Sept mois

Sept Mois

Dans mon dernier article, je te racontais nos derniers préparatifs avant l’arrivée de Petite Pieuvre qui a débarqué dans nos vies un lundi de novembre. Et depuis son arrivée, les choses ont été particulièrement denses. Trop denses. Alors avant de venir te raconter en détail mon accouchement et nos premiers moments de vie à cinq, j’avais besoin de poser un peu la tempête émotionnelle qu’a été ce début d’année.

Sept mois

Cela va faire sept mois que les choses vont un peu trop vite pour moi. Et quand je dis “un peu” trop vite, c’est vraiment un euphémisme.

Pour être plus proche de la réalité, cela fait bientôt sept mois que j’ai l’impression de me faire rouler dessus par un tracteur. Sept mois que le quotidien défile à toute vitesse, comme un train lancé à toute allure dont on aurait saboté le système de freinage… Sept mois que je cherche désespérément le bouton pause sans jamais arriver à le trouver.

Bien évidemment, au cœur de tout ça, il y a le post partum et ton arrivée, mon bébé d’amour.
Les difficultés des premiers mois. Tes pleurs. Nombreux. Parfois toute la journée. Parfois pendant des heures le soir. Tes réveils. Sept mois à nous réveiller systématiquement, toutes les nuits. Pour te nourrir, te bercer, te rassurer… Et cette fatigue physique, tellement présente, qui s’est infiltrée dans chaque recoin de mon corps endolori. Une fatigue comme je n’en n’avais pas connu depuis longtemps.

Sont venus s’ajouter à ça nos projets immobiliers avec leur bonne grosse dose de logistique et de stress, directement en intraveineuse. La mise en location de mon appartement, pour essayer d’éponger un peu le crédit et les charges en attendant sa vente définitive. Mais qui dit location dit ménage à faire, draps à changer, invités à accueillir, clefs à passer récupérer… le tout en mode “repeat”.

La recherche de notre maison, les visites, toujours avec un nouveau né sous le bras. Il y a eu ce coup de cœur, les négociations financières puis la bonne nouvelle. La mise en vente de nos appartements, les démarches avec le notaire, avec le courtier, avec la banque. Cette valse de coups de téléphone, de documents administratifs, de papiers à fournir, de rendez-vous et d’attente. Le stress à chaque caillou dans l’engrenage. Bref, je viendrai tout te raconter en détails dans d’autres articles mais sache que vendre deux appartements et acheter une maison c’est quand même assez rock’n’roll ! Et si, à l’heure où j’écris ces lignes, les pièces du puzzle semblent enfin bien vouloir s’emboîter, les signatures définitives et le déménagement sont encore devant nous !

Image par Dorothe de Pixabay

Et puis il y a eu le quotidien. Sept mois à essayer d’organiser notre nouvelle vie à 5 dans un appartement trop petit où tout déborde.

Les devoirs, les courses, les repas, le linge, les conduites à l’école, au foot, au tennis, aux anniversaires des copains, les devoirs, les courses, les repas, le linge, les rendez vous chez le médecin, les vaccins, les fêtes de famille, les anniversaires, la machine à laver en panne pendant des semaines, les devoirs, les courses, les machines…

Sept mois à essayer de trouver du temps pour tout et pour tout le monde sans jamais vraiment y parvenir. Sept mois à me débattre, à me sentir dépassée en permanence, écrasée par une charge mentale qui m’a enveloppée toute entière.

Sept mois à ne plus me reconnaître, à avoir l’impression de traîner tout le temps en jogging les cheveux sales. A rêver d’une douche et d’un shampoing mais à finir par me savonner le plus rapidement possible en entendant Petite Pieuvre hurler dans les bras de son papa.

Ce sentiment de me perdre, de me sentir en permanence étrangère à mon propre corps. Les douleurs du post-partum immédiat, mon corps lourd, qui tire… cette fatigue sans nom, cette gueule de bois sans alcool, cette barre permanente dans ma boîte crânienne et mes muscles si lourds.

Sept mois et la dépression post-partum qui m’a souvent narguée… Parfois, ces pensées sombres que j’avais du mal à éloigner : Ce sentiment de me noyer dans l’angoisse et la fatigue. De hurler à l’intérieur. Mes pleurs. Ma peur du bruit, du monde, mes crises d’angoisse dès qu’on sortait. Ce sentiment de solitude intersidérale, ce vide, cet isolement. L’envie de baisser les bras parfois, d’arrêter de me battre, de m’agiter, de laisser le brouillard m’envelopper toute entière. Cette peur de sombrer définitivement.

La culpabilité aussi de me dire que si mon bébé n’est pas sereine, c’est de ma faute. C’est parce que je suis stressée et angoissée tout le temps ; parce qu’on n’a pas de rythme régulier et qu’aucune journée ne ressemble à une autre… Ce cercle vicieux qui s’installe doucement et cette petite voix dans la tête qui me répète : “les enfants sont des éponges, ils absorbent toutes nos émotions…”

Sept mois à ne pas comprendre comment cela pouvait m’arriver à moi, à nous. Après avoir tellement lu sur le post-partum, sur la charge mentale. Alors que je connais par cœur tous les signes de dépression et que je les ai vu arriver, un par un. Alors que je m’étais juré de ne plus jamais me laisser étouffer par des piles de linge à plier ou des repas à préparer. Le doute qui s’installe aussi, sur la vie de famille, la vie de couple. Se demander si vivre tous ensemble n’était pas une erreur. Un sentiment de déjà-vu qui m’effraie. Est-ce que c’est à ça que va ressembler notre vie maintenant ? Ne pas arriver à mettre en place les choses que je fais d’habitude pour aller mieux : écrire, dormir, aller marcher… et me sentir impuissante face à ce brouillard qui m’envahit.

La difficulté aussi de devoir faire le deuil de mon “dernier bébé”. Cette dernière grossesse, ce dernier accouchement, ce dernier allaitement. Pleurer en pliant les petits pyjamas qui cette fois ne resserviront plus.

Tous ces sentiments qui se mêlent dans le tourbillon du quotidien sans avoir vraiment le temps de « processer » tout ça, sans arriver à prendre le recul nécessaire.

* * *

Mais, parce que les choses ne sont jamais toutes blanches ou toutes noires, il n’y a pas eu que du négatif ces derniers mois. 

Il y a eu le fait de ne pas avoir à reprendre le boulot. Et même si, oui, j’aurais préféré être plus en forme, si les journées étaient parfois longues ou si un boulot épanouissant aurait sûrement amélioré ma santé mentale, je suis contente d’avoir pu profiter à fond de mon bébé, de ne pas avoir eu à choisir et d’avoir pu passer mes journées avec elle à la regarder s’éveiller jour après jour. De profiter de chaque tétée, de chaque sieste collées serrées. De voir sa relation avec ses frères grandir jour après jour. Et de pouvoir, malgré le chaos environnant, être à son rythme.

Il y a eu les copines présentes, à qui je pouvais faire des vocaux de 17 minutes à 3 heures du matin et qui me rappelaient dès qu’elles avaient un créneau, avec une constance réconfortante. 

Il y a eu un réseau médical au top. Mon médecin traitant qui me suit depuis longtemps déjà et qui me connait bien, qui m’a aidé à prendre le temps ; ma sage-femme qui m’a suivie en post-partum sur tous les aspects : physique, psychologique, émotionnel. Il y a eu aussi quelques séances de psy pour m’aider à me recentrer, à prendre du recul et à ne pas me laisser hanter par mes vieux démons 😉 Tous ont été hyper à l’écoute, déculpabilisants, très bienveillants et surtout ne m’ont pas proposé des solutions toutes faites du style : “lâcher prise” ou “prendre du temps pour moi”. 

Il y a eu de belles rencontres aussi comme ces professionnelles de la crèche, où nous avons eu une place en accueil occasionnel, quelques jours par semaine ; des femmes tellement douces et bienveillantes qui m’ont permis de prendre un peu soin de moi en prenant soin de mon bébé. Ces mamans rencontrées en cours de préparation à l’accouchement et avec lesquels j’ai pu échanger sur les joies du post-partum. 😉

Et puis, il y a eu ce que je connais de moi et qui m’a permis, même si ça a été laborieux, de me protéger, de ne pas me réduire à mes angoisses et de faire ce que je devais faire pour aller mieux. Et enfin, surtout, il y a eu BAE qui m’a aidé a toujours retrouver le chemin vers nous, tel un phare au milieu d’un océan de couches sales, de tétines et de nuit interrompues. 

Le temps a fait son œuvre et aujourd’hui le brouillard commence doucement à se dissiper. Les grosses étapes de déménagement sont encore devant nous mais petit à petit les choses se mettent en place et d’ici quelques semaines, si tout se passe bien, nous devrions être dans nos chaises longues dans le jardin pendant que les grands jouent au ping-pong et que Petite Pieuvre barbote dans sa piscine gonflable…  

De mon côté, j’espère profiter de l’été pour retrouver un peu d’énergie, de créativité et de sérénité pour attaquer la fin de cette année !

5 commentaires sur “Sept mois

  1. Ayant fait une DPP aussi, je compatis et j’espère de tout coeur que tu pourras remonter la pente très vite. Je suis contente de lire que tu n’étais pas seule pour traverser tout ca.

    Le tourbillon du quotidien peut être tellement dur à vivre. C’est à la fois trop rapide pour qu’on puisse profiter de ce qui est beau et accepter les difficulté et en même temps tellement lent quand on se sent sous l’eau.

    Courage !

    J’aime

  2. ça me parle tellement tout ce que tu dis… promis juré, un jour le soleil revient, même s’il semble timide au début, même si le tourbillon reste intense, même si on cherche encore trop souvent le bouton pause, au moins le brouillard se dissipe et « les choses » semblent un peu moins difficiles. Courage !

    J’aime

Répondre à Mme Vélo Annuler la réponse.