Vivre avec l’absence

Vivre avec l’absence

Je viens de raccrocher mon téléphone. Une représentante de notre OAA (Organisme Agréé pour l’Adoption) m’a appelée pour nous donner des informations sur la situation. Pour me dire à quel point là c’était compliqué dans le pays de notre enfant. À cause du Covid, tout est à l’arrêt. Les gens ne peuvent plus voyager même pour simplement rentrer chez eux. Ils ne peuvent plus travailler. La situation des enfants dans les orphelinats et l’attente des parents est la dernière préoccupation du gouvernement. Il faut être patients, encore et encore. Être impuissants, encore et encore.

Oui je sais que nous n’avons jamais été si près de rencontrer notre fils. Je sais qu’il ne faut pas perdre espoir. Mais rappelle-toi quand tu étais enceinte, combien les derniers jours avant ton terme t’ont semblé interminables, tu avais tellement envie de rencontrer ton bébé. Souviens-toi des heures qui ont précédé les résultats de ce concours si important pour toi, tu étais dans un état de stress tel que tu ne pouvais te concentrer sur rien. Et l’attente de la réponse pour savoir si ton offre d’achat pour la maison de tes rêves, ne t’a-t’elle pas parue insupportable ? Hé bien, imagine que je vis dans cet état de tension et de stress depuis des mois maintenant. Et que je ne sais pas quand cela va prendre fin : dans 2 semaines ? Dans 10 mois ? Voire plus ? Cela fait maintenant plus d’un an que nous sommes suspendus dans cette attente.

Crédits photo : Pavel Danilyuk

Depuis que nous l’avons découvert en photos, l’attente me semble longue. J’ai parfois envie de hurler de frustration. J’ai de plus en plus l’impression d’être dans un cauchemar. Je vis actuellement la situation que j’ai toujours redoutée, qui me semblait la pire imaginable. J’avais lu des témoignages de ce qu’il s’était passé lorsque des adoptions avaient été bloquées dans certains pays, pour diverses raisons. Je m’étais toujours dit que je préférais attendre sans avoir d’apparentement qu’attendre en sachant que notre enfant nous attendait de l’autre côté du monde. Mais on ne choisit pas, et l’adoption révèle toujours des surprises bonnes ou mauvaises.

J’ai également un sentiment de perte de réalité, comme si tout ça devenait de moins en moins possible. Je n’arrive plus à me dire que ça aura une fin, que cet instant suspendu finira un jour. Notre fils, qui me semblait au début si réel, si proche, m’apparaît désormais désincarné, comme s’il n’allait finalement jamais venir nous rejoindre. Comme s’il n’existait plus vraiment…

Je sens que j’ai beaucoup de frustration. Je suis bien plus impatience, je suis facilement énervée ou en colère. Cela se ressent tant à la maison qu’au travail où je supporte de moins en moins les contrariétés.

Certes cela nous permet de nous préparer au mieux. Nous prenons le temps pour aménager tranquillement sa chambre. J’ai pu coudre bien plus de choses que je n’aurais pu imaginer. Nous avons pu réfléchir longuement sur le plus joli lit possible, sur la manière d’organiser les meubles, étaler les dépenses indispensables comme certains vêtements, du linge de lit, des jeux… Nous avons également avancé dans des travaux que nous ne pensions pas pouvoir finir avant l’arrivée de Pirlouit.

Mais tout ça ne remplace pas ce besoin d’avoir enfin notre enfant à la maison. Et cela amplifie ma tristesse, car je me demande à chaque fois quand il pourra enfin découvrir et utiliser tout ce que nous préparons pour lui. Ces moments de préparatifs qui auraient dû être tout de joie sont teintés de tristesse.

Il y a heureusement ces petites pépites d’espoir et de joie sur cette longue route. Comme ces avancées dans notre voyage vers lui (malheureusement très fugaces et rarement finalisées). Ou ces moments d’émotion à chaque fois que nos proches nous donnent des preuves qu’ils pensent à lui : un mot gentil, un cadeau, des questions sur lui, des pensées pour que nous soyons rapidement réunis.

Et pendant ce temps, il grandit loin de nous. Il ne se passe pas un jour sans qu’on pense à lui. Il n’est pas malheureux et nous savons qu’il est entre de bonnes mains, qu’il n’est pas en danger. Je ne peux cependant m’empêcher de penser qu’il serait mieux avec nous. Et que nous serions tellement mieux avec lui. Et sans doute lui avec nous…

12 commentaires sur “Vivre avec l’absence

  1. Bonjour,
    Je suis votre histoire depuis vos premiers articles et je me suis souvent demandée si vous aviez pu réunir votre famille. Je suis désolée que ça ne soit pas le cas et j’imagine qu’à l’heure où on parle de la fin des restrictions dans notre pays l’attente doit vous paraître encore plus longue. J’espère que depuis l’écriture de l’article les choses ont évolué dans le bon sens et si ce n’est pas le cas, je vous souhaite beaucoup de courage pour résister jusqu’au jour que vous attendez depuis si longtemps et je vous envoie toutes les pensées positives possibles.

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  2. Je vous envoie tout mon soutien, je ne peux imaginer à quel point cette attente doit d’être insupportable 😦 J’espère de tout cœur que vous soyez réunis avec votre fils aussi vite que possible !

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  3. Rhooo m… ! C’est pas possible ! Et au regard des conditions, une relation épistolaire mail ou postale n’est vraiment pas possible ?
    Je suis vraiment désolée pour vous et pour lui, et je comprends que tu aies dépassé le simple stade de l’impatience !

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    1. Les communications sont presque impossibles et nous n’avons eu que de très rares informations, toutes à notre demande. On a pu lui écrire une lettre et nous avons eu quelques photos. C’est très peu, mais ça nous a permis de tenir tous ces longs mois.

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  4. On ne peut qu’imaginer combien ça doit être difficile à vivre… J’espère très fort que cette douloureuse attente prendra bientôt fin et que vous pourrez entamer un nouveau chapitre de votre histoire, enfin réunis.

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  5. Je regarde chaque semaine le blog en espérant de bonnes nouvelles pour vous…. Comme cette attente doit être longue loin de votre petit… ces mois perdus et cette incertitude doivent être terribles.
    Au moins vous pouvez vous raccrocher au fait qu’il soit en sécurité.
    Ça vous en fera des choses à raconter quand il sera grand et que toute cette attente sera un lointain souvenir!

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  6. Chaque fois que j’ouvre le blog j’espère tomber sur un article de vous… Mais un article qui parle de cet enfant enfin arrivé dans vos bras, dans sa maison, qui a découvert sa chambre et toutes ses petites affaires préparées avec tant d’amour et d’attente. Je suis très triste de lire que ce n’est pas le cas. Je n’ai pas de mots tellement la situation me semble cruelle et injuste. Je pense à vous.

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