Parcours et métiers : quand les planètes s’alignent

Parcours et métiers : quand les planètes s’alignent

De mon parcours étudiant à mon poste actuel, il n’y a pas de grande surprise. Si je te dis « j’ai fait des études d’art » et que tu sais qu’aujourd’hui que je suis graphiste, bon, rien de transcendant. Et pourtant, il en a fallu des détours et de la chance pour en arriver là ! Si ça t’intéresse, laisse moi te raconter ça !

Une passion

Comme de nombreux « artistes », je pourrai te dire que « j’aime l’art depuis toujours ». C’est faux, ça a commencé un jour, et je sais exactement quand. Nous venions de déménager, l’année de mon entrée au collège. Ça a été une catastrophe. Je perdais d’un coup tous mes repères et la confiance en moi qui allait avec. Dans l’idée que je me ferai plus vite des ami.e.s si je faisais une activité, mes parents m’ont inscrit en cours de dessin. Je me rappelle très nettement être rentrée du premier avec une reproduction de bateaux sur la mer (on a un truc avec la mer chez moi) au fusain, format raisin (c’est à dire très très grand ^^’). Maman m’a demandé quinze fois si c’était bien moi qui l’avait fait. C’était pourtant pas terrible, les perspectives fausses et on voyait les griffures du fusain, mais elle n’en revenait pas qu’en deux heures, j’ai su faire ça. Je ne me suis plus arrêtée, ça m’a donné des ailes.

Parcours et métiers : quand les planètes s'alignent
Crédit photo : images personnelles
Panel de mes compétences, études, crayon, aquarelle, gouache, acrylique, linogravure, pastels…

Quand il faut choisir un métier

Du coup ma scolarité a continué plus ou moins sereinement, toujours en lien avec ce qui m’animait. Je suis une grosse lectrice, j’ai suivi la filière littéraire. J’ai pris l’option histoire de l’Art et européenne espagnol (parce qu’on partait une semaine en Espagne et que je voulais y découvrir le Prado). Puis au salon de l’Etudiant en première, je me suis retrouvée paumée au milieu de centaines de stands présentant des métiers que je me sentais incapable de faire ou qui ne m’intéressaient absolument pas. On a acheté un guide et on a pris le problème dans l’autre sens avec ma maman. « Qu’est ce que tu aimes ? Qu’est ce que tu ne veux surtout pas faire ? Qu’est ce qui te motive dans la vie ? ». Et de là, est tombée la conclusion suivante : je veux être illustratrice jeunesse. Ma maman est instit, mon papa ingénieur, je suis l’aînée (j’ai deux autres frères derrière), personne n’a sourcillé. Comme ce n’est pas un métier pour lequel il existe un diplôme, nous nous sommes orientés vers ce qui était le plus général : communication visuelle.

Un drôle de parcours

Mon bac en poche « ras des fesses », me voilà donc à faire une année de prépa aux métiers d’art. Des heures chaque semaine de cours de nu, de technique, de perspective, des kilomètres de visites de musées, des dizaines de carnets de croquis divers, et un soupçon d’informatique. La plupart de mes camarades se dirigeaient vers les beaux arts ou arts décoratifs, c’était des Artistes. Moi je voulais faire des choses qui aient du sens. Après avoir passé les concours d’entrée des quatre écoles d’arts appliqués parisiennes, et m’être trouvée sur liste d’attente en DMA reliure dorure à l’école Estienne (si l’objet livre t’intéresse et que tu es parisienne, va voir leurs portes ouvertes. Ça me remue tous les ans), je fais finalement une année en Mise à Niveau d’Arts appliqués. Cette année là a été l’une des meilleures de ma scolarité, en terme d’humain, d’ambiance, d’épanouissement dans l’apprentissage. J’entre ensuite en BTS de communication visuelle, option graphisme édition et publicité. C’était ça ou Web, aujourd’hui je ne sais toujours pas si j’ai choisi la bonne option. Je sors de ces deux ans le BTS en poche et sûre de moi : je veux faire de l’édition, illustrer, être dans les livres. Une de mes enseignantes montait une année dédiée à cette spécialisation mais qui n’était pas encore reconnue par l’état. Je décidais donc d’entrer dans le monde du travail le temps que la classe soit opérationnelle. Comme souvent dans ces cas là, je ne suis en fait jamais retournée à l’école.

Il me fallait un travail alimentaire, mais j’étais décidée à ne postuler que dans des entreprises qui me plaisaient vraiment. Je posais un CV et une lettre dans un magasin Éveil & Jeux (devenu Oxybul depuis) près de chez moi, qui me rappela dans la foulée . J’ai alors décroché un CDI à temps partiel. J’ai passé 3 merveilleuses années dans cette enseigne, dans une équipe jeune et passionnée. J’y ai appris les ressors du métier de vendeuse, subit la pression du chiffre, les demandes d’un siège en dehors des réalités, la construction de rayons etc. Puis l’enseigne a été rachetée par le groupe Okaidi, nous allions vendre des vêtements en plus des jeux et le management à l’américaine me dégoutait. J’ai fui à temps. Un ami journaliste lançait une start-up, un webzine dédié à la bande dessinée, il fallait un graphiste pour la mise en page, il a pensé à moi. J’ai donc exercé mon métier durant 5 mois, en totale autonomie, sans expérience solide en amont. Puis faute d’investisseurs, la start-up a coulé. J’ai alors enchaîné deux CDI de vendeuse et responsable adjointe de magasin. Toujours dans le jeu/jouet, en moins d’un an. Je suis partie à chaque fois pour incompatibilité de personne, avec toujours sous le coude un autre poste au moment du départ.

Et puis je suis tombée sur cette annonce. Un magasin de puzzle, à deux rues de l’enseigne où ma responsable tyrannisait toute son équipe, cherchait quelqu’un pour participer à la production de ses puzzles fait-main, et la vente de ceux-ci. Aimer les jeux de société était un plus. Évidemment ce poste était pour moi. J’ai été prise de suite, à la grande perplexité de ma famille certaine que les puzzles c’était « un truc de gosse ou un truc de vieux ; ça marchera jamais ton histoire ».

Crédit photo : images personnelles
Mes « puzzles de vieux », rien qu’en 2020, pris d’assaut par ma meilleure amie, mes parents, moi-même… et ma fille quand je redessine ses héros sur des martyrs !

Me voici donc vendeuse/trieuse chez Puzzle Michèle Wilson, dernier bastion du puzzle en bois découpé à la main en Europe (on est deux dans le monde). Quarante cinq ans d’existence à ce jour et une belle croissance chaque année (et tu l’imagine, un joli pic avec le confinement). J’y ai trouvé une équipe dynamique et passionnée, trois magasins, un atelier, une PME multi-casquette où tout le monde sait tout faire ou presque. J’ai vendu sans pression du chiffre ou du nombre d’achats, j’ai trié le plus vite possible, amélioré les process, formé les nouveaux collègues, joué les mardis midis avec l’équipe, tenu des salons en plein air ou au carrousel du Louvre… et après 2 ans de cette folle aventure, la graphiste de l’entreprise est partie vivre d’autres vies, laissant le poste vacant. Devine qui a proposé sa candidature ? 🙂 Et voilà, je suis maintenant un véritable couteau suisse, gérant le site, les catalogues, les impressions d’images, les newsletters, les relations presse et tant d’autres petites taches encore, servant de joker en boutique en période creuse.

Il m’en aura fallu du temps et du chemin pour arriver à ma place ! Mais je suis parfaitement heureuse et épanouie dans mon poste actuel. Dans une entreprise qui compte maintenant 28 employés, soit près de trois fois plus que quand j’y suis entrée, il y a 5 ans. Qui se développe en permanence, relève de nouveaux défis chaque année. Au sein d’une équipe dynamique et passionnée (et parfois un peu folle), je fais mes 2h30 de trajets quotidiens le cœur léger et le pied leste, parce que je sais qu’aujourd’hui encore, je vais bien m’amuser.

Et l’illustration dans tout ça ? Je sais que je n’en ferai pas mon métier. C’est une passion, comme plein d’autres choses créatives qui m’animent, qui me définissent, qui me servent souvent et me créent de nouvelles amitiés. Tu peux avoir un aperçu de mes bricolages sur mon compte Instagram, et de mon travail sur le site de mon entreprise… et sur le design Bribes de Vies, bien sûr !

13 commentaires sur “Parcours et métiers : quand les planètes s’alignent

  1. Merci pour cet article ! déjà parce que c’est super de découvrir ton joli parcours, et ensuite parce que tu as bien fait de parler de ton entreprise… j’avais prévu de commander des puzzles à ma fille pour Noël, je ne connaissais pas les puzzles Michèle Wilson et après un petit tour sur le site, aucun doute que je vais y trouver mon bonheur… en made in france 🙂

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    1. Merci ! Je suis ravie de t’avoir fait découvrir cette belle enseigne chargée d’histoire ! La nouvelle collection est une merveille je ne sais lequel choisir pour mes propres enfants 😂 une bonne partie des chroniqueuses est déjà convaincue par ces puzzles très différents !

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  2. Quel chouette article ! Je pense que c’est mon plus grand regret, s’il y en a un, de ne pas avoir fait des études dans l’art. Gamine j’adorais le dessin et ‘art plastique’ était ma matière préférée 😉 Chez moi je recopiais toutes les couvertures des BD de tintin (je les ai même gardé). Sauf qu’en entrant au collège, quand on m’a demandé ce que je voulais faire plus tard et que j’ai répondu dessinatrice de livre pour les enfants, on m’a répondu que ça n’existait pas et que c’était très précaire comme status. Ca m’a complètement refroidi et j’ai laissé tomber pour partir dans la science (rien à voir) … pour retrouver une passion dans la photographie! (et maintenant j’adorerais avoir le temps de faire une formation pour me perfectionner dans l’image ^^)
    En tout cas c’est cool de connaitre ton parcours, je te souhaite encore de beaux jours à ton poste !

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  3. C’est super intéressant ! Ravie pour toi que tu aies trouvé ta place après toutes ces péripéties professionnelles, et que tu puisses allier ta passion à « la raison ». 2h30 de trajet quand même 😀

    Aimé par 1 personne

  4. Très chouette parcours !
    Et merci de faire découvrir ton travail, j’ai découvert il y a peu les puzzles traditionnels en lisant la vie mode d’emploi de Georges Perec et ça m’avait bien intrigué. Je vais faire un tour sur le site !

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