La virilité toxique

Maé nous a écrit un bel article dans l’air du temps… et on s’est dit que la journée des droits des femmes était idéal pour le publier :

La virilité toxique

Il fut un temps, bien loin de notre monde moderne actuel, où la femme était vénérée. À l’époque, les connaissances sur la procréation étaient au niveau zéro et ces femmes capables d’expulser de leurs entrailles un être humain parfaitement formé avaient forcément une accointance avec des forces supérieurs. Mère Terre, mère de toute l’humanité, adorée autant que crainte.

Crédits Photos : Gideon Wright

Puis l’homme s’est sédentarisé. Il est devenu éleveur et les animaux lui ont appris les premiers rudiments sur la conception d’un bébé. La femme n’était donc pas la seule impliquée dans le processus, l’homme miniature qu’elle portait et mettait au monde n’était pas déposé dans son ventre par des vents magiques et mystérieux.

Et c’est là que tout a basculé. Si le sol aride n’est rien sans une graine. La femme n’est donc rien sans l’homme. Dans un monde idéal cela aurait permis l’émergence d’un monde égalitaire où l’homme et la femme auraient eu une importance égale dans la conception d’un enfant mais aussi dans la société. Malheureusement quelques hommes très… (j’essaie d’être polie) opportunistes ont décidé de façonner un monde différent, un monde où la femme serait inférieure à l’homme.

La virilité toxique

La descendance est ce qu’il y a de plus important depuis des siècles or, si la filiation de la femme est inattaquable quand un bébé sort de ses entrailles, il n’en est pas de même pour la filiation du père.

De plus, la femme perd du sang tous les mois, elle n’est donc pas capable de se contrôler. Si elle n’est pas capable de retenir des fluides, comment pourrait elle retenir sa sexualité ?

C’est en s’appuyant sur le besoin de descendance et l’hypothèse que les femmes ne sont que des succubes jamais rassasiées de sexe que l’homme a bâti l’idée qu’il fallait dominer la femme.

La femme, ce réceptacle de l’enfant déposé par l’homme, a besoin d’être maîtrisée et dominée. Son corps devient monnaie d’échange, permet la punition : pire que la mort des soldats que tu peux imposer à un ennemi, l’affront ultime est de lui imposer une descendance qui n’est pas la sienne.

Donc : tu seras un homme mon fils, tu violeras et tu tueras.

L’autre pendant du féminisme

Au-delà du dégoût que peut nous apporter l’histoire (et même certaines sociétés contemporaines) sur la dépossession de la femme de son propre corps et de l’utilisation d’un être humain comme marchandise cela pose aussi des questions sur la place de l’homme. Qu’en était-il de celui qui n’avait pas trop envie d’aller violer la femme du chef vaincu ? Ou qui n’était pas particulièrement belliqueux et préférait régler les conflits par la discussion ?

Ils se voyaient alors traiter de femmelette ou d’homosexuel. Les pires des insultes à certaines époques, d’être comparé à une femme, cet être inférieur, ou à un homosexuel, cette aberration de la création qui ose décider qu’il n’est pas attiré par les femmes (je précise que je ne fais que mentionner les idées véhiculées dans des sociétés anciennes – ou trop récentes et contemporaines à mon goût – et que ce ne sont pas des idées que je partage). Belle époque que celle où coucher avec une enfant était normal et intégré par la société alors que coucher avec un homme nous promettait de brûler à jamais dans les feux de l’enfer (ha la religion et sa tolérance à plusieurs niveaux…).

L’homme, de la même façon que la femme, se retrouve piégé dans une image où il se doit d’être un dominateur, puissant et insensible. Gare à lui si son érection n’est pas dure et longue, si ses sentiments s’expriment ou s’il n’aime pas la guerre. Il deviendra un sous-homme assimilé à la femme.

Crédits Photos : Markus Spiske

Protéger mes fils

Moi je veux que mes fils aiment les princesses, les sorcières, les barrettes à cheveux… et qu’on ne leur demande pas s’ils ne veulent pas plutôt jouer au ballon.

Je veux qu’ils puissent aimer toutes les couleurs sans qu’on leur explique que ce n’est pas une couleur en accord avec leurs pénis.

Je veux qu’ils choisissent de préférer les mots aux poings, d’être sensibles et empathiques, de ne pas avoir honte de pleurer et d’exprimer leurs sentiments.

Je veux qu’ils puissent choisir d’aimer qui ils veulent, dans le respect.

Je veux qu’ils restent maîtres de leurs choix et de leurs aspirations pour choisir le métier qu’il préféreront et dans lequel ils s’épanouiront.

Comment déconstruire tout un monde

Mais, j’ai beau avoir tous les souhaits du monde pour mes fils, il reste que le monde dans lequel nous évoluons est ce qu’il est.

Nous sommes tous englués dans cette histoire de virilité, piège pour les femmes et les hommes. Piège pour tous.

Nous nous retrouvons enfermés dans des cases qui nous étouffent et nous empêchent d’être qui on est. Et c’est nuisible pour tous.

Alors je continuerais à me battre, pour moi et les autres femmes mais aussi pour mes fils et pour les hommes.

Pour qu’ils aient le droit d’être des pères investis et de choisir eux aussi des aménagements de carrière pour les premières années de leurs enfants. Pour qu’ils aient le droit de pleurer. Pour qu’ils aient le droit de dire qu’ils ont besoin d’aide.

Le féminisme sert à faire exploser les codes de domination mais pour le bien de tous. Il est grand temps que tout le monde le réalise.

12 commentaires sur “La virilité toxique

    1. Le féminisme est quelque chose qui me tient à cœur depuis longtemps. Pour moi, bien avant d’avoir des enfants, j’avais décidé que je ne les obligerais pas à rester dans une case. Du coup sans complètement comprendre l’ampleur du sujet j’avais déjà une position sur le fait que mes fils auraient le droit d’aimer les poupées, les sylvanians, et les barrettes sans que je laisse passer une quelconque réflexion.

      Puis je suis tombée sur un livre que je voulais lire depuis un certains temps « Comment les esquimaux gardent leurs bébés au chaud ». Un livre sur la maternité. Mais dedans on mentionnait d’autres livres, qui mentionnaient d’autres livres… Et je me suis mise à lire beaucoup sur le sujet pour comprendre d’où venait cette domination et ce qu’elle impliquait. Et j’ai découvert tout un pan du féminisme qui pour moi est nécessaire pour comprendre ce qu’implique l’égalité. On ne veut pas que le femme devienne un homme, on veut que homme comme femme devienne l’humain qu’il veut être.

      Du coup plus que mes fils (même si forcément ça va jouer dans ce que je leur transmets) ce sont mes lectures qui ont un peu déclenchés toutes ces questions pour moi.

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  1. Je crois que toute l’ampleur de la tâche est dans l’éducation qu’on donne à nos enfants, les valeurs que l’on souhaite leur transmettre. Ils apprennent aussi beaucoup par l’exemple. Et si le monde ne correspond pas à ce que l’on voudrait, j’aimerais réussir à ce que mes enfants aient suffisamment confiance en eux pour pouvoir être qui ils veulent et se détacher d’un besoin d’appartenance. J’aimerais qu’il sache qu’ils ont le choix, que tout est possible mais que sortir des sentiers et affirmer sa différence demande du courage, de l’audace mais que rien n’est plus précieux que la liberté et d’être en accord avec soi-même.

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    1. C’est dur de déconstruire notre société et d’être capable de s’opposer. J’espère que je donnerai assez de force à mes fils pour qu’ils soient capable de dire « oui j’aime le rose ça pose un soucis? ». Mais je vois à quel point je suis parfois épuisée de lutter et je vois comme les enfants qu’ils côtoient sont déjà bien lobotomisés à base de « Ho Petit A. il est bizarre il aime les sorcières et les princesses », 5 ans et déjà des normes sexistes… Ba il y a du travail quoi…

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      1. Oui je te rejoins et partage les mêmes craintes. Je remarque aussi que les stéréotypes peuvent être présents dès le plus jeune âge. Et que les enfants entre eux ne se font pas de cadeaux. Mais on ne peut pas changer les autres, par contre j’aimerais tellement que mes enfants puissent s’affranchir du regard des autres, qu’il soit suffisamment bien dans leur basket pour avoir cette liberté de choisir. J’aimerais qu’ils ne suivent pas un groupe par besoin d’intégration, d’appartenance mais parce qu’ils partagent les mêmes convictions. J’aimerais qu’il ait cette force de caractère qui m’a profondément manqué. Je voudrais leur dire que ce qui compte ce n’est pas ce que les autres pensent mais ce qui leur convient à eux. Et que d’être différent est aussi une richesse, on est tous unique quelque part. je reconnais que ce n’est pas simple et peut-être le cheminement d’une vie.

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  2. J’ai découvert relativement récemment ce pendant du féminisme qui consiste à déconstruire les stéréotypes masculins : sur le moment, je me suis dit que je me sentirais moins concernée par cet aspect-là du féminisme, et puis j’ai quand même tenté, en écoutant le super podcast « Les couilles sur la table » (rien que le nom, j’adore ! 😉 ). Si tu le connais pas, file écouter ça : c’est extrêmement intéressant, riche, ça donne des clés de lecture et d’explication très pertinentes. Bref, une très belle découverte pour ce pendant du féminisme qui, comme tu le rappelles si bien dans ton article, ne doit pas être négligé !
    https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table

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    1. La base ce podcast! J’avais beaucoup aimé ceux ou intervenait Maia Mazaurette sur pourquoi on confortait les hommes dans le fait de vouloir être en désir permanent envers le corps de la femme alors que les femmes avaient moins ces images sexualisés permanentes. Et celui sur l’informatique… c’est mon milieu en plus donc dire qu’il ma scié c’est peu dire…

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  3. C’est tellement vrai, les hommes aussi sont coincés dans ce qu’on appelle la virilité, et ce n’est pas évident quand on ne veut pas entrer dans ce moule… Je trouve ça super que tu éduques tes garçons hors de ce schéma. C’est tout aussi important que d’ouvrir les possibles aux filles. Parce qu’on pousse les genres à se rencontrer vraiment pour vivre ensemble et non pas dans deux mondes parallèles…

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    1. Dans mes différentes lectures il était expliqué qu’on ne pourrait pas atteindre l’égalité en persistant à dire aux filles « prenez votre place dans les métiers/sports/domaines des garçons » mais en ne disant pas aux garçons que les domaines des femmes étaient tout aussi nobles et dignes d’intérêt. Il est important de revaloriser ce qui est attrait aux féminins (on commence petit à petit avec la gestion des enfants et la paternité à qui on donne de plus en plus sa place). Oui les filles vous pouvez tout faire mais les garçons aussi! Être un homme au foyer si c’est ce qui vous épanoui c’est top! Vous pouvez être danseur étoile, poète sans qu’on remette en question votre sexualité. Faites ce qui vous rend heureux en tant qu’être humain, pleurez, riez, aimez, épanouissez vous!

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  4. Je suis assez d’accord avec toi sur le fond, en particulier sur le fait que les femmes ne doivent pas devenir des hommes, mais que chaque être humain doit devenir ce qu’il est vraiment.
    Heureusement cependant que le monde et l’histoire ne sont pas aussi radicaux que ce que tu écris. C’est une tendance forte et encore présente, mais tout ne se résume pas à un patriarcat agressif et dominant. Je pense d’ailleurs que la virilité n’est pas une mauvaise chose en soi, à condition qu’elle s’exerce dans le respect de l’autre. Certes, il y a des situations encore profondément injustes entre hommes et femmes, mais je pense que le changement commence d’abord dans notre manière d’être, et notre manière de voir les autres. Pour moi, il ne s’agit pas tant de « déconstruire » des stéréotypes (après tout, les garçons ont quand même le droit d’aimer les voitures et les filles les poupées) que de « reconstruire » des individus libres et bien dans leur peau. 🙂

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    1. J’ai du résumer et un peu caricaturer l’histoire parce que malheureusement je pense que vous n’avez pas que ça à faire de lire 20 pages de dissertations sur le piège qu’est la virilité pour tous. C’est un sujet complexe et bien évidemment je ne vais pas empêcher mes enfants de jouer au ballon sous prétexte de les sortir de leur carcan d’homme. Je voulais mettre la lumière sur le fait que le féminisme était définitivement un bénéfice pour tous et qu’il est important de réaliser que ce n’est pas QUE se battre pour laisser aux femmes la possibilité de faire ce que faisaient les hommes jusqu’à maintenant, mais bien de libérer tous les humains des attentes de la société.

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  5. Je suis tout a fait d accord avec l esprit de cet article. Et j essaie d éduquer mon fils en ce sens. Le sociologique et le culturel a une place importante. Mais je trouve qu on oublie deux choses dans ces réflexions historico-culturelles:
    1) les progrès de la médecine: perso, sans doliprane et ibuprofene, je ne suis bonne à rien pendant presque une semaine par mois (sans endometriose). Ça serait compliqué d aller travailler, et de réfléchir sans ça. Et pendant mes deux grossesses, j ai constaté que j etais incapable d avoir l effort intellectuelle habituelle. Je ne parle même pas de la contraception, ni du fait que serviettes hygiéniques et cups n existaient pas! Ni de la mortalité en couche! Bref, je pense que sans ces progrès, je ne pourrais pas avoir le poste important que j ai actuellement. Comme dirait mon frère, reprocher aux anciens leur machisme, c est comme leur reprocher de ne pas avoir l électricité ! Par contre, maintenant, c est inexcusable!
    2)on oublie aussi que l innée existe (ce qui ne doit pas être une excuse, biensûr): des études montrent que lorsqu’ on lance un ballon dans une tribu coupée du monde moderne (donc qui n a jamais vu un ballon, et n est donc pas « conditionnée »), les garçons vont majoritairement cogner dedans, et les filles vont majoritairement le serrer dans leurs bras… des études montrent aussi que les petits garçons ont un plus grand besoin d activité physique. La question est: comment se servir positivement de ces différences , sans les nier, pour servir le féminisme?
    Bref, un débat riche!!!

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