Doit-on aimer ses parents?

Doit-on aimer ses parents ?

Bribes de Témoignage. Aujourd’hui Marinette te livre ses réflexions sur sa relation avec sa mère, et plus généralement la relation qui se tisse entre un enfant et ses parents. Un grand merci à elle de le partager ici.

On est bien à l’endroit où on peut tout se dire ? Sans crainte d’être jugée ? Alors, je l’admets enfin : je n’aime pas la personne qu’est devenue ma mère.  

Si je remonte un peu en arrière, on s’est toujours bien entendues. Je ne crois pas avoir jamais eu une relation fusionnelle avec elle, mais il n’y avait pas non plus de conflit. Oui mais voilà, j’ai grandi et elle a vieilli. Et petit à petit, j’ai réalisé que la maman qui me semblait parfaite enfant était un être humain avec des défauts.  

Crédit(s) photo : Greyerbaby

Alors, il faut peut-être que je reformule mon constat de base : est-ce que je n’aime pas la personne qu’elle est devenue, ou est-ce que je n’avais pas vraiment réalisé qui elle était jusqu’à maintenant ? On a tendance à idéaliser nos parents et cette prise de conscience, envisager qu’ils ne soient pas idéaux a été difficile pour moi. Ça s’est installé insidieusement et j’ai fait l’autruche, je crois. Je lui trouvais des excuses, certains de ses comportements m’agaçaient au plus haut point, mais si mon mari les pointait du doigt, je me vexais. « Parce que c’est ma mère » me répétais-je, comme si cela devait me faire tout accepter.

Lors de ma grossesse, il y a eu un différent. Je crois qu’elle se remémorait les siennes, loin de sa famille, et l’absence de sa mère qui lui avait été difficile. Elle n’a pas su comprendre que je n’étais pas elle, et que même si j’étais loin de ma famille moi aussi, la présence de mon mari était tout ce dont j’avais besoin. Je n’ai pas voulu la rejeter mais je n’ai pas eu besoin de sa présence au moment où elle l’aurait voulu. Elle l’a mal pris. Et j’ai culpabilisé. La naissance de mon fils a un peu enterré tout ça mais la culpabilité étant toujours là, j’ai fait des efforts, j’ai essayé de me convaincre que j’avais envie qu’on se voit. Mais il me fallait bien me rendre à l’évidence : chaque rencontre me laissait déçue de ne pas avoir cette relation mère/fille et cette parfaite entente familiale que j’idéalisais.  

Jusqu’à cette fois-là. Cette fois de trop où j’en ai eu marre de culpabiliser alors que je faisais des efforts. Où j’en ai eu marre de faire des efforts alors que je ne retirais plus autant de plaisir qu’avant de nos rencontres. Le fait est que j’ai grandi, changé, évolué et nous n’avons tout simplement pas les mêmes centres d’intérêts et moins d’affinités.  

Lorsque j’écris cet article, nous venons tout juste de passer la fête des mères. Et sur Instagram, tous ces hommages à ces mamans formidables, ces modèles, ces inspirations, ces super-héroïnes me laissent un gout amer (ah, je le sais pourtant que les réseaux sociaux n’apportent rien de bon !). Si je suis honnête, je ne trouve pas que ma mère soit une personne formidable, ça n’est pas mon modèle et certainement pas une inspiration. Et si elle avait un super pouvoir, ça serait celui de me faire culpabiliser. Et lorsque j’ai réalisé que je partageais beaucoup plus de choses avec ma belle-mère, cela m’a fichu un coup. « Parce que c’est ma mère » me disais-je, on devrait forcément bien s’entendre. Oui, mais non. C’est ma mère, certes. Mais, le fait est que, quand on se voit, je ne passe pas un bon moment. Alors, il m’a fallu me remettre en question. Est-ce que je n’étais pas déçue parce que j’avais trop d’attentes ? Après tout, si je mets de côté mon idéal de famille unie et de mère parfaite, je ne passe pas un mauvais moment non plus. Est-ce qu’au final la solution, ce n’est pas tout simplement de lâcher prise, de ne rien attendre de nos rencontres pour en apprécier le positif plutôt que d’être constamment déçue par le négatif ? Et de ne pas me sentir obligée de la voir parce que ça se fait, par peur de ce que les autres diront ou encore pour équilibrer le temps passé avec ma belle-mère. Je continuerai à prendre des nouvelles, à la voir, à rester courtoise. Mais, je ne culpabiliserai plus.  

Suis-je en paix avec cette idée ? Pas encore, mais j’y travaille. Le petit monstre de la culpabilité n’est jamais très loin mais à trente ans passés, il serait temps que je pense à ce qui m’épanouit plutôt qu’à ce que ma mère va penser de moi. Peut-être que c’est ça, être adulte, finalement ?

15 commentaires sur “Doit-on aimer ses parents?

  1. J’adhère assez à ta conclusion : d’après mon expérience, l’âge adulte c’est le moment où on met nos parents à leur juste place d’être humain tout simplement. Je n’ai pas une entente de fou avec ma mère mais nous avons une relation cordiale. Je garde précisieusement ce lien non pas pour moi mais pour ma fille et pour ma mère. Ainsi, la magie continue pour elles et j’observe ça avec joie car elles s’entendent vraiment bien 😉

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  2. Ton témoignage me touche beaucoup, et je m’y retrouve, au moins en partie. J’ai également eu une phase, juste avant de devenir mère moi-même, où j’ai eu besoin de modifier ma relation avec ma propre mère : ce côté infantilisant, ce manque de confiance qu’elle me faisait ressentir alors que j’entrais dans l’âge adulte, était devenu trop lourd à porter. Alors j’ai mis un peu de distance (facile étant donné nos situations géographiques), et ça m’a permis de trouver la bonne place pour cette relation dans ma vie.
    Ces dernières années, avec son combat contre le cancer, ma perception des choses a été grandement bouleversée, et ma mère a également énormément changé : tout cela a encore modifié nos interactions, notre relation, et le regard que je porte sur elle.
    Je reste encore très sensible à la moindre de ses critiques, mais j’arrive à (ou au moins j’essaie de) prendre du recul.
    Quant aux déclarations grandiloquentes sur les réseaux sociaux, moi aussi j’en suis venue à me poser des questions, mais je crois que c’est aussi et surtout beaucoup le miroir déformant de ce mode de communication qui joue.
    En tout cas, je te souhaite de trouver l’apaisement, la bonne distance à conserver avec ta mère pour que votre relation te soit positive.

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  3. Tout comme toi et les commentaires précédents, j’ai également connu cette évolution avec ma mère. Devenir adulte, choisir mon conjoint, devenir mère ont été autant d’étapes qui ont bouleversé notre relation, étant d’un caractère entier cela n’a pas été simple. À plusieurs reprises, je me suis posée la question « suis-je prête à renoncer à ma mère pour rester qui je suis? » La réponse était oui, et cela m’a finalement aidée à m’affirmer et à comprendre qui j’étais.
    Avec le temps j’ai le sentiment d’avoir trouvé un équilibre dans notre relation, je parviens à lui dire les choses franchement mais aussi à laisser tomber quand ça n’en vaut pas la peine.
    Même si nos points de vue diffèrent sur beaucoup (beaucoup) de sujets, je leur serai toujours reconnaissante, à elle et mon père, pour l’enfance qu’ils nous ont offerte, et à elle en particulier pour l’amour infini qu’elle porte à ses 4 enfants.
    Tiens d’ailleurs, pourquoi parle-t-on si peu de nos pères dans tout ça ? 🤗

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    1. C’est vrai que je n’ai pas du tout parlé de mon père dans cette histoire, et c’est peut-etre un des noeuds du problème. Il est décédé il y a quelques années, et ma mère a refait sa vie avec quelqu’un que je tolère mais n’apprécie pas plus que ca (il est l’opposé de mon père). Je ne pourrais jamais savoir quelle aurait été notre relation si mon père etait toujours vivant, mais je garde l’impression qu’elle n’a pas le meme comportement avec son nouveau compagnon.

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  4. Merci beaucoup pour ce témoignage très intéressant ! Pour ma part c’est plutôt l’inverse, j’ai eu énormément de conflits avec ma mère à l’adolescence et au début de ma vie d’adulte. J’ai déménagé très loin et ça a tout changé, j’ai compris beaucoup de choses et en premier lieu qu’elle était simplement un être humain. Nous nous sommes beaucoup rapprochées et j’accepte beaucoup mieux ses défauts (dont je retrouve certains chez moi, mais je me soigne). Et bizarrement, ça a été l’inverse pour ma sœur. Qu’est ce que c’est compliqué ces relations mère-fille !

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  5. Merci pour vos réponses !
    La situation me semble assez claire pour moi-même, j’avais déjà mis de la distance par le passé pour d’autres raisons. Et puis comme Colombe, l’éloignement géographique est déjà une justification en soi.
    Mais dans le cas de mon fils, cela reste encore un peu embrouillé dans me tête. D’un côté, j’aimerais qu’il ait une belle relation avec sa grand-mère, je garde un bon souvenir de la mienne avec ma mamie. Mais d’un autre, ma mère n’est pas ma grand-mère et je me demande si une fois de plus je n’idéalise pas tout ça. Et surtout, certains de ses comportements en la présence de mon fils ne sont pas en adéquation avec mes valeurs, et ce n’est pas un exemple que je souhaite qu’il ait. Je ne parle pas de couper les ponts bien entendu, mais je ne pense pas avoir envie qu’il aille passer des vacances chez elle par exemple. Chose qui ne me gênerait pas avec ma belle-mère, si ce n’est la réaction que ma mère aurait. Cette ambivalence me pèse et m’empêche de tirer un trait définitif sur tout ça. Je me rends compte que je suis adulte maintenant, et que je l’ai droit de faire mes propres choix de vie, mais parfois, je n’arrive pas à ne plus être cette petite fille qui va s’inquiéter de la réaction de sa maman.

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    1. Oh oui, ça c’est compliqué quand le lien entre nos parents et nos enfants n’est pas facile, voire même complexe comme tu sembles le décrire ici. Et encore plus quand il y a une différence avec la belle-famille….
      Je ne sais pas quoi te conseiller pour trouver un équilibre qui te convienne : peut-être qu’avec le temps, lorsque ton petit garçon aura grandi et sera capable de faire la part des choses qu’il entend, qu’il voit, qu’il vit, tu pourras réenvisager qu’il passe du temps seul avec sa grand-mère ?

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  6. Je pense que si on a rien à leur reprocher durant notre enfance, qu’ils nous ont aimé et fait en sorte de subvenir à nos besoins affectifs, matériels et intellectuels (au mieux de leurs capacités), on leur doit un minimum de reconnaissance et de cordialité.

    Mais est ce qu’aimer sa maman ca veut forcément dire être sa meilleure copine, ne pouvoir vivre sans elle et tout partager ? Je ne suis pas sûre !
    Je ne me souviens pas avoir idéalisée ma mère ou avoir voulu être pareil qu’elle en grandissant. On est assez différente ! Mais ca ne m’empêche pas d’apprécier les moments passés ensembles parce qu’on partage des choses (lectures, humour, goût de la planification…). Et surtout je sais que je peux compter sur elle si j’en ai besoin.

    Cependant, j’habite dans un autre pays, je ne la vois donc pas si souvent que cela et ça ne me manque pas plus que cela. Et quand je reviens chez mes parents, je sature au bout de 2 semaines. Selon les périodes on s’appelle plus ou moins souvent. J’arrive à ne pas culpabiliser (j’ai appris avec le temps) quand je ne décroche pas mon téléphone parce que je préfère ce que je fais à une discussion avec ma mère. (Et souvent je ne rappelle pas le jour mème.)

    Je considère néanmoins que j’ai eu une super maman et que nous avons une bonne relation aujourd’hui. Mais je pense que d’autres personnes qui passent du temps avec leur parents toutes les semaines, jugeraient ma relation différemment. Il n’y a pas de standard dans les relations ni de recommandations sur le nombre de fois où ce voir. (Il n’y a qu’a voir tous ces couples amoureux qui décident de ne pas vivre dans la même ville voir dans le même pays!)

    Tu ne parles pas de ton père ? La question est-elle différente avec lui ?
    Dis toi aussi que si tu as grandi, mûri et changé c’est aussi le cas de ta mère qui a vieilli et évolué. Votre « séparation » n’est pas que de ton fait. C’est la vie.
    A ta place je ne me forcerai pas trop. Laisse faire les choses et le temps. Ca se trouve ds 2, 5 ou 10 ans, vous vous retrouverez !

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    1. Merci Marina pour ta réponse, je ne lui fais pas reproches, comme tu le dis, c’est la vie.
      J’ai entre temps répondu au message de Ségolène quant à mon père, je te le remet ici :
      C’est vrai que je n’ai pas du tout parlé de mon père dans cette histoire, et c’est peut-etre un des noeuds du problème. Il est décédé il y a quelques années, et ma mère a refait sa vie avec quelqu’un que je tolère mais n’apprécie pas plus que ca (il est l’opposé de mon père). Je ne pourrais jamais savoir quelle aurait été notre relation si mon père etait toujours vivant, mais je garde l’impression qu’elle n’a pas le meme comportement avec son nouveau compagnon.

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      1. Es-tu sûre que la relation qu’elle a avec son nouveau compagnon est une relation saine ? S’il y a emprise, l’éloigner de ses proches fait partie de la manipulation. Peut-être est-elle prise dans une relation toxique, ce qui expliquerait son changement d’attitude.

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        1. Je n’irai pas jusqu’a qualifier leur relation de toxique, elle voit encore beaucoup sa famille et mes soeurs et leurs enfants. J’ai plutot l’impression qu’elle retombe en adolescence : constamment sur son téléphone, très auto-centrée (parle beaucoup d’elle mais ne s’interesse pas ou n’écoute pas ce que je lui dis), lache tout ce qu’elle fait (y compris une discussion) dès qu’il apparait … En soi, le fait qu’il soit une priorité pour elle ne me dérange pas du tout, elle a passé la moitié de sa vie à s’occuper de nous, elle est tout à fait en droit de vivre la sienne. Ce que je n’accepte plus, et que j’ai mis beaucoup de temps à réaliser, c’est qu’elle me fasse culpabiliser du peu de temps que l’on passe ensemble alors que pour donner un exemple précis, lorsque je lui propose de participer au bain de son petit-fils qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs mois, elle sort de la salle de bains pour répondre à l’appel de son compagnon qu’elle a vu la veille …

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  7. Merci beaucoup pour cet article, qui reflète tellement bien les sentiments que je ressens vis-à-vis de ma mère; et la relation identique à la tienne que j’ai avec ma belle-mère.
    Je ne passe pas un bon moment quand je vais voir ma mère (ni un mauvais moment d’ailleurs, sauf quand elle décide de lancer ses réflexions cinglantes qui savent bien me piquer et me faire mal). Cependant, je continue de la voir, pour mes enfants; pour leur relation grands parents petits enfants. On dira que c’est ma « bonne action » envers cette mère que je ne comprends plus et n’idéalise plus…

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  8. Très chouette d’aborder ce sujet ! Merci !
    De mon côté c’est la relation avec ma soeur qui a changé. On a peu de différence d’âge, on a grandi ensemble avec l’habitude de quasi tout se dire, et même s’il y a eut des périodes très dures (comme dans toutes les relations entre frères ou soeurs !), l’adolescence surtout, je la considérais comme la personne la plus importante de ma vie !
    Et en fait elle a pris un chemin de vie beaucoup plus solitaire que le mien, et elle devenue (ou elle le montre maintenant seulement ?) très vite irritable en présence d’autrui au point de ne pas savoir gérer ses émotions et d’exploser dans des colères dont j’ai fait les frais (il faut dire aussi que je suis très très sensible, donc chacune son point de vue, pour elle ce n’était pas « si grave »…).
    Le fait que ce soit ma soeur ne rend pas acceptable le fait de souffrir, d’appréhender ses réactions, d’être en stress si elle est dans le coin… Si on ne se connaissait pas plus que ça je ne chercherais absolument pas à passer du temps avec elle.
    Alors faut il se forcer au nom de la famille…?
    Vaste sujet ! En tous cas on se rend compte qu’on ne se force pas pour soi mais pour les autres (pour nos enfants dans le cas des relations avec nos parents, et ici pour mes parents dans le cas de ma soeur)

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  9. C’est un beau témoignage, merci d’avoir partagé, je pense que beaucoup de personnes sont dans ce cas, sans savoir mettre des mots dessus.
    Tu es probablement en train de faire le deuil de la mère que tu aurais voulu avoir. On a tous dans la tête un modèle de parent idéal (tout comme le parent avait une image de l’enfant qu’il aurait voulu avoir d’ailleurs)
    C’est un grand pas que tu fais parce que je ne suis pas certaine que tout le monde arrive à le faire. Une fois qu’on a compris que nos parents ne sont pas ce qu’on pensait/voulait, on arrive mieux à accepter la relation telle qu’elle est. Et cette relation est unique parce qu’elle est faite de toi et d’elle. Il te reste à prendre ce qu’il y a de positif dans votre relation et laisser de côté le reste.
    On peut avoir besoin de temps aussi, s’éloigner pour revenir éventuellement plus tard.
    Je te souhaite de trouver l’apaisement avec ta maman.

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  10. Personnellement, je ne parle plus à ma mère car chaque interaction avec elle me laisse un sentiment désagréable. Elle a été malheureuse toute sa vie, et souhaite manifestement que tous ces proches le soient aussi. Le jour où j’ai décidé de ne plus céder à ses différents chantages, j’ai été libérée d’un énorme poids. Elle ne veut pas « se soigner » alors qu’une psychothérapie lui serait d’une grande aide. C’est de toute façon trop tard pour sauver sa relation avec moi.

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