Avec ou sans péridurale madame ?

Avec ou sans péridurale madame ?

Ah, la fameuse question ! C’est très simple, on ne peut pas y couper au cours d’une grossesse : à un moment, il faudra bien se poser la question de notre accouchement, et de la gestion de la douleur. Et, histoire d’être drôle, cette question se reposera systématiquement à chaque grossesse…

Et en ce moment, après avoir vécu deux accouchements avec péridurale, et un sans, j’avoue ne plus trop savoir où j’en suis sur cette question. S’il m’était donné de vivre une quatrième grossesse, je ne saurais pas bien quel choix faire : c’est très simple, j’ai détesté… les deux !

Trois accouchements, trois histoires !

Pourtant, pour ma part, j’étais très au clair lors de ma première grossesse. La médecine avait inventé un moyen de ne pas souffrir, je serais folle de ne pas y avoir recours. Péridurale, me voilà ! Ainsi, après 48h de contractions douloureuses mais inactives sur mon col, le corps médical avait décidé de me poser ma fameuse bouée de secours et de déclencher mon accouchement à coup d’ocytocine et de poche des eaux percée. Résultat, une petite fille adorable dans mes bras 2h plus tard, et sans douleur. Sans douleur, oui, mais pas sans souffrances. Nous y reviendrons.

Pour mon deuxième accouchement, je n’avais pas encore fini de réfléchir à la question que j’ai malheureusement du accoucher à 5 mois de grossesse. L’histoire étant ce qu’elle est, et ce bébé n’étant pas destiné à vivre, le corps médical a une politique claire sur le sujet : la maman étant déjà en grande souffrance psychologique, il est important de ne pas rajouter de la souffrance physique. J’ai donc vécu douze heures de péridurale avant de donner naissance à mon bébé étoile. Encore une fois, ça ne s’est pas très bien passé, et pas uniquement moralement…

Crédit photo : Parentingupstream

Arrivée à ma troisième grossesse, et au vu de mes deux premières expériences, j’avais donc fait le choix d’accoucher sans péridurale. J’étais même tellement traumatisée de mes accouchements en milieu médical que j’avais cherché une sage-femme pour accoucher à domicile, sans succès. J’ai donc vécu un accouchement « naturel » en salle de naissance classique et, finalement, ce n’était pas non plus une partie de plaisir.

Avec ou sans, j’ai souffert !

Ce qu’il est important de savoir, et que je ne pouvais pas deviner avant d’accoucher, c’est que j’ai pour ma part une très mauvaise tolérance aux anti-douleurs puissants. La péridurale ne fait pas exception.

Ainsi pour mes deux premiers accouchements, si effectivement je ne sentais pas les contractions et la douleur qui y était associée, j’ai tout de même développé toute la panoplie des effets secondaires : tremblements très intenses, malaises, nausées, vomissements, délires (oui oui, à ce point là). C’est très simple, j’ai remplacé la souffrance de mon abdomen par une souffrance généralisée de tout mon corps, et de mon esprit.

Au final, j’avais l’impression de ne pas être présente à mes propres accouchements, j’étais dans les vapes et plus concentrée sur le fait de vomir dans le petit haricot que sur la sortie de mes bébés.

Rajoutons à cela le fait que pour mon deuxième accouchement, j’ai passé douze heures sous péridurale, ce qui m’a créé énormément de douleurs en haut du dos du fait de la position allongée prolongée, et que je devenais complétement dingue à ne pas pouvoir boire pendant tout ce temps. Il était alors évident pour moi que mon troisième accouchement se passerait volontiers d’anti-douleurs : je voulais être là, présente, mobile, libre et en état psychologique d’accueillir au mieux mon bébé.

Tu te doutes bien que si tu lis cet article, c’est parce que ça ne s’est pas exactement passé comme prévu… Si les douze premières heures de mon troisième accouchement ont été très chouettes (je dansais dans ma chambre en dévorant mon déjeuner et en gérant mes contractions d’une main de maître), la suite a franchement laissé à désirer. Les deux dernières heures ont été terribles : mon bébé faisait des baisses de rythme cardiaque très importantes, alors j’ai été mise sous monitoring, en position allongée, et la douleur est devenue littéralement ingérable. Je hurlais, je me tordais dans tous les sens comme une possédée, j’ai défoncé les mains de mon conjoint et de tout le personnel médical présent. On a essayé de me mettre sous gaz « hilarant », ce qui m’a fait délirer comme pas possible et a fait remonter de façon très vive les souvenirs de l’accouchement de mon étoile. Pas hilarant du tout !

Mon fils étant en souffrance, on a dû me faire accoucher très vite à la fin, en position gynécologique, et avec des douleurs auxquelles je ne pensais pas survivre. C’est très simple, mon conjoint m’a dit à la suite : « je voyais dans tes yeux de la terreur, la terreur de quelqu’un qui est sur le point de mourir« . Et c’est clairement ce que j’avais l’impression de vivre. Autant te dire qu’au final, quand mon fils est né, je n’étais certes pas sous les vapes d’une péridurale mais j’était psychologiquement absente. La souffrance physique l’avait emporté sur la joie de voir naître notre bébé arc-en-ciel, et il m’a fallu de très longues minutes pour revenir à la réalité. Tant et si bien que je n’avais même pas calculé que les sages-femmes avait embarqué mon fils juste après sa naissance car il ne pleurait pas…

Au final, la seule chose dont j’ai été très contente, c’est de pouvoir me lever deux heures après mon accouchement et retourner dans ma chambre debout avec mon bébé dans les bras. Pour autant cet accouchement m’a traumatisé, je n’ai pas vécu un moment « intense et puissant » comme le décrivent beaucoup de mères et, pendant plusieurs semaines, j’en ai même cauchemardé la nuit. La douleur physique ressentie à ce moment-là s’est imprimée dans mon esprit et crée depuis une vilaine douleur psychologique qu’il me faudra tôt ou tard traiter.

En conclusion, je ne suis ni pour ni contre la péridurale. Mon expérience m’a bien montré que les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. Mais que, surtout, c’est un choix personnel, car chacune vivra ce moment différemment, et les réactions du corps et de l’esprit nous sont propres. Chaque grossesse est aussi différente, et nos choix en matière de gestion de la douleur sont, comme tout le reste, amenés à évoluer.

Quand à moi, je n’ai absolument aucune idée des choix que je serais peut être amenée à refaire pour la suite. Mais tant mieux, car j’ai plusieurs années devant moi avant de me reposer cette question terrible : alors madame, plutôt la peste ou le choléra ?

13 commentaires sur “Avec ou sans péridurale madame ?

  1. Bonjour,
    Je suis désolée que tu aies vécu tout cela, mais merci de le partager, c’est instructif.
    Pour soigner le traumatisme, je te conseille de voir un thérapeute EMDR.
    Cela a très bien fonctionné pour moi, j’espère qu’il en sera de même pour toi.

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    1. Bonjour =) j’ai été suivi en EMDR lors de la perte de notre premier fils, et effectivement ça avait bien fonctionné donc je vais y retourner pour parler de mon accouchement et des premiers mois avec bébé. Mais merci du conseil !

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  2. Bonjour
    Je suis tellement choquée par ton expérience ! Preuve que le  « tout péridurale » fait beaucoup de mal en France, on ne sait pas gérer la douleur. T’obliger à rester sur le dos pour ton dernier était juste inhumain, j’ai fait 2 accouchements sans péridurale et la position gynécologique est juste… intenable !!! C’est scandaleux d’imposer de telles souffrances, il y a tellement d’alternatives : couchée sur le côté, hypnose, acupuncture etc… je suis tellement désolée que tu aies dû en passer par là, j’espère que tu as trouvé un moyen de digérer tout ça. Pleins de pensées de compassion et d’amour pour toi.

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    1. Bonjour,
      Je pense que le problème est que ma maternité de proximité (petit département rural) n’est pas du tout adaptée aux accouchements physiologiques. Ils n’ont aucune salle adaptée, pas de cours de préparation spécifique, etc. Les sage-femmes ne sont donc pas habituées à ces accouchements, même si ça tend à se démocratiser, et elles ont tenté d’être présente au maximum même si ce n’était pas l’idéal. J’avoue que je n’en veux pas au personnel médical de ne pas avoir su me proposer de meilleures alternatives, je ne sais que trop bien à quel point leur travail est déjà bien complexe.
      Merci pour tes pensées ^^

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  3. Un peu comme Laurence, ce qui me choque c’est qu’on ne t’ai rien proposé pour lutter contre la douleur à part la péri, il y a pas mal d’alternatives naturelles ou non. Et la péri ne doit ni empêcher de manger, boire ou bouger !
    Ca montre aussi toute la difficulté du travail des sages femmes en sous nombre dans les maternités et du manque d’accompagnement des parents au moment de l’accouchement (juste avant et juste après aussi)! Une maman = une sage femme !

    J’ai eu aussi 2 expériences très différentes. Pour le premier, la péri était formidable et accoucher avec à été un plaisir ! (Aucune douleur mais toutes les sensations, possibilté de bouger comme je le souhaitais.) Mais cette péri est arrivée très tard, plus de 4h après la demande et pendant tout ce temps, on est resté seul pour gérer une douleur intolérable. Un choc pour nous aussi.

    Pour le deuxième accouchement, la péri marchait bien mais pour diverses raisons la SF a souhaité la couper à dilatation complète. Autant dire que je n’étais pas pour vu ma première expérience, mais la SF et l’infirmière sont restées avec nous pendant les 2h avant l’arrivée de bébé. Elles nous ont guidée pour gérer la douleur et nous aider à faire naitre le bébé (différentes positions, massages, bouillotte, gaz, conseils…). L’expérience fut totalement différente. La douleur était très supportable et on a jamais perdu pieds !

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    1. Tes expériences sont aussi très intéressantes =) j’avoue qu’à y réfléchir depuis quelques temps, j’aimerai beaucoup avoir une péridurale peu dosée pour un futur bébé, histoire de pouvoir bouger tout en atténuant la douleur. Un bon compromis en quelque sorte.

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      1. Tout à fait d’accord ! Pour moi ce fut le paradis !
        Ce qui est chouette aussi c’est qu’avec une péri bien dosée, tu peux choisir comment accoucher (debout, accroupie, allongée, à genoux, sur un tabouret…). Donc tu restes actrice de l’accouchement (en espérant que ta SF suive tes envies!)

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  4. Je trouve qu’on démonise beaucoup la péridurale sur les réseaux, la version « naturelle » étant montrée comme le seul moyen de bien vivre pleinement une naissance malheureusement.. L’accouchement de mon fils aîné j’avais une péridurale qui m’a permis de dormir quelques heures après 32 heures de travail extremement douloureux. Sans ça je n’aurais jamais eu la force de pousser ensuite (c’était déjà limite avec). Cela dit au moment de la poussée la péri s’était très fort estompée donc j’ai un souvenir très très vivace de la souffrance presque insoutenable que ça m’a causé. Quand je pense à mon premier accouchement c’est le seul mot qui me vient en tete : souffrance. Souffrance des 32heures de travail avant la péri, souffrance extrême de la poussée. A l’inverse mon deuxième accouchement était par césarienne (dû à des complications pendant la grossesse), donc du 100% artificiel si je puis dire, et pour le coup j’en ai un souvenir merveilleux, c’était calme, intime (oui oui malgré les 3 autres personnes dans la salle), doux, tranquille, intense. Sans souffrance j’ai pu me concentrer plainement sur le miracle de sa venue au monde. Je ne sais pas pourquoi on s’obstinne à vouloir qu’il y ait de la douleur pour vivre un accouchement plainement..

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    1. je voulais préciser que pour la poussée de mon premier accouchement j’étais aussi dans des positions non-gynécologiques et accompagnées de kinés périnatale avec toutes ces fameuses techniques « soft » d’aide à la gestion de la douleur : malheureusement ça n’est pas toujours miracle non plus, si ça marche pour certaines situation, d’autres non (dépend notamment de la position du bébé, taille de sa tête, forme du bassin etc.) Je voulais préciser ça car on entend souvent : s’il y a de la souffrance, c’est qu’on a été mal accompagné. Ben pas toujours.

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    2. Je suis assez d’accord avec toi sur la diabolisation de l’accouchement avec péri. Mais je pense que c’est plus une évolution de la société où tout le monde a un avis sur tout et te juges tout le temps. Les femmes qui accouchent sans péri ou même à domicile avec leur SF sont aussi jugées et critiquées.

      Comme pour toi, après 24h de travail où je n’ai gagné qu’un cm (d’abord pas de contractions efficaces puis trop crispée par la douleur), la péri m’a permis de passer à dilatation complète en 2h ! Et d’apprécier mon premier accouchement (puisque j’ai pu pousser sans problème).
      Par contre, je savais et m’étais préparée à ce que la péri puisse ne pas être efficace ou totalememt efficace.

      Par contre pas tout à fait d’accord avec ta conclusion, pour l’accompagnement fait une sacré différence pour aider à gérer la souffrance. Et une bonne équipe qui t’encadre et qui remarque que ta souffrance ne s’atténue pas en changeant de positions, avec l’acupuncture, les massages… et qu’elle gâche ton accouchement ou retarde trop la sortie du bébé aurait pu prolonger ta péri.
      Mais oui, je ne suis pas sûre qu’il soit possible d’accoucher sans aucune douleur que ca soit pendant ou après l’accouchement. Et arrêtons aussi de rêver à un accouchement parfait.

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      1. Oui bien sûr, il vaut toujours mieux être bien accompagnée, ça peut clairement faire toute la différence dans certains cas. Mais je trouve qu’il faut aussi dire que dans certains cas un bon accompagnement et des méthodes douces/physiologiques ne résolvent pas tout. Pourtant on tend à nous faire croire je trouve qu’un accouchement « idéal »= »physiologique et bien accompagné »= »super bien vécu et sans souffrance (mais avec douleurs on s’entend sur la différence) ». Mais pour moi les 3 ne s’accordent pas toujours. Parfois la situation (durée du travail, position du bébé, taille du bassin ou toute autre série de paramètres si spécifiques à chaque accouchement) = « accouchement dur, quel que soit l’accompagnement ». Je trouve qu’on a comme une sorte de culpabilisation pourtant, comme si si on n’a pas bien vécu notre accouchement, ça voudrait dire qu’on a « mal fait ça » d’une manière ou d’une autre (mauvais choix dans notre manière d’accoucher, dans notre préparation à l’accouchement, dans notre accompagnement..).. on en revient à ce que tu dis sur le fait de se faire juger..

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    3. Je suis entièrement d’accord avec toi, tous les types d’accouchements ont une raison d’être et se valent, le plus important étant d’avoir un beau bébé dans les bras à la fin. Je n’avais pas choisi l’accouchement naturel par conviction (bien que beaucoup d’amies m’y ait poussé en diabolisant la péridurale) mais parce que je voulais voir si je pouvais mieux vivre ce moment sans les effets secondaires d’une péridurale.
      Par contre j’avais extrêmement peur d’une césarienne, mais surtout dans le sens où on doit ensuite passer du temps seule en salle de réveil. Mais je suis heureuse de voir qu’on peut aussi très bien vivre ce type d’accouchement ^^

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      1. Tout à fait, ça dépend très fort d’un hopital à l’autre pour la césarienne : moi je n’ai jamais été séparée de mon bébé ni de mon mari. Après un moment de peau à peau pendant qu’on me recousait dans le bloc, j’ai ensuite été « roulée » dans une chaise (mon mari à mes cotés tenant le bébé dans ses bras) vers une salle de réveil toute calme où j’ai pu donner la tétée d’acceuil avec mon mari à mes cotés.

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