Et ils s’entendent bien ?

Et ils s’entendent bien ?

J’ai pas mal hésité pour le titre de cet article… J’ai failli emprunter celui de Maman Bulle : Mes presque jumeaux ou celui de Coralie : Devenir Belle-Maman ; deux articles qui m’ont beaucoup fait écho. Finalement, j’ai choisi la question que l’on nous pose quasi systématiquement quand on parle de notre configuration familiale : et alors, ils s’entendent bien ? Par ils, tu l’auras compris, je parle de Petit Renard, le fils de BAE et de Petit Viking.

Aujourd’hui je viens donc te parler de leur relation, de ce que ça fait de devenir beaux-parents et de comment on organise tout ça.

Je l’avais mentionné dans cet article : nos deux garçons se connaissent depuis leur naissance ! Ou quasiment. Sur la première photo que j’ai d’eux, ils ont respectivement quatre et un mois. Ils se sont toujours appréciés et quand nous nous sommes mis en couple avec BAE leur complicité n’a fait que se renforcer.

Nos presque jumeaux

Petit Renard est né en mai, Petit Viking en juillet : trois mois d’écart et un physique « inversé » puisque Petit Viking est un peu plus grand. Mais avec leurs yeux bleus et leurs cheveux blonds, on les prend spontanément pour des frères quand on se balade tous les cinq. Je ne me lasse d’ailleurs jamais de la tête des gens quand on leur demande leur âge et qu’ils répondent : “on a trois mois d’écart.” Cette proximité d’âge nous a clairement aidé quand on a commencé à faire famille.

D’abord parce que, qui dit même âge, dit aussi même niveau scolaire et beaucoup de centres d’intérêt communs. Des legos Ninjago aux cartes Pokémon, en passant par Harry Potter, le foot, les jeux vidéo ou le ping-pong : leurs passions ont évolué en même temps qu’eux. Cette proximité d’âge simplifie aussi notre quotidien : mêmes règles pour le coucher, les devoirs, les écrans, les tâches ménagères, etc.

Autre élément qui, je pense, joue sur leur bonne entente : ils ne sont pas toujours ensemble. Je pense que leur complicité s’enrichit du fait qu’ils ne sont pas H24 collés l’un à l’autre : ils sont en garde alternée déjà, mais ils sont aussi dans des écoles différentes, des clubs de sport différents, ont leur groupe d’amis : bref, ils ont chacun leurs espaces bien à eux. Ils ont le temps de « se manquer », sont toujours contents de se retrouver et ont mille choses à se raconter : une configuration différente par rapport à de « vrais » frères. (Attention, ça ne les empêche pas de se disputer régulièrement, ne nous le cachons pas !)

Photo personnelle

Jour et nuit

Bien que proches en âge et avec de nombreux centres d’intérêt communs, Petit Viking et Petit Renard n’en demeurent pas moins deux garçons profondément différents par leurs personnalités.

L’un est un grand sensible, très émotif et empathique ; l’autre est plutôt “porte de prison” et communique difficilement ses émotions.
L’un est créatif et bordélique ; l’autre vit dans une chambre immaculée où rien ne dépasse.
L’un adore lire ; l’autre beaucoup moins.
L’un aime manger et cuisiner ; l’autre pourrait vivre uniquement d’eau fraîche.
L’un se couche tôt ; l’autre lit jusqu’à 23h.
L’un adore le sport et ne lâche rien ; l’autre râle quand la balade à vélo s’éternise.
L’un est complètement gaga de sa petite sœur ; l’autre s’en approche le moins possible.

Je pourrai continuer la liste mais tu auras compris l’idée. Ces différences de personnalité n’empêchent pas leur grande complicité ; au contraire, je pense même qu’ils s’enrichissent de leurs différences.

N’en demeure malgré tout un point de blocage plutôt récurrent : ils sont en compétition… très fréquente. Difficile de ne pas se comparer quand on a exactement le même âge. On a donc très régulièrement des petites phrases du style : Pourquoi je dois me laver les cheveux et pas lui ? J’ai débarrassé une assiette de plus que lui il y a trois jours, c’est pas juste. Il a joué au jeux vidéo quinze minutes de plus que moi… Etc. etc.

Bien évidemment, quand ils sont tous les deux avec nous, c’est plus facile d’être équitable. Mais l’égalité parfaite n’existe pas. Parce qu’il y a leurs autres maisons et les règles différentes qui vont avec. Et au delà des co-parents, il y aussi les « co-grands-parents » qui creusent aussi parfois les injustices. Quand un des deux garçons vit sa meilleure vie chez son Papy et sa Mamie avec frites à volonté, zéro limite d’écran et cadeaux tous les jours, cela peut être compliqué à vivre pour l’autre… et impossible à « compenser » car nous n’en avons ni les moyens financiers, ni envie de faire la même chose car cela ne correspond pas à nos valeurs éducatives. Compliqué non ?

Alors on essaie d’expliquer, de leur apprendre que la vie n’est pas toujours parfaitement équilibrée et qu’ils doivent se concentrer sur ce qu’ils ont plutôt que sur ce qu’ils n’ont pas. Mais à dix ans ces réflexions philosophiques ne sont pas toujours faciles à accepter. De mon côté j’apprends aussi à lâcher un peu, à accepter qu’ils vivent des frustrations et à les laisser grandir avec. Je me dis qu’aucune configuration familiale n’est parfaite, qu’on ne peut pas intervenir sur tout et que, si ça n’avait pas été entre eux, il y aurait très bien pu avoir d’autres rivalités à l’école, au sport ou ailleurs…

La belle-parentalité

Notre rôle de beaux-parents s’est installé très naturellement, aussi bien pour BAE que pour moi. Forcément, avoir chacun un enfant du même âge a beaucoup aidé. On en était exactement au même stade de la parentalité, on avait vécu sensiblement les mêmes choses et nos parentalités n’étaient pas trop éloignées.

Bien sûr on a pris notre temps au début de notre relation, on proposait aux enfants de se voir, sans jamais imposer et s’ils disaient non on respectait. On a laissé les choses se construire petit à petit et à chaque étape (emménagement, arrivée de Petite Pieuvre, nouvelle maison) on essayait de leur laisser un espace d’expression suffisant pour qu’ils puissent nous dire ce qu’ils avaient sur le cœur. Et progressivement j’ai construit ma relation avec Petit Renard et BAE la sienne avec Petit Viking. On a mis en place des nouvelles choses, des nouvelles règles pour fonctionner tous les cinq. On a ajusté (souvent), réessayé et surtout on a fait preuve d’énormément de créativité. Les deux garçons nous ont acceptés sans la moindre difficulté et il n’y a jamais eu de rejet, d’opposition ou de remise en cause de notre autorité. (Je ne dis pas que cela ne sera jamais le cas, surtout avec l’adolescence qui va arriver doucement.)

Encore une fois, tout n’est pas tout rose non plus, et on s’agace tout autant des défauts de nos « beaux-enfants » que de ceux de nos enfants. Pour te donner un exemple très concret, j’ai eu beaucoup de mal a gérer le manque d’autonomie de Petit Renard. A dix ans, il demande encore à ce qu’on lui coupe sa nourriture, qu’on lui serve un verre d’eau, qu’on lui enfile ses chaussettes…et j’en passe. Je sais que du côté de sa maman et de ses grands-parents il est très chouchouté et ne fait pas souvent les choses par lui même. Je dois t’avouer que, non seulement ça m’agaçait fortement, mais en plus ça creusait l’écart avec Petit Viking qui est certes étourdi mais a au moins le mérite d’essayer de se gérer tout seul. Il a donc fallu que je prenne beaucoup de recul par rapport à ça et que je travaille sur moi : pourquoi est ce que ce manque d’autonomie m’agaçait autant ? Qu’est ce que ça venait toucher chez moi ? Pourquoi c’était aussi important pour moi qu’il soit débrouillard ?

Et je te rassure, ça a été pareil avec BAE qui explose intérieurement quand Petit Viking se lève dix-sept fois au cours du même repas ou qu’il oublie instantanément ce qu’on vient de lui demander.

Tous les 5

Aujourd’hui quand on me demande si j’ai des enfants je réponds toujours, et spontanément : Oui, trois. Ça n’est pas tout à fait la vérité… mais ça n’est pas tout à fait faux non plus !

Le fait de devenir beaux-parents multiplie le travail émotionnel. Parce que même s’ils ne sont là qu’à mi-temps, ils arrivent avec toute leur histoire, leur fonctionnement, leur sensibilité. Mais c’est ça qui est merveilleux je trouve, dans la « belle-parentalité » comme dans la « parentalité » tout court : elles nous obligent à toujours nous remettre en cause, à prendre du recul et à élargir notre regard.

Passer d’un à trois enfant fut une étape intense et quand ils nous sollicitent tous en même temps on ne sait parfois plus ou donner de la tête ; mais quand on les voit lire ensemble, s’entraider, inventer un nouveau jeu pour leur petite sœur ou blottis ensemble dans le canapé, on sait que ça vaut le coup !

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