Vivre avec une dépression chronique

Vivre avec une dépression chronique

Je suis une dépressive chronique. Cela signifie que j’alterne phases de bien et de moins bien depuis plusieurs années. Aujourd’hui je t’invite à découvrir un peu plus mon quotidien.

Les prémices de la maladie

Mon premier épisode dépressif a eu lieu lorsque j’étais au lycée. Mal dans ma peau, j’ai souffert d’anorexie mentale, mais j’ai tout de même réussi à m’en sortir seule, en prenant le taureau par les cornes comme on dit. Je me suis concentrée sur mes rêves pour l’âge adulte, me convainquant que j’avais largement le temps de prendre ma revanche sur ma jeune vie.

Au début de la vingtaine, j’ai subi un autre épisode majeur de dépression, déclenché par mon échec à mes examens universitaires. J’ai commencé une psychothérapie que j’ai abandonnée à l’époque car je n’y voyais pas de résultats concrets. Cet épisode a été marqué par une tentative de suicide avortée qui a alerté mon médecin traitant de l’époque. J’ai été traitée par antidépresseurs et anxiolytiques et une fois de plus, j’ai réussi à m’en sortir.

Quelques années plus tard, suite à de gros soucis avec ma famille, j’ai à nouveau sombré dans la dépression. Mon compagnon de l’époque (qui deviendra par la suite mon mari) m’a accompagnée pour m’aider à m’en sortir car je refusais de reprendre une thérapie ou des médicaments. J’étais dans une période de ma vie où je refusais totalement de prendre le moindre médicament quand j’étais malade, alors encore moins des psychotropes. Son dévouement à rester à mes côtés alors que j’étais au plus bas m’a beaucoup aidée à remonter la pente. On dit parfois que l’amour est le meilleur des remèdes et, cette fois là, j’ai pu le confirmer, car c’est réellement cela qui m’a aidée à relever la tête et à m’en sortir.

Suite à cela, plusieurs années se sont écoulées sans le moindre signe de nouvelle dépression. J’ai construit ma vie avec mon homme, tranquillement mais sûrement. nous avons mis en route notre premier enfant, et les choses se sont à nouveau gâtées. Pendant ma grossesse j’ai eu plusieurs signes de dépression que j’ai préféré attribuer au fait que j’avais une gestation compliquée. Ensuite, il y a eu la naissance de petit koala où je me suis entêtée à vouloir tout supporter seule, ce qui évidement n’a pas fonctionné. Ce n’est que lorsque j’ai fait ma dépression post-partum à la naissance de ma fille qu’à bout de forces, j’ai accepté de reprendre une thérapie. C’est également à ce moment qu’il a été mis en évidence que je souffrais de dysthymie, une sorte de dépression chronique, avec des périodes critiques de vraie dépression et d’autres plus calmes. 

Mon quotidien

Dans les périodes critiques, mon esprit est encombré par des pensées morbides, l’absence de sociabilité et un enfermement total sur moi. Il m’est impossible d’être positive dans ces périodes là, même quand je me force, encore moins d’être rationnelle. Ce sont des périodes pendant lesquelles je ne dois pas prendre de décisions importantes car je n’en suis pas apte, et je suis suivie en psychiatrie. Mon quotidien est rythmé par une monotonie et un cercle vicieux dont il m’est difficile de sortir. Pour mon entourage ce sont aussi des périodes très difficiles à vivre, marquées par le rejet total dont je fais preuve. Rien ne trouve grâce à mes yeux et je suis une éternelle insatisfaite. Mes émotions sont décuplées et il est impossible de savoir comment je vais réagir à la moindre petite chose. Je ressasse énormément les choses, en me focalisant sur mes échecs passés et en faisant des projections négatives sur le futur. J’ai également des périodes d’absences où je ne suis plus moi-même

femme seule
Crédit: Keenan Constance – Pexels

Dans les périodes plus calmes, j’arrive assez facilement à retrouver le sourire en me changeant les idées ou en appliquant des exercices travaillés avec ma psychologue. Ce sont les périodes les moins handicapantes, où j’arrive à profiter de la vie sans trop m’encombrer l’esprit. C’est l’état dans lequel il faut que j’arrive à rester le plus longtemps.

Ce qui génère le basculement d’une période à l’autre chez moi, c’est généralement un phénomène imprévu qui entraîne un bouleversement qui peut être positif ou négatif.

La plupart du temps, j’arrive à me passer de traitement, mais on fait avec ma psychologue des bilans réguliers pour savoir où j’en suis. Parfois ma psychologue me prévient en amont, parfois non. C’est grâce à cela qu’aujourd’hui j’arrive à un certain équilibre.

Extérieurement, il est impossible de deviner que je suis dépressive. En public et auprès de nos connaissances, je porte un masque en permanence pour ne rien laisser paraître. J’avoue que je ressens une forme de honte de souffrir de cette maladie. Il m’est bien plus facile de dire que je suis diabétique depuis la vingtaine que dépressive. C’est mon petit secret que je garde bien au chaud pour moi. Je me bats désormais contre cette maladie en grande partie pour mes enfants. Je ne veux pas qu’ils aient plus tard le souvenir d’une enfance bercée par une mère lunatique qui refusait de se prendre en charge. C’est une maladie silencieuse au quotidien qui demande aucun relâchement si on espère en guérir un jour. 

2 commentaires sur “Vivre avec une dépression chronique

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