Ré-écrire ta naissance…

Ré-écrire ta naissance…

Je t’ai partagé ici la naissance de mon premier enfant, une naissance qui ne s’est pas du tout passée comme je l’avais imaginée, comme je l’avais préparée. En relisant ce récit, mais surtout en participant à un atelier d’exploration émotionnelle auprès de Claire Schepers, j’ai pris conscience que j’avais trop focalisé sur des choses négatives ou en tout cas mis de côté tout le beau, toutes les émotions fortes liées à l’arrivée dans notre vie de notre premier bébé, notre premier amour. Alors aujourd’hui, j’ai décidé de réécrire sa naissance.

naissance bébé

Image par Sepp de Pixabay

Nous sommes jeudi 24 janvier, mon ventre est plus rond qu’il ne l’a jamais été. Un dernier baiser, un dernier câlin à ma mère, et elle rentre chez elle. Nous sommes un peu déçues toutes les deux, nous avions secrètement espéré que tu naîtrais pendant son séjour à la maison. Je n’aurais jamais imaginé que je perdrais les eaux 6 heures plus tard, à l’instant même où ma maman arriverait chez elle. Le hasard…

Aurélie nous a annoncé qu’elle ne pourrait pas être présente pour ta naissance, elle s’est blessée. Je me sens en détresse, perdue mais aussi sereine. Sereine, car ton papa est avec moi, et que je me sens suffisamment prête pour te donner naissance, grâce à la sagesse d’Aurélie et Nathalie, nos deux fées. Je pense aussi que je refoule certaines émotions. Je veux que ta naissance soit une joie et non une déception. Les hormones jouent un rôle important également, je pense être déjà dans ma bulle. Je retarde un peu l’arrivée à la maternité en prenant le temps d’aller dîner chez les parents de ton papa. Je suis dans un état bizarre, un état second. J’ai l’impression de flotter. Je me sens différente. Je sais que dans quelques heures, je te tiendrai dans mes bras, je découvrirai qui tu es… J’ai hâte. Je sens que quelque chose d’exceptionnel se prépare : je vais te donner la vie, je vais devenir mère.

Nous arrivons à 22 heures à la maternité partenaire de notre maison de naissance. Je connais bien les lieux car je travaille dans cet hôpital. Nous sommes accueillis par la sage-femme de garde. Aurélie l’a informée de notre arrivée, elle connait donc notre histoire. Elle est très gentille, je vois qu’elle fait tout pour me mettre à l’aise et me faire « oublier » que notre projet initial ne pourra pas se concrétiser. Elle prend le temps de lire notre projet de naissance, c’est appréciable et rassurant pour la suite. Je suis toujours dans une bulle. Je gère les contractions avec une facilité déconcertante pour le moment. Je m’attendais à autre chose. Je suis impatiente mais je vais vite comprendre qu’il va falloir faire preuve de patience… Le travail n’avance pas vraiment, c’est lent, c’est long. Les heures passent mais je perds la notion du temps. Il fait nuit dehors, ça rajoute à cette sensation du temps qui s’étire. A chaque contraction, je me répète : chaque contraction me rapproche de mon bébé.

Je me sens vulnérable. J’ai besoin d’être cocoonée, chouchoutée. J’aimerais être plus soutenue, mieux guidée. Je vis assez mal les nombreux monitorings, les sages-femmes ici ne semblent servir qu’à ça. Je suis de plus en plus impatiente. Malheureusement, un choix fait en fin de nuit, vers 4h du matin, 12h après la rupture de la poche des eaux, va ralentir encore plus le travail. Le produit donné pour dormir et endormir la douleur pendant quelques heures, va finalement me mettre dans un état comateux pendant plus de 15 heures environ, m’empêchant de me mouvoir comme j’aurais aimé le faire durant le travail. Ton papa est mon roc, il est là à chaque vague. Je sens aussi son impatience. Sa douceur. Sa chaleur. J’ai si hâte de le voir devenir père.

Les heures passent, tout le monde trouve le temps long. Nous sommes arrivés ici un 24 janvier, mais nous sommes déjà « le lendemain ». On parie sur ton heure de naissance. Tu naîtras un 25. Je ne suis pas fan des nombres impairs, mais je suis tellement pressée de te rencontrer que je m’en fiche ! On appelle aussi ta grand-mère pour qu’elle nous apporte d’autres vêtements pour ta naissance. Je réalise que j’ai oublié le 1 mois dans la valise, et vu ton poids estimé à la dernière échographie, on doute que tu rentreras dans du naissance. Tout est si différent de ce que je pensais vivre en maison de naissance, ressentir en moi… J’arrive toutefois à me connecter à toi. Toi qui tarde à venir. Je suis toujours dans ma bulle. C’est ton papa qui donne de nos nouvelles à nos proches. Eux aussi s’impatientent. Il y a 24h, je perdais les eaux, et tu n’es toujours pas là. Je me répète dans ma tête des mantras. Nous en sommes au 3ème changement d’équipe depuis notre arrivée. C’est là que je décide de demander la péridurale. Je trouve ça dommage d’un côté, car je suis à plus de 8 cm d’ouverture du col… Mais je n’ai plus d’énergie. Je ne veux pas m’effondrer pour ta naissance. A ce moment là, je déconnecte totalement et je ne supporte plus la douleur. Il me faut cette péridurale immédiatement. Mais là aussi, cela ne fait que retarder le travail. Je suis par contre contente. Toutes les autres femmes ont accouché, j’ai donc la sage-femme rien que pour moi. Je sais aussi qu’Héloïse est une des sages-femmes les plus « physio » de cette maternité. Je me sens en confiance et bien entourée. La bulle est toujours là. Il fait à nouveau nuit. On commence à douter que tu naisses le 25. Il est 23h quand je commence à pousser. C’est tellement en décalage avec tout ce que j’ai appris en 9 mois d’accompagnement global à la naissance physiologique. Je me sens perdue et désemparée, désespérée. Je n’arrive pas à pousser car la dose de la péridurale est trop forte. Un contraste impressionnant avec les contractions que j’ai endurée pendant 28 heures sans péridurale. L’horloge tourne, et après 45 minutes de poussée inefficace, Héloïse me propose de faire une pause. Maintenant, c’est une évidence, tu naîtras le 26. Un chiffre pair. C’est bête, mais ça me redonne confiance. On laisse passer encore 2 heures. Le temps est comme suspendu. Nos familles attendent de nos nouvelles depuis plus de 21h et s’inquiètent. Moi, je suis inquiète aussi. J’ai l’impression d’être nulle, de ne pas réussir à te mettre au monde. Quand Héloïse revient, l’effet de la péridurale a diminué, je sens un peu mieux les contractions, mais je suis épuisée. Je suis réveillée depuis le 24 à 8h, nous sommes le 26 janvier, et il est 1 heure du matin. Je regrette de ne pas avoir dormi. Bêtement, j’avais peur que dormir fasse ralentir le travail, voire m’empêche d’accoucher (les hormones nous rendent parfois complètement stupides !). On repart pour une poussée. Cette fois, c’est sûr, tu seras bientôt là.

Tu n’arrives toujours pas, je n’y arrive toujours pas. Une bouffée d’angoisse m’envahit, j’ai peur d’une césarienne. Héloïse me rassure immédiatement, tu naîtras par voie basse car tu es déjà bien engagé. Mais tu butes contre mon bassin. Elle tente plusieurs choses mais finit par nous dire qu’elle va appeler la gynécologue de garde. Je grimace, mais je sais au fond de moi qu’il n’y a pas le choix. Si je vis mal certaines choses, j’apprécie qu’elle me rende de nouveau actrice de ta naissance, une fois que tu es repositionné correctement. Et tu pousses ton premier cri. Ce que je ressens à ce moment là est indescriptible. C’est ça, un nouveau-né ? Aujourd’hui encore, je me rappelle de ton odeur, de ta chaleur, ton corps gluant, dodu… Je ne veux plus te quitter. Le temps se suspend à nouveau. Il est 1h50, je suis mère, tu es né. Tu es un garçon. Je baigne dans une bulle de bonheur. Première mise au sein. Là aussi, c’est totalement différent de ce que j’imaginais. Tout est différent, mais tout est beau. Ton père est si heureux. On plane tous les deux. Il ne te quitte pas d’une seconde, quand l’auxiliaire va te peser, te mesurer… J’ai même vu des larmes dans ses yeux. Il va te porter en peau à peau. T’habiller. Te bercer. Héloïse nous raccompagne dans notre chambre, en me mettant une chanson de Julien Doré de ma playlist. Il y a tant de joie, tant de bonheur. A cet instant, notre rêve devenant enfin concret, la douleur de ces quatre années à t’attendre et t’espérer se fait moins forte.

Douze heures plus tard, nous sommes tous les trois à la maison. Mes parents arrivent, ceux de ton papa aussi, ainsi que marraine. Je me sens légère alors que je n’arrive plus à me relever correctement, que j’ai l’impression d’avoir le corps d’une femme de 85 ans. Tu vas nous faire vivre une nuit catastrophique, une nuit de la java, une nuit qui va nous faire perdre tous nos principes et nous faire devenir parents, tes parents. Ta naissance a chamboulé ma vie. Rien ne se sera passé comme prévu, et malgré tout, ta naissance a été belle. C’est ça que j’ai envie de retenir désormais, quatre ans et cinq mois plus tard.

Un commentaire sur “Ré-écrire ta naissance…

  1. Un très beau texte ! C’est super que le travail que tu as fait te permette d’être en paix et de retrouver les émotions positives liées à cette naissance.
    Je pense aussi que ca pourra t’aider à aborder le sujet avec ton fils pour qu’il n’ai pas peur de l’accouchement ou d’attentes trop élevées si il décide d’avoir un enfant.

    Comme toi, et comme beacoup, j’ai des sentiments mitigés face à mes accouchements et il m’aura fallu du temps pour me sentir en paix.

    Par contre, j’ai aussi vu l’inverse avec une amie qui n’a annoncé avoir eu un super accouchement. En creusant un peu, plusieurs moi après, j’ai appris qu’elle avait vomis pendant les 20h de l’accouchement, qu’elle était super faible et avait du avoir une perf de sucre et des médicaments pour la booster, qu’elle a eu une grande épisio + les forceps et surtout que son bébé était né sans respirer et qu’il avait dû partir en réanimation donc elle est resté une trentaine de minutes sans le voir ni savoir si il allait bien… Pour moi c’est un accouchement catastrophique, pour elle c’est juste une succession de mini aventures qui lui ont permi de rencontrer son enfant, qui est en pleine santé. Ca lui « suffit ».
    Comme quoi on est vraiment tous différent dans nos ressentis.

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