A toi, qui m’a conseillé d’avorter

A toi, qui m’a conseillé d’avorter

J’ai longuement hésité avant de publier cet article. Un peu parce qu’on touche à un sujet polémique, un peu parce que la blessure que ce sujet a créé en moi est encore très vive. Et puis je me suis dis que ce serait un bon moyen justement d’évacuer, de dire ouvertement ce que je pense.

L’histoire veut que je sois tombée enceinte de mon deuxième enfant alors que je n’avais rencontré mon conjoint que depuis trois mois. La vie est pleine de surprises, et il nous appartient de décider comment nous les vivons, et si nous les acceptons. Très rapidement, j’ai su que j’accepterai cette surprise, comme une nouvelle aventure que la vie n’avait surement pas placé sur ma route pour rien.

Une des premières choses qui m’ait bloqué cependant, c’est de devoir l’annoncer à mes proches. Je ne m’attendais pas à de franches félicitations, pas même à des sourires, mais j’avais espoir que les gens se contentent de comprendre mon point de vue et de l’accepter. Après tout, il s’agissait de mon choix.

Je ne remercierai jamais assez les gens qui ont bien réagi. Ceux qui ont affiché un franc sourire et m’ont félicité. Ceux qui ont eu quelques secondes de réflexions, et m’ont simplement dit : « est-ce que tu es heureuse ? Oui ? Alors c’est une bonne chose ! » Cette amie aussi, qui m’a dit avant toute chose, alors que je venais d’apprendre ma grossesse : « quoi que tu décides, c’est ton choix, et je serai là pour t’épauler ». Plusieurs amis m’ont même vu pleurer devant leur réaction, pleurer de joie, en me sentant moins seule, en me sentant comprise, et accompagnée dans ma décision.

J’ai de la chance, la plupart de mes proches ont finalement plus ou moins bien réagi. Mais ils restent les autres, ceux que je compte sur les doigts d’une main, et qui pourtant ont terriblement marqué le début de ma grossesse. Ces proches qui m’ont dit que je devrais avorter, sans autre forme de procès.

« T’inquiète, t’as encore deux mois pour avorter ! »

« Tu vas avorter du coup ?! »

« Tu as un choix à faire, fait le bon pour une fois. »

« Moi si j’étais toi, j’avorterais direct ! »

Oui, mais tu n’es pas moi en fait.

Peut-être que tu n’as pas d’enfants, peut-être même que tu n’en veux pas. Pas comme moi, qui ai très vite eu envie d’un deuxième, et voyais mon rêve s’éloigner alors que mon ancien couple battait de l’aile.

Peut-être que tu n’as pas confiance en tes capacités à être parent, ou en tes possibilités matérielles et financières. Pas comme moi, qui sais déjà que j’ai tout pour élever comme il faut mes enfants, qui suis assez confiante sur mes capacités à être une super maman. Pas une maman parfaite, mais une super maman, pour un, comme pour deux !

Peut-être que tu n’es pas serein dans ton couple face à l’arrivée potentielle d’un enfant. Qui l’est vraiment, à vrai dire ? Moi qui ai vécu un divorce après 7 ans de relation et 9 mois avec bébé, je devrais être la première à flipper. Mais non, la réalité c’est que rien n’est sûr dans un couple, c’est un combat de chaque instant pour rester soudés. Et dans mon couple actuel, me voilà pourtant sereine. Je crois en notre capacité à être heureux au sein de cette famille recomposée que l’on crée de toute pièce, et un enfant de plus ne peut qu’embellir ce tableau.

Peut-être penses-tu que l’avortement est une chose anodine, que je pourrais retomber enceinte plus tard, que cette vie est interchangeable. Mais pas moi. Moi j’ai un profond respect de la vie que je porte, je pense que mon bébé est déjà un être humain à part entière, peu importe sa taille ou son niveau de développement. Je pense que si je le faisais « disparaître », je le regretterai, je n’arriverai pas à passer sereinement à autre chose comme si de rien n’était. J’ai aussi une peur terrible : celle que ce soit ma dernière chance, que la vie ait décidé que je n’aurais que ces deux enfants, et que je ne puisse plus en avoir par la suite.

Sache que je ne suis pas opposée à l’avortement, mais j’estime que cela tient du choix de chacun, des croyances de chacun, et que personne d’autre que nous ne peut en juger.

Alors peut-être es-tu simplement inquiet pour moi. Je comprends, mais prends conscience que commencer par me parler d’avortement ne m’aide pas à aller bien, cela me prend juste à la gorge, cela me fait juste réaliser que je ne peux pas compter sur tout le monde, parce que certains ne respecteront jamais mon choix.

Respecte mon choix, mon désir, ma volonté. Respecte le fait que je me bats pour avoir cet enfant, que je me bats contre la bienséance sociétale et tous les bien-pensants qui l’accompagnent. Que je me bats contre un premier trimestre compliqué, un état de grossesse que je ne supporte que parce qu’il m’amènera un enfant. Accompagne moi au lieu de me juger, de me dire quoi faire, quoi penser. Demande moi si je suis heureuse, car je le suis. Demande moi si je vais bien, et si ce jour là je vais mal, contente toi de me prendre dans tes bras, car c’est la seule chose dont j’ai besoin.

Si je t’ai parlé de ma grossesse, c’est que j’ai confiance en toi, et que je t’aime. Alors à toi de me rendre la pareille.

NB : Cet article, je l’ai rédigé alors que j’étais enceinte de 3 mois. Si tu as suivi mon dernier article, tu sais alors que le petit garçon que j’attendais, celui que j’avais choisi de garder malgré tout, s’est envolé au ciel à 5 mois de grossesse. Je me suis à la suite de cela beaucoup demandé si je regrettais de l’avoir gardé, si en sachant tout cela, j’aurais tout de même choisi de poursuivre ma grossesse ? Et la réponse a été une évidence ! Oui ! Mille fois oui ! Pour rien au monde je ne regrette cette grossesse, et mon petit garçon. C’est un bébé qui aura forgé mon histoire, mon couple, et que je suis heureuse d’avoir porté.

12 commentaires sur “A toi, qui m’a conseillé d’avorter

  1. Ou là oui c’est dur ! Une amie s’est retrouvée dans la même situation que toi, et ça ne m’est même pas venu à l’esprit ….
    Je pense que l’avortement est un sujet intrinsèquement individuel, personnel, intime, quand on est maman, il devient en plus très concret. Après, toutes celles que je connais et qui ont dû s’y résoudre sont encore capables de donner la date et l’heure plusieurs années plus tard, peut-être cela m’aide-t-il à porter un regard moins… heu… comment on appelle ça du coup ? Tranchant ?
    Je comprends bien que tu l’aies mal vécu, en plus avec les réactions amplifiées par les hormones. Du coup, tes proches qui t’ont vu pleurer de joie (ou de soulagement ?) devant leur réaction positive ont dû se poser des questions 😉

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    1. Je n’ai personnellement pas un avis tranché sur l’avortement. Je reste persuadée que tous les cas sont différents, et que même si ça marque beaucoup de femmes d’en arriver là, parfois c’est pour le mieux. Mais c’est sûr que ce n’est normalement pas aux autres de nous orienter vers ce choix.

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  2. Non, l’avortement, n’est pas une chose que l’on devrait se sentir le droit d’aborder à la légère. Et ce n’est pas une chose que l’on devrait conseiller à qui que ce soit, dans la fraction de seconde qui suit l’annonce de la grossesse. ça implique trop de paramètres et trop d’émotions. Et puis, c’est totalement aberrant, d’une certaine manière : une femme ne va pas annoncer une grossesse à ses proches si elle doute encore de son envie de la mener à terme.
    Les gens devraient vraiment apprendre à réfléchir avant de parler et surtout apprendre à respecter les choix de vie de chacun plutôt que de chercher à imposer leur manière de faire, leur point de vue et de donner des conseils à l’aune de leurs propres valeurs.
    L’avortement n’a pas été rendu légal parce que c’est une chose anodine et sans conséquence. Il a été rendu légal pour que le femmes puissent rester maitresses de leurs vies et de leurs corps. Et on ne peut pas conseiller à une femme d’y avoir recourt comme on lui dirait d’aller s’acheter une paire de gant lorsqu’il fait froid.
    Heureusement, ces gens ont été minoritaires.
    Je te présente mes condoléances pour le décès prématuré de ton enfant.

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  3. Même si je pense que la plupart des remarques ne se voulaient pas méchante, je comprends ton ressentiment et je trouve qu’ils auraient pu être plus délicats !

    Quand j’avais appelé une sage-femme, pour annoncer ma grossesse et demander à être suivie, j’avais trouvé très sympa qu’elle commence par me demander si c’était une bonne nouvelle avant de se réjouir pour moi. J’ai depuis pris l’habitude de poser cette questions aux amies qui n’avaient pas mentionner vouloir une grossesse auparavant. (Après tout même en couple depuis longtemps, ca peut ne pas être voulu.) Ca me permet de réagir correctement aux annonces et ma question est généralement bien prise.

    Si tu te doutais que l’annonce pourrait surprendre et amener des réactions désagréables, pourquoi n’as tu pas attendu le 4ème mois pour l’annoncer ? Comme ca on aurait pas pu te conseiller de te faire avorter.
    J’espère que tu n’as pas eu de nouvelles remarques désagréables après le décès de ton bébé.

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    1. Je me permets de réagir sur le fait de demander si c’est une bonne nouvelle à une amie qui annonce être enceinte (c’est à dire en dehors du contexte sage-femme/patiente). Ce n’est que mon ressenti, mais ma soeur m’a posé cette question (ou bien « est-ce que c’était voulu ? », je ne sais plus trop) alors que j’étais mariée depuis 5 ans. Certes, je n’ai jamais indiqué vouloir un enfant, mais ça faisait 5 ans qu’on espérait cette grossesse, dans l’intimité de notre couple. J’ai fait bonne figure auprès de ma soeur, parce que je sais bien qu’elle ne voulait pas me blesser, mais ça m’a profondément blessée. Bref, quand tu dis que la question est généralement bien prise, ça dit bien qu’il y a quelques pots cassés, et qu’il ne faut peut-être pas poser la question systématiquement.

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      1. Je suis désolée pour toi ! Je ne demande pas si c’était « voulu » parce que dans certains cas même si ce n’était pas prévu, souhaité, voulu ça peut représenté une bonne surprise.
        Mon problème c’est que si jamais la grossesse n’est pas la bienvenue et que je me dépêche de féliciter les futurs parents, ils auront du mal après à me dire qu’ils ne sont pas heureux de cette nouvelle, souhaitent du soutien pour interrompre la grossesse….

        Bien sûr que je ne pose pas la question si les parents arrivent super excités, avec une bouteille de champagne ou annoncent ca en grand groupe.
        Je pense que c’est moins grave de se renseigner avant d’éclater de joie plutôt que d’être trop content pour des couples qui sont très tristes. mais peut être ai-je tort…

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        1. Concernant la question de si c’était une grossesse voulue, une seule amie me l’a posé, de façon très pragmatique, très gentille. Quand je lui ai répondu que non mais qu’on souhaitait le garder, elle s’est alors réjouie pour nous. Mais je comprends que parfois ce puisse être une question qui passe mal auprès d’autres parents.

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    2. Bonne question ! Le fait est que la première amie qui m’a dit ça m’avait attrapé en train de vomir aux toilettes, donc difficile de lui mentir après ça : pourtant je ne m’attendais pas à sa réponse…
      Cette réaction m’avait fortement refroidie, c’est pour cela que j’ai ensuite attendue 3 mois de grossesse pour l’annoncer. Mais comme je n’étais pas explicite sur la date de conception ça ne faisait surement pas tilt aux gens du coup ils devaient penser que j’étais encore dans les temps pour l’IVG… Mais le fait d’avoir dépasser le délai légal me permettait de clore rapidement le débat, c’est sûr.

      Après le décès de mon fils, j’ai eu très peur que ces mêmes personnes me disent que c’était pour le mieux, pas grave car c’était un bébé surprise au départ, mais non, ils se sont tenus, ils se sont tous très bien conduit à l’annonce de cette perte, et je leur en suis reconnaissante.

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  4. L’interruption de grossesse est un sujet éminemment personnel. Je ne comprends même pas qu’on puisse se permettre de juger les autres là dessus ou d’émettre un avis non sollicité. Pensées pour ton petit garçon.

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