Chapitre 1 : la femme au K-way rose

Chapitre 1 : la femme au k-way rose

Le vent avait rugi toute la nuit. Des bourrasques à faire se réveiller les morts. Ou empêcher les vivants de dormir. Ce vacarme exaspérait Joe. Depuis le temps qu’elle attendait ces vacances ! Elle voulait en profiter, pas se terrer dans une petite maison de location. La porte de sa chambre s’ouvrit lentement. Une tête brune et bouclée apparut.

– Joe ? Tu dors ?
– J’ai l’air de dormir ?!
– Je m’en doutais ! Quitte à ne pas dormir, autant passer la nuit ensemble, non ?

Joe sourit. Quelle que soit la météo, ses vacances ne seraient pas complètement fichues. Elle était partie avec Mina, son amie de toujours. Pour la première fois, toutes deux avaient abandonné mari et enfants pour une semaine de tranquillité. Après la crise sanitaire, elles l’avaient bien mérité !

Mina s’installa confortablement dans le lit de son amie et elles bavardèrent sans se soucier de l’égrenage des heures. L’aube les cueillit assoupies et heureuses. Le vent s’était mué en petite brise légère. A défaut de belle, la journée s’annonçait correcte.

Lorsque les deux jeunes femmes se réveillèrent, la matinée était bien entamée. Elles décidèrent de se balader en bord de mer avant de chercher un troquet qui proposerait un brunch.

L’océan était sublime. Les vagues, majestueuses, s’écrasaient sur la grève dans une explosion d’écume. Des mouettes s’époumonaient dans les airs où quelques rais de lumière traversaient les nuages.

– Ce n’est pas aujourd’hui qu’on va se baigner, soupira Mina.
– Allez, au moins les pieds !

Les deux femmes descendirent le petit escalier en bois qui menait à la plage. C’est à ce moment qu’elles découvrirent une vieille femme, recroquevillée sous la structure. Elle portait un k-way rose fluo, une culotte… et c’était tout. Ses cheveux blancs, emmêlés, lui formaient comme une couronne autour du visage. Ses lèvres, sa peau étaient abîmées par le soleil et le sel. Ses pieds, nus, offraient un triste spectacle ensanglanté. Lorsque les amies s’approchèrent, la femme eut un mouvement de recul.

–  Madame ? tenta Joe. Je crois que vous avez besoin d’aide.
– Non non non non non. Tout va bien. Passez votre chemin, murmura-t-elle.

Joe ne l’écouta pas et, passant un bras à sa taille, l’aida à sortir de sa cachette. La vieille femme ne cessait de répéter « non », encore et encore.

Mina s’apprêtait à appeler les pompiers lorsqu’un couple s’approcha d’elles.

–  Maman ! On t’a cherché partout ! s’exclama l’homme.
– Tu nous as fait une de ces frayeurs, renchérit la femme. On a bien cru que le vent t’emporterait ! Toute la nuit dehors, ce n’est pas raisonnable !

Personne ne fut dupe. Les yeux de la vieille femme s’emplirent de larmes et de peur à la vue de ce couple. Ce dernier, sans un mot ni un regard pour Joe et Mina, la saisit et la força à le suivre. Elle continuait encore sa litanie de non.

Interdites, les jeunes femmes n’eurent pas le temps de réagir. L’étrange trio allait disparaître. C’est alors qu’elles virent la vieille femme mettre la main à la poche de sa veste, en sortir quelque chose qu’elle laissa tomber. Elle essaya de se retourner mais la prise du couple était trop forte pour lui octroyer cette liberté.

Mina se tourna vers Joe. Depuis le temps qu’elles se connaissaient, un seul regard suffisait pour se comprendre. Toutes deux firent mine d’aller tremper leurs pieds dans l’eau fraîche et mouvementée de l’océan. Au bout de quelques interminables minutes, Joe jeta un œil vers la dune : plus une trace du trio.

– Mina, je crois que c’est bon ! Je ne vois plus personne.
– Ok, on y va ? C’était dans ce coin-là je crois, non ? Avec tout ce vent, j’espère que cette “chose” ne s’est pas envolée.

Une dizaine de mètres plus loin, les jeunes femmes quadrillaient une petite portion de sable. Un objet était tombé, mais de loin il avait semblé petit. La seule chose qui avait trahi sa chute était un éclat lumineux, un scintillement de quelques fractions de secondes. Il n’était pas dit qu’elles le retrouveraient entre les coquillages, les algues et le vent qui leur projetait du sable ou des cheveux dans les yeux. Soudain, un éclat brillant attira l’œil de Mina. Serait-ce l’objet en question ?

– Hé, Joe ! Viens voir ! Je crois que je l’ai !
– Oh, fais voir ! C’est quoi ? On dirait un collier non ? Ouvre-le !

Mina tenait un petit médaillon. Une photo semblait effacée par le temps sur l’avant, et un petit mécanisme d’ouverture se trouvait sur le côté. Malgré l’alliage terni par le temps, il brillait encore d’un faible et mystérieux éclat. Les doigts de la jeune femme, excitée par la découverte, avaient beaucoup de mal à ouvrir cet objet qui semblait si fragile, comme venu d’un autre temps. Joe s’impatientait. Elle avait toujours été dans l’action, l’aventure. Cette rencontre improbable ravivait ses envies d’enquête, d’espionnage. Vivre en tant que détective n’était pas viable, elle avait choisi une vie professionnelle plus rangée et stable. Mais, de temps en temps, ce besoin d’aventure revenait.

– Allez ! Tu y arrives ?
– Je fais ce que je peux, on dirait qu’il y a du sable mouillé qui bloque le mécanisme. A moins qu’il n’y ait un point de colle ou de cire…
– De la cire ? Tu crois ? Donne !

Joe n’y tenait plus. Elle attrapa le médaillon dans les mains de son amie et le retourna dans tous les sens. Elle essaya de faire pivoter l’ouverture, de la tirer, de la pousser, vers le haut, le bas, à droite ou à gauche, rien ne fonctionnait. Le mécanisme semblait cassé ou bloqué. Son index, en glissant, rencontra une texture un peu différente sur la surface lisse du médaillon. Une rugosité à l’arrière de l’objet, comme une gravure en italique. Elle le retourna et, l’exposant aux rayons du soleil, elle le fit jouer dans sa main jusqu’à apercevoir l’écriture effacée :

– m…l…e ?
– Qu’est-ce que tu dis, Joe ?

Mina, vexée, s’était installée un peu plus loin sur la grève. La rencontre avec la vieille femme l’avait choquée mais son optimisme naturel avait vite repris le dessus. Elle s’était déjà tournée vers une autre occupation pendant que son amie, entêtée, semblait avoir un mystère à résoudre. Elle avait décidé de passer de bonnes vacances, reposantes, d’oublier le boulot, le quotidien de la ville… et voilà que son amie reprenait ses habitudes de détective à bas prix.

– Il y a quelque chose d’inscrit, là, derrière. Mais c’est encrassé, et aussi un peu effacé je crois. M…l… ou i…e
– Fais voir ? Mmh, ça pourrait aussi être la barre d’un b ou d’un d. En le lavant peut-être ?

Joe s’avança vers une des flaques d’eau de mer qui parsemaient la plage, trempa un doigt dedans et le frotta sur l’inscription. Les lettres restaient à moitié effacées mais à présent, en inclinant le médaillon avec un certain angle, on pouvait déchiffrer le prénom “Méline”. Elle se tourna vers Mina qui s’était relevée et regardait l’horizon et lui montra le médaillon avec un sourire jusqu’aux oreilles. 

– La dame doit s’appeler Méline ! Ce n’est pas courant pour quelqu’un de son âge, on devrait pouvoir la retrouver facilement ! 
– La quoi ? Joe, on est en vacances ! On est là pour se détendre et s’amuser, laisse tomber l’enquête, Agatha Christie. 
– Mais tu as vu l’attitude du couple, je suis sûre qu’ils cachaient quelque chose. lls n’avaient qu’une envie : disparaître le plus vite possible avec cette dame. On ne peut pas la laisser comme ça sans s’assurer qu’elle va bien. Et puis, c’est comme un jeu d’énigmes à échelle réelle ! Une manière sympa et originale de découvrir la ville, qu’est-ce que tu en penses ? 

Mina regarda sa meilleure amie avec un regard désabusé et soupira. Difficile de lui refuser quoi que ce soit, tant son enthousiasme débordant était communicatif. Elle finit par acquiescer. 

– Bon d’accord, on va essayer de la retrouver. Mais d’abord, je veux ce brunch, je meurs de faim. On cherchera mieux en étant assises et rassasiées. 

Mina ne put s’empêcher de sourire en voyant les yeux de Joe pétiller de joie. Elles sortirent de la plage et se dirigèrent vers le petit restaurant cosy repéré le jour précédent. En s’asseyant à table, elles furent assaillies par les odeurs de crêpes chaudes et de café qui régnaient dans la salle, ce qui ne fit qu’accentuer dramatiquement la faim qui désormais les tenaillait. Elles revinrent du buffet avec des assiettes remplies et tout en dégustant une délicate viennoiserie, Joe lança frénétiquement une recherche sur son téléphone. 

crédit photo : pexels

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