Papa, j’ai peur de te perdre

Papa, j’ai peur de te perdre

Mon père, n’a pas connu le sien

Mon père, s’est construit de ses mains

Ces paroles de la chanson « Mon Père » de Mickael Miro résonnent sans arrêt en moi. C’est mon mari qui me l’a fait découvrir en me disant « écoute, on dirait qu’il parle de ton père ». Et c’est vrai, je suis émue aux larmes chaque fois que je l’entends et encore plus en ce moment.

Je suis une fille à papa

« Club des filles à papa anonyme, bonjour ! Je m’appelle Marguerite, j’ai 35 ans, je suis fille unique et mon père est mon héros. Est-ce que ça se soigne ? »

Quand j’étais enfant, c’est lui qui m’a emmené voir Jurassic Park et qui m’a consolée parce que j’ai eu peur. À la plage, dans les parcs, il allait voir les enfants pour leur proposer de jouer avec moi parce que j’étais trop timide pour y aller seule, il sympathisait avec les mamans de l’école pour m’aider à m’intégrer et il invitait mes camarades de classe le week-end. Il assurait lors des goûters d’anniversaire, il m’a appris à faire du vélo, du roller et il a tout assumé seul lorsque ma ma maman a été hospitalisée pendant plusieurs mois quand j’avais 6 ans. C’est un vrai papa poule.

Adolescente, je me suis beaucoup confiée à lui, il a écouté mes doutes, approuvé ou désapprouvé certains de mes petits-amis. Il a souvent souri de mes tâtonnements. Il s’est moqué de mes essais capillaires et vestimentaires. Il m’a dit que j’étais jolie, il m’a forcé à manger quand cela a été nécessaire. Il m’a aidée à prendre certaines décisions dans mes relations amoureuses. C’est mon confident.

Adulte, je l’ai vu consoler ma mère quand je suis partie vivre très loin. Il a accueilli mon mari comme un second enfant et a partagé sans jalousie sa place d’homme de ma vie. Il m’a soufflé que changer de voie professionnelle était une bonne idée. Et puis, il est devenu grand-père et son cœur s’est empli d’amour pour mes deux petits monstres. Il a pu rééditer ses meilleures blagues et bénéficier d’un public bien plus bienveillant que moi. C’est un papi gâteau.

Crédit photo : photo personnelle

Et mon roc s’est effondré

Nous sommes fin octobre. Je viens de passer une semaine chez mes parents avec les enfants et me voilà donc rentrée à la maison. J’appelle mes parents pour dire que nous sommes bien arrivés à destination. Ma maman m’apprend alors que mon père est alité avec une forte fièvre. Rien d’inquiétant, probablement un gros rhume. Et pourtant, je reste en alerte. Quelques jours plus tard, je prends des nouvelles, il est toujours très patraque et ne mange pas. Je sens que ma maman n’est pas rassurée. Une petite boule commence à s’installer insidieusement dans mon ventre. La nuit passe et la mauvaise nouvelle tombe, ma maman a dû appeler le Samu dans la nuit. Mon papa est en soins intensifs. Il a une pneumonie et le pronostic vital est engagé. Mon monde s’écroule. Je ne suis pas prête à voir mon père fléchir au point que je suis incapable d’expliquer à mon fils pourquoi je dois partir en urgence rejoindre sa mamie.

Le trajet en train jusque chez mes parents est interminable, je retiens mes larmes parce que je ne veux pas être cette fille qui pleure sans raison apparente. Mes enfants et mon mari me manquent. Je passe cinq jours avec ma maman. J’essaie de prendre soin de celle que mon père aime, comme il l’aurait fait : je lui prépare des petits plats, je la rassure, je la console et je ne me donne pas le droit de craquer. Les médecins m’autorisent à rendre visite à mon père, par deux fois, parce qu’ils ne peuvent pas me garantir que je le verrai à nouveau vivant un jour. Munie d’une blouse et avec l’interdiction de le toucher, j’entre dans sa mini-chambre et je découvre mon père amaigri. La première fois, il ne se rend même pas compte de ma présence. La seconde fois, il sait que je suis là mais il fatigue très vite. Devant les infirmières, mes larmes coulent, j’ai peur pour mon père. J’ai peur qu’il n’arrive pas à se relever de cette épreuve. J’ai peur de ne pas savoir soutenir ma mère. J’ai peur des responsabilités que je risque de devoir endosser.

Et après le déluge ?

Cinq semaines sont passées, après moult rebondissements, mon papa sort de l’hôpital. C’est un bouleversement pour lui, il est heureux de rentrer à la maison mais doit revoir complètement ses habitudes et celles de ma maman. Cet homme qui n’a jamais rien demandé à personne, qui a toujours mis son corps à rude épreuve, qui fume depuis qu’il a 14 ans et entre dans la catégorie des « bons vivants » devient personne à risques. Il doit lutter contre ses démons, se reposer et aussi s’astreindre à des séances de kiné. Avec la crise sanitaire que nous traversons, j’ai limité les contacts durant la période des fêtes. Nous nous sommes vus très peu de temps mais mes enfants et mon mari était présents et cela a fait un bien fou à tout le monde.

Crédit photo : photo personnelle

Je vais être très honnête avec toi, j’ai eu l’impression d’être la pire des mamans et des épouses durant cette période. J’ai cauchemardé presque toutes les nuits jusqu’à ce que je puisse à nouveau voir mon papa. Je n’ai pas vraiment su rassurer Sangohan parce que je n’arrivais pas à me convaincre que tout allait bien se passer. Par contre, j’ai su faire de notre journée de retrouvailles un vrai beau moment de gaieté malgré ma peur de mettre mon papa en danger. Aujourd’hui, j’ai toujours peur de le perdre, j’ai peur qu’il tombe à nouveau malade et de devoir écrire le mot « fin ». J’ai pris conscience qu’il n’est pas inébranlable, que je dois veiller sur lui, le protéger et ne pas considérer sa bonne santé comme un acquis.

Mon père, dit qu’il est de passage sur Terre,

Un grain de sable, dans l’Univers

12 commentaires sur “Papa, j’ai peur de te perdre

  1. Je suis très touchée par ton article. C’est une très belle relation que tu as avec ton père, tu as beaucoup de chance… Mais bien sûr je comprends ta peur. J’espère que ton papa a repris du poil de la bête. Plein de courage à vous !

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    1. Merci pour ton message. Je suis effectivement consciente d’avoir la chance d’avoir une belle relation avec mon papa et je pense que cela joue beaucoup dans la peur de le perdre. Il a repris du poil de la bête et j’espère que ça va tenir.

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  2. Très dur est le moment où l’on se rend compte que nos parents ne sont pas immortels…. même si c’est évident dit comme ça, le vivre, c’est prendre une vraie claque. Je me demande si ce n’est pas là que, d’un seul coup, on devient vraiment adulte. Bon courage,

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  3. Chère Marguerite,

    J’espère sincèrement que votre papa va mieux.
    Votre récit me touche beaucoup car mon papa a lutté contre un cancer l’an dernier. J’ai l’impression d’avoir vécu une année( entre l’annonce de sa maladie et sa dernière visite à l’urologue) en pilotage automatique. Il va mieux aujourd’hui, mais j’ai l’impression d’avoir pris un coup de vieux.
    J’essayais tant bien que mal de le rassurer en lui disant que tout se passerait bien, alors que je n’en savais rien.
    Je suis également très proche de ma mère, mais des incompréhensions de sa part vis à vis de mon mari ont un peu refroidi nos relations.
    Et je tiens à vous rassurer, vous avez fait front comme vous le pouviez. Je vous souhaite une bonne continuation.

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    1. Je vous remercie pour votre message. Je vois très bien ce que vous dîtes par le pilotage automatique, c’est aussi cela que j’ai dû activer ces derniers temps. Mon papa se porte mieux mais cela reste difficile pour lui d’accepter de ne plus pouvoir mener la même vie qu’avant.

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  4. Fille à papa ici aussi, je me retrouve bien dans ton article, et je fais complètement l’autruche quand je pense que mon père n’est pas éternel.
    Je me dis que la prise de conscience de la mort possible de nos parents implique forcément un travail de deuil de notre légèreté, tout adulte qu’on soit. Devoir imaginer qu’on va devoir prendre soin d’eaux c’est être obligé de renverser le paradigme dans lequel ils ont pris soin de nous, et ça me tord le ventre. Cela dit sans doute quelque chose de notre propre fragilité.

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    1. Oh Ysée c’est tellement bien dit. J’ai eu vraiment l’impression de devenir une adulte avec des responsabilités vis à vis de mes parents ces derniers temps alors que jusqu’à maintenant je considérais un peu que c’était « à sens unique » et qu’ils devaient veiller sur moi. Bref, j’ai grandi 😉

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    1. Merci. Je suis contente de lire que tu t’y retrouves. J’avais besoin d’écrire ces mots (maux) et de les partager, mais j’avais un peu peur que cet article soit trop personnel. Mon papa va mieux mais il reste fragile et il déteste ça.

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