Féministe ?

Féministe ?

Les personnes qui me connaissent un peu savent que je suis très fière de ma condition de femme. Féministe ? Sans doute un peu. J’aime affirmer que je suis libre, indépendante et que je n’ai fondamentalement pas besoin d’un homme à mes côtés.

Encore plus lorsque mon entourage me fait ces remarques qui ont le don de m’horripiler. Par exemple, mon N+1 qui me dit que je porte la culotte et que je « manage » notre vie de couple. Ce n’est pas pour me trouver des excuses mais il faut bien que les choses avancent dans la vie ! Ma belle-mère qui estime que j’ai une confiance en moi démesurée « parce que je fais carrière ». C’est très très mal me connaitre au demeurant… Quant à ma mère, elle trouve que je n’aurais jamais dû choisir un travail aussi prenant afin d’avoir plus de temps pour m’occuper de mes enfants « car tu comprends, c’est le rôle de la maman d’élever ses enfants ». C’est exactement la même chose que si on me disait au travail que je ne sais pas gérer mes émotions si, par exemple, je m’affirme un peu fermement lorsque je ne suis pas d’accord dans une réunion (alors que pour un homme, c’est une certaine marque d’autorité). Est-ce que cela ne vous rappelle pas quelque chose ces petites remarques ? Ce sont des stéréotypes genrés. En tout cas, c’est ma lecture ! Dans mon cas, ils sont clairement corrélés à ma carrière professionnelle.

Parce qu’une femme qui fait carrière, qui affirme ses choix, qui souhaite clairement réussir sa vie professionnelle, qui dit les choses sincèrement et sans se brider… ce n’est pas encore forcément bien intégré dans toutes les mentalités. Parce qu’au fond, c’est encore un peu tabou, non ? Une maman doit avant tout se concentrer sur ses enfants. Accessoirement satisfaire aussi tous les besoins de son mari (j’avoue je suis un peu dure là !). J’aime plus que tout mes enfants, soyons très clairs. Mais je n’ai pas fait de longues études pour me brider, et ce d’autant plus, si j’aime ce que je fais. Ma famille est importante, mon travail aussi.

En clair, je rêve d’une vraie équité entre les genres. L’égalité n’est pas forcément possible, car nous sommes différents physiologiquement. Cela ne me parait donc pas la notion la plus adéquate puisque la différence ne nous permet pas d’être égaux. Par contre, un peu de justice, des règles claires, ça, ça me plait ! Comme l’allongement du congé parental pour les hommes. Cela permettrait de rééquilibrer le poids de la maternité et de minimiser de potentielles discriminations à l’embauche de certaines jeunes femmes.

De plus, je souhaiterais me sentir pleinement libre dans mes choix, ne pas être gênée d’être féminine alors que je travaille dans un monde d’hommes, ne pas culpabiliser parce que je travaille beaucoup et que je suis heureuse de faire carrière, ne pas m’excuser parce que je suis la dernière à récupérer mes enfants le soir… Car il y a les autres, leurs réactions, mais aussi la manière dont j’assume cela !

Chaussures, femme, talons aiguilles
Crédit photo : Eloigomex

Je suis convaincue que femme et homme, nous sommes complémentaires. Que nous sommes des individualités et que le genre au fond est secondaire. Je rêve que mes garçons soient un jour des conjoints bienveillants, supportant le poids de la maternité avec leur partenaire, n’ayant pas peur de s’occuper des tâches ménagères, assurant cette fameuse « charge mentale », laissant à leur +1 une latitude dans leur choix de vie… Et je sais que mon rôle de maman me donne cette opportunité pour les élever en conséquence.

J’ai tellement cette impression de devoir parfois m’excuser et d’être un genre de « monstre ». Pour les choix que je fais. Parce que je gagne mieux ma vie que mon mari. Parce que c’est lui qui a quitté son emploi quand j’ai trouvé un poste dans une autre région. Certains collègues masculins m’ont déjà dit que j’avais énormément de chance qu’il m’ait suivi, mais quid de la femme qui s’expatrie avec son époux à l’étranger par exemple ? Cet homme n’a-t-il pas aussi énormément de chance que sa femme le suive ?

Combien de fois j’ai entendu ma famille me dire que « mon mari m’aidait quand même beaucoup » ? Et que c’était un bon papa parce qu’il m’aide avec les enfants… Certes. Je travaille tout autant que lui, voire (sans aucun doute) plus, et je ne pense pas que les tâches ménagères soient forcément réparties équitablement. Est-ce que je reçois des compliments ou une médaille quand j’accomplis toutes ces tâches ? Évidemment, non. « Parce que c’est normal ». C’est un peu la double peine : le poids du genre et des stéréotypes dans le regard des autres, ainsi que le poids de la culpabilité que je ressens par rapport à ma famille.

Pourquoi devons-nous nous excuser d’être ce que nous sommes ou ce que nous voulons être ? Pourquoi se fixer des limites ? Pourquoi toujours se sentir coupable ? Au fond, j’aurais tellement voulu être entourée par des personnes qui m’encouragent pour tout ce que j’entreprends. La réalité, c’est que la personne qui m’encourage vraiment, c’est mon papa, sans doute en réaction à ce qu’il a vu dans sa famille. Ma grand-mère, promise à un avenir professionnel intéressant mais dont le mari lui a interdit de continuer à travailler après l’arrivée de son premier enfant. C’était une autre époque… Quoiqu’il en soit, mon père m’a toujours encouragée à faire carrière ou du moins à faire mes propres choix, que je réussisse pour moi, que je choisisse mon propre chemin, pour être une femme indépendante et forte. C’est lui qui m’a poussée et je ne lui en serai jamais assez reconnaissante. Je n’aurais pas pu trouver meilleur soutien et j’ai beaucoup d’admiration pour sa façon de penser. Alors oui, notre société a sans aucun doute évolué, mais le poids des stéréotypes est toujours là. Je veux que ma vie soit aussi pleine que celle d’un homme, sans limite à cause de mon genre. Je ne veux plus m’excuser ou me culpabiliser pour ce que je choisis de faire et d’être. On dit que derrière chaque grand homme se cache une femme, mais est-ce que cela ne pourrait donc pas être aussi l’inverse parfois ?

13 commentaires sur “Féministe ?

  1. Je suis profession libérale, femme et mariée. Je dois être bien entourée car personne dans mon entourage ne me dit de telles choses. Au contraire, pour eux, ça me définit. J’ai toujours été d’une nature indépendante, donc quelque part, ils n’en attendaient pas moins de moi. Du coup, je me dis que j’ai de la chance de ne pas avoir à me justifier tout le temps.
    Le revers de la médaille est que ça m’horripile quand j’entends quelqu’un dire que de ma fille, par exemple parce qu’elle aime les belles robes qui tournent (à 3 ans) « c’est bien une fille ! ». je ne cesse de leur dire « stop au cliché, elle inventera sa propre case ». Je ne laisse jamais passer. grrrrr

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  2. A l’époque de notre premier bébé je voyageais encore beaucoup. Que ce que je n’ai pas entendu quand je suis partie une semaine un peu avant ses 6 mois ou deux semaines quand elle avait 9 mois ! à chaque allusion, je me contentais de dire que ma fille a aussi un papa, et de faire remarquer que ça leur viendrait pas à l’idée de dire ça à un homme dans la même situation… En règle général j’avais un « oui c’est vrai » dit en regardant ses chaussures.
    Le chemin est encore long pour changer les mentalités, mais on fait avancer la cause en ne lâchant rien !
    Féministe ? Passionnément 😉

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  3. Je suis confrontée au fait que mon mari a un boulot très prenant (6h-18h30) et qu’il était à son compte avant qu’on se rencontre. Donc c’est vrai que cette situation change la donne de mon côté. Je ne suis pas non plus mobile géographiquement ce qui limite les changements de boulot.
    Même si je suis d’accord avec ton article sur le fond, dans la pratique, c’est compliqué. Je reste celle qui gère beaucoup les enfants, je les dépose déjà à 7h30 le matin, je ne me verrais pas les récupérer en plus tard le soir…

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    1. Un boulot c’est aussi prenant et important qu’une famille non ? Ici chéri est à son compte aussi. Il s’arrange néanmoins pour récupérer les enfants une semaine sur deux, soit en commençant plutôt, soit en travaillant un peu après avoir couché les enfants.
      Il s’est aussi dit que sa boite ne fonctionnait passé les 2 premières années que si elle était rentable (salaire acceptable, pas mirobolant mais permettant de vivre) en ne lui prenant pas plus de 8-9h par jour, 5 jours par semaine.
      C’est un choix de vie à faire pour toute la famille.

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      1. Mon mari est agriculteur et a des vaches à traire matin et soir tous les jours de l’année. Il travaille avec son frère donc ils partagent les weekends, mais le matin il ne peut pas s’occuper des enfants tous les jours. Exceptionnellement si besoin oui, mais ca reste très occasionnel. Le soir il essaie d’aller récupérer les enfants deux soirs par semaine ce qui me permet de moins me presser, mais il me les dépose à la maison et retourne travailler.
        A l’époque où on allait se marier, je me suis retrouvée sans travail. Et sans la possibilité de déménager pour chercher un boulot dans une autre région, j’ai fini par changer de voie. C’est difficile d’arriver à concilier ses idéaux, sa vie de couple, sa vie de famille et son travail je trouve. Il y a toujours des choix à faire.

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        1. Fille d’agriculteur je te comprends, et je pense que malheureusement que dans certains métiers tel que celui là, l’équité est bien plus difficile à mettre en place dans les couple. Petite je passais beaucoup de temps à la ferme avec mon papa, il me prenait dans son tracteur ou avec lui quand il faisait la traite, pour moi c’était amusant et pour lui finalement pas très dérangeant, et ça soulageait pas mal ma maman 🙂

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        2. Mon commentaire ne s’adressait pas spécifiquement à toi au final, mais à tout ceux qui utilisent l’excuse chef d’entreprise comme raison d’avoir un parent moins impliqué dans la vie de famille.
          Il y a plein métiers ou les horaires sont des contraintes fixes (agriculteurs, professions hospitalières, gérant de boutiques…) mais il y en a tout autant où on peut travailler de chez soit, en horaire décalé si besoin,
          Il y a aussi des fois où on peut embaucher quelqu’un (même quelques heures par semaine) pour nous soulager à la maison ou dans l’entreprise, quitte à avoir un revenu moins conséquent.

          Dans tous les cas, il y a un choix à faire en famille.

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  4. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait qu’il faut chercher l’équité et non l’égalité. Hommes et femmes sont complémentaires et s’enrichissent mutuellement, à condition de ne pas prendre l’un pour le modèle de l’autre ! Chaque famille doit trouver son propre équilibre, l’essentiel est que chacun s’y retrouve. Je suis entièrement pour que les femmes puissent s’épanouir librement dans leur choix de vie, que ce soit dans une carrière comme la tienne… ou comme mère au foyer. Notre société progressera le jour où elle respectera les choix des individus et reconnaîtra à sa juste valeur le travail de chacun (et je ne parle pas seulement des métiers avec un salaire).

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  5. L’allongement du congé paternité est une avancée pour les familles, mais à mon avis pas tellement pour l’égalité homme/femme au travail. Ce n’est jamais monsieur qui risquera d’être arrêté dès le 4ème ou 5ème mois de grossesse pour une menace d’accouchement prématuré.
    Bref, ce serait bien si les familles avaient vraiment le choix de leur organisation et si tout ça n’était pas imposé d’une part par des considérations financières et d’autre part par un formatage culturel ! Parce que, que ce soit maman qui prenne un congé parental à temps plein parce qu’elle a envie de prendre du temps avec ses enfants et que papa s’éclate dans son taff, ou papa qui récupère les enfants à 16h tous les soirs alors que maman est en déplacement plusieurs jours par mois, moi je trouve ça très bien, même si je trouve qu’on devrait favorisé le double congé parental à temps partiel… mais il e faudrait pas que ça devienne l’unique façon de fonctionner non plus !

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  6. Ma famille ne m’a jamais fait culpabilisé ou rien reproché. Je sais que mes parents et beaux parents auraient voulu des petits enfants plus tôt et plus nombreux, qu’on ne déménage pas loin d’eux… Mais ils nous soutiennent et veulent qu’on soit heureux.
    On a eu beaucoup de commentaires sur le fait que mon mari s’occupe bien de notre enfant, qu’il rentre tôt le soir, que je puisse voyager beaucoup et qu’il ait pris un long congé pater… alors même qu’il a sa propre entreprise. Mais toujours dans le sens : « si lui le fait, les autres devraient le faire » ou « comparé aux autres papas, ton bébé à de la chance ». Et je suis complètement d’accord.

    La chose qui a le plus énervé mon mari c’est de s’entendre dire par des copains jeunes parents qu’il ne devrait pas se lever la nuit quand bébé pleure car lui n’était pas en congé mais bossait. Et il répondait avec véhémence que c’était bien plus compliqué/éreintant de passer une journée à s’occuper d’un bébé que de travailler sur son ordi au boulot. Et il ne manquait pas de faire remarquer à ces gens là que lorsque la maman reprenait le boulot, c’était ecore souvent elle la seule à se lever la nuit !

    J’ai l’impression que la société s’améliore petit à petit et que les inégalités s’amenuisent. Et j’espère bien que c’est le cas ! En attendant je profite d’avoir la chance d’avoir ce mari là et une super famille !

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  7. Pendant ma grossesse le nombre de fois ou on m’a demandé si j’allais arrêter de travailler ou prendre un congé parentale, alors qu’on a jamais posé la question à mon conjoint!!
    Surtout qu’il n’est pas possible pour nous de nous passer d’un de nos salaires sur le long terme car on gagne à peu prêt la même chose (salaire moyen) et nous ne pourrions pas vivre avec 1 seul salaire (régions cher). Et les gens le savent, mais il demande quand même si tu va arrêter de travailler !
    Au delà du sexisme présent dans ce genre de question, ça entretien le mythe du « papa doit ramener l’argent » et au final c’est je pense une pression pour les hommes. Enfin perso je n’aimerais pas avoir ce rôle non plus!

    Au final, depuis 3 ans je suis a 100% et mon conjoint à 80%! Mais même comme ça on me dit parfois qu’il s’occupe beaucoup de son fils, qu’il joue beaucoup avec, etc, que j’ai de la chance! Sauf que lui est à 80% et moi non! Et est ce qu’on dirait à une maman à temps partiel qu’elle s’occupe bien de son enfant sérieux ?!

    J’ai quand même m’impression que les chose change par contre. Nous habitons dans un quartier très familiale (école/crèche/nombreuse air de jeux, terrain and co) et très clairement il y a des enfants que je vois toujours sans exception avec leur maman, mais il y a quand même pas mal qui sont toujours avec leur papa! Et ça fais du bien de voir ça !

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  8. Très beau témoignage, complétement d’accord quand on est une jeune femme avec un caractère bien trempée et qu’on ne veut pas se laisser marcher sur les pieds, on essaie toujours de nous « rabaisser ».
    Je suis d’accord également sur le fait qu’il faut arrêter de remercier les papas qui « aident » les mamans. Non! Les papas font ce qui est normal, ils s’occupent de leurs progénitures.
    Bon courage, vous êtes une femme forte!

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