Concours – la participation de Marie Olivieri

Concours – la participation de Marie Olivieri

Dis Mamie, tu nous racontes comment c’était la guerre ?

La guerre, mes chéries, elle nous est tombée dessus en début d’année. On s’attendait à tout sauf à ça. L’ennemi occupait des terres lointaines au départ et nous pensions vraiment pouvoir y échapper. Et puis, le vent a tourné, l’ennemi s’est rapproché, il s’est infiltré partout, déjouant les pronostics des spécialistes. On le connaissait peu, on le connaissait mal. On le sous-estimait, pensant que la bataille ne durerait qu’un temps et que nous serions suffisamment forts, suffisamment armés pour qu’une seule confrontation suffise. Mais vous savez mes chéries, la vie réserve bien des surprises et les plus sombres tourments peuvent apparaître en un instant.

Il fallait voir la folie que c’était, la pénurie dans les magasins, les regards de défiance quand on osait tousser trop fort. Les gens apeurés perdaient le contrôle, se ruaient sur les produits de première nécessité. On en était réduit à compter combien de farine il restait et s’il valait mieux l’utiliser pour faire du pain ou un gâteau. Quand j’y repense, rien de tout cela n’avait de sens.

Crédit photo : wikimedia

Nos sorties se sont amenuisées, on devait rester chez nous, bien sagement, à attendre les consignes suivantes. C’était long parfois, anxiogène aussi. Quand la situation devenait insoutenable, on se ressaisissait en pensant à ceux qui étaient au front : je me souviens qu’avec mes filles, vos mamans, on applaudissait les soldats tous les soirs à 20h. On songeait aussi à ceux qui n’avaient pas eu la chance d’y échapper, ceux pour qui la guerre avait été perdue.

Quant à l’école… Il n’y en avait plus vraiment. Elle existait à la maison mais creusait le fossé des inégalités entre enfants. On a fait de notre mieux mais était-ce suffisant ?

Lors de la première offensive, les semaines s’étiraient dans le temps, resserrant certains liens, en coupant d’autres aussi. Un vrai révélateur d’humanité… On a appris à faire le tri, on a essayé de se recentrer sur ce qui comptait vraiment comme si, une fois pour toutes, on prenait conscience de la vacuité de la vie, du fait qu’en un instant, tout bascule en un monde dystopique que l’on n’aurait jamais envisagé. On pensait aux aînés qui avaient vécu une guerre, une vraie avec un ennemi identifié.

Et ça a duré longtemps, Mamie ?

Oui. Ça a duré, la situation s’est prolongée bien au-delà des prévisions les plus pessimistes. On a cru à une trêve, on a repris une vie presque normale, essayant toujours de garder nos distances, avançant masqués vers la lumière en gardant en tête que tout ceci était derrière nous, mais pas tout à fait quand même.

Et puis, ça a recommencé. Les mêmes mots ont été utilisés : couvre-feu, confinement, restrictions. Il a fallu anticiper, en essayant de ne pas reproduire les mêmes erreurs. Hélas, l’humain est égoïste et inconséquent et tend à vite oublier les résolutions passées.

On a cessé d’espérer, certains ont tenté de se révolter tandis que d’autres criaient au complot. On a attendu de l’aide, les soldats épuisés n’étaient plus applaudis, les élèves avaient retrouvé le chemin de l’école alors qu’on savait que la sécurité n’y était pas forcément bien appliquée. On se sentait abandonnés quelquefois, livrés à notre sort, attendant une issue favorable qui paraissait totalement hors de portée.

On a continué à vivre parce qu’il le fallait bien mais en se demandant chaque jour à quel moment tout ceci s’arrêterait. Personne ne le savait. Nous n’étions pas à l’abri de voir la situation se répéter encore et encore.

Mais Mamie, c’était quand déjà ?

C’était en 2020, mes poupettes. Une année qu’on rêvait fabuleuse, qu’on imaginait fantastique. Une année où je m’étais juré de réaliser tous mes « plus tard » avant qu’ils ne deviennent « trop tard ». Si 2020 m’avait été contée, je ne l’aurais jamais envisagée ainsi mais c’est pourtant de cette façon qu’on l’a vécue, démunis face à ce virus, cette pandémie.

2 commentaires sur “Concours – la participation de Marie Olivieri

  1. C’est vrai que ça paraît dingue quand on y pense… Si loin de ce à quoi on s’attendait…
    Et on continue de rêver d’un retour à la vie d’après sans savoir quand on sortira enfin de cette dystopie.
    Courage à toi !

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  2. Ce parallèle avec la guerre donne un peu le vertige. Je me demande si nos souvenirs de cette période prendront cette forme ? En tout cas, c’est joliment conté.

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