Deuil perinatal : comment accompagner les parents ?

Deuil périnatal : comment ACCOMPAGNER les parents ?

Aujourd’hui nous sommes les 15 octobre. Cette date a une double résonance pour moi. D’une part il s’agit de la journée internationale du deuil périnatal, et d’autre part, elle sonne aussi le premier anniverciel de notre bébé étoile, envolé à quelques minutes de vie.

Alors évidemment, je me devais, pour cette journée particulière, de faire quelque chose. Et quoi de mieux pour l’occasion que de te donner des pistes, à toi cher lecteur, sur l’accompagnement que tu peux prodiguer à un ami, un membre de ta famille, un collègue, qui viendrait de perdre son bébé au cours d’une grossesse ou à la suite de sa naissance.

Tu noteras que je parle au masculin, et ce n’est pas un hasard. La première chose à comprendre dans le deuil périnatal, c’est qu’il n’atteint pas que la mère, mais bien le couple parental. Certes la mère sera généralement plus éprouvée, physiquement d’abord car c’est en son corps que se joue le drame, et moralement aussi. Mais il ne faut pas oublier que le co-parent (homme ou femme) vit aussi la perte de son bébé, et doit faire le deuil d’une vie avec. Il est donc très important d’accompagner aussi ce parent, et ce même s’il semble aller « bien », car il aura tendance à tenir le choc pour laisser à la mère le temps de se remettre.

Alors, que peux-tu faire pour ces parents dont le monde vient littéralement de s’écrouler ?

NB : je ne suis pas en mesure de te faire une liste exhaustive, et tout ce que je dis n’est pas à prendre au pied de la lettre. Je me base bien évidemment sur mon expérience et sur les retours que je peux lire et entendre dans le milieu du deuil périnatal, mais chaque deuil est différent et chaque parent sera différent.

tristesse deuil aide
Crédit photo : Pixabay

Ne jamais nier leur ressenti ou leur place

Il est encore trop tentant pour beaucoup de gens (et même certains médecins) de nier cette épreuve auprès des parents. Alors première règle, on oublie les « ce n’est pas grave, ce n’était pas encore un vrai bébé, juste un tas de cellules« , « de toutes manières, vous ne l’avez pas connu » et autres « ce n’est rien, vous êtes jeunes, vous en ferez d’autres« .

Qu’une grossesse se termine à trois semaines ou à 9 mois, seuls les parents sont en mesure de décider ce que cet enfant représentait pour eux. Si certains n’avaient pas encore investi cette grossesse et ne se sentaient pas parents, tant mieux. Mais il est tout à fait possible qu’une fausse-couche précoce soit vécue par les parents de la même manière que la perte d’un bébé de plusieurs mois, et cela ne regarde qu’eux, c’est LEUR ressenti. Il est très important de ne pas juger la place qu’ils donnent à leur bébé, même si on n’est pas d’accord, même si on n’aurait pas réagi de la même manière.

Certains parents voudront donc qu’on reconnaisse leur statut de parents, quand d’autres ne voudront pas qu’on leur légitimise cette place. A eux de décider.

Dans le même état d’esprit, il faut accompagner les parents dans leurs choix concernant la fin de cette grossesse, et s’abstenir de donner son avis. Non, vous n’êtes pas à leur place. Alors qu’ils décident d’interrompre une grossesse ou de mettre au monde un enfant malade, qu’ils décident de faire incinérer leur bébé ou de l’enterrer, qu’ils décident de le rencontrer après la naissance ou pas, cela ne regarde qu’eux. En revanche, si vous voulez vraiment les aider, vous pouvez les accompagner dans ces choix, aider à préparer un enterrement, les aider à choisir une tenue de naissance, leur tenir la main quand ils en auront le besoin.

En fait, le plus important à retenir reste : soyez là pour eux, sans exprimer de jugement.

Les petites attentions sont les plus grands remèdes

Il est normal de se sentir démunis quand un proche perd un enfant. Vous n’aurez pas toujours l’opportunité de les accompagner dans leur processus de deuil car c’est souvent un deuil qui se vit dans l’intimité, à la maternité, juste avec les parents.

En revanche, vous pouvez tout à fait être présents de diverses manières ensuite. Leur cuisiner un petit plat. Offrir un bouquet de fleur, ou un objet qui pourrait les toucher. Envoyer un message ou une carte pour leur dire que vous pensez à eux. Proposer de garder les enfants plus grands pour qu’ils puissent prendre du temps pour eux. En fait, ce sont des petites choses simples, que l’on ferait pour des parents qui accueilleraient un bébé en bonne santé. Simples, mais terriblement efficace.

Dans mon expérience du deuil, je ne remercierais jamais assez toutes ces personnes qui ont fait preuve de petites attentions à notre égard. Elles se reconnaitront notamment toutes ces chroniqueuses qui ont envoyé des fleurs, des cartes, des pensées, et qui m’ont fait un bien fou dans l’un des pires moments de ma vie. Merci !

Libérer la parole

Qu’est-ce qui différencie le parent d’un enfant vivant de celui d’un enfant décédé ? Il a simplement moins de souvenirs. Moins. Pas aucun. Et comme tout parent, il aura envie d’en parler. Parfois même plus que les autres parents, car parler de son bébé décédé, c’est le faire exister aux yeux des autres alors qu’ils ne l’ont pas, ou peu connu.

Alors c’est sur, il ne vous parlera pas de son premier sourire, ou de sa première dent. Mais il pourra vous parler de la grossesse, de l’accouchement, parfois des quelques minutes/heures de vie de son bébé, de son nez, de ses cheveux. Il l’appellera peut être par le prénom qu’ils lui auront donné, et je t’invite à utiliser ce prénom aussi, car c’est un moyen très puissant de reconnaitre que ce bébé était avant tout une vraie personne.

Laisse le te raconter, avec le sourire ou avec les larmes, parfois les deux en même temps. Tu n’as pas besoin de répondre, juste d’accueillir le besoin de s’exprimer, de parler de ce bébé parti trop tôt. Et si à l’inverse le parent ne veut pas parler, accueille son silence, et soit tout de même là pour lui.

Le deuil n’est pas un long fleuve tranquille

Pour finir, il est important de comprendre que le deuil, qu’il soit périnatal ou autre, n’est jamais linéaire. Cette fameuse courbe du deuil que tout le monde connait semble bien trop théorique face à la cruelle réalité des choses. Il arrivera fréquemment que ton proche endeuillé ait l’air d’aller mieux un jour, et se prenne un mur le lendemain. Qu’il rit autour d’un verre une minute, et qu’il soit en larmes la minute suivante.

Un parent qui sourit n’est pas un parent qui oublie. Il ira mieux, petit à petit, avec le temps, mais toute sa vie des choses le renverront à son bébé disparu et à son deuil. Il est alors important d’être encore là, de ne pas sous-estimer ces phases où le moral n’est pas au beau fixe. Etre à l’écoute, être présent, sans jamais estimer que ton proche aurait déjà dû faire son deuil : la réalité c’est qu’on ne fait jamais notre deuil, on apprend à vivre avec, mais parfois il nous tord encore le corps et le cœur. Et c’est dans ces moments-là, même des années après notre perte, qu’on appréciera d’autant plus la présence de personnes prêtes à nous accompagner.

Alors sois attentif. Un coup de mou. Une date anniversaire qui approche. Un bébé qui vient de naitre dans votre entourage. Prend des nouvelles de ton proche, sans être trop intrusif, mais en étant toujours à l’écoute de ses besoins. Le secret réside avant tout dans ta capacité à t’adapter à ton proche, et non l’inverse.

Maintenant, et bien que je souhaite que jamais aucun de tes proches n’ait à traverser une telle épreuve, tu as tout de même sous le bras quelques clés pour accompagner un parent endeuillé si tu le souhaites. Alors, merci d’avance pour eux.

Joyeux premier anniversaire des étoiles mon ange. Tu nous manques terriblement.

6 commentaires sur “Deuil perinatal : comment accompagner les parents ?

  1. Merci pour cet article.
    Nous sommes touchés de près par le deuil périnatal mon mari et moi. Nous avons perdu notre premier bébé tant attendu et tellement aimé, ainsi qu’une nièce et un neveu, décédés à plus de 5 mois de grossesse.
    Nous avons pu nous recueillir sur le corps de notre petit neveu, blotti dans les bras de notre belle-soeur. Il ressemblait à son papa. La messe d’enciellement (comme nous l’appelons plein d’Espérance) a réuni plus de 200 personnes. Voir ce petit cercueil blanc a été source de déchirement…
    Nous n’oublirons jamais tous ces petits anges. Je crois qu’une partie d’eux demeurent avec nous et je les prie souvent. Et ça marche.

    Tout plein de compassion et réconfort pour toi et ton compagnon ❤

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  2. Ma soeur a traversé ce deuil avec son conjoint il y a 3 ans. J’ai vécu une fausse couche précoce et une GEU qui m’ont profondément marquées car toutes mes projections du futur se sont envolées et m’empêchent de m’investir dans cette nouvelle grossesse qui a débuté il y a 2 mois et demi, et dont j’ai hâte de voir la fin avec un bébé en bonne santé.
    Je suis de tout coeur avec les par’anges.
    Une énorme pensée pour ces bébés dans les étoiles.

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