Première rentrée scolaire : la déception

première rentrée scolaire : LA DéCEPTION

La Loupinette est entrée en petite section de maternelle en septembre 2020, et ce fut l’origine de bien des désillusions. Pas pour elle, mais pour moi… Je ne pensais pas avoir beaucoup d’attentes pour ce niveau de classe et pourtant, j’ai mis plusieurs mois à digérer ma déception.

L’année précédente, elle fréquentait la crèche municipale de notre village. C’est un endroit bien conçu, bien équipé, les animatrices y sont adorables (avec les enfants comme les parents) et accompagnent les enfants dans leurs apprentissages via de nombreuses activités. La crèche jouit d’un jardin qui comporte plusieurs structures de jeux. Je suis fan de cet endroit. La Loupinette puis Bidou s’y rendent avec plaisir.

Aussi, j’ai inscrit la Loupinette pour l’école en toute confiance en me disant que nous avions de la chance d’habiter un village qui se préoccupe autant de ses enfants. Je choisis l’école maternelle adjacente à la crèche pour plus de praticité. Notre demande est acceptée, nous sommes ravis.

COVID oblige, nous ne visitons pas l’école. Je ne fais même pas de repérage, je n’ai aucun doute sur la qualité de l’établissement.

L’été se passe sans plus d’information.

Veille de la rentrée : je fais le pied de grue devant le portail en espérant savoir comment va se passer la première rentrée scolaire de ma fille et quelles sont les fournitures nécessaires. Le groupe Facebook du village m’informe en fin de journée que la composition des classes est affichée.

Première surprise : ils sont 31 dans la classe, en double niveau petite section – moyenne section. Ça me paraît énorme pour des si petits.

Le lendemain, j’ai le droit d’accompagner la Loupinette dans sa classe. Et là, les bras m’en tombent. La cour de récréation se compose d’un espace bitumé, couvert à son extrémité par un tout petit préau (nous habitons dans une région où l’ombre est indispensable). Les murs sont en béton. Il n’y a aucune structure de jeu, ni de dessins au sol. C’est gris, c’est moche, je trouve ça nul pour des enfants.

Crédit photo : Wokandapix

Puis je pénètre dans la salle de classe que je trouve petite et très encombrée. J’ai l’impression que les différents espaces qui ont été aménagés sont entassés les uns sur les autres. Ça me paraît un bordel sans nom. Les puzzles sur les tables sont d’une simplicité qu’on a dépassé depuis bien longtemps.

Je finis par m’éclipser en laissant une Loupinette en larmes, et je m’en vais cuver ma culpabilité.

Ma première réaction est de m’inscrire à l’association des parents d’élèves dont je finis représentante sur un malentendu.

Je me prends pour Zorro : je propose l’achat de jeux pour la cour lors de la première réunion avec la mairie. La présidente de l’association, maman d’un élève de primaire, me sourit en me disant que ça faisait longtemps que personne n’avait resoulevé la question. Compte-rendu de la réunion : proposition écartée d’un revers de main pour le motif que c’est cher et que la cour est partagée avec des primaires.

Crédit photo : RobinHiggins 
Ma tronche en lisant la réponse de la mairie.

En parallèle, j’attends avec impatience que la maîtresse fixe une date pour la réunion de rentrée des classes. Elle se tiendra 5 semaines après le début des cours. Avant ce jour, nous ne savons pas grand chose sur le déroulement des journées de nos enfants. Une maman qui a des enfants plus âgés me donne quelques informations dont le fait que les enfants n’ont pas de goûter dans l’après-midi. Ça ne coulait pas de source pour moi, et ma fille est trop petite pour me raconter quoi que ce soit.

Ces premières mauvaises impressions m’ont fait culpabiliser d’avoir inscrit ma fille dans cette école. Je trouve l’environnement triste. Je n’aime pas le fait de passer d’un cadre très confortable à la crèche, avec des informations sur le déroulement de chaque journée, à un black-out total. J’ai peur qu’elle s’ennuie et qu’elle se sente mal à l’école.

Par ailleurs, j’ai le sentiment que la maîtresse est suffisamment occupée avec sa classe et les difficultés liées au COVID pour nous inclure dans les apprentissages des enfants. En toute naïveté, ce n’est pas comme ça que j’imaginais l’école pour des enfants de 3 ans. Pour parfaire mon malaise, je me rends compte que d’autres parents partagent mes doutes.

Je voudrais mieux pour ma fille, mais je n’ai pas de solution. J’ai envisagé de l’inscrire à l’école Montessori du coin : elle est trop chère, trop peu pratique en termes d’horaires et il faut fournir le déjeuner. J’ai également traversé une phase de surinvestissement éducatif à la maison, en souhaitant me substituer à cette école qui n’est pas conforme à mes idéaux de développement.

Cerise sur le gâteau, j’ai mené des recherches sur les recommandations de l’Éducation Nationale concernant l’aménagement des cours d’école et comment les appliquer à moindre coût.

Finalement, j’ai fini par m’habituer à la situation et laisser tomber mes velléités de révolutionner le fonctionnement de l’école.

D’une part, parce que la Loupinette va bien et nous renvoie une image positive de ses journées. Elle qui était si sauvage, elle a arrêté de pleurer le matin après quelques semaines d’école, puis a commencé à nous parler des autres enfants, jusqu’à ce que les mêmes noms reviennent tous les jours (et là, le sentiment d’émerveillement : ma fille s’est fait des copains !). À chaque veille de vacances scolaires, elle ramène à la maison un classeur où sont archivés quelques uns des thèmes étudiés et quelques travaux. Et j’aime beaucoup ce que je trouve dedans. Il aura fallu le temps, mais nous devinons maintenant l’énergie déployée par la maîtresse et la directrice d’école pour proposer des activités intéressantes.

D’autre part, parce que je veux bien croire que le problème vient de moi. Je bave devant les écoles dans la forêt, je trouve les expériences décrites dans le livre « les lois naturelles de l’enfant » enthousiasmantes, j’adore l’idée d’activités à la carte et suis moins fan des apprentissages rythmés par la progression de l’ensemble de la classe. J’imaginais aussi plus de collaboration avec le corps enseignant pour accompagner le développement des enfants.

Mon idée n’est pas de critiquer le fonctionnement de l’Éducation Nationale, connaissant l’engagement et le dévouement de personnes qui y travaillent et étant persuadée du bien-fondé de son existence. Je m’attribue la responsabilité de ma déception. À ce jour, le dossier est classé, du moins pour l’année prochaine. Mais je n’abandonne pas l’idée de repartir à la recherche d’une école plus proche des mes idéaux.

9 commentaires sur “Première rentrée scolaire : la déception

  1. Bonjour,

    J’aime beaucoup votre article. J’ai craint au début que ce soit un article à charge, mais vous avez pris le recul nécessaire face à une telle situation, et faites preuve de beaucoup de lucidité et d’honnêteté.
    Tous les établissements ne jouissent pas du même budget et des mêmes équipements.
    Dans la ville où je travaille ( 3 ème du département), une école pourtant bien située va fermer, surchangeant un peu plus d’autres écoles des environs.
    Je trouve cela bien triste. Au moins, vous avez une école à proximité, et c’est déjà un avantage.
    Je pense qu’en tant que maman, vous voulez ce qu’il y a de mieux pour vos enfants.
    Il.y a parfois un fossé entre ce que l’on souhaite et la réalité, mais l’essentiel est que votre fille s’épanouisse dans cet établissement. Et à mon sens, c’est primordial.

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    1. J’ai moi aussi quelques reproches à faire de ce point de vue mais je pense qu’ils sont inévitables quand on rentre dans une institution aussi standardisée que l’Education nationale. Je plains surtout les parents dont l’enfant a des besoins spécifiques.
      En revanche, il reste 2 points majeurs dont un que je constate dans beaucoup d’école :
      – l’absence d’ombre dans les cours : quelle que soit la région, quand le soleil cogne, il ne fait pas semblant. Ça me paraît complètement abérant cette absence de végétation et cette bétonnisation à tout va.
      – la télé à la garderie le soir, ça se passe de commentaire, ma fille a 3 ans, on nous fait culpabiliser de mettre nos enfants devant la tv (parfois par contrainte, merci le télétravail avec garde d’enfant) et ceux qui sont garants du développement des enfants, même petits, les collent devant la tv le soir pour être tranquilles….

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  2. Je trouve ca très saint de mettre des mots sur ta déception et très important d’avoir des attentes pour son enfant !

    Personnellement c’est là crèche de mon fils qui me pose question. Il y a l’air heureux et d’apprécier les dames qui s’occupent de lui. Mais moi je n’ai aucune info sur ces journées, à part « bonne journée ». Et mes questions plus précises ne donne lieu qu’à des vagues « bien dormi, bien joué, bien mangé »…
    Et ce que je me suffit de ca ? Est ce que je cherche une autre crèche ? et comment etre sure qu’elle lui conviendra mieux ?

    Pour l’école, n’oublie pas que tu peux de ton propre chef demander un rendez vous supplémentaire à la maîtresse pour lui demander comment ca se passe pour ton enfant, son programme… Tu peux aussi te proposer pour accompagner les sorties scolaires (on en apprend beaucoup lors de ces sorties!).

    C’est dans ces cas là que je me dis qu’il est important de voter localement et nationalement pour essayer de changer les choses et pour montrer aux politiciens qu’on ne croit pas aux belles annonces qu’ils font et qui ne sont jamais suivies d’effets !

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  3. Mon fils est trop petit pour aller à l’école mais je sais que ça arrivera plus vite que ce que je souhaite. J’avoue que cela m’inquiète un peu. J’ai eu l’occasion de passer une demi journée dans une école maternelle et j’ai été très surprise de voir le nombre d’activités proposées (imposées) ! Je trouve ça super que les enfants fassent des choses. Mais quand il n’y a que 10-15 minutes ou est l’intérêt ? Quid de l’ennui ?
    Rassurez moi ce n’est pas le cas partout ?
    Si je devez militer ce serait plutôt pour ça 🙂
    Mais l’environnement est aussi primordial, a bas le béton !

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    1. Je ne comprends pas trop ton commentaire sur la longueur des activités. Je pense justement qu’à 3 ans on se lasse vite. Donc mieux vaut proposer plusieurs activités assez courtes, que de passer 1h sur une activité.

      De ce que j’ai vu en maternelle, il y a souvent des petits groupes et au sein de chaque groupe ils font le même même activité (sur les chiffres, les mots, les traces…) et parfois un groupe qui joue librement. Et ils tournent dans la semaine sur les différentes activés.
      J’ai l’impression que la plupart aiment bien changer régulièrement de tâche.

      Par contre, ce qui me déplait vraiment c’est qu’avec 30 élèves et un seul enseignant, il n’y pas de temps pour aider ceux qui sont déjà en difficulté ou pas aussi éveillés. Il faudrait des classes bien moins chargées !

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  4. Bonjour,
    Ma fille est entrée à l’école en 2019, alors qu’elle était gardée par une assistante maternelle. Et ça a été très dure pour moi, de passer de ce mode de garde, je savais tout ce qu’elle avait fait, les repas, les siestes, les activités et même les grosses commissions (ma fille a des pb a ce niveau la) et avec l’école, bah en fait tu sais rien du tout! Et elle pleurait tous les matins ! La réunion a eu lieu plusieurs semaines après la rentrée, et là j’ai été un peu rassurée, en voyant la bienveillance de la maîtresse. (Mais j’ai été choquée quand j’ai compris que c’était télé quand il pleut pendant la récréation)
    Maintenant ma fille adore l’école, mais je n’en sais pas beaucoup plus sur ce qu’elle fait. La voyant super contente d’y aller, et voyant à la maison les progrès qu’elle fait, je suis maintenant plus sereine.
    Tout ça pour dire, que quand son 1er enfant rentre à l’école, il faut se préparer à ce changement, on ne sait plus ce qu’il se passe dans leur journée !

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  5. Je peux comprendre ta frustration mais bon c’est aussi ça le passage entre le cocon de la crèche/ Assistante maternelle à celui de l’école. Comme je dis souvent, ce qui est à Vegas reste à Vegas et c’est valable pour l’école. Après je pense que les équipes éducatives font ce qu’elles peuvent avec les moyens alloués pour aider au mieux nos enfants dans leurs apprentissages scolaire. Pour le nombre d’enfants par classe, c’est vrai que s’il y a une trentaine de petits (dans la classe de mon fils c’est le cas) c’est beaucoup mais malheureusement c’est le cas dans beaucoup d’écoles en France et vu le Ministre de l’éducation nationale actuelle, ça ne risque pas d’évolué d’ici les prochaines élections!. Quant aux aménagements des cours récrée, effectivement c’est un problème récurrent à beaucoup d’écoles en France, espérons que ça change à ce niveau dans les prochaines années vu que le climat change énormément avec une forte augmentation des températures au fil des ans mais là encore c’est une histoire de moyens. Si on veut vraiment savoir comment ça va dans l’apprentissage de l’enfant en classe, un petit mot dans le carnet de liaison ou un RDV avec l’enseignant est la meilleure solution. Nous, on a pris un RDV avec l’enseignante de notre fils une semaine avant ce nouveau confinement et avons discuter avec elle 20 minutes et avons été contents de cet échange qui nous a permis de connaître l’évolution du petit au niveau apprentissage et comportementale et je pense que pour elle, aussi ça été le cas. Après je sais que ça dépend beaucoup des enseignants pour la communication. L’an dernier, j’avais plus d’interactions avec l’ATSEM de mon fils que la maîtresse elle-même car je voyais plus souvent l’Atsem le matin en emmenant le petit à la garderie mais ça restait un échange avec l’équipe éducative.

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  6. Bonjour,
    Je trouve que dans ce que tu dis, il y a 2 problématique. D’une part, ce qui a trait à l’enseignement : l’enseignante, le contenu, organisation de la journée etc… effectivement, quand c’est le premier et que la réunion de rentrée tarde, c’est difficile avec les petits de savoir ce qu’il se passe. Et pour bcp d’enfants, c’est vrai, ce qui se passe à Vegas reste à Vegas ! Certains ont leur jardin secret, d’autres passent à autres choses sortis de l’école etc…le dialogue avec l’enseignante est précieux après si elle ne dit rien c’est que tout va bien en général !
    Pour l’aménagement des locaux, là c’est la mairie qui est responsable, idem pour les temps périscolaires. L’association de parents d’élèves peut faire remonter des demandes, tout comme chaque citoyen de la commune. C’est une volonté politique de mettre de l’argent dans l’école ou dans un rond-point ! J’ai de la chance de vivre dans une commune où l’école est une subventionnée et où les petits travaux sont fait au fur et à mesure mais les grands aménagements ont besoin de subvention que le maire doit aller chercher et ça va beaucoup moins vite !

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  7. Je crois qu’en tant que parent, on n’est pas vraiment préparé à ce qui arrive quand ils passent de la crèche – environnement très cocon, où on nous dit à quelle heure ils sont allés au pot, s’ils ont mangé et avec qui ils ont joué… à l’école, cette espèce de boîte noire où tu ne sais absolument pas ce qui s’y passe (c’est accentué avec le Covid je trouve)
    Ce qui est rassurant, c’est qu’effectivement, bien souvent, les professeurs sont très investis et avec les bilans de fin de vacances on se rend compte de tout ce que notre enfant a appris.
    Après, effectivement, toutes les écoles n’ont pas le même cadre…
    En tout cas, j’ai moi aussi mal vécu l’entrée en maternelle de mon aînée, et pour la seconde j’étais bien plus détendue… et là que la 3ème y va en septembre… je suis détendue, je sais à quoi m’attendre.

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