Tu seras une scientifique, ma fille

Le 11 février, à l’occasion de la journée internationale des femmes et des filles de science, on t’avait promis un article d’une de nos chroniqueuses sur le sujet. Chose promise, chose due 🙂

tu seras une scientifique, ma fille

Dans ma famille, on est scientifique de mère en fille depuis déjà trois générations.

Ma grand-mère, en plus d’avoir été poussée par son père à aller au lycée puis à faire des études supérieures, ce qui est déjà suffisamment rare pour une jeune fille née dans les années 30, est titulaire d’un baccalauréat scientifique et d’une licence en chimie.

Ma mère, sa fille donc, a fait partie de l’une des premières promos d’ingénieurs en informatique des années 80. Non contente de vivre dans un campus en très grande majorité occupé par des hommes, elle a choisi une spécialité où les femmes se font plus que rares, de nos jours encore.

Mon parcours à moi a donc, très tôt, été marqué par un fort attrait pour les sciences. Quand mes petites camarades de classe rêvaient d’être maîtresses, je me voyais astronaute. À Noël, je demandais des kits de chimie pour pouvoir faire des expériences dans ma chambre, ou un télescope pour regarder les étoiles, la nuit.

petite fille scientifique
Crédit photo : Anthony Skraba

La première fois que j’ai eu à faire un choix décisif concernant mon avenir a été, comme pour beaucoup de monde, au moment de choisir mon orientation, au lycée. À l’issue d’une classe de seconde avec une prof de français passionnante, j’ai sérieusement envisagé de choisir un bac littéraire, avec l’envie de me diriger vers une carrière de journaliste. Pourtant, mon intérêt pour les matières scientifiques ayant continué à grandir au fil des années (ah les joies de la découverte de la physique !), j’ai finalement opté pour un bac scientifique.

Et avec le recul, je ne regrette absolument pas ce choix. J’ai passé mes années de lycée puis ensuite d’école d’ingénieur à découvrir et entretenir cet esprit scientifique qui m’est si naturel. Je sens bien que mon esprit cartésien est à l’aise dans ce mode de fonctionnement, que ma curiosité est comblée par un métier qui me permet d’apprendre encore et encore, chaque jour, dans des domaines variés.

Cette soif de savoir, cette envie de continuer dans la science m’a même poussée jusqu’au doctorat, ces trois années d’étude supplémentaires qui m’ont permis une entrée dans le monde de la recherche. Et là encore, j’y trouve mon compte, entre autonomie et rigueur, entre défi et possibilité de prendre le temps de réfléchir au calme sur des problématiques très précises.

Pourtant, je suis l’une des rares femmes dans mon équipe. Bien souvent, je suis la seule femme à table le midi à la cantine. Ce n’est pas rare que je me retrouve, notamment lors de conférences à l’international, perdue au milieu d’une foule d’hommes.

La plupart du temps, ça ne me dérange pas, je ne le remarque même pas. Je suis à l’aise, je me sens respectée, en confiance. Je trouve parfois un peu agaçant de devoir élever la voix pour me faire entendre dans les réunions un peu trop animées, mais j’arrive globalement à être écoutée.

D’autres fois, je trouve ça très pesant. Quand je fais attention à ma manière de m’habiller, parce que je sais que ma jupe va forcément m’attirer une remarque à l’atelier. Quand mes collègues, en déplacement, ne se rendent pas compte que si on sort boire un verre après la réunion, je ne serai pas sereine pour rentrer seule à l’hôtel. Quand, en conférence à l’étranger, certains participants deviennent soudainement lourds ou collants. Quand ma collègue autrichienne s’étonne que je travaille alors que j’ai un nourrisson à la maison, et que, par la suite, toutes nos conversations tournent autour de mon bébé tout neuf plutôt que notre projet en commun.

Et quand, parmi les stagiaires que j’encadre très régulièrement, je recrute une autre femme, il arrive toujours un moment (toujours !), où elle éprouve le besoin de m’en parler. De me parler de mon statut de femme dans un domaine très masculin. De me dire qu’avant de me voir porter mes petites robes d’été, elle n’aurait jamais osé venir jambes nues au travail. De me confier que ça la motive, que ça lui donne envie de s’affirmer, de continuer.

Alors quand j’entends ça, je me dis que j’ai été chanceuse d’avoir cette voie toute tracée par les femmes de ma famille. Je n’ai pas été encouragée, non, pas uniquement. J’ai bénéficié d’une ouverture des possibles non genrée, et d’un accueil non seulement favorable mais naturel de mes choix de carrière.

Donc ma fille, mes filles, vous serez scientifiques. Ou bien cheffes de chantier, pilotes d’avion, menuisières, policières, chauffeuses routières, sapeur-pompières. Ou encore pâtissières, danseuses, institutrices, musiciennes, peintres ou chirurgiennes.

Vous serez tout ce que vous voudrez. Mais surtout, surtout, ne vous limitez jamais.

femme scientifique expérience
Crédit photo : Artem Podrez

14 commentaires sur “Tu seras une scientifique, ma fille

  1. ++++++1 !!!!
    Ayant grandi dans une famille complètement non genré dans ses pensées, je n’ai pas subi ce poids de la culture dans mes choix. On m’a laissé le choix, sans commenter, ça ne serait venu à l’idée de personne de me limiter. Du coup, quand j’entends que ça existe ailleurs, je dis à ma fille de 3 ans qu’elle créera sa propre case 😉

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  2. Je suis bien d’accord avec toi. Je suis ingénieure mécanique et je n’ai que rarement travaillé avec des femmes. Mais cela me va. Avec les années j’ai réussi à faire ma petite place et à trouver le bon positionnement avec mes collègues, même si ça n’a pas toujours été simple et que certains reproches qui me sont faits ne seraient jamais fait dans la même situation à des collègues masculins.
    Et comme toi je souhaite ouvrir l’esprit de ma fille, et de mon fils d’ailleurs, à toutes les possibilités afin qu’ils fassent leur choix personnel !

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    1. Ah ben nos métiers ne sont pas très éloignés 😉
      Moi aussi, je pense avoir à présent un bon équilibre, mais je suis que je suis passée par des moments compliqués en début de carrière, que je n’aurais jamais vécu si je n’avais pas été une femme parmi tant d’hommes (remarques sexistes, harcèlement, et même pire….), et je voudrais tellement que toutes celles qui viendront après nous n’aient pas à vivre ça !

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  3. Très bonne conclusion ! J’ai aussi eu la chance d’être élevée dans une famille qui me soutenait et ne m’a jamais découragée à faire les études que je voulais, bien au contraire. Et naturellement, je me sens bien plus à l’aise avec les hommes, je ne me suis donc jamais posée de limite par rapport à cet aspect (ou alors je l’ai fait inconsciemment, probable aussi). Aujourd’hui je pense avoir de la chance de travailler dans un milieu mixte avec des femmes à fort caractère qui n’hésitent pas à remettre à leur place les malotrus et une entreprise qui veille au grain avec de nombreuses mesures pour aider les femmes à s’épanouir quelque soit leur position. J’espère que ces pratiques se généraliseront pour permettre à toutes les femmes d’occuper le poste de leurs rêves, peu importe le genre dominant dans ce corps de métier.

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    1. Je suis intéressée de savoir quelle sont les mesures que propose ton entreprise pour permettre l’épanouissement des femmes : tu as quelques exemples à nous donner ?

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      1. Alors typiquement on a un département « Diversité » qui est en charge d’amélioré la diversité et l’inclusion des gens, ça concerne les femmes, mais aussi toutes les minorités (LGBTQ, handicapes variés …) et donc on a une ligne directe pour faire remonter des problèmes (harcèlement, sexisme…) et je dois bien avouer que depuis 8 ans où je suis dans la boite j’ai vu un changement dans les mentalités après que plusieurs cadres se soient fait dégagés suite à leur comportement.
        Sinon il y a un plan pour s’assurer d’un bon équilibre homme / femme dans les positions manageuriales. En gros quand tu recrutes, à compétences égales il y a un gros effort de fait pour promouvoir les femmes (sans pour autant faire de la discrimination positive) ainsi que des mesures associées pour que les femmes puissent progresser et gérer leur vie familiale en parallèle en minimisant l’impact. (crèche d’entreprise, horaires flexibles, nombre d’heures dédiées à l’alliatement …)
        On a aussi régulièrement des conférences sur ces sujets, pour rendre les hommes plus conscients de ces problèmes d’un côté, mais aussi pour aider les femmes à prendre plus confiance en elles, et depuis peu ils sont aussi en train de mettre en place un système de coaching / mentoring pour les femmes.

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        1. Cette idée de coaching /mentoring a l’air vraiment géniale !! J’aimerais tant que mon entreprise propose ce genre de choses.
          Ici on commence tout doucement à nous proposer des webinaires sur le harcèlement, mais aucune mesure concrète n’est pris par ailleurs comme celles que tu nous décris. C’est une entreprise privée ? Dans quel secteur ? De quelle taille ?

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          1. oui c’est une multinationale, le leader dans son domaine, 70 000 employés dans le monde … donc clairement ça joue sur les moyens que l’entreprise peut donner à ce type d’initiative. (et puis le secteur est très controversé, donc la boite mise beaucoup sur l’environnement de travail pour « redorer » son blason et inciter les gens à venir et rester, faut être honnête)

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  4. J’étais sûre que c’était toi derrière le teasing astronaute 😉
    Un exemple vaut mieux que des centaines de discours et elles vont avoir un super exemple avec leurs parents et grand parents !

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  5. Famille de scientifiques aussi de mon côté ! Par contre je crois que mes parents auraient trouvé bizarre que je partes vers une filière littéraire !
    Quand j’ai commencé mes études, nous étions 5 filles pour 35 garçons et certains profs trouvaient que ça faisait trop… en école d’ingénieur, c’était moitié-moitié dans ma filière et maintenant je suis dans une équipe à 90% féminine (les équipes voisines sont plus équilibrées ou plus masculines), cherchez l’erreur ! Le hasard des recrutements a fait que nos dernières recrues étaient toujours féminines (3/3 l’an dernier, 2/3 cette année). Je ne ressens pas dans mon travail de distinction homme / femme et j’ai l’impression que quel que soit notre genre c’est surtout notre engagement qui compte dans l’évolution et il n’est pas rare de voir des promotions professionnelles pour des femmes enceintes, ce qui visiblement n’est pas le cas partout (il y aussi des mises en placard mais ça c’est une autre histoire !).

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    1. Ahah ! Je vois l’idée : ici aussi, ils auraient été surpris que je choisisse une filière littéraire 😉
      Quant à l’équilibre homme / femme que tu décris, c’est intéressant : peut-être que ce n’est pas uniquement dû au hasard, mais aussi que les femmes qui postulent chez vous sont d’autant plus motivées en réalisant que l’environnement est a minima équilibré (voire majoritairement féminin, comme tu le dis) ?
      Je me trompe peut-être totalement dans ton cas, mais je sais que pour moi ça a été flagrant : depuis que j’ai été embauchée et que j’ai commencé à recruter des stagiaires, il y a bien plus de filles qu’auparavant. Et mes stagiaires m’ont clairement dit que le fait que leur encadrante soit une femme avait joué sur leur choix.

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  6. Je travaille aussi dans un milieu particulièrement masculin. Si j’ai été totalement soutenue par mes parents (sans jamais avoir l’impression de faire quelque chose « d’extraordinaire »), je pense que par deux fois au moins, ma candidature n’a pas été prise au sérieux parce que j’étais une femme (la première fois, s’était pour un stage en deuxième année de prépa, ça m’avait choquée, et je crois que c’est à partir de là que j’ai découvert l’existence des mouvements féministes).
    Dans l’ensemble, ça ne me dérange pas de travailler dans un milieu masculin, mais parfois, ça m’énerve de me rendre compte que certains ne font aucun effort pour prendre en compte nos « particularité ». Genre quand mon chef arrive à 9h du matin et nous dit à un collègue et à moi « ce midi ce serait bien que vous déjeuniez avec les chefs de chantier qui sont en formation sur le site » alors que ça fait plusieurs mois que je mange un sandwich dans ma voiture pour avoir le temps d’aller allaiter mon fils à la crèche pendant ma pause déjeuner. Mais bon, en même temps, ce n’est peut-être pas particulièrement avec moi parce que je suis une femme, je suis presque sure qu’il serait également capable d’inviter à déjeuner un de nos collègues musulman pendant le Ramadan…

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