À côté de la plaque

À côté de la plaque

Dès petite

Enfant, j’étais une petite fille souriante, mais, surtout, timide, très timide, et tout autant sensible. Celle qui, sur sa photo de classe, est si mal à l’aise, qu’elle garde son pouce dans la bouche. Et à qui on répètera, pendant toute l’année scolaire, qu’on ne garde pas son pouce sur les photos. Donc, sur la photo de l’année suivante, cette petite fille n’a pas son pouce dans sa bouche, mais n’a pas l’air très à l’aise dans ce groupe et fait tout pour se faire oublier.

Et cela m’a suivi toute ma scolarité. En primaire, je prenais très peu la parole. J’avais souvent les réponses aux questions des enseignants, mais prendre la parole relevait du défi. J’étais scolarisée dans une petite école, et d’année en année, on savait que j’étais mal à l’aise avec le groupe. Et cela s’est donc très vite retrouvé sur mon livret scolaire.

Dans la cour de récré, j’avais UNE grande copine. Qui a déménagé lorsque j’étais en CE1. À partir de là, j’ai eu du mal à trouver ma place. J’ai toujours eu le sentiment de ne pas connaître les règles. De tenter de m’intégrer dans les groupes, sans jamais vraiment y parvenir.

En arrivant au collège, dans une ville plus importante, je me retrouvais seule, sans aucune tête connue dans ma classe. J’ai essayé, d’année en année, de m’intégrer à différents groupes. Mais mon immense timidité m’a vite exclue. Au fil du temps, je suis devenue LA moche, celle plutôt sympa, mais avec laquelle on ne souhaite pas trop traîner. Sauf en période de grippe, où une grosse partie du groupe est absente, et où l’on est bien content d’avoir quelqu’un avec qui parler. Car, en tête à tête, j’avais beaucoup plus de facilité à échanger avec mes congénères. Mais dès le retour du reste de la troupe, je redevenais transparente, et j’avais beaucoup moins de conversation.

L’arrivée au lycée n’a pas arrangé les choses. J’ai cru, naïvement, que le fait d’arriver dans un nouvel établissement, allait me changer la vie. Seulement, ma timidité continuait à me pourrir la vie. Et les années de collège m’avaient bien mise dans le rôle de celle qui gêne, qui est laide et qui ne parle jamais au bon moment. Si tu savais la qualité de ma répartie lorsque je suis seule ! D’ailleurs, les rares fois où je parvenais à prendre la parole en public, les autres savaient très bien à quel point cela me demandait des efforts ! Et donc ne me rataient pas. Même en classe, lorsque je prenais sur moi pour lever la main et répondre à une question, plusieurs enseignants ne pouvaient pas s’empêcher de m’envoyer des piques, genre « tiens, la bavarde du siècle ouvre la bouche, il va neiger en juillet ! » Inutile de te préciser que ma volonté de prendre la parole fondait alors comme neige au soleil !!!

Pendant plusieurs mois, je n’ai pas réussi à aller au lycée. Les insultes sur mon passage, qui avaient débuté pernicieusement au collège, se sont amplifiées. Avec le recul, je pense que les termes « phobie scolaire » et « harcèlement » sont ceux qu’il aurait fallu employer. Mais, sur le moment, on s’est arrêté, et moi la première, sur le fait que je n’allais sans doute pas très bien, que j’étais mal dans ma peau. Peut-être un jour arriverais-je à écrire à ce sujet…

J’ai malgré tout repris le chemin du lycée, passé mon bac. Et j’ai choisi de faire des études dans le milieu culturel, ce qui m’a permis de partir faire mes études dans une autre grande ville, à 500 km. Je m’aperçois d’ailleurs que, bizarrement, moi qui avait l’étiquette de celle qui ne fait pas de bruit certes, mais qui n’est pas très active également, fut celle qui, dès le début de mon année de terminale, était la seule de la classe qui savait où elle voulait aller, avait demandé les dossiers. Le regard des profs a commencé à changer à ce moment-là. Il n’est jamais trop tard…

Mes années d’études, en dehors du fait que la maladie est venue perturber mes plans, m’ont fait l’effet d’une bouffée d’oxygène. Je ne connaissais personne, et, surtout, nous avions tous pas mal de centres d’intérêts en commun. Beaucoup venaient des 4 coins de la France, avec l’envie de profiter pleinement de ses années étudiantes. Pendant ces 2 années, j’ai enfin réussi à trouver ma place dans des groupes.

Crédit photo : Anete Lusina

La vie d’adulte

Une fois entrée dans le monde du travail, je me suis aperçue que le fait d’être « la timide » allait continuer à m’handicaper. Je reconnais que j’ai du mal à prendre la parole en groupe et, même si cela s’est un peu calmé avec le temps, je reste quelqu’un de plutôt introvertie. Sauf lorsque je suis en confiance. À partir de là, la pipelette sort de sa tanière !

Cependant, ce sentiment d’être à coté de la plaque reste encore une réelle souffrance.

Je suis clairement quelqu’un de gentil, et je le revendique ! Que la gentillesse soit devenue, pour beaucoup de gens, un synonyme de bébête ou nunuche, ou toute autre mot à syllabe doublée, m’agace au plus haut point. Cependant, je me prends régulièrement la réalité en pleine figure, et ma sensibilité en prend un coup à chaque fois.

Dans un groupe, tu as ceux qui savent, en toute circonstance. Qui sont sûrs d’eux, ou qui le font sentir. Qui semblent avoir toujours la bonne réponse, et certains sont très doués pour te signifier que tu te plantes grave ! Ma première réaction est toujours de me dire « Qu’est-ce que je n’ai encore pas compris ? ». Sauf qu’en réalité, je n’ai pas moins compris, j’ai juste un fonctionnement qui fait que je me remets d’abord en question. Tu te doutes que, dans le monde du travail, certaines personnes ont pu en profiter. Je me relève actuellement d’une période de difficultés professionnelles, qui a encore accentué cette tendance au doute.

Et surtout, cela fait maintenant très longtemps que j’ai en tête que je n’ai pas tous les codes. J’ai beau le savoir, et surtout être consciente que je ne sais pas moins, mais que le dis juste beaucoup moins fort (voire pas du tout), je doute.

Bien que ma timidité se soit un peu arrangée, j’accepte aujourd’hui que je ne serais jamais la plus à l’aise en groupe. Je ne dis pas que cela ne me blesse pas, car certains doutent beaucoup moins, mais j’apprends à faire avec lorsque c’est possible. Je n’ai pas de grands groupes d’amis, mais ceux que j’ai sont ceux qui sont restés avec le temps, et avec lesquels je ne suis pas du tout sur la réserve !

Et cette phrase « tu es la moche » a fait son chemin. J’ai appris à m’accepter telle que je suis, pas plus belle ni laide qu’une autre, mais qui m’a fait comprendre récemment pourquoi j’acceptais si mal les compliments, pourquoi j’avais toujours tendance à atténuer les propos positifs que l’on pouvait m’adresser. Même ceux de mon mari, comme si c’était une blague. Cette phrase a ponctué mon enfance et mon adolescence, et m’accompagne malgré tout encore.

19 commentaires sur “À côté de la plaque

  1. Merci pour ces mots.
    A quelques détails près (pas de harcèlement pour moi par ex), on pourrait croire que vous parlez de moi…
    Je compatis, et j’essaye d’imaginer à quel point votre scolarité à dû être difficile…
    Moi je trouve plus difficile le monde du travail, car à l’école j’ai quasi toujours trouvé un groupe d’amis aussi en décalage avec les autres que moi, à différents niveaux. Mais les collègues ne sont que des collègues…

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  2. Je me retrouve dans ton témoignage, je suis aussi timide. j’ai toujours eu quelques amis lors de mes années d’école, qui sont pour la plupart encore présent dans ma vie. Mais j’ai toujours eu plus de mal à m’intégrer au groupe le plus populaire, à me sentir à l’aise avec un plus grand nombre de personnes. Je suis gentille, je n’aime pas l’injustice et je n’ai pas vraiment d’auto défense, j’ai pu être embêtée quelques fois. J’ai reçu également pas mal de réflexion sur mon manque de participation en classe et lorsque je me sentais suffisamment en confiance pour le faire, je n’étais bien souvent pas encouragée dans le bon sens pour persévérer. Team hypersensible également. Ce qui m’a un peu aidé c’est le théâtre, je pouvais jouer sur scène et j’aimais beaucoup ça. Je n’étais pas moi, je jouais un rôle ce qui me délivrait quelque part je pense du regard des autres. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus à l’aise, j’ai gagné en confiance en moi. Je ne pense plus être timide mais je suis toujours discrète et j’ai toujours l’impression de ne pas avoir les codes, de ne pas savoir trop comment entamer la conversation, l’entretenir avec certaines personnes. Je ne suis pas toujours à l’aise, j’aimerais avoir plus d’aisance relationnelle, plus de tchatche , être moins sur la réserve. Ce n’est pas quelque chose d’inné même si c’est beaucoup mieux que cela a pu être. Lorsque mon fils est catalogué de timide par sa maîtresse une semaine même pas après sa rentrée en CP, dans une nouvelle école, je me dis que ça ne change pas on met toujours les individus dans des cases… si il serait trop bavard se serait tout autant indiqué. Il est juste posé, réfléchi, observateur le temps de prendre ses marques dans ce nouvel environnement. Il n’a pas de difficulté à créer du lien avec ses camarades, il est peut-être intimidé pour prendre la parole en groupe mais je trouve ça juste normal à son âge.

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    1. Je te rejoins complètement sur cette volonté de mettre chacun dans une case. Mon fils ainé est lui totalement à l’inverse de moi, il est particulièrement à l’aise en groupe et prend très souvent la parole en classe, il raffole même de présenter des exposés. Outre le fait que cela m’étonne fortement d’avoir pu faire un enfant si à l’aise (et tant mieux d’ailleurs), j’ai été convoquée dès la maternelle car il prenait trop de place. Là où mes parents devaient expliquer quel était mon problème pour être si transparente…
      C’est vrai qu’avec l’âge, on arrive à gagner un peu sur cette timidité, même si certains réflexes et gênes restent…

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  3. Merci pour ton témoignage. Moi aussi grande timide j’ai toujours eu du mal à intégrer un groupe.. d’ailleurs en classe je me trouvais avec une copine souvent parce qu’il n’y avait personne d’autres qu’elle connaissait non plus… mais j’ai pu avoir de belles amitiés. Aujourd’hui je l’accepte même si ce n’est pas toujours facile à vivre. Ce qui est dur aussi c’est que je n’angoisse plus uniquement pour moi mais aussi pour mes enfants (est ce qu’ils vont se faire des amis à l’école, et si on déménage est ce qu’ils arriveront à s’intégrer ?)

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    1. Je te comprends tout à fait ! J’ai moi aussi tendance à angoisser pour les enfants. Chacun des 4 enfants à la maison a son propre caractère, mais je me pose toujours des tas de questions en lien avec leur place dans le groupe.

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  4. Votre article, qui a dû vous demander beaucoup de courage pour l’écriture, correspond à ce que j’ai vécu de la petite enfance au tout début de ma vie d’adulte. Ma réserve et mon goût pour la solitude me faisaient passer pour un être asocial, « en plus » j’étais bonne élève et pas gâtée par la nature.. J’ai quand même eu droit aux séances de psy à l’école primaire du fait de mon côté introverti…
    Au collège, lycée et fac, comme le dit la chanson de Bénabar, » j’étais pas la jolie, moi j’étais sa copine, celle qu’on voit à peine, qu’on appelle machine… »
    Tout s’est décanté à l’âge adulte: oui, je suis un « ours » et fière de l’être. J’ai peu d’amis, mais suis extrêmement fidèle en amitié. Mon physique est toujours bof, mais je m’en moque. Aujourd’hui, j’ai encore du mal à me lier. Mes collègues sont adorables, mais je botte en touche dés qu’il s’agit de se voir en dehors du travail.
    Le tout est de s’accepter telle que l’on est , ce que vous semblez avoir bien réussi à faire. Bonne continuation à vous.

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    1. Merci beaucoup pour votre commentaire.
      Cette chanson de Bénabar m’a aussi trotté dans la tête au moment de la rédaction de l’article !
      Réussir à s’accepter tel que l’on est demande du temps, et c’est chouette que vous ayez réussi.
      Belle continuation à vous aussi.

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  5. Timide ici aussi. Amplifié dans mon cas par des déménagements successifs. J’ai finalement trouvé des copines dont certaines m’ont vraiment aidé à sortir de ma coquille. Je ne suis toujours pas à l’aise dans un groupe inconnu, mais pour le reste maintenant ça va je m’affirme beaucoup plus ! Et j’ai le même souci d’autodévaluation, c’est un truc de dingue que je n’arrive pas à gérer… SI tu as des conseils, je prends !

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    1. En effet, les déménagements répétés n’ont pas dû être évidents à vivre, en arrivant comme nouvelle élève timide régulièrement !
      Que tu réussisses aujourd’hui à t’affirmer davantage, c’est une belle victoire !
      J’avoue que je m’aperçois aujourd’hui parfois que je ne me fais pas assez confiance et que je suis en pleine crise de dévalorisation. Mais je n’ai pas encore trouvé le truc pour ne pas le faire. Le pire, c’est que j’ai vraiment le sentiment d’être lucide, mais il semblerait que ce ne soit pas ma plus grande qualité !

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  6. Je me retrouve beaucoup dans ton témoignage. J’étais aussi très timide et mal dans ma peau avec peu d’amis une grande difficulté à m’intégrer dans des groupes. Avec l’arrivée de mes enfants j’ai fait un gros travail sur moi (qui n’est toujours pas terminé) et je me suis rendue compte il y a peu grâce à ma psy que je suis hypersensible. Si tu ne connais pas le principe je t’invite à te renseigner. Depuis je comprends un peu mieux mes difficultés d’enfant et surtout je suis un peu plus tolérante avec moi-même. Je sais maintenant que d’être avec beaucoup de monde me prend beaucoup d’énergie et je culpabilise moins de prendre du temps pour moi pour me reposer des interactions sociales. Le plus important je pense c’est de se comprendre et de voir qu’on est tous différents et qu’il fonds ce n’est une mauvaise chose. A partir du moment où on s’assume les choses sont plus faciles.

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire.
      Comprendre d’où viennent tes difficultés en groupe a dû te permettre de mieux accepter cette différence.
      J’ai tenté à plusieurs reprises d’entamer un travail sur moi, mais cela n’a jamais donné grand chose, n’ayant sans doute pas trouvé le bon psy.
      Mais je reconnais que je commence à m’interroger sur l’hypersensibilité, en voyant certaines de mes difficultés encore au quotidien…

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  7. Je suis discrète sans être timide et j’ai toujours privilégié une ou deux amitiés à un groupe d’amis ou j’avais plus de mal à prendre la parole et à exister. Je ne l’ai pas mal vécu même si la différence avec mes parents et mon frère qui sont du genre super à l’aise, bavard… me paraissait flagrante.

    Cependant je suis mariée à un grand timide. Il en souffrait à l’école plus jeune et ses parents l’ont conduit pendant plusieurs années chez un psy pour comprendre son blocage et l’aider à être moins timide. Ca lui a beaucoup réussi. Sans être extraverti ou hyper à l’aise en société maintenant, il a été capable de se faire 2 amis en fin de collèges et d’intégrer un petit groupe au lycée puis à l’université.

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    1. C’est vrai que dans une famille de bavards, être plus sur la réserve ne doit pas toujours être simple.
      J’ai tenté également le suivi psy, mais je n’ai pas dû rencontrer la personne qui me permettrait de m’aider à avancer avec cette différence. Peut-être retenterais-je l’expérience à un moment où j’en ressentirais à nouveau le besoin.

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  8. Merci pour ton témoignage si honnête. Pour ma part, je suis plutôt du côté de celles et ceux qui sont à l’aise en groupe… Mais je suis enseignante et j’ai cette année dans ma classe une élève qui doit ressembler à l’enfant que tu étais. Et je me pose beaucoup de questions sur la façon de l’inclure au groupe, de la faire participer sans la mettre mal à l’aise… Aurais-tu des conseils à me donner ?

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    1. Je suis enseignante également et je pense qu’il faut lui laisser du temps. La rassurer aussi sur ses capacités, valoriser ses réussites.
      J’ai eu une élève comme ça l’an dernier en CE2. Il a fallu des mois pour que je parvienne à entendre le son de sa voix. Elle ne participait pas en classe et, quand j’essayais de lui parler en récréation (si elle se blessait, par exemple), elle était si gênée que je n’insistais pas.
      Cette année, je l’ai à nouveau parmi mes élèves, en CM1. Elle est la meilleure élève de la classe et elle est vivante, épanouie, très active. C’est un vrai plaisir de constater une aussi belle transformation !

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    2. Merci pour ton commentaire.
      C’est vrai que, pour les enseignants, ce ne doit pas être évident de prendre en compte chaque élève avec ses différences, et de trouver comment intégrer les enfants très timides.
      Les seuls conseils que je peux te donner sont liés à des souvenirs :
      – une de mes profs de collège avait compris à quel point c’était difficile, presque physiquement, de lever la main pour prendre la parole. Elle m’interrogeait donc à chaque cours, au moins une fois, et me permettait ainsi d’avoir la moyenne. Et cela m’a rassuré au fur et à mesure de l’année.
      – dans ce qu’il faut éviter, c’est sans doute ce qu’on pu faire, surtout maladroitement je pense, certains enseignants, en insistant sur ma non-prise de parole, ou en faisant tout un tabac de mes rares tentatives.
      Mais je pense que le plus important est la bienveillance et la douceur, qui permettront à ton élève de se sentir le mieux possible dans la classe et, comme le dit Nina dans son commentaire, de la rassurer sur ce qu’elle est capable de faire.

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