La puissance de ta naissance (partie 2)

La puissance de ta naissance (partie 2)

Nous sommes donc le dimanche 26 juin. C’est la date que j’avais prédit pour ta naissance. Je suis à 40 SA tout pile, comme pour tes frères. Il est 6h et des brouettes, et cette fois, je le sens, j’ai rendez-vous avec ma troisième merveille.

accouchement maison de naissance
Crédit photo : photo personnelle

On prend les mêmes et on recommence

Avec ton papa, on refait exactement la même chose que la veille. On prend un petit déjeuner en famille, à la fin, je fais un peu de ballon et je vocalise pour gérer les premières vagues intenses. Je confie à ton papa la mission de communiquer par SMS ou téléphone avec Laurine, notre sage-femme. Après ma douche, il commence le même massage que la veille, mais très vite, je sens qu’il faut partir. Les contractions se font à nouveau plus intenses, même si toujours irrégulières. Je lui dis d’appeler tout de suite Laurine. Elle lui avait dit que je saurai quand ce serait le moment de venir. On y est. On repart. Les mêmes au revoir à mes deux trésors. On reprend la valise, le cosy. Cette fois, c’est sûr, la prochaine fois qu’on revient ici, on rentre avec toi. Sur la route, je suis moins euphorique que la veille. J’ai mal, mais malgré tout, j’ai peur que finalement, ce ne soit toujours pas le bon moment. L’ambivalence revient en force. Je repense à la naissance de l’Elu, à celle de Numérobis. Je compare, j’essaye de reconnaître certaines choses, certains signes, des sensations. Et quand on arrive à PHAM, l’accueil chaleureux de Laurine me remet tout de suite dans ma bulle. Je me laisse imprégner par l’endroit, tout est calme, la lumière est tamisée. Je ressens la force de toutes les femmes qui ont mis au monde leur bébé dans cette chambre. Je remets en marche ma playlist, à nouveau Le Premier Cri, et je rentre dans ma bulle.

Le temps s’arrête

Comme pour tes frères, je perds alors très vite la notion du temps, une fois dans ma bulle. Je me déplace, je fais des sons, mais surtout je recherche ton papa. J’ai besoin de lui, de son énergie, de sa force, de sa douceur et sa chaleur. Il est là, à accompagner à mes côtés chaque contraction. Il n’aura jamais été aussi actif que pour ta naissance. Il a tout donné. Laurine, quant à elle, se fait très discrète. Mais je ressens le besoin de sa présence. J’aime quand elle vient dans la chambre, juste pour vérifier où nous en sommes, en ne disant rien, en ne faisant rien d’autre que m’observer. L’eau chaude coule dans la piscine, je trouve le temps long pour qu’elle se remplisse, j’ai très envie de rentrer dedans. Je trouve alors appui sur le meuble de rangement. J’ai l’impression qu’il me donne de la force, et en même temps, je flanche. J’ai peur de ne pas accoucher, de ne pas y arriver, que ce soit encore une fausse alerte. J’ai mal. Alors je dis « J’espère au moins qu’il me ressemblera celui-là de bébé ! ». Je me sens désespérée et pourtant je sais que je suis encore loin de la fameuse phase de désespérance. C’est ce moment là que choisit alors Laurine pour me dire que ce sera Nathalie, la sage-femme 2. Je fonds alors en larmes. Je sens mes larmes chaudes couler le long de mes joues, et la voix réconfortante de Laurine. Ses mots sont simples. Chaleureux. C’est le schéma dont je rêvais : avoir mes deux sages-femmes pour la naissance de mon dernier bébé. Je n’en reviens pas. Je me dis que c’est un signe. Que tu vas bien naître aujourd’hui, car toutes les étoiles sont alignées.

La parenthèse aquatique

accouchement physio eau
Credit photo : photo personnelle

C’est à ce moment là que Laurine me propose de vérifier où en est le travail. Cela doit faire à peine 1h ou 1h30 que nous sommes ici. Je lui dis que je suis d’accord mais j’appréhende. Mais je vois son sourire s’afficher sur son visage. Elle nous dit qu’on reste à PHAM cette fois et que l’on rentrera à trois. Je suis soulagée. Laurine me propose alors de rentrer dans la piscine si j’en ai envie, tout en précisant que c’est peut-être encore un peu tôt. J’hésite quelques secondes car je ne voudrais pas que l’effet de l’eau arrête le travail en route. Mais mon corps me dit d’accepter, alors je l’écoute. J’enfile un haut de maillot de bain, et je rentre dans l’eau. Elle est très chaude et je suis soulagée instantanément. Je ressens pourtant le besoin que ton papa continue les pressions qu’il me faisait sur le bas du dos, au niveau du sacrum, depuis de longues minutes, à chaque contraction. On devient alors un véritable binôme et j’ai même l’impression que nous ne formons plus qu’un. Tous les trois, nous unissons nos forces pour que tu naisses. Je sens que pour toi aussi, c’est intense. Dans ma tête et dans mon corps, je t’appelle. Ça m’aide à gérer la douleur, en plus de l’eau, en plus des sons. Je sens que les contractions se rapprochent, je trouve que le temps passe vite et en même temps, que le chemin est long jusqu’à toi. Je guette les signes de Laurine, quand elle m’observe. Je mange pour reprendre des forces. J’ai très chaud dans l’eau, mais ça ne me gène pas. Le temps passe ainsi, rythmé par mes contractions. Parfois, je rigole avec ton papa, d’autres fois, je peux à peine parler et souffler. C’est intense. Tu te rapproches.

L’arrivée de Nathalie

« Nathalie est en route ». Quand Laurine me dit ça, je souris, car je sais que ça signifie que toi aussi, tu es tout prêt. Je deviens alors impatiente. Je demande à un moment donné à Laurine si je suis en phase de désespérance. En lui demandant ça, je rigole au fond de moi. Si j’ai besoin de lui demander, c’est que clairement, je ne le suis pas. Et pourtant, je désespère de te voir arriver. Laurine entre temps installe un drap, pour que je puisse tirer dessus tout en restant dans l’eau. Ça m’aide énormément et je la remercie au fond de moi de me l’avoir proposé. Je sens que je commence à ne plus supporter les contractions. Le rythme des vagues devient trop soutenu, trop rapide. Et là, j’entends la porte qui s’ouvre. Ça y est, Nathalie est là. Je ressens du soulagement dans tout mon corps qui s’apaise et reprend des forces en même temps. Mes deux sages-femmes sont là, tes deux fées réunies pour te voir naître, ça y est, tu peux arriver.

Sortir de l’eau

Je commence à me demander si je vais accoucher dans l’eau ou si je veux sortir. Ton papa me propose de venir dans l’eau avec moi et j’accepte. Au moins, si tu nais dans l’eau, il sera déjà là. Mais je ressens de plus en plus le besoin de sortir. Je n’arrive pas à me décider. Je demande à Laurine et sa réponse me fait répondre à ma question toute seule. Je sors. Je veux sortir. Mais je n’y arrive pas. Les contractions sont trop fortes et rapprochées. À chaque fois que je veux sortir mon corps de l’eau qui le rendait si léger, je suis tétanisée par une nouvelle contraction. C’est ton papa qui prend alors les choses en main. Il me dit qu’à la fin de la prochaine contraction, je compte jusqu’à 3 et il me sort de l’eau avec l’aide de Laurine et Nathalie. Je n’ai pas le temps de réfléchir. À trois, je suis hors de l’eau. On me sèche et je finis par m’allonger sur le lit, sur le côté. Je suis épuisée. J’ai sommeil. J’en ai marre. J’en ai même ras le bol et je veux que ça s’arrête. C’est trop long. Et comme pour ton frère, je suis prise de tas de doutes. Je ne sais pas si je dois pousser. Je ne sais pas si c’est le moment. Je panique au fond de moi et je comprends que c’est le moment. Les contractions ont changé. Elles sont différentes et me donnent envie de pousser. Elles sont puissantes, rapprochées, je n’ai quasiment aucune répit entre chaque vague. Je vois Laurine qui commence à installer des choses pour t’accueillir. Chacun prend sa place.

Le moment le plus intense de ma vie

Papa est dans mon dos. Son rôle n’a pas changé. Il est en sueur et donne tout depuis 11h, il est un peu plus de 15h. Il appuie si fort sur mon sacrum à chaque contraction, ça me fait un bien fou et il part avec un peu de douleur à chaque fois. Laurine s’installe vers mes pieds. Elle continue de faire des contrôles réguliers avec le monitoring et me dit à chaque fois que tu vas bien. Nathalie se met vers moi, vers mon visage. Je suis tellement soulagée que ce soit elle. Je me sens en totale confiance et entièrement libérée. Je n’ai plus peur. Je sais que je peux me lâcher totalement. Je ne me serai pas sentie aussi bien avec une autre sage-femme. Nathalie est là depuis presque 4 ans. Elle m’apaise et me rassure. Alors que Laurine me met du chaud au niveau du périnée, Nathalie me passe un gant frais sur la nuque, le front. J’ai l’impression qu’elles lisent dans mes pensées pour connaître mes besoins. Par contre, à chaque fois qu’elles s’éloignent de moi, je panique. Je remarque même que cela me déclenche une contraction immédiatement. J’ai l’impression d’être un animal qui a le besoin viscéral d’avoir sa meute autour de lui. Cet instant est d’ailleurs très animal. J’ai tellement mal, je n’ai plus de force, plus de souffle et toi, tu n’es toujours pas là.

Une arrivée qui se fait attendre

Je n’ai pas la notion du temps, mais je sens bien que c’est interminable. Je ne sais d’ailleurs pas où tu en es dans ta descente, je ne te sens plus. Alors que je me rappelle avoir senti chaque centimètre de descente de ton frère, j’ai l’impression que tu as disparu. J’ai alors peur que ce ne soit toujours pas le bon moment. J’en n’arrête pas de demander où tu es. Et Laurine me répète « ton bébé arrive ». Elle est calme, sereine, posée. Alors je continue à tout donner. Je ne lâche plus la main de Nathalie. J’ai sûrement dû lui broyer la main entière à plusieurs reprises. J’ai même failli la mordre je crois, pour supporter chaque poussée qui me menait un peu plus vers toi. Et puis, il y a eu le cercle de feu. Finalement assez discret, comparé à la naissance de Numerobis. Je te sens à nouveau. Ça y est, tu es là. Dans ma tête, je me dis que plus jamais je ne ferai d’enfant, plus jamais je n’accoucherai en maison de naissance, ni même à la maternité. Plus jamais. Exactement les mêmes pensées que j’avais eu pour ton frère et que j’ai totalement oublié quelques minutes après sa naissance. Et c’est là que je m’inquiète à nouveau. Pourquoi n’arrives-tu pas plus vite ? Je pousse pourtant si fort. Je me dis que je ne sais pas pousser. Que peut-être tu vas faire comme l’Élu et dévier ta trajectoire. Laurine me propose une autre position car je n’arrête pas de dire que ça ne passe pas. Mais je suis physiquement incapable de bouger. Alors je reste comme ça, et je pousse encore plus fort. Laurine laisse alors la place à ton papa qui veut t’accueillir. Ce sont ses paroles qui vont me donner la force de puiser dans mes dernières ressources, quand il me dit que tu es là, qu’il voit ta tête. Je pousse si fort. Je sens en effet aussi ta tête. Elle est passée. Un dernier effort et tu seras contre moi. Mais non, toujours pas. Je ne comprends pas. Pour tes frères, il n’avait fallu que deux poussées : la tête et les épaules pour les dégager. Je n’attends pas la prochaine contraction, je pousse de moi même. Je veux que tu sortes, maintenant. Je sens les mains de ton papa qui t’attrapent. Je pleure de joie et de soulagement. Je ne te vois pas encore car tu es dos à moi. Mais ce qui m’inquiète, c’est que tu ne pleures pas. Je n’entends rien. Pas un pleurer. Pas même un murmure.

Pourquoi ce silence ?

Le temps s’est arrêté pour moi. Laurine et Nathalie étaient calmes. « Il va bien, il respire, ne t’inquiète pas, il reprend ses esprits, il prend son temps ». Tu es là, contre moi. Tu es né mais je sens que quelque chose va briser mon bonheur. J’ai si peur. Pourquoi n’as-tu pas pleuré? Laurine me propose alors comme je l’avais souhaité, de couper ton cordon. J’aurai aimé attendre encore plus longtemps pour ça, mais je comprends qu’elle veut t’examiner rapidement, même si tu sembles aller bien. Alors je prends fébrilement la paire de ciseaux et je coupe ce lien qui nous a uni tous les deux pendant 9 mois. Et pendant que Laurine et papa s’occupent de toi, je sens les contractions revenir. Je ne veux plus souffrir. J’appelle alors Nathalie qui s’installe et m’aide à faire sortir ton placenta. Ce fut rapide heureusement. Je lui demande alors de réaliser une empreinte avec ton placenta pour en garder une trace. Et je continue à guetter ce qu’il se passe pour toi. Tu es un petit mystère. Tes constantes sont bonnes, mais tu dors toujours. Laurine te remet contre moi pour un peu de peau à peau. J’ai très envie de te mettre au sein, mais tu dors à poings fermés. On est alors là, tous les trois, avec papa, à te regarder. Tu es si beau. Je respire ton odeur, cette même odeur que tes frères, cette odeur de liquide amniotique. Je m’imprégne de toi. Nathalie et Laurine sont sorties, elles sont juste à côté. On va pouvoir se reposer tous les trois. Un repos bien mérité après cette naissance si intense.

Laurine revient, elle s’assoit vers nous et t’observe. Je sens que mes plans ne vont pas se passer comme je le désirais. Elle nous dit alors qu’elle aimerait que tu sois vu par un pédiatre, car même si tes constantes sont bonnes, ton hypotonie l’inquiète ainsi que ta pâleur. J’ai envie de lui dire qu’elle se trompe, que tu n’es pas tout pâle mais je suis obligée de reconnaître qu’en effet, ton comportement n’est pas normal. Je suis malgré tout dans le déni. Je me dis qu’on va voir le pédiatre, qu’il va nous rassurer et qu’on pourra rentrer à la maison. Mais rien ne s’est passé comme prévu…

3 commentaires sur “La puissance de ta naissance (partie 2)

  1. Oh non, après une si belle naissance… J’ai peur de la suite.
    Les premiers moments à 3 sont si beaux, doux et importants. J’espère que tout s est arrangé.

    Je serai intéressée d avoir un retour du papa sur tes 3 accouchements, son rôle, ses sentiments et l’équipe de parents qui s’est formée lors des accouchements.

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  2. Merci pour le partage de ton expérience.
    J’espère que vous avez été bien accompagné pour la suite !

    C’est si beau de pouvoir accoucher en maison de naissance. L’accompagnement à l’air d’être exceptionnel et en même temps il y a la sécurité médicale tout près en cas de soucis !
    Pour le moment la maison de naissance de mon secteur est trop éloignée mais un projet se monte dans une ville plus proche. Peut-être un jour…

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