Conte de Noël – Deuxième partie

Conte de Noël – deuxième partie

Grand-mère avait préparé des sandwich qu’elle apporta avec l’hypocras. Sam s’installa dans un des fauteuils en velours, étendant sur le tapis ses longues jambes chaussées de bottes de feutre. Autour de lui, le salon sembla soudain tout petit. Grand-père servit la boisson fumante dans d’épais mazagrans de grès. Les guirlandes et le feu de cheminée jetaient sur le papier peint fleuri une lumière chaude et joyeuse, tandis que Figaro, le chat, dormait en boule, bercé par les crépitements de l’âtre. On se serait cru dans une maison de poupées, ces jouets de bois que l’on trouve sur les marchés de Noël. Fermant les yeux, Sam soupira de bonheur. 
– Ah, cet hypocras ! Que j’aime venir vous voir, vous autres ! Mais dis-moi, Eli… pardon, Emilie, tu me disais que tu avais retrouvé mon livre ? Qu’en as-tu pensé ?
– Je… et bien… il est très beau mais…  Pour tout vous dire, reprit-elle avec un rire clair, je l’ai feuilleté et je n’ai RIEN compris !  
– Si tu l’as trouvé beau… tu devrais pouvoir m’aider !

A ces mots, Sam se cala encore plus confortablement dans le petit fauteuil en velours.
– Oui, maintenant que tu es là, la solution à mon problème me semble évidente.
– Je suis désolée, dit Emilie en posant sa boisson fumante sur la table basse et en s’emparant d’un sandwich au jambon, mais je ne vois pas comment je peux vous aider. Ce livre est très beau, il est sûrement très intéressant mais je ne comprends pas la langue dans laquelle il a été écrit. Je ne sais même pas quelle langue c’est. 

Sam éclata d’un rire tonitruant qui fit trembler le vaisselier et s’entrechoquer la vieille vaisselle en porcelaine.
– Oui, c’est vrai mais ce n’est pas le plus important. Vois-tu, ce livre appartient à ma famille depuis vraiment très longtemps. Chaque génération doit y apporter sa contribution, en y contant des traditions de Noël. C’est notre tradition familiale à nous. Je l’ai fait, ma fille l’a fait et c’est maintenant au tour de mon petit-fils. Mais il s’y refuse. Noah déteste Noël.

Le regard de Sam se perdit dans le vague et Émilie vit même une larme perler au coin de son œil. Il se ressaisit très vite et, avec un grand sourire et son ton enjoué habituel,  ajouta :
– Il m’a rejoint pour les fêtes de fin d’année. Il a à peu près ton âge. J’ai l’impression que toi, tu aimes bien Noël, je me trompe ?
– Oh non, tu as tout à fait raison ! s’exclama Grand-Père, Émilie est une véritable inconditionnelle de Noël. 
– Parfait ! lâcha Sam en se donnant une grande claque sur les cuisses. Si tu veux bien passer un peu de temps avec lui, tu arriveras peut-être à lui faire voir la magie de Noël ! Qu’en penses-tu, Emilie ?

Émilie fit une petite moue gênée en lançant un regard en coin à son grand-père. C’est vrai qu’elle était toujours la première à sortir les décorations de Noël dans sa famille et son calendrier de l’Avent était souvent choisi longtemps à l’avance. Elle attendait ce moment de l’année avec impatience et c’était souvent elle qui entonnait les premiers chants de Noël le soir du réveillon.
– D’accord, sourit-elle finalement. Je serais ravie de vous aider à convaincre Noah que Noël est une belle fête.
– Alors, marché conclu ! s’exclama Sam avec un grand sourire. 
Il avala d’un trait son hypocras pourtant fumant et se leva.
– Dans ce cas, je te propose de venir avec moi tout de suite ! Nous allons l’envoyer faire des emplettes de Noël en ta compagnie. Je crois que tes grands-parents ont besoin de deux ou trois petites choses pour ce soir. Et toi aussi peut-être ?
– Euh… Oui mais avec ce temps…
– Bah, ce n’est qu’une petite pluie ! Quand on discute, on ne fait plus attention au mauvais temps. En plus, je suis sûr qu’il va neiger avant ce soir.

Résignée, Émilie termina son hypocras à grandes gorgées. Une fois sa liste en poche et ses sacs attrapés, elle rejoignit Sam qui attendait sur le pas de la porte, apparemment guère gêné par le froid. Ils se rendirent tous les deux dans la maison voisine, dissimulée derrière une haie d’arbres résineux. Gravissant les escaliers du porche, refaits récemment semblait-il, Émilie ne put s’empêcher de remarquer que la maison était décorée avec goût dans un esprit de Noël purement traditionnel. Deux motos garées dans l’allée principale témoignaient que, s’il ne partageait pas son amour des fêtes, le petit-fils de Sam avait au moins le même intérêt que son grand-père pour ce mode de transport.

En ouvrant la porte à toute volée, Sam s’écria : “Noah, je t’amène de la compagnie !” Sa voix chaude et sonore résonnait à travers la maison ancienne.
Du bruit se fit entendre à l’étage, puis Emilie vit un jeune homme arriver en dévalant les escaliers. Il ressemblait comme deux gouttes d’eau à son grand-père : la même carrure impressionnante, des cheveux non pas blancs mais d’un blond très pâle et surtout cette… cette lumière qui semblait émaner de lui.
– Bonjour, dit-il à Emilie avec un sourire espiègle. J’ai l’impression que grand-père cherche à nouveau à me caser !
– Noah ! Mais où sont tes bonnes manières ? s’offusqua Sam.

De son côté, le sang d’Emilie ne fit qu’un tour : ce jeune homme avait beau être superbe, il semblait bien imbu de sa personne. Pour qui la prenait-il ? Oui, où étaient ses bonnes manières ?!
– Pour ça, encore faudrait-il que je sois partante, et je dois avouer qu’avec un comportement comme celui-là, c’est loin d’être le cas ! lui répondit-elle.
– Et toc ! renchérit Sam, amusé par la tournure de la discussion.
Noah, d’abord interloqué, partit d’un grand éclat de rire. Emilie reconnut ce même rire tonitruant qui avait fait vibrer les meubles du salon de ses grands-parents. Elle se sentit à l’aise et en confiance, sans savoir expliquer ce sentiment.

– Emilie a quelques courses à faire au village et je me suis dit que tu pourrais l’accompagner : ça te fera du bien, de mettre le nez dehors. 
– Grand-père, tu as vu ce temps ? 
– Fais-moi confiance, Noah, c’est un temps parfait pour aller se balader au village, lui répondit Sam avec un clin d’œil.
Emilie se sentait un peu confuse. Quels drôles de personnages, ces deux-là ! Mais elle voyait l’heure tourner et il ne fallait pas traîner : 
– Alors, Noah, tu te décides, on y va ?

Crédit photo : Public Domain Pictures



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