partie qui me prend le plus de temps.
  • La rédaction d’articles scientifiques : quand je termine un projet, je peux le publier dans un journal scientifique. Pour cela, je dois rédiger les résultats (en anglais) et les illustrer par des figures. Une fois que l’article est prêt, et qu’il a été relu et corrigé par tous les auteurs associés (la recherche est un travail d’équipe), il est envoyé à un journal pour révision. Le journal envoie ensuite anonymement l’article à d’autres scientifiques qui en font un rapport. Ce rapport permet ensuite au journal de décider de la publication ou non de l’article. Il y a trois possibilités : le journal accepte l’article directement et sans réserve (c’est très rare) ; le journal demande des modifications plus ou moins importantes avant de reconsidérer l’article ; la publication est refusée et il faut proposer l’article dans un autre journal. Dans tous les cas, nous avons un retour sur notre article qui est souvent constructif. En fonction de l’intérêt du sujet et de la découverte, nous pouvons réussir parfois à publier dans des journaux très prestigieux, ce qui est un peu le Graal à atteindre.
  • Les demandes de financement : je travaille dans la recherche publique et nos financements sont presque entièrement soumis à des appels à projets. Pour y postuler, il faut constituer un dossier très lourd incluant le projet que l’on souhaite mener, les résultats préliminaires, les différents partenaires du projet avec leur CV détaillé, la description exacte de la façon dont le budget va être utilisé (quand il s’agit d’une demande pour les six prochaines années, ce n’est vraiment pas facile…) La décision se prend sur la qualité du projet et du CV des chercheurs impliqués (qui se mesure en terme de nombre et de qualité de publications scientifiques). Les taux de réussite sont très faibles donc là aussi, c’est un travail de fourmi et cela peut être très décourageant. C’est un véritable problème aujourd’hui pour la recherche en France : cette activité est très chronophage, peu valorisée et nécessite des compétences dépassant largement l’activité « normale » d’un chercheur. Je te partage ici un article d’un chercheur marseillais qui explique bien les problèmes que crée cette situation aujourd’hui pour les chercheurs d’une part mais aussi pour la santé publique en général, avec l’exemple récent du coronavirus.
  • L’encadrement et l’enseignement : comme je te le disais plus haut, j’encadre une équipe de techniciens et d’ingénieurs ainsi que des étudiants. J’ai un suivi régulier de leurs activités par des réunions hebdomadaires ou bimensuelles. J’essaie (et je pense réussir) à me montrer disponible pour qu’ils se sentent libres de venir me voir dès qu’ils rencontrent un problème technique, organisationnel ou plus personnel. Cela me demande également beaucoup de temps. Je donne également de manière très ponctuelle des cours à l’université.
  • Les congrès scientifiques : assez régulièrement, j’ai la chance de pouvoir partir en congrès pour pouvoir présenter mes résultats scientifiques à d’autres chercheurs. Pour cela, je dois postuler en envoyant préalablement un résumé de mes travaux. S’il est accepté, je présente mes résultats sous forme d’affiche ou de présentation orale que je dois préparer en amont (PowerPoint est mon ami). Les congrès sont très intéressants, cela permet de connaître certains résultats avant leur publication et de rencontrer d’autres chercheurs.

Pour terminer, malgré ces contraintes, j’adore mon métier. Je regrette juste qu’il ne soit pas plus valorisé. Nous sommes employés par la fonction publique avec toutes ses contraintes mais pour ma part, peu d’avantages : je ne suis pas encore titulaire donc je n’ai pas la stabilité de l’emploi ni la progression automatique de carrière. Les postes de fonctionnaires titulaires s’obtiennent par voie de concours et le taux de réussite est ridiculement faible (moins de 5%). Malgré mon travail et les responsabilités que j’ai au quotidien, il est toujours un peu difficile pour moi de pouvoir me projeter à long terme. Mais j’essaie de garder espoir et de rester optimiste pour l’avenir !

Et toi, quel est ton métier ? Connaissais-tu le métier de chercheur en biologie ? Viens nous en parler !

7 commentaires sur “Ma vie de chercheur en biologie

  1. Une de mes amies est également chercheur en biologie au CNRS. Je retrouve dans ton article tous les avantages et inconvénients qu’elle me listait quand elle me parle de ce métier. En tout cas, je te souhaite d’arriver à être titulaire si tel est ton souhait.

    Pour ma part, je suis aussi fonctionnaire mais complètement à l’opposé de la biologie : je suis greffière au tribunal pour enfants.

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    1. Merci pour ton commentaire ! D’après mon petit réseau, ça ne m’étonne pas que ton amie ait le même ressenti. Ça semble être assez général. Je ne connais pas du tout ton métier mais ça doit être très intéressant !

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      1. C’est dommage que ce ressenti soit général c’est un beau métier.
        Être greffier consiste surtout à être garant du respect des procédures. Globalement je prépare les audiences, vérifie qu’il n’y ait pas de vice de procédure. Je note tout ce qui se dit à l’audience et je rédige et notifie les jugements. Je vois beaucoup de choses intéressantes

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  2. Oh merci pour ce descriptif très détaillé et bien expliqué !
    C’est un beau métier que tu fais. Dommage en effet qu’il soit si peu connu et reconnu.

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