Mon petit commis de cuisine

mon petit commis de cuisine

Mon grand-père était pâtissier, et je garde un souvenir ému des dimanches matins, chez lui, quand il nous réveillait mon frère et moi aux aurores pour préparer une cinquantaine d’éclairs au chocolat. La lumière particulière du petit matin, le bruit du fouet contre le cul de poule, les instructions claires et précises du patriarche, ses mains ridées guidant les nôtres pour mettre la crème dans la poche de douille… Pour moi, cuisiner reste ces moments partagés, chacun à sa tâche, discutant autour du plan de travail, pour finalement apprécier le produit fini ensemble, heureux du travail accompli.

Cuisiner avec ma fille était donc une évidence pour moi. Elle n’a que 2 ans et demi, mais elle fait déjà partie de notre routine culinaire.

Bien sûr, nous y sommes allés petit à petit. Tout a commencé quand, pour être honnête, toute seule avec un bébé, je cuisinais avec Pépette assise sur sa chaise haute. Pour éviter qu’elle s’ennuie rapidement, je lui racontais ce que je faisais, lui montrait la couleur des oeufs qui changeait quand je les mélangeais… Puis je lui ai laissé mélanger la crème, jouer avec le fouet, je lui ai fait goûter les ingrédients crus. Maintenant, elle casse les oeufs, mélange et touille, renverse dans le contenant, et surtout goûte, goûte, goûte.

Dans la pratique

C’est bientôt l’heure du repas, et Pépette a évidemment faim. Mon ventre à pattes ne peut attendre une seconde de plus, il lui faut à manger. Tout de suite, immédiatement. Sauf que bien sûr, il faut 30 minutes pour que ce soit prêt. Qu’à cela ne tienne, j’ai la parade pour pouvoir la faire patienter : lui proposer de m’aider à la cuisine ! Hop, on enfile le tablier, on se perche sur une chaise, et on se lance dans la préparation avec enthousiasme.

cuisine en famille
Crédit photo : Jimmy Dean

Ce soir, c’est lasagnes au jambon. Ça tombe bien (comme de par hasard), c’est une recette simple qui permet à Pépette de faire plein de choses.

On commence par mélanger tomates concassées et crème fraîche dans un bol. Généralement, je verse les tomates (potentiel tâchant trop grand) et elle verse la crème fraîche. Elle mélange. Puis goûte (un tout petit peu). Vient ensuite l’assemblage des lasagnes, et c’est ma grande petite fille qui fait tout à chaque fois, sous ma supervision bien évidemment.

Une couche de lasagne, une couche de crème à la tomate, une couche de jambon (on goûte « juste un tout petit peu » à chaque couche), à répéter jusqu’au bord en finissant avec du gruyère râpé (qu’on goûte juste un tout petit peu), puis 20 minutes au four, et on déguste ! (s’il en reste suffisamment après avoir goûté plein de « tout petit peu »). Et pendant que le plat cuit, on range la cuisine (elle essuie le plan de travail, je mets au lave-vaisselle).

Tout ce qui est chaud, ou tout ce qui coupé est évidemment géré par le chef de cuisine (l’adulte responsable le plus proche), mais le reste peut être confié à ses petites mains (sous supervision). Ça veut dire évidemment un plan de travail plus sale, des quantités parfois mal dosées, et une portion non négligeable du plat qui finit dans sa petite bouche, mais les avantages sont plus nombreux que les inconvénients.

cuisine génération
Crédit photo : Andrea Piacquadio

Ce qu’on en retire

Tu l’auras compris, c’est une activité que Mister Man et moi adorons faire avec notre aînée. Encore mieux, ma petite assistante adore aider à la cuisine. Et plus elle grandit, plus les choses qu’elle apprend en cuisinant sont importantes. Il y a d’abord le respect des règles. La plus importante de toutes, que Pépette a heureusement intégré rapidement : c’est le chef de cuisine qui décide et qu’on écoute. Quand je dis stop, elle arrête immédiatement. Cela permet aussi d’accroître son vocabulaire en pleine extension. Verser, mélanger, fouetter, éplucher; mais aussi le nom de tous les ingrédients et des ustensiles.

Elle acquiert grâce à nos activités culinaires non seulement un grand vocabulaire, mais aussi la notion de goût. Ma petite morfale goûte à tout (sauf ce qui est non comestible bien évidemment) et développe son propre sens de ce qui est bon. L’oignon « ça pique un petit peu mais c’est bon », les champignons « je préfère quand c’est cuit », le citron « ça chatouille la langue ». Elle veut rajouter du paprika et du poivre partout, et je la laisse faire dans la mesure du raisonnable. Elle apprend aussi les différentes textures, quelques principes physiques (la chaleur fait fondre, ce qui est plus lourd coule en bas), et apprendra encore plus de choses quand elle grandira.

pâtisser
Crédit photo : Gustavo Fring

Ce faisant, elle s’intéresse aussi énormément à ce qu’il y a dans son assiette. Connaître et reconnaître les ingrédients que l’on a utilisé dans chaque recette est un chouette jeu, une fois son assiette posée devant elle (une fois qu’elle a compris le concept de « fondu », sinon elle cherchait le beurre partout dans son plat). Et il y a, évidemment, la fierté d’avoir participé à l’élaboration de la recette. « C’est moi qui ait mélangé maman ! ». Elle prend ainsi une part active dans ses repas et s’en délecte d’autant plus.

Cela lui permet de développer sa motricité aussi. Elle casse les œufs comme une championne, sans aucune coquille, ce qui est mieux que ce que moi je peux faire parfois ! Le transvasement reste toujours une superbe activité (généralement, je mesure les ingrédients dans un verre doseur et c’est elle qui le renverse dans le saladier). J’ai pu voir ses progrès rapides, notamment en ce qui concerne laver la vaisselle.

Évidemment, tout n’est pas rose. Parfois elle s’ennuie et passe à autre chose (pendant que moi je dois gérer le reste de la cuisine qui mijote), parfois elle refuse d’écouter et c’est alors un conflit permanent (dans ces cas-là, elle va faire un tour dans sa chambre pour se calmer, et revient pour continuer à m’aider quand elle est prête à écouter). Il est arrivé qu’elle se brûle sur une poignée un peu chaude, quand ses petites mains ont été trop rapides pour mes yeux occupés sur autre chose.

Je ne vais pas te mentir, laisser Pépette cuisiner avec moi est profondément égoïste aussi (mais pas seulement). C’est une bonne manière pour moi de faire passer des moments qui seraient autrement pénibles. Je suis bien plus heureuse d’être avec elle, à m’activer dans la cuisine en discutant, en lui chantant des chansons, que de la laisser dans sa chambre toute seule… Et elle aussi. Bien sûr, ce n’est pas tous les jours, et parfois elle préfère dessiner sur la table de la cuisine pendant que je fais mijoter mon dahl de lentilles. Parfois aussi, notamment quand je me lance dans le batch cooking, je préfère gérer seule : ça va quand même plus vite et évite d’avoir à surveiller les petites mains qui se rapprochent des couteaux ou des poêles.

Avec un peu de chance, on conservera cette dynamique joyeuse dans le futur. J’aimerais que Pépette garde l’amour des moments passés à cuisiner. Je repense souvent à ceux que je passais avec mon grand-père, et surtout j’espère qu’elle gardera des souvenirs aussi vivaces et conviviaux en cuisine que les miens.

9 commentaires sur “Mon petit commis de cuisine

  1. C’est super que tu aies la patience pour faire ça régulièrement ! Mes enfants de 3 et 5 ans sont demandeurs, ils font des ateliers cuisine à l’école. Mais à la maison, je le fais rarement car je n’ai vraiment pas la patience. Ils se chamaillent pour faire la même chose, finissent toujours par renverser des aliments sur la table et j’avoue que vraiment ça me fatigue de cuisiner avec eux. J’admire donc d’autant plus ta façon de le faire régulièrement avec une si petite fille !

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    1. J’avoue que ma plus petite est encore trop jeune pour participer, mais j’imagine bien les chamaillaries que ca peut entraîner et je comprends que parfois on manque de patience. Après moi par exemple je déteste faire faire de la peinture à ma fille, elle en met partout, je n’ai pas la patience de lui dire 100 fois qu’on ne peint pas sa main (en plus, c’est toujours très moche ce qu’elle fait, en toute objectivité de mère lucide). C’est une question d’affinités aussi je pense 🙂

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  2. Team cuisine avec les enfants ici aussi. J ai 2 filles de 3 et 6 ans et on réalise 1 à 2 gâteaux par semaine pour les goûters et elles participent à la réalisation des repas quand elles le souhaitent. Elles savent éplucher les légumes, les couper (la grande), écosser les petits pois, verser, mélanger… c est parfois aussi un peu de chamailleries ou une technique pour goûter (beaucoup) à tout mais on s amuse aussi.
    Je fais seule quand je veux aller vite ou que je suis fatiguée (parce que les épluchures de carottes éparpillées sur le sol même si je leur demande de nettoyer avec moi, j ai parfois la flemme).

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    1. Oh c’est chouette si vous faites ca à 3! J’ai hâte d’inclure la cadette dans les activités gastronomiques aussi. Elles ont l’air très dégourdies tes filles. Je dois avouer que nettoyer derrière est souvent le plus fatiguant, mais j’ai de la chance, Pépette est enthousiaste pour nettoyer ou mieux, passer le balai)

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  3. Oui la cuisine avec les petits, c’est chouette! Ils apprennent plein de choses et sont très fiers de dire qu’ils ont aidé ensuite lors du repas. Ma deuxième n’a que quelques mois, on va voir si ça sera gérable avec les deux en cuisine, je n’avais pas pensé à ce problème Jahanara 😉
    Alors oui ça va moins vite, c’est peut être moins joli ou moins bien réparti (coucou la quiche avec deux gros tas de légumes..), mais la satisfaction est très grande. Et si un jour il ou elle préfère dessiner, c’est très bien aussi.
    Je trouve ça très dommage que ma mère n’ait jamais eu la patience de me montrer et m’apprendre tout ce qu’elle fait, car c’est une très bonne cuisinière. Ça devait être le rêve avec ton grand-père, Baba !

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    1. Oui, c’était des moments magiques avec mon grand-père, et je suis un peu triste que mes filles ne puissent pas en profiter avec lui… Cela dit j’ai toujours ses recettes, ca sera le secret de famille transmis de générations en générations 😉

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  4. A la maison aussi notre fille de 3 ans participe de temps en temps à la cuisine. Parfois c’est même elle qui demande de faire une préparation en particulier !
    Par contre, j’avoue que je m’agace rapidement avec un ventre à tapes dans les pattes. Elle mange tout ce qui lui passe sous la main même les trucs peu probables comme la farine ! Pas facile de suivre la recette quand elle mange 30 gr de beurre ! Du coup, maintenant j’hésite à la laisser faire car je sais qu’après avoir couper les pommes ou le beurre par exemple elle va commencer à les manger 😦

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    1. Ici on a eu le même problème avec la mistinguette (2 ans). On l’a résolu en lui expliquant ce qu’elle pouvait manger lors de la préparation (généralement les fruits et les légumes, le fromage) et ce qu’elle ne pouvait pas (le sucre, le chocolat, les œufs ou la viande crue… où ce que j’ai en trop petite quantité).
      Les première fois, quand elle ne respectait pas la consigne on lui disait que dans ce cas là maman ou papa allait finir le plat seule et on la sortait de la cuisine. Elle a vite compris et maintenant demande avant de goûter et nous écoute quand on lui dit non.

      Par contre, moi ce qui me gène c’est l’absence d’attention. Elle verse régulièrement les ingrédients à 10 cm du saladier, casse les œufs sur la table… Juste parce qu’elle regarde autre chose ou nous parle à ce moment là.

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    2. Ah moi ca ne me gêne pas qu’elle mange de tout… La farine aussi elle a essayé, mais juste une fois ! Après, elle a une fois mangé quasi tout le fromage qui allait sur le gratin, puis s’est plaint qu’elle n’avait pas de fromage sur son plat… Ca a été une bonne occasion de lui apprendre les conséquences, et maintenant elle utilise un peu plus de restreinte sur les ingrédients.

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