La bataille du film d’horreur

LA BATAILLE DU FILM D’HORREUR

Lectrice : Mme Espoir, tu ne trouves pas ce titre un peu trop racoleur ?

Moi : J’aime bien pourtant.

Meilleure amie de Mme Espoir : Laisse tomber Lectrice, même à la fac elle était nulle pour choisir les titres c’est moi qui m’y collait…

Ceci était une petite intro pour t’intriguer (et éventuellement te montrer qu’on est plusieurs dans ma tête mais que je vais très bien merci).

Quand j’étais gamine, mes parents ne se préoccupaient pas forcément de savoir si les films qu’ils nous montraient étaient de notre âge (si je te dis que M. Chéridamour a vu Robocop au cinéma avec son père à l’âge de 11 ans, tu comprendras la situation…) Ils n’étaient pas à cheval sur le sujet. À contrario, nous sommes assez vigilants sur le sujet pour Schtroumpfette et avons toujours fait attention à ce que nous lui montrions.

Dans la petite enfance

Comme je te l’ai déjà dit, nous sommes assez écrans dans la famille tout en prenant quelques précautions. Nous avons toujours été attentifs à ce que regardait Schtroumpfette. Elle avait rarement le droit de mettre la télé en direct, uniquement ce qui était sélectionné par nous.

Quand elle était petite, nous n’avions pas trop de difficultés à déterminer si un film ou un dessin animé était de son âge. Je ne sais pas pourquoi cela nous a semblé assez simple. Peut-être parce que nous avons plus ou moins regardé les mêmes choses étant enfant ? Parce qu’il est relativement facile de trouver des films ou des dessins animés sans violence ?

Je dois avouer que je n’étais pas forcément d’accord avec ce que je trouvais sur des sites indiquant l’âge possible de visionnage (comme Filmspourenfants). Je les trouvais souvent trop restrictifs, et ce même si Schtroumpfette était plutôt du genre très peureuse.

Crédit photo : Alexas_fotos

Pendant très longtemps nous avons éliminé toute violence ou tout film pouvant un peu l’épouvanter. À chaque Halloween, nous avons pris l’habitude de lui montrer un film qui nous semblait correspondre à son âge et à sa maturité. Cela nous permettait également de voir où elle en était vis-à-vis de ce qui l’effrayait (Casper à 5 ans, Harry Potter à l’école des sorciers à 7 ans, Beetlejuice à 11 ans…). Mis à part le 1er film de Harry Potter qui a été montré une année trop tôt (Voldemort à la fin lui a fait peur, nous avons donc attendu plus d’un an pour lui montrer la suite… qui ne lui a fait ni chaud ni froid), pour le reste ça cadrait parfaitement avec ce qu’elle était en mesure de regarder.

Mais voici l’adolescence…

Les choses se sont compliquées quand elle a atteint l’adolescence. Il est moins évident je trouve de savoir ce qu’elle peut regarder à 12 ans qu’à 6. D’une part car son papa et moi ne sommes pas tout à fait d’accord, et ensuite parce que Schtroumpfette elle-même met son grain de sel.

En effet, en grandissant elle a pu commencer à comparer avec ce qui se faisait dans les familles de ses copines, de ses cousins. Et la comparaison n’était jamais à notre avantage. Mais qu’y pouvons-nous si son tonton a montré Jurassic Park à son cousin quand il avait 7 ans ? Ou si plusieurs copains de sa classe ont été voir Ça au cinéma à 13 ans alors que nous le lui interdisions ? Ou encore si « tous mes potes ont vu Game of Thrones en 4ème » ?

Je t’avoue que je me demande à chaque fois si ce qu’elle nous dit et vrai ou si elle pousse un peu juste pour tester nos limites et avoir les droit de regarder (j’ai eu un début de réponse : une amie enseignante m’a confirmé qu’il y avait des enfants qui dès le plus jeune âge sont confrontés à des films absolument pas faits pour eux). Ma réponse est de toute façon toujours la même : ce n’est pas parce que les parents de ses copains les autorisent que nous devons faire la même chose si nous considérons qu’elle n’est pas en âge.

Pour cela, je m’appuie sur FilmAges qui est un site très bien fait et avec lequel je suis plutôt d’accord. Bien plus en tout cas qu’avec la classification Netflix qui me semble souvent complètement aberrante (non mais sérieusement déconseiller Ann with an E aux moins de 13 ans ?)

Crédits photo : Ambermb

Schtroumpfette est devenue demandeuse de films qui font peur et de films d’horreur. M. Chéridamour et moi n’étions plus trop en phase : j’avais tendance à toujours vouloir brider ce qu’elle pouvait voir, et lui était pour commencer à lui montrer des films avec une certaine dose de violence ou d’effroi. Nous avons décidé de lui proposer des films un peu plus adultes, mais pas forcément effrayants.

Accepter l’inéluctable

Finalement, quand elle a eu 12 ans, Schtroumpfette nous a appris que sa maman venait de lui montrer le Projet Blair Witch. Chose que je n’aurais pas faite avant encore 2 ans. Ce qui était fait était fait, et M. Chéridamour a donc considéré qu’il avait désormais la possibilité d’ouvrir plus largement la gamme de ce que nous lui présenterions. À mon grand désespoir.

Pour autant, il n’est toujours pas question de lui montrer n’importe quoi. Nous discutons énormément pour savoir si oui ou non tel ou tel film est envisageable, les scènes qui peuvent choquer, l’ambiance générale. Car oui, mon chéri a raison sur un point : un film peut ne montrer aucune goutte de sang et cependant être extrêmement dérangeant. Et même s’il souhaite lui faire découvrir énormément de films cultes pour lui, il sait également où placer le curseur. Il lui arrive d’ailleurs régulièrement de regarder un film dont il ne se souvient plus en détail pour vérifier si c’est adapté à l’âge de Schtroumpfette avant de le lui montrer.

Nous avons également appris à lui faire confiance. On parle avec elle avant le film, on lui explique ce qui peut faire peur, on lui présente la bande-annonce. Elle décide ensuite si oui ou non elle souhaite regarder. Par exemple, elle a voulu absolument regarder le premier film Ça. Nous avons accepté. Elle refuse par contre de voir le second car elle ne s’en sent pas capable, le premier l’ayant beaucoup trop effrayée. Je trouve ça très bien qu’elle connaisse ses limites et s’affirme sur ce qu’elle souhaite vraiment. M. Chéridamour a donc eu la joie de lui montrer certains films qu’il considère comme des chef-d’œuvres. C’est d’ailleurs toujours assez amusant de voir à la fin du film Schtroumpfette faire la moue en disant que le film est sympa mais ne fait pas vraiment peur.

On s’est rendu compte qu’elle adore les thrillers plutôt que les films d’horreur, et aime énormément les histoires avec une réelle ambiance sans pour autant qu’ils fassent peur. Cela nous permet de lui montrer des œuvres qui correspondent à ses goûts, tout en retardant ses demandes les plus pressantes comme regarder Game of Thrones ou les réalisations de Quentin Tarantino. Mais c’est pour bientôt : elle va tout de même sur ses 16 ans et on ne peut plus se contenter de lui montrer Oui oui et la montre magique 5 fois de suite !

15 commentaires sur “La bataille du film d’horreur

  1. Ma mère peut te confirmer que dans ses classes de grande section de maternelle, une bonne moitié des élèves regarde régulièrement les Experts et NY : unité spéciale (qui ne parle donc que de viol ou d’infanticide…). Je ne sais pas si les parents se moquent du contenu de ce que les enfants regardent ou si ils n’ont pas conscience de la violence mais clairement ça nous choque. Et à ce rythme là, je parie que des gamins en élémentaires regardent aussi GOT.

    Ici la question ne se posera pas de si tôt et comme avec mon mari nous n’aimons pas les films d’horreur nous aurons aucune motivation à lui en montrer.
    Je pense que votre façon d’agir et de réfléchir à l’air d’une très logique et appropriée.

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  2. Ton article tombe à pique, nous en discutions justement hier, non pas pour ma fille (comme tu le dis, à 3 ans, on arrive à gérer) mais pour mon neveu. 16 ans, il ne se sent pas de regarder par exemple Blair witch et son père n’est pas chaud pour qu’il voit Hostel. Notre premier réflexe était de dire que nous aurions tendance à le montrer pour confronter l’ado à certaines réalité. Toutefois, en réfléchissant, je dois admettre que, même à cet âge, ce sont encore des enfants. À trop vouloir prévenir pour ne pas guérir, on prend le risque de les exposer à quelque chose qu’ils ne sont pas capables de gérer. Vaste réflexion…. je suis partagée.

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    1. Je pense que les ados aujourd’hui sont bien confrontés à la réalité de la vie, même sans les films d’horreur. Même Schtroumpfette que nous protégeons beaucoup écoute les informations, donc elle apprend énormément de choses. Mais on en discute beaucoup avec elle, et elle nous a déjà dit qu’elle appréciait ça.

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  3. Je me permets de vous conseiller « petit traité d horreur fantastique, pour les adultes qui soignent des ados » de Marion Hendrickx, chez ères.
    C est sensé être pour les adultes qui s occupent d ados dans leur job, mais en fait, c est aussi intéressant pour les parents qui veulent comprendre pourquoi leurs gamins veulent regarder des trucs d horreur.

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  4. Merci pour cet article très intéressant, je trouve ce questionnement très sain et « formateur » pour l’enfant/adolescent même si évidemment il reste le côté mimétisme par rapport aux autres. De mon côté je m’interroge encore sur le fait de supporter moi-même GOT 😀 Mais de manière générale les films qui m’ont le plus dérangée sont ceux où on ne voyait pas de sang mais qu’on suggérait les choses (par exemple Brothers ou Looper).

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    1. Pour l’anecdote, il est arrivé que M. Chéridamour commence à regarder un film pour lui pendant que je bouquine à côté et que je lui demande au bout de 5 minutes de le regarder à un autre moment : l’ambiance sonore et musicale était tellement anxyogène que même sans avoir regardé une seule image j’étais mal !! Donc clairmeent ce ne sont pas les images qui font tout !

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  5. Je trouve ça très bien et très sain que vous vérifiez les films adaptés à Schtroumpfette, surtout en bas âge, mais par contre à l’adolescence j’ai bien plus de réserves. La violence existe dans le monde, et la cacher n’est pas forcément la meilleure solution. Je considère que c’est aussi une façon de se construire et de murir, et à cet âge protéger peut s’avérer plus néfaste surtout si ça l’exclu vis à vis de ses ami.es. Je prends mon cas personnelle, à partir du collège je passais souvent des après-midi entier chez des copines et on ne demandait l’avis de personne pour regarder les VHS à l’époque ou les DVD disponibles (prêtés) par les grands frères ou les grandes soeurs. Et si ce n’était pas les films, j’étais confrontée à la violence dans les jeux vidéos (tomb raider pour les plus softs…), ou même dans les livres (je me souviens avoir lu un livre sur l’excision à 13 ans). Bref, il n’y a pas de solution universelle sur ce sujet, le principal c’est que vous y trouviez tous votre compte 🙂

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    1. J’ai un peu de mal à comprendre l’argument, la violence existe dans le monde alors à l’adolescence laissons les regardez n’importe quoi.
      Certes il y a de la violence, mais il y a peu de chances d’être confronté à un tueur en série fou, au diable réincarné en un bébé, à un cavalier sans tête ou autre. La violence des films d’horreur n’a souvent rien à voir avec la réalité.
      Et puis avec ce genre de raisonnement, on les laisse accéder au porno, à l’alcool et à la drogue à quel âge ? Parce que c’est vrai qu’il y en a (beaucoup) dans le monde.

      Je suis tout a fait d’accord pour dire que les adolescents doivent se confronter à la réalité et faire leur propres expériences.
      Mais les parents peuvent les y initier progressivement, en suivant leur âge et leur maturité. Et ca me parait sain d’en discuter et de leur donner des clefs pour comprendre ce qu’ils regardent.

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      1. Je dois faire figure d’ovni alors puisqu’en effet dans ma famille il n’y a jamais eu de censure. La communication était très ouverte et ils préféraient me laisser faire mes expériences, bonnes ou mauvaises, en m’accompagnant dans ce sens. Et oui, j’ai bu mon premier verre de vin à 8 ou 9 ans, sous l’oeil attentionné de mes parents, j’ai fumé ma première clope à 10 ans avec père (c’était en vacances et ça ne m’a clairement pas donné envie de continuer), j’ai dû voir un film porno à 13ans chez des copines qui avaient la chaine décryptée, j’ai prix ma première cuite à 14 ans … et alors ? Mes parents étaient au courant de tout, je leur racontais mes sorties et ils me faisaient confiance. Oui ils me conseillaient (ou plutôt me déconseillaient) certaines activités, mais me laissait libre de choisir à la fin, considérant que j’avais la maturité pour prendre ces décisions. Mais l’éducation est un vaste sujet et comme je le disais il n’y a pas une façon de faire meilleure que d’autres concernant le visionnage des films violents. Il y a ceux qui en regardent en étant jeune sans que ça ne leur fasse ni chaud ni froid, ceux qui attendent 20 ans et qui sont terrifiés. Et regarder un film violent à 5 ou à 13 ans pour moi c’est complètement différent. Dans le deuxième cas, je pense que l’ado est normalement en âge de différencier la fiction de la réalité, et pour ma part comme je trouve le monde dans lequel on vit bien plus violent qu’un film, (sérieusement ça me ferait plus flipper de laisser un enfant/ado devant le journal de 20h considérant que c’est déjà hyper anxiogène pour les adultes!), ça ne me choque pas qu’on puisse laisser un ado regarder ces films là.

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        1. Vaste débat ! Je ne sais pas si une méthode est meilleure que l’autre. Chaque famille à son fonctionnement, le nôtre nous convient. J’avoue qu’on a (j’ai ?) tendance à protéger Schtroumpfette. Pour autant, on n’est pas naïfs et on sait très bien qu’elle fera ses propres expériences…

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  6. Merci pour ton article, je trouve que votre manière de faire est très bien car vous vous adaptez en fonction de Shtroumpfette, de ses sensibilités, de ses envies, à la fois elle vous guide et en même temps vous avez un recul sur ce que vous pensez bien ou non. Merci pour le lien du site. J’avoue que je ne sais pas trop comment on fera à l’adolescence, pour l’instant ils sont petits et les écrans sont très cadrés. Je suis moi-même hypersensible et je ne peux pas regarder de film d’horreur et j’ai du mal avec la violence en général. Du coup, il y a beaucoup de choses qui me paraissent trop dur à voir, je pense que ce que vous faites est sensé, voir en fonction de l’enfant et réadapter en fonction plutôt que de suivre ce que regarde les autres ou non.

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    1. Faire plus en fonction de ce que Schtroumpfette nous dit et ce qu’on perçoit d’elle nous semble plus logique. Et puis je fais confiance à M. Chéridamour : il sait très bien dire un non catégorique quand il faut !!

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  7. Je suis une grande fan de films d’horreur et de sci-fi, et j’ai moi même vu très jeune Jurassic Park ou Alien…. évidement j’en ai fait quelques cauchemars. Je trouve ça bien d’être ouverts et de vouloir lui proposer des films tout en faisant attention à son âge. J’espère bientôt pouvoir faire ça ! (bon à 4 ans on va attendre encore un peu)

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