Mon accouchement en maison de naissance

mon accouchement en maison de naissance

Il est 4 heures du matin, c’est une nuit de pleine lune. Après deux semaines de pré- travail, je me persuade que ce ne sera encore pas pour cette nuit. Je me lève pour aller aux toilettes, comme chaque nuit, et je me prépare à me rendormir. Mais les contractions que je commence à ressentir rendent la position allongée inconfortable.

chambre maison de naissance
Crédits Photos : Debohra Saba Photographe – la boîte à souvenirs

Et si c’était le bon moment ?

C’est ce que je me dis en me levant. Et si finalement, le travail se mettait (enfin) en route ? Je me relève et vais dans le salon. Je ne veux pas réveiller mon mari ni notre fils de 18 mois qui dort paisiblement dans sa chambre. Je m’installe sur mon ballon et je me mets à faire des ronds, des mouvements de bassin. Au bout de 45 minutes – une heure, je n’ai plus trop de doute. C’est l’heure. Je suis plutôt calme, et ça me surprend. Je profite de l’instant présent et je commence à me mettre dans ma bulle. Mais je sens aussi au fond de moi une profonde excitation. Je décide d’attendre l’heure habituelle du réveil pour aller prévenir mon mari. Je me dis aussi que je vais attendre un peu pour appeler Nathalie, notre sage-femme. Je ne veux pas risquer de la réveiller. Et en même temps, je me dis que je dois la prévenir assez tôt, pour qu’elle puisse annuler ses rendez-vous. Je stresse un peu aussi, en me disant que si ça se trouve, c’est malgré tout une fausse alerte et que je vais la déranger pour rien.

6h30 : coucou chéri, c’est l’heure !

Je rentre doucement dans la chambre conjugale. Le petit lit de cododo est déjà installé et je me dis que ce soir, il sera occupé par un petit être tout neuf. Je sens monter une bouffée d’amour qui irradie tout mon corps. « Chéri, c’est l’heure. Cette fois-ci, c’est la bonne ». Opérationnel en quelques secondes, mon roc se met en action. Il file à la salle de bain, appelle sa maman pour qu’elle vienne chercher l’Elu. Ce dernier dort toujours. Moi, je prends une douche et j’appelle ma sage-femme. Sa voix me rassure tout de suite. En quelques minutes, on se met d’accord pour se retrouver à 8h30 à la maison de naissance. J’ai hâte. J’appréhende aussi. Les contractions continuent à se rapprocher, à s’intensifier. Mais je reste plutôt calme et sereine. Les valises sont prêtes. L’Elu se réveille, on lui explique simplement ce qu’il se passe. Sa Nana arrive, il finit de déjeuner et part avec elle, heureux. Je n’arrive pas à savoir s’il comprend vraiment ce qu’il se passe. Il est encore si petit, mais comprend tellement de choses.

L’arrivée à la maison de naissance.

On prend la route tranquillement. Papa-refait appelle son père, moi ma mère, enfin je crois. Il prévient son employeur. Moi, je gère les contractions qui sont désagréables à cause de la route. Pourtant, mon mari fait tout pour rouler doucement et avec souplesse. Je me rappelle encore le sentiment qui m’envahit quand on passe la barrière du parking de la maison de naissance. L’excitation que je ressens en entendant mon mari dire au PC sécurité « Bonjour, on vient pour un accouchement à la maison de naissance ». Ça y est, ce jour arrive enfin. Après le rendez-vous raté pour l’Elu qui n’a finalement pas pu naître en Maison de naissance, aujourd’hui, je vais enfin vivre cette expérience. Papa-refait me laisse devant la porte de PHAM. Je sonne et je vois le sourire chaleureux de ma sage-femme. J’entre dans ma bulle, je me sens immédiatement en sécurité. Et surtout, je me sens comme chez moi. J’investis la chambre Nuage, la chambre bleue. Je parcours la pièce pour gérer les contractions. Je vocalise. Je sens qu’autour de moi, Nathalie et mon mari préparent des choses, sortent des affaires de la valise. Je les laisse faire. Je réponds de temps en temps à une question « tu veux mettre quel pyjama ? tu as mis où sa serviette ? tu veux tes huiles de massage ? ». Je continue à être dans ma bulle. La piscine se remplit doucement au milieu de la pièce. J’ai hâte de m’y plonger. Nathalie propose d’écouter le cœur de bébé. Elle a un peu de mal à l’entendre, mais je reste confiante. On cherche une position pour l’écouter et elle finit par y arriver. Les contractions commencent à devenir de plus en plus inconfortables, mais je garde mon mental. Je me rappelle que c’est comme ça que j’ai réussi à gérer 28 heures de contractions sans péridurale pour l’Elu. D’ailleurs, je m’attends inconsciemment à ce que ce deuxième accouchement soit presque aussi long.

Chambre de la maison de naissance
Crédits Photos : Debohra Saba Photographe – la boîte à souvenirs

Les choses sérieuses commencent

Avant de rentrer dans la piscine, Nathalie me propose de m’examiner. Elle sait que je ne veux pas savoir à « combien j’en suis », car cela m’avait totalement démoralisée pour la naissance de l’Elu de constater que le col s’ouvrait très doucement. Je me souviens juste de ce qu’elle me dira alors : « tu vas avoir ton bébé aujourd’hui ». Cette phrase m’a donné la force. Même si dans mon inconscient, je pensais accoucher plutôt dans la soirée ou la nuit, cette perspective du « aujourd’hui » me satisfaisait totalement. Je ne sais plus combien de temps je suis restée dans l’eau. J’ai perdu toute notion du temps, tellement bien dans ma bulle. Je me souviens juste du calme, de l’obscurité alors qu’on était en plein jour, en plein été. Je me souviens des paroles encourageantes, réconfortantes. Je me rappelle avoir beaucoup changé de position dans l’eau, et du moment où j’ai dit stop. Moi qui m’imaginais accoucher dans l’eau, je ne ressentais plus aucun bien-être et je ne me voyais plus accoucher dans cette piscine. Je suis sortie, et je me suis effondrée sur le lit. La douleur était de plus en plus intense. C’est à ce moment-là que je suis entrée dans la phase de désespérance. J’avais beau connaître cette phase, l’avoir lu et relu dans des tas de livres, j’étais envahie de pensées négatives. Je n’allais jamais y arriver. Et là, ma sage-femme m’a juste dit que si j’avais si mal, c’est aussi parce que je n’avais jamais vécu cette phase avec l’Elu, car j’avais la péridurale pour lui, à ce stade-là. Cela m’a boostée, car ça voulait dire que j’étais à plus de 8 cm d’ouverture du col. Et que finalement, j’allais accoucher bientôt. Maintenant.

Une fin de course intense

Dans mon souvenir, mon ressenti, cette phase a duré 30 heures. Dans la réalité, cette phase a été courte, car j’ai accouché à 12h53 et que j’ai dû sortir de la piscine vers 11h30-45. Mais elle m’a paru si longue, si intense. J’ai cru mourir. Je me rappelle avoir pensé « mais quelle idée j’ai eu de faire ça ? d’accoucher sans péri ??? et en maison de naissance ? c’est sûr, jamais je ne ferai de troisième enfant ! ». Et puis, Emeline, la sage-femme 2, est arrivée. Savoir que c’était elle, la sage-femme 2, m’a rassurée. Mon mari et ma sage-femme m’ont beaucoup massé le dos. Moi, je cherchais juste une position confortable, mais rien ne m’allait. J’ai fini par m’allonger sur le côté, limite sur le ventre, sur le lit, au bord, les pieds à moitié dans le vide. Et pendant quelques secondes, j’ai cru que j’étais en train de mourir. J’ai vu mes sages-femmes aller chercher quelque chose dans le placard, et j’ai cru que c’était un kit de réanimation. Je pense que j’étais en plein délire. Et j’ai lâché prise. J’ai perdu le contrôle. J’ai juste apprécié les massages chauds de mes sages-femmes. J’ai hurlé que je n’y arriverai jamais, et en écho, je recevais les encouragements de tout le monde. Et puis, j’ai compris qu’il était là, tout près. J’ai compris ce que signifiait ce fameux « cercle de feu ». Et j’ai tout donné, sans pour autant pousser. Tout s’est fait spontanément, presque tout seul. Je n’ai pas senti la poche des eaux se percer – mais ma sage-femme s’en rappelle encore, tellement elle a été trempée – et d’un coup, il était là, contre moi. Mon premier réflexe aura été d’aller voir s’il était un garçon ou une fille. J’ai senti ses organes génitaux, j’ai dit « c’est un garçon ! » et une vague d’amour m’a envahie. Il est resté plusieurs minutes contre moi. Ma sage-femme m’a aidée à expulser le placenta. J’avais peur que ça se passe mal, mais à part la douleur que j’ai à nouveau ressentie, tout s’est bien passé. Papa-refait s’est occupé alors de couper le cordon, après l’avoir laissé plusieurs minutes, accroché encore à son placenta, juste à côté de moi. En quelques secondes, il était à nouveau vers moi. Bien installée dans le lit, lovée au milieu des oreillers, je l’ai mis au sein. Ça y est, notre deuxième aventure de parents commençait enfin. 

11 commentaires sur “Mon accouchement en maison de naissance

  1. Quel beau récit! C’est si émouvant !.. ayant eu des accouchements compliqués/pathologiques je ne peux m’empêcher de me demander ce qui se passe si jamais tout à coup il y a un problème (par exemple si le cœur du bébé ralenti)? Mais j’imagine que les maisons de naissance sont reliées à des services d’urgence style Samu?..

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    1. Je me permets de répondre comme j’ai accouché au même endroit (et c’est le cas dans toutes les maisons de naissance) la maison de naissance est implantée au sein même de l’hôpital, en quelques minutes on est transféré au bloc/ à la maternité. Je l’ai personnellement expérimenté puisse mon fils à eu besoin d’un peu d’aide pour respirer après sa naissance, nous nous sommes retrouvé dans la salle de soin de la maternité avec le pédiatre prêt à l’osculter en moins de 3min ! C’est très secure

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    2. Picazou a en effet bien répondu. Les maisons de naissance sont reliées à des maternités. Dans la mienne, la maison de naissance se trouve au rez-de-jardin, avec la maternité au 2ème étage. Si transfert nécessaire (pour la maman et/ou le bébé), cela peut se faire en moins de 3 minutes avec un ascenseur réservé à cela. C’est donc très sécure. Sachant qu’en plus de ça, les sages-femmes ont été formés aux gestes de réanimation pour les nouveaux-nés, si besoin… Et qu’elles ne prennent aucun risque, à partir du moment où l’accouchement n’est plus physiologique, elles transfèrent (et si possible, le moins dans l’urgence possible… ). Ah et d’ailleurs, pour pouvoir accoucher en maison de naissance, il faut que la grossesse se passe sans aucun souci particulier qui fasse basculer la grossesse en grossesse pathologique. Les risques sont donc mesurés.

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      1. Ah super! Ça semble vraiment une solution de rêve 🙂 ! Enfin au vu de mes accouchements j’aurais du coup à chaque fois été « transférée » mais pour les gens qui ont plus de chance que moi c’est vraiment une magnifique option !

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        1. En fait, je ne suis pas sûre que tu puisses exactement savoir ce qui se serait passé en maison de naissance pour tes 2 accouchements.
          Il a été prouvé par de nombreuses études que le stress des mamans (en arrivant dans des maternités pas spécialement chaleureuse, avec un personnel inconnu et souvent débordé) + les interventions ritualisées et pas forcément au moment nécessaire (si ce n’est que les SF sont très occupées donc mieux vaut faire un examen quand elles ont le temps que trop tard) et les possibles interventions médicalisées (ocytocine, perçage de la poche des eaux…) ont un impact sur l’accouchement, le bébé et la maman et augmentent les risques d’avoir un accouchement de plus en plus médicalisé.
          C’est ca qui explique que dans les pays où on pratique un accouchement `domicile accompagné et bien préparé, il y ait au final peu de transfert en urgence vers la maternité.

          Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas accoucher à l’hôpital ou que c’est très dangereux. (J’y ai d’ailleurs accouché 2 fois sans regret!) Mais qu’on ne peut pas prévoir comment ce serait déroulé l’accouchement dans des circonstances différentes.

          J’aimerai que les accouchements en maison de naissance soient possibles pour toutes les familles qui le souhaitent.

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  2. Un très joli récit d’accouchement… J’espère que ces structures vont se développer, avec le recul j’aurais vraiment aimé avoir l’opportunité d’y accoucher pour mon premier enfant (pour mon deuxième j’étais plus renseignée mais je me retrouvais hors-jeu car mon premier accouchement a terminé en césarienne…).
    Merci de partager aussi tes émotions négatives, après la naissance de ma fille (sans péridurale mais en hôpital classique), j’ai eu du mal à digérer tout ce que j’avais éprouvé (surtout que, malheureusement, j’étais bien moins accompagnée que toi au niveau du personnel soignant).

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    1. Je partage totalement ton point de vue (et l’explication de Laura sur le déroulement d’un accouchement au-dessus).
      Moi aussi, l’aîné est finalement né par césarienne parce que je manquais d’assurance dans mes envies et d’accommpagnement par une équipe débordée et peu à l’écoute. Du coup, mon projet en plateau technique (pas de maison de naissance à proximité de chez moi) n’a pas été accepté, et je vais retourner à l’hôpital pour le 2ème bébé.
      Est-ce que ce sera suffisamment doux avec toute la préparation que j’ai faite ? Verdict dans quelques jours/semaines !
      Par contre, j’ai été bien accompagnée par l’interne en périnatalité pour toutes les émotions liées à la naissance de l’aîné, et pendant plusieurs mois. Quel dommage que tu aies été confrontée à ce chamboulement sans accompagnement.

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  3. Quel récit intéressant !
    ça se rapproche un peu de l’expérience que j’ai vécu lorsque j’étais en Angleterre, avec un suivi par une sage femme le plus longtemps possible et le moins médicalisé possible. ça avait un côté rassurant, ça rappelait que finalement, l’accouchement est un phénomène naturel et normal. Au niveau préparation à l’accouchement, par contre, à part en Angleterre où j’ai pu assister à une réunion pour expliquer à la future mère que j’allais devenir ce qu’impliquait un accouchement, je n’ai jamais pu bénéficier de la plus petite préparation ^^ .
    Je ne sais pas si j’aurais pu accoucher en maison de naissance, par contre. Surtout pour mon premier puisqu’il a fallut déclencher l’accouchement. Et pour ma fille, tout s’est passé tellement vite ^^ – j’ai perdu les eaux à la maison, sans aucun signes avant coureurs. (Je précise au passage que je n’ai jamais vécu de fausse alerte, ni pour l’un, ni pour l’autre). Nous avons tout juste eu le temps de déposer notre premier chez un couple d’amis et d’arriver à la maternité. A mon arrivé, une sage-femme a regardé mon col et elle a dit : « on a pas le temps pour une péridurale ». Lol. Bon le fait est que je n’en voulais pas de toute façon. Et puis ma fille est née. Hop ! Et ce dont je me souviens le plus clairement, c’est que la sage-femme n’arrêtait pas de détourner l’attention de mon mari pour lui poser tout un tas de question purement administrative plutôt que de le laisser profiter de l’instant et de le laisser m’assister. Grrrrr.

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  4. Quel récit intéressant !
    ça se rapproche un peu de l’expérience que j’ai vécu lorsque j’étais en Angleterre, avec un suivi par une sage femme le plus longtemps possible et le moins médicalisé possible. ça avait un côté rassurant, ça rappelait que finalement, l’accouchement est un phénomène naturel et normal. Au niveau préparation à l’accouchement, par contre, à part en Angleterre où j’ai pu assister à une réunion pour expliquer à la future mère que j’allais devenir ce qu’impliquait un accouchement, je n’ai jamais pu bénéficier de la plus petite préparation ^^ .
    Je ne sais pas si j’aurais pu accoucher en maison de naissance, par contre. Surtout pour mon premier puisqu’il a fallut déclencher l’accouchement. Et pour ma fille, tout s’est passé tellement vite ^^ – j’ai perdu les eaux à la maison, sans aucun signes avant coureurs. (Je précise au passage que je n’ai jamais vécu de fausse alerte, ni pour l’un, ni pour l’autre). Nous avons tout juste eu le temps de déposer notre premier chez un couple d’amis et d’arriver à la maternité. A mon arrivé, une sage-femme a regardé mon col et elle a dit : « on a pas le temps pour une péridurale ». Lol. Bon le fait est que je n’en voulais pas de toute façon. Et puis ma fille est née. Hop ! Et ce dont je me souviens le plus clairement, c’est que la sage-femme n’arrêtait pas de détourner l’attention de mon mari pour lui poser tout un tas de question purement administrative plutôt que de le laisser profiter de l’instant et de le laisser m’assister. Grrrrr.

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