Mon métier, ma passion ?

Mon métier, ma passion ?

L’autre jour, nous discutions avec une amie de son métier. Un métier passion dont elle a rêvé pendant des années et qu’elle exerce aujourd’hui avec plaisir. Cela m’a renvoyée à ma propre conception du travail, à la raison pour laquelle je me lève le matin, et à la façon dont je considère mon travail.

Je l’avais déjà évoqué, j’ai longtemps rêvé d’exercer un métier passion, de faire quelque chose de mes journées pour lequel je ne compterai ni mes heures ni mon investissement. Un métier qui serait tellement passionnant qu’aucune tâche ne me paraîtrait rébarbative, et que tout effort serait consenti avec joie.

Du rêve…

Très honnêtement, je ne sais pas si un tel métier existe réellement. Je ne sais même pas comment j’en suis venue à rêver d’un tel métier. Sans doute en réaction à 3 ans d’école de commerce très espérés et marqués pourtant par un profond ennui après 3 ans de fac que j’avais adorés. Toujours est-il que je suis arrivée sur le marché du travail pleine d’illusions et de beaux espoirs.

Cela a d’ailleurs fonctionné quelques années. J’étais célibataire, puis en couple sans enfant. Je ne comptais pas mes heures, et je profitais de ce que j’avais : un boulot intéressant et bien payé, la vie parisienne à portée de mains, des amis et un copain que je retrouvais le soir, des collègues sympa, et un manager qui s’arrangeait bien de ce que je faisais et me poussait à faire plus.

… au réalisme

La bascule a eu lieu après la naissance de ma première fille, mais je ne l’ai vraiment vu sur une période qui a couru de quelques semaines avant mon deuxième congé maternité à mon retour au travail. Entre une mise au placard suite à l’annonce de ma grossesse, puis un changement de politique d’entreprise dans lequel je ne me suis pas retrouvée, et un burn out qui m’a laissée vide, mes illusions sur mon travail se sont bien vite envolées.

J’ai alors développé un rapport ambivalent au travail : je veux faire un métier qui me plaise et dans lequel je puisse aussi m’épanouir, tout en m’en protégeant pour ne pas en pâtir une fois de plus. De passionnant et motivant, mon travail était devenu menaçant. Loin de la demi-mesure, mon rapport au travail s’évaluait nécessairement en tout ou rien : tout donner, ou tout préserver, forcément passionnant ou nécessairement ennuyant.

Je donne de mon temps, de mon énergie, oui mais pourquoi ? Y a-t-il vraiment plus de reconnaissance si je fais beaucoup plus que ce qu’on attend ? Et y a-t-il aussi une tolérance pour les jours où un impondérable m’oblige à rester moins tard que d’habitude ? Et comment concilier une vie professionnelle intéressante et une vie personnelle épanouissante ? Et ce métier parfait dont je rêvais, celui qui me ferait accepter avec joie les tâches ingrates et dans lequel je m’épanouirais complètement, existe-t-il vraiment ?

Autant de questions qui me sont rapidement revenues en boomerang, auxquelles je cherche encore parfois les réponses et qui m’apparaissaient comme un échec cuisant.

collaborateur, mains sur un ordinateur
Crédit photo : cottonbro

… puis à l’acceptation

Il m’aura fallu quelques années et une réorientation pour reposer mon rapport au travail et enfin l’accepter.

Loin de mes rêves de jeunesse ou de ceux d’autres personnes, je n’ai pas l’ambition de faire une carrière brillante si elle doit me coûter ma famille, ma santé, ou mon équilibre personnel. J’admire ces femmes qui accèdent à des postes de direction et mènent de front une carrière brillante et une vie personnelle riche et épanouie. Je les admire mais je sais que j’en suis incapable.

A dire vrai, j’aimerais ne pas avoir à renvoyer dos à dos la possibilité d’avoir une carrière brillante et celle d’avoir une vie personnelle épanouie, mais je n’ai pas encore trouvé la recette pour cela. Est-ce une question d’environnement de travail ou de caractère ? Je ne saurais le dire, mais j’ai fini par accepter le fait que ce que je veux aujourd’hui c’est avoir une vie professionnelle intéressante, qui me permette de me développer, d’apprendre de nouvelles choses, de faire un métier qui a du sens, ET une vie personnelle épanouie. Je veux tout, mais si je dois sacrifier quelque chose dans cette équation aujourd’hui, je préfère sacrifier mon évolution professionnelle plutôt que mon équilibre personnel.

J’ai accepté le fait que mon métier ne serait pas l’artisan principal de mon épanouissement, et que ce dernier pourrait passer par une carrière qui n’est pas celle dont j’aurais rêvé. Mon métier m’intéresse, j’y trouve du sens, et c’est essentiel pour moi, mais s’il a tout ce qu’il faut pour devenir une passion, je préfère le laisser à sa place de travail, intéressant, nécessaire, mais qui ne représente qu’une partie de ma vie.

Mon travail, c’est ce qui me permet de gagner de l’argent, de faire vivre ma famille, de partir en vacances. C’est aussi un moyen d’exercer mon intelligence, une façon de servir la société, un outil pour m’accomplir en tant que personne. Mais il n’a de sens pour moi que parce que c’est un moyen pour atteindre tous ces buts là. Je ne lui laisse donc que la place qu’il doit occuper : celle d’un moyen, ni plus ni moins. Je m’y donne parce que je ne suis satisfaite de moi que si les choses sont bien faites, mais je me préserve aussi, parce que je sais que si je veux bien faire les choses dans ma vie personnelle, il faut que je préserve du temps pour cela.

C’est l’équilibre que j’ai trouvé aujourd’hui et qui me convient. Je manque sans doute d’ambition, je pourrais peut-être faire mieux, mais je refuse de m’y perdre. Dans quelques années, quand mes enfants auront grandi, peut-être que cet équilibre changera, peut-être envisagerais-je les choses autrement. Il sera alors temps de faire bouger les curseurs pour redéfinir les priorités et donner à chaque élément de ma vie sa juste place.

7 commentaires sur “Mon métier, ma passion ?

  1. J’ai eu les mêmes interrogations à la naissance de ma fille, d’ailleurs non, dès la grossesse. Je suis profession libérale et mon mari est cadre, nous faisions des heures de dingue. Dans un premier temps, j’ai fait le choix de réduire mon activité. Dans un deuxième temps, mon mari (après discussion) a décidé d’accepter un poste moins bien payé mais avec des horaires définis, et ses weekends 😉 j’ai la chance de pouvoir rester dans le même métier mais d’envisager d’aborder une autre clientèle qui en changerait complètement le sens. Je prends donc des cours du soir pour le faire et travaille mon savoir-faire pour répondre à cette demande.
    Mon mari et moi avons pris énormément de recul avec le boulot, on aime notre travail, comme toi, il doit nous apporter intellectuellement quelque chose mais nous voulons aussi avoir une vie perso.
    Ce changement de paradigme a été amplifié par la crise sanitaire, nous avons eu énormément de boulot mais les conditions d’exercice ont été exécrables.
    Nous nous sommes protégés en gardant en tête que, à l’impossible, nul n’est tenu, que personne n’a le droit d’exiger de nous de nous consacrer totalement au boulot.
    À ce petit jeu, j’ai perdu des clients. J’ai eu un peu peur mais, au final, j’en ai eu d’autres, plus humains dans leur façon de traiter les prestas et je peux dire aujourd’hui que toutes les cartes sont réunies : nous avons dû déménager mais notre maison actuelle nous convient parfaitement, de même que son emplacement, ma fille ne va pas à la garderie du matin sauf déplacement, j’ai pu me réinscrire au sport et à des cours du soir. Nous avons presque tous nos weekends et parvenons à planifier des vacances.
    Je pense qu’une fois que ta vision des choses est établie, on rentre dans le choix et non plus le subi, du coup les choses se font petit à petit. Peut-être ai-je eu de la chance

    Aimé par 2 personnes

    1. De fait, il y a sans doute une part de chance : le changement de travail n’est pas toujours possible, ou pas toujours facile. Parfois on n’ose pas le faire pour diverses raisons et on s’enferre dans des situations très compliquées (coucou la schizophrénie professionnelle !). Je me trouve chanceuse d’avoir enfin trouvé un équilibre qui me convient tout en conservant une activité professionnelle intéressante et stimulante. Ca n’a pas toujours été le cas, et je m’oblige à le garder en tête.

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  2. Comme cet article résonne avec mes interrogations du moment … avant d’avoir mes enfants J’avais un travail passionnant, dans lequel je m’epanouissait complètement ! J’ai cependant décidé de le quitter à la naissance de mon 2eme enfant (trop de déplacements et de journées à rallonges pour être compatible avec un mari qui n’a pas d’horaires et 2 enfants en bas âge). A ce moment là, j’ai accepté un boulot qui n’avait rien à voir mais que je trouvais quand même intéressant et surtout sans déplacements et pas trop loin de la maison. Tout allait bien en bref !
    Mais le covid est passé par là, la façon dont l’entreprise a traité ses salariés à ce moment là m’a vraiment déçu, je commençais à me dire (au bout de 2 ans de poste seulement) que je ne pouvais pas continuer à travailler dans une entreprise où j’avais l’impression d’être seulement un numéro… puis je suis tombée enceinte après le confinement de mon 3eme enfant et j’ai rapidement été arrêtée (antécédents pas très sympa de mes précédentes grossesses + contexte covid où on me refusait le télétravail tant que je n’étais pas dans mon 3eme trimestre). Je reprends le travail dans 1 mois et je ne sais pas comment je vais pouvoir le faire : je n’ai plus envie de travailler dans les conditions que j’ai connu avant mon arrêt, ce boulot même si il est intéressant ne me passionne pas, les postes « passionnnants » sont loin donc complètement incompatibles avec le fait de gérer 3 enfants … difficile dans ses conditions de se motiver, il faudrait pourtant que j’arrive à voir les bons côtés..

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    1. Je ne saurais pas vraiment te conseiller, mais je te souhaite beaucoup de courage pour ta reprise !

      Ce qui m’a pas mal aidé au moment de mon burn out, ç’a été de poser sur une feuille ce que j’aimais faire dans mon travail et sur mon temps personnel, et ce qui faisait que je ne m’épanouissais plus du tout sur mon poste. Il a fallu ensuite prioriser et analyser. Parfois, rester à son poste tient vraiment de l’autopersuasion ou de la nécessité financière (et ce n’est pas pour autant une mauvaise raison), parfois c’est juste parce que ce n’est pas fou, mais que la possibilité de trouver mieux ailleurs n’est pas garantie.

      Dans tous les cas, j’ai posé ma limite au respect de ma santé et de ma vie privée, mais cela encore, c’est affaire de référentiels : les contraintes que je me donne me sont propres.

      Bon courage pour ta réflexion, et laisse toi aussi le temps qu’il faut : après une période de coupure, parfois il faut un peu de temps pour retrouver un équilibre, un sens, un rythme.

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  3. Je trouve que cet article pose plusieurs questions. Qu’est-ce au final qu’un métier passion? est-ce parce qu’on est monté en grade que ce qu’on fait est plus passionant? je ne suis pas certaine.. j’ai l’impression que la société nous met la pression pour travailler dur afin d’optenir un poste de manager ou de direction (d’être chef.fe quoi), que ça c’est vu comme « réussir ». Cela dit mis à part le salaire je ne susi pas sure que ce type de poste soit épanouissant pour tout le monde. Est-ce que le prestige justifie tout? Quand je vois ce que font mes chefs, c’est surtout de la gestion de personnel, de la définiton d’objectifs, du budget, des réunions sans fins et des spreadsheet exels compliqués, tout ça avec des heures plus longues… moi personnellement ça ne me fait pas trop rêver 🙂 Après je pense qu’on peut être épanouie ou passionnée dans un travail pas forcément plus haut dans la hierarchie mais plutot dans un secteur/une organisation qui t’interresse plus, qui a du sens pour toi, où tu découvre de nouvelles choses, développe tes compétences ou en apprends de nouvelles.. ça ne veut pas forcément dire monter en grade ! De mon coté depuis la naissance de mes fils je me suis mis en 4/5e et les jours où je travaille je fais des heures « de fonctionnaire » comme on dit. ça ne m’empeche pas de travailler consciencieusement, ni d’avoir des bons retours de mes collègues !
    Pour en revenir à la question du ‘métier passion », je pense que certaines personnes ont des talents très particuliers ou des métiers vraiement spécifiques (musicien.ne, sage-femme, actrice, photographe…) qui peuvent être une véritable passion, mais ce n’est pas pour autant que toute personne qui travaille doit voir son métier comme sa passion. A mon avis c’est même assez rare! Pour autant je pense que c’est important de faire quelque chose qu’on aime et qui nous épanouis et nous apprends de nouvelles choses, et qui a du sens pour nous : après tout on y passe de longues heures chaque semaine! ça ne veut pas dire que ça doit être notre priorité numéro 1 dans la vie…

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  4. J aurais pu écrire ce billet mot pour mot. Je ne sais pas si le covid a amplifié nos questionnements face au monde du travail en tout cas de mon côté ça tourne en boucle. J avais déjà levé le pied à la naissance de ma 2nde en passant en 4/5ème maoïste désormais c est la question du sens qui revient dans mes pensées

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  5. Je trouve que l’épanouissement au travail est un élément hyper important pour être heureux aussi dans sa vie perso… Et inversement ! Trouver l’équilibre entre les 2 est un sacré numéro de funambule, et je suis ravie de là où je suis. Seule a mon poste dans une boîte qui évolue très fort, voir s’ouvrir de nouveaux métiers au sein d’une entreprise dans laquelle je suis entrée il ya 8 ans, et ne pas voir le temps passer, c’est signe qu’à priori, je suis bien où je suis 😉 j’ai ma petite place de rebelle, a régulièrement remettre mon chef a sa place sur ses choix ou propos qui ne font pas avancer la société, et j’ai parfois des victoires qui me font me dire que tout n’est pas vain. Par contre, a la question « est ce que je sers à l’humanité », la réponse est non et ça, je sais que ça ne changera pas dans mon corps de métier …

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