Quand on achète… une entreprise : 1, et pourquoi pas ?

Quand on achète… une entreprise : 1, et pourquoi pas ?

Il y a quelques années, nous avions discuté avec Paul de création d’entreprise. Il est commerçant, dans le domaine culturel, depuis une bonne dizaine d’années. Ce qu’il aime, c’est le contact avec les clients, le conseil en fonction de ce qu’ils aiment, et aussi la gestion de son point de vente.

Jusque là, il avait réussi à trouver des postes salariés dans des commerces indépendants. Il y trouvait le confort du salariat, avec la liberté du commerce indépendant, mais également les inconvénients des deux : devoir rendre des comptes à un supérieur qui est parfois gestionnaire sans connaître réellement le point de vente et les clients, et chercher chaque année à faire plus avec moins. Oui, parce que pour corser les choses, Paul a toujours eu pour objectif de remonter des commerces qui se cassaient la figure, et il y arrivait plutôt bien.

Et puis… 4 enfants, une vie à 100 à l’heure, on ne se projetait pas vraiment dans la création d’une entreprise, surtout moi à vrai dire.

Quand les choses se corsent

Il y a 2 ou 3 ans, les choses ont bougé dans l’entreprise dans laquelle Paul travaillait, et plutôt pas en bien. Il y avait plusieurs activités dont le commerce que Paul gérait, et les salariés en charge des autres activités ont commencé à souffrir pas mal, puis à être poussés vers la sortie par le responsable du site, de façon franchement pas classe.

Paul a fait le dos rond en se disant que la vague allait passer… et clairement, elle est passée en le fracassant. Harcèlement, saisine d’un avocat pour nous protéger, licenciement abusif d’un salarié, et Paul est parti vite vite à la faveur d’une rupture conventionnelle avant de passer lui aussi à la moulinette du licenciement.

Et si on essayait la grande distribution ?

Avec tout cela, il a fallu retrouver un travail. Paul a commencé en se disant qu’au vu du marché, s’il ne voulait pas déménager, il allait falloir quitter le secteur culturel. Il a donc cherché, cherché, cherché… en vain. Il passait des entretiens, mais son profil « commerce indépendant » faisait dire parfois aux recruteurs qu’il risquait de s’ennuyer, la distribution laissant une marge de manoeuvre nettement moindre.

Jusqu’au jour où une grande enseigne de commerce culturel a ouvert pas loin de chez nous, et c’est ainsi que Paul a fait ses premiers pas dans la distribution spécialisée… et en est parti au bout de quelques mois seulement : trop de pression sur les horaires, des consignes qui tombaient du siège sans forcément d’explication tout en disant « c’est votre secteur, c’est vous qui connaissez… mais il faut faire comme ça », un contact client qui se perdait franchement par rapport au commerce de proximité.

labyrinthe, décision
Image par Matthias Wewering de Pixabay

Et si on changeait de voie ?

Deux déconvenues professionnelles sévères de suite, cela fait beaucoup. Paul a donc entrepris un bilan de compétences, persuadé qu’il ne savait rien faire d’autre que ce qu’il avait toujours fait, sans savoir vers quoi il pourrait aller, mais en se disant qu’il voulait trouver une voie plus stable, plus épanouissante et plus en accord avec ses valeurs et ses contraintes.

Au milieu du bilan, coup de fil à l’un de ses anciens fournisseurs à un sujet tout à fait autre, qui lui apprend que deux commerces anciens concurrents du sien, sont à vendre dans la région, à 45 minutes de chez nous chacun. C’est un peu loin, mais bon il faut bien travailler. Comme par ailleurs le bilan commençait à dire que la création d’entreprise n’était peut-être pas la piste à privilégier, en revanche la reprise pourquoi pas, Paul a appelé… et raccroché dépité : l’un des commerces était déjà en liquidation, il aurait donc fallu re-créer une entreprise, se refaire connaître, espérer pouvoir recruter avec le temps… et l’autre était déjà vendu.

Fin de l’histoire, on part en vacances.

Fin de l’histoire, vraiment ?

Fin de l’histoire… sauf que trois jours avant notre départ en vacances, le commerce culturel historique du centre de la ville voisine de la notre, concurrent de Paul pendant plusieurs années puisqu’il était responsable d’un commerce similaire dans la même ville avant sa rupture conventionnelle, annonce sa fermeture dans l’année. Nous savions depuis 3 ans qu’il était à vendre, mais Paul ne s’était pas positionné : il était trop gros, et beaucoup trop cher puisqu’il fallait acheter le commerce et les murs. Depuis, il a travaillé en distribution et encadré une équipe de la taille de celle qui est embauchée dans le commerce en question.

A la sortie de l’école, un papa alpague Paul, le troisième en 5 minutes, pour lui demander s’il a vu l’annonce et s’il compte racheter. Paul réexplique le principe de réalité budgétaire, cependant le papa en question accompagne le propriétaire actuel du commerce à vendre, et glisse qu’il y a des leviers de négociations envisageables, que les murs ne seraient peut-être pas à vendre finalement, et que le prix pourrait être largement revu à la baisse.

Une équipe d’une taille similaire à sa dernière équipe, un prix qui pourrait finalement être envisageable… cela ressemble presque à un plan trop parfait pour être vrai. Paul appelle pour demander des informations, laisse un message sur répondeur… et nous partons en vacances.

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