Quand rien ne va plus

Quand rien ne va plus

Qu’elle avait bien commencé cette année 2020 ! Au travail, ma situation allait dans la bonne direction avec un projet de CDI à la clé. Au niveau personnel, j’avais de nouveaux projets et j’étais dans une dynamique positive. J’écrivais beaucoup, j’avais appris de nouvelles techniques pour fabriquer des bijoux et j’y passais pas mal de temps, avec des compliments de mon entourage plus ou moins proche, et pourquoi pas l’idée d’officialiser la chose en montant ma petite entreprise. Et surtout, on commençait à parler beaucoup plus sérieusement d’avoir un enfant avec mon conjoint. J’avais arrêté la pilule. On devait déménager. Mon rêve semblait enfin se concrétiser. On se disputait de temps en temps, mais ça me semblait normal, après tout la plupart des couples se disputent non ?

Crédit photo : Free-Photos

Je ne te refais pas l’historique, mais, comme pour beaucoup de personnes, cette petite pandémie a un peu chamboulé nos plans. Mon métier est partiellement télé-travaillable mais, au bout de deux mois, la sensation de perdre du temps s’est quand même faite beaucoup sentir, d’autant plus que j’ai l’habitude de travailler en équipe et que je déteste travailler de chez moi même quand je le peux. Les travaux qu’on devait faire pour pouvoir déménager ont été reportés, au moment où j’écris ces lignes ils ne sont toujours pas faits. Jusqu’ici, rien de très exceptionnel, je pense que ça a été notre lot à tous !

Plus, récemment, j’ai eu un gros coup de mou au travail. J’assure des responsabilités depuis quelques mois qui n’étaient pas officiellement valorisées. Au moment de concrétiser les choses, mon chef a préféré privilégier une autre personne qui n’assure pourtant pas ces fonctions. Pour moi, ça a été un peu la goutte d’eau. En regardant en arrière, je me suis rappelée de toutes les fois où on m’a promis des choses qui n’ont pas (encore) été tenues. Et où, finalement, c’est toujours moi qui « passe après ». Cette fois-ci, je crois que j’ai atteint un point de non-retour, je ne fais plus confiance. Je sens que je tourne en rond, mais je n’ai pas encore le courage de repartir de zéro, de chercher un nouveau poste. J’essaie de continuer à faire au mieux mon travail, mais le cœur n’y est plus. Les doutes que j’avais déjà eus sur ma carrière resurgissent, suis-je à la bonne place ? Ne serais-je pas plus heureuse en changeant de métier ? Mais je n’ai pas le courage non plus de faire ces démarches, et je reste dans un entre-deux pas-vraiment-confortable-mais-pas-tout-pourri-non-plus qui est quand même assez difficile à vivre.

De plus, je t’en avais déjà parlé ici, mes projets de bébé ont été reportés. Notre couple traverse une situation de crise et ce n’est pas le meilleur moment pour avoir un enfant. J’ai eu des doutes sur mon envie d’être mère. Mais je crois que cette envie ne souffre d’aucune rationalité. Elle est là, c’est tout. Cet été, les choses se sont un peu arrangées avec mon conjoint. Malgré quelques soucis matériels, nous sommes partis en vacances et ça nous a fait beaucoup de bien. Nous avons recommencé à parler d’avenir, et d’avoir un enfant ensemble. Il semblait y réfléchir beaucoup et y être (presque) prêt. Cependant, je ne suis pas complètement sereine. J’ai un doute, une sensation de malaise. Je n’aime pas me comparer aux autres, mais je sens que mon conjoint ne me regarde plus et ne me parle plus comme, à mon sens, on devrait s’adresser à son amoureuse. Je suis entière et je ne peux pas rester dans une situation incertaine sans savoir alors j’ai essayé de nouveau de provoquer la discussion. Malheureusement, les quelques réponses que j’ai eues ne m’ont pas rassurée du tout. C’est peut-être même pire. Cette conversation m’a mis pour la première fois le doute sur ses sentiments : s’il ne supporte plus ce qu’il supportait avant, c’est peut-être qu’il ne m’aime plus ? Et dans ce cas, ça ne pourra jamais s’arranger ! Il me dit qu’il m’aime peut-être moins qu’avant, mais qu’il peut supporter d’être moins heureux pendant une période. Qu’il a l’espoir que les choses s’arrangent et que c’est pour ça que nous continuons à parler d’enfant. Mon conjoint est quelqu’un qui a une vision « traditionnelle » des choses. Pour lui, comme pour les couples d’antan, on reste ensemble et on s’accommode des problèmes ; aussi je ne pense pas qu’il ait l’intention de me quitter. Pour ma part, cette discussion m’a dévastée. Je suis fataliste (peut-être un peu trop) : je ne vois pas comment les choses peuvent aller dans le bon sens. Pour moi, c’est soit noir, soit blanc. Alors que, peut-être, la situation peut être grise puis redevenir blanche plus tard… Depuis, il continue à parler d’avenir et de notre déménagement. Il continue à avoir des gestes de tendresse et des attentions qui, bien que rares, me laissent penser que, peut-être, il y a encore un espoir pour nous deux. Nous avons partagé énormément de choses et nous avons beaucoup de points communs. Nous séparer serait une épreuve terrible. Penser que je pourrais continuer ma vie sans lui me donne le vertige. Pourtant, la situation actuelle me fait (nous fait) énormément souffrir. Alors je me pose énormément de questions. Vaut-il mieux « trancher dans le vif » en souffrant une bonne fois pour toutes pour réussir à passer à autre chose ? Si je pars, vais-je regretter de ne pas avoir tout tenté ? Suis-je capable de recommencer quelque chose à 35 ans, pour pouvoir enfin devenir maman, alors que j’ai eu tant de mal à rencontrer quelqu’un qui me correspond ? Aurais-je dû faire certaines choses autrement ? Et surtout, est-ce que ça peut encore s’arranger ? Ou bien, est-ce que si je reste, on va tourner en rond pendant très longtemps en restant dans un entre-deux très inconfortable ? Parfois, je me dis que j’ai déjà la réponse : qu’il faut partir mais je n’en ai pas encore le courage. D’autres fois, je pense à notre vie commune et aux années qu’on a traversées, et je me dis que tant qu’il y a encore un espoir, il faut essayer d’arranger les choses.

Malheureusement, ces problèmes jouent les uns sur les autres : je n’arrive plus à écrire et créer car j’ai l’esprit trop occupé et négatif. Je me renferme sur moi-même, et je pense plus aux problèmes que j’ai avec ma famille et aux amis que j’ai perdus plutôt qu’à ceux qui sont là. Malheureusement, en plus de tous ces problèmes, j’ai dû renoncer à un voyage qui m’aurait permis de voir une de mes plus proches amies, et d’autres projets de voyages ou d’évènements ont été annulés ou restent en suspens. De plus, à l’heure où j’écris ces lignes, nous sommes en plein confinement, ce qui m’empêche une fois encore de trouver des petits bonheurs quotidiens qui pourraient apaiser ma peine.

Tu l’auras compris, dans toutes ces situations le plus difficile c’est l’incertitude. On m’a appris à ne pas prendre de décisions trop hâtives ; résultat je n’en prends pas du tout, surtout quand d’autres personnes sont concernées. J’ai bien conscience qu’il y a des problèmes bien pires que les miens. Heureusement, personne n’est malade ! Rien n’est définitif dans ma situation. Mais j’ai aussi l’envie de tout envoyer balader et partir très loin, et l’impression de m’éloigner des rêves de vie que j’avais, d’avoir un travail épanouissant mais pas au centre de ma vie et surtout d’avoir une vie de famille tranquille et sereine avec un conjoint, des enfants et des animaux. Avec, finalement, toujours la même question : pourquoi je n’arrive pas à être heureuse ?

J’ai bien conscience que le ton de mon article d’aujourd’hui n’est pas très joyeux. Ça m’aide beaucoup d’en parler, et que tu aies vécu ou non ce genre de situation, je serais ravie d’échanger avec toi dans les commentaires !

9 commentaires sur “Quand rien ne va plus

  1. Bonjour Coralie,
    Les périodes de remise en questions sont désagréables voire douloureuses et ce sont bien souvent elles qui font avancer dans la vie… Se poser des questions sur son couple ou son envie de maternité ou sa carrière, c’est sain et normal mais les trois à la fois, c’est peut-être un peu effrayant. Est-ce que tu as pensé à consulter un psychologue, un hypnotherapeute ou autre qui pourrait t’aider dans ta réflexion ? Le soutien de quelqu’un de neutre peut être vraiment utile quand on a l’impression que notre vie semble partir dans tous les sens.
    Si je me réfère à mon expérience personnelle, il arrive qu’un secteur de ma vie qui « bugge » (par exemple le boulot) contamine tous le reste et me fasse me poser des questions sur tout le reste. Mais il me faut parfois un peu d’aide pour comprendre d’où ça vient ! Si ça se trouve, après avoir résolu tes problèmes de boulot, le reste s’éclairera aussi.
    C’est curieux comme 2020, outre les peurs et la frustration, nous apporte beaucoup (trop ? ) de temps pour réfléchir…
    Bon courage dans tes réflexions !

    J'aime

    1. Bonjour Pauline, merci beaucoup pour ton commentaire. C’est en effet difficile pour moi de devoir remettre en question des choix de vie à la fois professionnels et personnels. Je vais voir depuis un petit moment déjà une psychologue, elle m’a donné quelques tuyaux pour aller mieux mais ce n’est pas magique non plus malheureusement. J’essaie d’en parler autour de moi également, aux personnes qui sont neutres dans mon couple ou mon travail. Peut-être que de revenir à une situation globale plus normale pourra m’aider en effet. En tout cas j’y travaille 🙂

      J'aime

  2. J’admire ta sincérité dans ton article ! Cela doit t’aider de mettre des mots sur tout cela, mais quel courage.
    Nous vivons une drôle de période…et cela n’aide en rien dans nos réflexions, bien au contraire. Le fait de ne pas avoir de perspective, que nos projets soient pour la plupart repoussés nous mettent dans un état « d’insécurité », d’incertitude…
    Courage !
    Un petit truc qui pourrait t’aider peut-être (ce n’est vraiment pas grand chose, mais parfois, cela peut redonner le sourire à certains moments), c’est de noter, quotidiennement ou non, un moment, un « truc » positif de ta journée dans un carnet dédié. J’ai fait cela lors de moments compliqués dans ma vie, lorsque je le relisais, cela m’apaisait…un peu.

    J'aime

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ! En effet, comme je le disais dans ma conclusion, ça m’aide beaucoup d’en parler. Et je prends note de ton conseil d’écrire, je pense en effet que mettre le doigt sur le positif (qui n’est pas mon mode de fonctionnement habituel malheureusement) pourra beaucoup m’aider. J’espère en tout cas que les moments compliqués dont tu parles sont passés.

      J'aime

  3. Bonjour, votre témoignage me touche. J’avais envie de vous dire cela: dans la vie, tout évolue, tout le temps, y compris le couple. Oui, les crises ça arrive et ça passe, oui les sentiments peuvent fluctuer, oui parfois on se sent moins amoureux que l’autre et parfois plus. En vous lisant, j’ai surtout l’impression que votre compagnon s’est mal exprimé au niveau du choix des mots. Peut être pourriez-vous lui en reparler? On est dans une sale période avec le covid, tout le monde est un peu déprimé. Essayez de vous recentrer sur les choses qui vous apportent du plaisir au quotidien, une série, un livre, votre projet d’écriture, un nouveau bijou. Marchez aussi ça désencombre la tête. Pour l’enfant, il n’y a jamais de moment idéal ni de partenaire idéal. Si vous en avez envie, mais que vous avez peur aussi, c’est normal. J’ai été quant à moi tétanisée devant un test positif 😉 Un bon truc aussi, c’est d’aller parler en marchant ensemble. Avec mon compagnon, on a désamorcé bien des crises en randonnant, même en silence l’un à côté de l’autre. Je pense que vous êtes très consciente des difficultés de la vie, c’est ce qui parfois donne l’impression de ne pas être heureux. Mais le bonheur, c’est comme toute chose, ça peut se travailler. Plein de bonheur à vous

    J'aime

    1. Merci beaucoup Lucie pour votre commentaire qui m’a beaucoup touchée. J’essaie en effet de me recentrer sur les petits bonheurs du quotidien même s’il y a énormément d’incertitudes. La question la plus compliquée pour moi est plus de devoir peut-être renoncer à être mère mais par rapport à mes précédents articles je dissocie cette question de mon couple actuel. C’est peut-être un pas en avant.

      J'aime

  4. Bonsoir Coralie,
    Merci pour ton article à coeur ouvert, qui nous rejoint tous, je pense, dans les situations de doutes et de questionnements que nous impose la vie. Tu disais dans un de tes précédents articles que la communication n’était pas le fort de votre couple. Sans être une recette miracle, peut-être serait-ce une piste pour faire évoluer les choses, dans un sens ou dans l’autre.
    Pour cela, je ne peux que te conseiller l’excellent bouquin du Dr. Gary Chapman (si tu ne le connais pas encore) : Les 5 langages de l’amour.
    A partir de nombreux exemple et de l’expérience de l’auteur (conseiller conjugal), il décrit 5 manières principales qu’on les couples d’exprimer leur amour à l’autre. Comme le problème réside souvent dans le fait que l’on ne « parle » pas le même langage d’amour que son conjoint, ce livre est un trésor pour identifier son langage et apprendre à parler celui de l’autre, permettant ainsi d’améliorer considérablement la communication au sein du couple et de se défaire de nombreux malentendus.
    Bon courage en tout cas, mes pensées t’accompagnent 🙂

    J'aime

    1. Bonsoir Pline, merci beaucoup pour ton commentaire et ton conseil. Je vais me renseigner sur le livre que tu proposes, en espérant qu’il puisse m’aider dans ma situation.

      J'aime

  5. Coucou ! Je rejoins plusieurs personnes dans leurs commentaires, en parler je pense aussi que ça aide beaucoup ! On peut réaliser bien des choses, simplement dans une discussion, alors que de garder les pensées en tête ne fait pas forcément beaucoup avancer.
    Avec une amie, on se faisait parfois des « tarots philosophiques » (le jeu du phénix) pour répondre à des questions qui nous embêtaient : https://www.youtube.com/watch?v=ZsZ9Ghi8Fts&ab_channel=LeJeuduPh%C3%A9nix ça nous a bien aidées.
    Je suis également d’accord avec les 5 langages de l’amour ! C’est fou comme truc !
    Peut être la Communication Non Violente serait intéressante aussi ?
    Enfin plein plein de choses… Mais effectivement trouver du positif (ou le créer) ça joue beaucoup aussi. Ma psy m’a dit que dans notre intérêt, on retient mieux ce qui est négatif (les dangers, genre le feu ça brûle, les animaux sauvages nous bouffent) que positif.(le soleil sur la peau c’est agréable, mais c’est pas ça qui va déterminer notre survie immédiate). D’où l’intérêt de faire l’effort de les remarquer !
    Voilà, en tous cas je t’envoie plein d’amour ♥

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s