Dépression Post-Partum (2)

dépression post-partum (partie 2)

Dans la première partie de son témoignage, Pretty Mary K te confiait comment la dépression post-partum s’était peu à peu insinuée en elle. Une véritable descente aux Enfers. Mais, elle a su se relever de cette épreuve et elle peut donc te raconter la suite plus heureuse de son histoire.

Quand la lumière commence à apparaître

Les solutions ont été multiples et je les ai même multipliées à outrance car j’ai trouvé cet état tellement insupportable que j’aurais fait absolument n’importe quoi pour que cela s’arrête le plus vite possible.

Il y a eu la sophrologie, la psychothérapie (absolument indispensable, selon moi, pour déterrer les causes profondes du mal et ne pas se contenter de soigner les symptômes), l’ostéopathie, l’acupuncture et la prise d’antidépresseurs (même si cela me faisait très peur, m’autoriser à prendre un traitement « scientifique » m’a aidée à accepter le fait que c’était une maladie et que ce n’était pas que « dans ma tête »).

Je me suis aussi entourée de personnes ressources, qui, bien que cela puisse paraître contre-intuitif, n’étaient pas – à l’exception de mon compagnon – les personnes les plus proches de moi. Dans ces moments-là, j’ai en effet trouvé une oreille plus attentive et plus compréhensive, et une aide plus grande, chez ma belle-mère (la nouvelle femme de mon père), mon autre belle-mère (la mère de mon compagnon), ma tante, ma sage-femme, mon médecin et ma psychologue, que chez ma mère, mon père ou ma sœur. Non pas qu’ils aient été absents, loin de là, mais ils étaient tellement déboussolés, voire effrayés par ce qui m’arrivait. Ils me reconnaissaient tellement peu, qu’ils ne savaient pas toujours comment interagir avec moi ou que leur peurs étaient plus un poids pour moi qu’un soutien.

Crédits photo : 44833

Une lente guérison

Les conseils qui m’ont été utiles ont été de prendre les jours un à la fois (car on a l’impression que l’on ne s’en sortira jamais), de voir la guérison comme un escalier dont on gravit lentement les marches, en retombant parfois d’une ou deux, mais sans se retrouver au rez-de-chaussée ; de prendre du temps pour moi ; de me fixer de petits objectifs chaque jour et notamment de sortir beaucoup pour voir du monde, avec ou sans ma fille ; de me faire de tous petits plaisirs (comme regarder un épisode de série ou m’acheter un gâteau – quand l’appétit est revenu quelque peu).

Il a aussi fallu que j’apprenne à me pardonner, à m’écouter, à cesser de culpabiliser parce que je m’écroulais à neuf heures du soir sur le canapé et laissais mon mari prendre en charge le dîner et notre fille pendant les deux heures de ma sieste. Je lui tire d’ailleurs mon chapeau et ne le remercierai jamais assez parce que, alors même qu’il ne comprenait absolument pas pourquoi je faisais une dépression et qu’il n’avait jamais vécu cela, il a assuré sans fléchir pendant ces six mois, en me soutenant, s’occupant de ma fille et de la maison quand j’en étais incapable, et tout ça en préparant ses cours et en dormant quatre à cinq heures par nuit !

Ma dépression post-partum a duré six mois : deux mois en dents de scie (avec une tendance à l’aggravation), un mois de très grand mal-être (paradoxalement, juste après le diagnostic), dont une semaine absolument abominable, et trois mois de lente remontée de la pente. J’ai repris le travail aux cinq mois de ma fille, deux mois après la date prévue (après avoir repoussé l’échéance trois ou quatre fois, au grand dam de mon remplaçant qui a fait ses adieux autant de fois !). J’ai pris des antidépresseurs jusqu’à ses neuf mois, soit six mois de traitements.

Un nouveau départ

Paradoxalement, bien qu’il s’agisse de la pire période de mon existence à ce jour, cette expérience m’a enrichie. Entendons-nous bien : je ne suis pas contente d’avoir fait une dépression. C’est une situation absolument abominable et je ne le souhaiterais pas à mon pire ennemi. Mais cet épisode traumatique m’a fait grandir. Mon médecin m’avait prévenue. Il m’avait dit : « Cela va te paraître de la provocation aujourd’hui. Mais, quand tout cela sera derrière toi, tu te diras que cette dépression t’a été utile. » Et c’est vrai. Elle m’a poussée à entreprendre une psychothérapie en profondeur, au cours de laquelle j’ai pu mettre des mots sur tout ce qui n’allait pas dans mon passé et que je n’avais jamais osé dire. Elle m’a rendu plus empathique et attentive aux autres. Elle me donne à présent des clés pour aider d’autres personnes qui traversent des épisodes similaires.

Aujourd’hui, je m’affirme davantage, et surtout, j’assume mes choix, notamment en matière de parentalité. Je suis la mère que j’ai choisie d’être pour mon enfant et non celle que des diktats extérieurs auraient fait de moi.

J’estime que j’ai eu de la chance. Car cette dépression ne m’a pas empêchée de créer tout de suite un lien avec mon enfant. Je sais que d’autres femmes ont un parcours différent et mettent plus de temps à adopter ce nouvel être qu’elles viennent de découvrir. Je suis heureuse de n’avoir pas eu à vivre ça, car je pense que cela aurait encore augmenté mon sentiment déjà bien grand de culpabilité à son égard. Néanmoins, j’ai parfois été totalement incapable de m’occuper d’elle ou de m’intéresser à elle. J’ai aussi fait des crises d’angoisse à l’idée de passer seule la journée avec elle ou d’avoir à affronter une nouvelle nuit à la nourrir, sans pouvoir dormir. Et ce lien ne m’a pas empêché non plus d’apprécier grandement de la faire garder et de retrouver, tandis qu’elle était chez sa nounou, la liberté de jouir de mon temps comme je l’entendais.

Aujourd’hui, je suis enceinte de mon deuxième enfant et j’utilise ce temps de l’attente pour régler les derniers vieux dossiers de ma psyché. Je suis confiante sur le fait que cela ne se reproduira pas mais, même si c’était le cas, je saurais quoi faire. J’aurais des ressources. Ma DPP m’aura au moins appris cela.

Merci à Pretty Mary K pour son témoignage plein d’espoir pour toutes celles qui vivent ou ont vécu une DPP, ainsi que pour leur entourage.

5 commentaires sur “Dépression Post-Partum (2)

    1. Merci pour ton commentaire. En effet, la parole commence à se libérer sur la dépression post-partum (on parle – ENFIN ! – d’essayer de la repérer systématiquement à la naissance avec les deux visites spécifiquement dédiées à ça annoncées hier), mais, il y a cinq ans, il me semble que seules « Les Maternelles » ou l’association « Maman blues » abordaient le sujet frontalement. Maintenant, je n’ai aucun mal à dire que j’ai fait une DPP, mais il m’a fallu un long chemin pour en arriver là. En tout cas, à l’époque, c’est sûr que lire un article comme celui-là m’aurait aidée à me sentir moins seule. Je suis vraiment heureuse que mon article ait été publié ici. S’il peut aider quelqu’un d’autre, j’en suis ravie.

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    1. Merci pour ton commentaire. J’ai eu de la chance d’être très bien accompagnée. Cela m’a permis de limiter la durée de l’épisode dépressif et, surtout, d’en faire justement, après, une force. Cela peut paraître très étrange quand on voit cela de l’extérieur. Mais pour avoir discuté avec d’autres personnes ayant fait une dépression (pas forcément post-partum d’ailleurs) et ayant eu là aussi, un bon accompagnement, c’est vrai que cela peut devenir une expérience qui nous apprend beaucoup sur nous et sur ce que l’on veut vraiment dans notre existence. Comme le dit le proverbe ivoirien que Sophie Adriansen place en épigraphe de sa BD « La Remplaçante » (magnifique BD sur le sujet, soit dit en passant) : « On voit mieux certaines choses avec des yeux qui ont pleuré ».

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  1. Merci d’être venue témoigner sur ce sujet plus vraiment tabou mais pas encore vraiment libre et en tout cas difficile à aborder. Je suis impressionnée par ta force, que tu ai pu en tirer du bénéfice malgré tout. J’espère fort que ton témoignage pourra aider des mamans qui vivent cette dpp.
    Et Félicitations pour le 2ème !

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