Le second choix
« Maman, même si je te fais des câlins, je préfère Papa parce qu’il est très chou, et toi, juste un petit peu chou ».
Les enfants ont parfois le don d’asséner des mots durs mais enrobés de tellement d’innocence qu’ils nous font sourire. En soi ces mots là ne sont pas si durs, et ils m’ont effectivement fait sourire sur le moment. Mais ce qui est derrière n’est pas toujours si facile à accepter : je suis le second choix de mon enfant. J’essaye de le prendre le plus possible avec philosophie, mais je dois admettre qu’à certains moments, cela me blesse.
Notre enfant a une préférence pour son père. Ça a été parfois très marqué, parfois quasiment anodin, voire indécelable. Mais périodiquement, cela revient. Avec du rejet, des mots pas toujours tendres. Il y a eu cette période où je ne pouvais pas rentrer dans sa chambre le matin sous peine de crise et de cris, seul mon mari pouvait aller le voir. Il y a eu cette soirée sans son père où il a chouiné “Papaaaaaa” non stop jusqu’à ce qu’il s’endorme. Il y a eu ce retour de weekend où il était resté avec sa grand-mère : il m’est passé devant pour sauter dans les bras de son père. Il y a eu cette fois où il a dit qu’il aimait son père jusqu’à la lune, et moi seulement jusqu’au sol.

Mais il y a aussi eu tous ces câlins, ces “Maman t’es trop belle”, ces moments où il me réclamait quand je n’étais pas là. Alors pourquoi est-ce que ça m’impacte tant ? Peut-être parce que ça fait ressortir mon manque de confiance en moi, mon syndrome de l’imposteur, mes doutes sur la maternité, mes insécurités (rayez la mention inutile). Ou parce que la réciproque n’est pas vraie, il n’a jamais eu ces périodes de rejet avec son père.
Je pense être en partie responsable de la situation. La maternité n’a pas été une évidence et j’ai mis pas mal de temps à me sentir à l’aise dans mon rôle de maman. Peut-être que mon enfant l’a ressenti et que ça a participé à installer cet éloignement. Je suis aussi de nature assez anxieuse, et je ne gère pas toujours bien mon stress. Mon mari étant beaucoup plus zen, mon enfant se sent sûrement plus détendu avec lui. J’essaye d’être plus cool et c’est vrai que plus mon enfant grandit, plus je me sens confortable dans ma nouvelle vie de maman, et plus ces périodes sont rares. Il y aussi certainement une question d’affinités, mon enfant a toujours été plus attiré par les hommes de nos familles ou couples d’amis. Si je reste rationnelle, je sais que ce n’est qu’une passade, que ça arrive toujours dans des périodes de fatigue et que je ne dois pas le prendre personnellement. Mais j’ai beau le savoir, il y a des moments où ça reste douloureux. Blaise Pascal le dit mieux que moi : « le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point ».
Heureusement, mon mari est très attentif à cette différence de traitement. Il n’en joue jamais, se met en retrait pour nous dégager des moments enfant-maman et sait expliquer avec douceur à notre enfant que ses mots peuvent blesser et me rendre triste. Ma collègue qui a connu la même situation lorsque son grand bachelier était petit me dit que les relations se sont inversées à l’adolescence. Et lorsque mon mari est en déplacement, nous passons de supers moment à deux. Alors je garde raison et espoir. Et finalement, je suis sur la bonne voie, puisque ces périodes ne m’attristent que si j’ai déjà le moral un peu à plat.
Je serais quand même curieuse de savoir si d’autres mamans ont connu cette situation et comment cela a évolué dans leurs familles. C’est toujours rassurant de savoir qu’on est pas seul !

Alors si ça peut te rassurer, j’étais un de ces enfants qui ne jurent que par un de leurs parents (ma mère en l’occurrence), et effectivement à l’adolescence ça s’est calmé et maintenant j’adore mon père autant que ma mère, donc ça n’est pas forcément durable.
Et ma fille est pareille, elle dit généralement qu’elle aime maman mais pas papa (ils sont polis à cet âge en effet, outch 😅). Pourtant honnêtement je me décrirais comme tu te décris : pas forcément à l’aise avec la maternité tout de suite, et avec un mari bien plus détendu que moi – bref, je ne vois vraiment pas ce qu’elle me trouve de plus que lui 😂 Moralité : ça doit souvent pas tenir à grand chose de concret ces préférences…
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Merci pour ton message, effectivement ça me rassure 🙂 Je vois déjà que ca s’est beaucoup amélioré maintenant qu’il est plus grand.
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Bonjour,
Je suis un peu dans le même cas que toi. Deux enfants à la maison qui disent souvent qu’ils préfèrent leur père.
Pour mon fils je pense que cela vient du fait qu’il passe après un enfant né sans vie et que j’ai eu beaucoup de mal à m’impliquer emotionnellement de peur de souffrir encore et cela s’est aggravé pendant la grossesse de sa sœur où il n’y en avait que pour son père. Aujourd’hui encore il va plus facilement vers son père plus patient que moi pour gérer ses crises émotionnelles. Il a presque 7ans.
Pour ma fille c’est un peu différent on a une relation assez fusionelle, on se ressemble beaucoup mais elle me fait bien comprendre que je ne passe pas assez de temps avec elle en répétant qu’elle préfère son père. Cela est toutefois moins marqué que son frère.
J’essaie de me dire que je suis contente pour leur père, pour une fois ce n’est pas tout pour maman…mais parfois leurs mots font mal. Alors je prends une journée pour passer du temps de qualité avec l’un ou l’autre et cela s’atténue. Leur père fait aussi attention à ne pas accentuer la préférence.
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Merci pour ton retour, effectivement ça n’a pas dû être facile pour toi à gérer avec un deuil. C’esr rassurant je trouve de voir que ca s’atténue dès qu’on passe du temps privilégié avec eux, ca montre bien que ça n’est pas un sentiment de fond.
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« Maman si tu te divorce moi je veux vivre toujours avec papa » sorti de nulle part un apéro un vendredi. Ma fille a cette petite tendances de temps en temps. Pour moi je ne crois pas que elle ait de préférence mais qu elle ait remarqué que la remarque me touchait.. je la soupçonne de tester son pouvoir par ce biais . Et même si je le sais c estplus blessant quand je suis fatiguée. Mais un peu drôle aussi. Les enfants…
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Les enfants sont formidables … 😀 Je te rejoins aussi sur ton commentaire, j’ai remarqué qu’il allait en « jouer » quand il voit que ça me touche. Du coup tant que ça ne va pas trop loin, je ne relève pas. Ou je lui dis que c’est dommage, parce que moi je l’aime très fort. Mais c’est sur que si j’ai déjà le moral dans les chaussettes, c’est difficile à faire passer au dessus !
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Chez nous c’est l’inverse, notre fille de 2 ans ne jure que par moi. Mon conjoint vit assez mal les « non pas papa, je préfère maman… » et moi ça m’épuise parfois de ne pas pouvoir lui passer le relai parce que notre fille a décidé que l’histoire du soir/le bain… c’est avec moi. Parfois on ne cède pas mais il y a des soirs où l’on n’a pas envie de lutter.
Évidemment ça n’arrive que lorsque l’on est tous les trois, lorsque je suis absente cela ne pose pas souci.
Elle reste surprenante et c’est comme ça que ce matin, elle ne voulait pas dire bonjour à son père. Mais une fois qu’il est parti travailler, elle m’a demandé où il était et a pleuré à chaude larme car elle voulait lui faire un bisou. Cela nous rassure quand même !!
Difficile d’identifier une cause, mon conjoint n’a pas été à l’aise avec la paternité, il se lève peu la nuit, il perd parfois patience mais il est beaucoup plus prévenant que moi et la berce chaque soir. Je suis plus calme mais aussi plus stricte et bien que mes décisions ne plaisent pas toujours à ma fille, je n’ai pas encore entendu de « c’est mieux avec papa ». Peut être que ça viendra !!
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C’est vrai que je rejoins aussi ce commentaire : être le parent préféré c’est aussi épuisant, par exemple quand on est les 3, mon mari peut vaquer à ses occupations voire s’endormir sur le canapé sans que ma fille n’y trouve rien à redire tant que je joue avec elle, mais si c’est lui qui joue avec elle, elle veut que je sois là aussi (et parfois je ne peux même pas aller aux toilettes sans qu’elle interrompe son activité avec papa pour venir me demander de revenir 🙃)
Ça doit aussi être une question des limites que je pose moi-même cela dit (mais ça épuise de les poser effectivement), parce qu’il y a une exception, la place de jeux : c’est pas mon truc du tout donc quand on y va à 3, c’est mon mari qui fait moteur de balançoire et agent de police pour moins de 10 ans, là elle a bien compris que soit c’est papa qui joue avec elle, soit on rentre 😅
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Bonjour!
Mon mari est depuis toujours le « parent référent » de mon grand.
J’ai toujours souhaité être mère et ma grossesse a été un vrai bonheur… malheureusement perturbé par les doutes et les angoisses de mon mari qui du fait d’une relation distante bien qu’aimante avec son propre père avait du mal à se projeter dans son nouveau rôle.
A la longue, cela m’a affecté émotionnellement et j’ai fini ma grossesse alitée et éprouvée par la culpabilité de voir souffrir mon conjoint. J’étais pourtant persuadée qu’il serait un père merveilleux.
Et bien sûr j’avais raison 😁… il a aimé son fils à l’instant où il est né et je pense que de peur de casser ce lien que mon mari imaginait si fragile, je me suis mise en retrait.
Par conséquent mon mari est devenu LA figure d’attachement absolue. Le petit pleurait quand je venais le chercher à la crèche, il lui sautait dans les bras ou courait vers lui quand il se faisait mal.
C’était douloureux pour moi, j’essayais de le prendre à la rigolade mais j’avais vraiment l’impression d’avoir juste un rôle d’intendante: les visites chez le médecin, renouveler la garde robe et anticiper le mode de garde.
Quand son frère est né, le plus grand m’a annoncé tout content que maintenant j’avais mon enfant et que lui restait l’enfant de son père: « vous en avez un chacun! »
Ce qui est terrible c’est qu’au début, mon mari aussi a été un peu sur cette idée… nous avons vécu des moments très difficiles où mon second et moi étions pratiquement rejetés par tous les deux!
L’équilibre a mis du temps à se construire…
Maintenant ils ont 6 et 9 ans, les choses sont beaucoup plus simples. Papa est l’idole de mon grand mais je ne suis plus si loin et j’ai même droit à des gros câlins!
Mon petit et moi avons gardé des rapports fusionnel mais il a su conquérir son père!
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Même si ça peut être rationnel, je comprends tout à fait que tu éprouves de la peine ! Moi, j’ai une blessure de rejet, donc forcément, on me dirait tout ça, je serais vraiment très mal. Je pense que ça fait toujours mal d’apprendre qu’une personne que l’on aime nous aime ou nous apprécie moins que la réciproque.
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J’aurais pu écrire cet article ! Ma grande de trois ans n’en a également que pour son papa et nous avons traversé une période très difficile pendant ma seconde grossesse (où je n’avais plus le droit de la porter) et à la naissance de son petit frère (difficile de réparer notre relation et rétablir le contact après une césarienne et H24 à nourrir bébé). Mon conjoint est aussi la figure d’attachement parce qu’il est papa à plein temps pendant que je vais au travail, ce qui n’arrange pas mes affaires 😂
Ce qui nous a aidé ici c’est que mon conjoint et moi sommes d’accord avec l’idée que nous apportons chacun quelque chose de différent à nos enfants. Bien sûr je voudrais être tout pour ma fille mais ce n’est pas réaliste, et ce que je fais pour elle, je le fais avec tout mon cœur. Ce changement d’état d’esprit aide à traverser les périodes de rejet et à prendre ma propre place aux côtés de mes enfants sans honte et sans culpabilité. Et peut-être qu’un jour les rôles s’inverseront, qui sait?
Courage, tu es loin d’être seule dans cette situation !
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Merci Andromède ! C’est effectivement une bonne façon de voir les choses.
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Chez nous c’est l’inverse. Je suis le parent « préféré » de nos deux enfants. Sauf que je sais bien que quand je ne suis pas là, ils s’amusent très bien avec leur père et que quand lui n’est pas là ils le réclament.
Mais quand nous sommes tous les 2 présents, il viendront systématiquement me voir pour tout. Et c’est fatigant pour moi et ca rend parfois leur pére triste.
Pour le moment, on tient bon en alternant les couchers un soir sur 2. Parce que les couchers sont souvent long et que je n’ai vraiment pas envie de m’y coller tous les soirs.
Une pédopsy nous a rassuré en parlant de phases qui évoluaient avec le temps et en nous disant que tant que les enfants continuaient à avoir des moments de bonheur avec leur 2 parents, ils ne fallait pas s’niquiéter. Donc on fait en sorte qu’il y ait vraiment des moments déparés.
On a chacun une soirée entre amis toutes les 2 semaines et on échange celui qui emmènes les petiots au sports toutes les semaines. Ca crée des petites routines sympa avec un parent !
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Nous avons vécu ça lors de l’accès à la grand parentalité. Notre petite fille était très régulièrement sur « pas papi » et objectivement, ça peinait beaucoup mon mari, qui avait l’impression d’être relégué au rang d’intendant (j’ai un conjoint qui fait courses et cuisine). Ça s’est quand même bien arrangé vers 5 6 ans , mon mari a su aussi dire que ça le peinait. Aujourd’hui c’est assez rigolo de les voir regarder ensemble du rugby à 7!
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Nous sommes dans la même situation mais inversée, c’est-à-dire que c’est mon mari qui s’est fait rejeter. Pour le coup, notre situation était tellement évidente (mon mari n’est rentré que le weekend pendant un an suite à un changement de job entre les 2 et 3 ans) que nous ne l’avons pas interprété de cette manière. Nous avions compris de nos lectures sur le fonctionnement de ces p’tites bêtes 😉 que le bébé s’accroche à une personne de confiance parce qu’il est génétiquement programmé pour le faire de manière à assurer sa survie jusqu’à son autonomie. Pour moi, on est loin de l’amour là 🙂 désormais, ma fille a 6 ans et c’est encore plus évident. Cela se passe hyper bien avec son père mais c’est avec moi qu’elle s’autorise à relâcher et à parfois régresser. Effet kisscool, avec papa, elle fait plein de trucs toute seule, avec moi, elle ne sait plus s’habiller, se laver, etc. Pour la suite, je ne sais pas du tout ce qu’il reste de cet attachement génétiquement programmé à l’adolescence ou à l’âge adulte.
Je comprends que ça fasse mal pour avoir vu l’effet de ses paroles/gestes sur mon mari. Malheureusement, ça ne va mieux qu’avec le développement de l’empathie, ce qui vient progressivement. Bon courage Mam ❤
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Merci ❤
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