L’année de sixième, un tournant… #2
Il y a quelques temps j’étais venue te parler de la rentrée en sixième et j’avais surtout insisté sur la façon dont tu pouvais la préparer. Depuis cet article, ton enfant a peut-être déjà fait sa rentrée au collège, donc cette fois, nous allons entrer dans le vif du sujet. Et notamment, en abordant un sujet qui va beaucoup occuper tes discussions avec ton collégien : le téléphone portable et les réseaux sociaux.

Les écrans et le collégien
La majorité de mes élèves de sixième ont été munis, durant l’été qui a précédé l’entrée au collège, d’un téléphone portable. C’est devenu une sorte de rite de passage (pour certains l’acquisition de cet objet a eu lieu avant mais globalement la bascule se fait en sixième). Pour être tout à fait honnête, je comprends totalement ce choix et j’ai fait le même. En premier lieu, pour des questions pratiques : au collège, les enfants sont amenés à se déplacer seul et c’est rassurant de pouvoir les joindre et c’est aussi une sorte de moyen d’intégration. En sixième, on entre dans l’adolescence, avoir des points communs avec son groupe d’âge c’est important, cela fait partie de la socialisation. Je ne me voyais pas exclure mon fils dès le départ.
Cependant, je pense que ce n’est pas parce qu’un enfant a un téléphone portable qu’il doit avoir accès à tout le contenu qu’on peut trouver dessus. En tant que personnel de direction, je préviens tous les ans les parents des dérives sur les réseaux sociaux et les différents « groupes classes » de discussion. Inévitablement, cela dégénère, les élèves en profitent pour colporter des rumeurs, s’insulter, les parents finissent par intervenir également, ils insultent parfois des enfants ou s’insultent entre eux. C’est un désastre.
L’autre dérive c’est aussi que certains enfants traînent le soir sur les réseaux sociaux et s’endorment très tard à cause des portables. Bref, le portable, je suis d’accord mais je garde le contrôle de celui de mon enfant. Ici, Sangohan a un contrôle parental : il ne peut pas ajouter de contact sans notre accord, les applications ne sont pas autorisées, le portable s’éteint seul à une heure que nous avons décidé et n’est pas dans la chambre durant la nuit. Nous avons également interdit les groupes classes et je vérifie très régulièrement ses conversations en sa présence. Je ne dis pas que c’est la solution idéale mais Sangohan est d’accord avec ce fonctionnement et le jour où il a eu un doute sur des propos d’un de ses copains, il est venu nous en parler et le problème s’est réglé facilement.
Le harcèlement scolaire et le collégien
Une des dérives les plus angoissantes du téléphone portable est la dimension que celui-ci donne au harcèlement scolaire. Dans les collèges, nous sommes de plus en plus nombreux à être formés dans la prise en charge du harcèlement scolaire, notamment grâce à la méthode de préoccupation partagée qui consiste à intervenir dès les premiers signes d’intimidation. Mais, là où nous perdons la main, c’est hors temps scolaire. Et les victimes de harcèlement, n’ont à ce moment-là plus de répit : les élèves diffusent des vidéos et des photos, utilisent les différents réseaux sociaux à n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour insulter, faire circuler des rumeurs ou, dans les cas les plus graves, pousser au suicide. Dans les établissements scolaires, nous arrivons souvent à remonter des historiques de message mais si, en tant que parent, tu ne te rends pas au commissariat, nous ne pouvons pas faire les démarches à ta place. Donc, si un personnel d’un établissement t’incite à le faire, suis son conseil.
Le mot « harcèlement » a tendance à être galvaudé, pourtant il répond à un cadre légal strict (incluant la notion de répétition et d’humiliation pour la victime). Si ton enfant se dit harcelé, prends le temps d’essayer de comprendre la situation, parfois, ce mot est utilisé un peu rapidement dans des chamailleries entre élèves. En tant que parents, nous avons la volonté de protéger notre enfant et la suspicion d’un harcèlement fait froid dans le dos. Parfois, nous réagissons de façon impulsive et nous souhaitons que l’établissement traite immédiatement la situation et nous tienne informé de tout. Les établissements scolaires doivent rendre des comptes concernant les cas de harcèlement, donc toute situation d’intimidation (première étape avant de caractériser le harcèlement) est prise en considération et traitée. Mais, collecter la totalité des données et agir sans nuire aux victimes peut être long, alors il faudra être un peu patient. C’est pour le bien de ton enfant.
Le travail scolaire et le collégien
Avec l’arrivée en sixième, la masse de travail scolaire augmente. Pour cette première année de collège, il n’y a pas un grand enjeu au niveau des apprentissages, c’est une fin de cycle donc la majorité des acquis sont là. Même si les devoirs sont plus conséquents, normalement, ton enfant ne devrait pas rencontrer de difficulté majeure.

L’enjeu principal c’est l’acquisition de l’autonomie dans les devoirs. Et là, c’est parfois le drame : « on m’a dit qu’il devait être autonome, je l’ai laissé faire ses devoirs tout seul, il a perdu 3 points de moyenne dès le premier trimestre, je ne sais pas comment faire ». Donc, pour commencer, on ne lâche pas sur le suivi des devoirs. Ceux-ci sont, en principe, visibles numériquement mais l’agenda est essentiel parce que les applications peuvent planter (comme tu l’as peut-être déjà constaté). Les devoirs peuvent parfois être donnés le jour pour le lendemain, je conseille donc d’avancer tout ce qui est possible le mercredi après-midi et le week-end. Sangohan avait dans sa chambre un tableau avec sur lequel on écrivait les dates des contrôles pour qu’il puisse s’organiser. Quoiqu’il arrive, Sangoku ou moi vérifions toujours la façon dont les devoirs ont été faits, les leçons sont relues pour chaque cours et quand il doit apprendre une leçon c’est par cœur (tu vas voir, il y a beaucoup de définitions à connaître).
Comme il n’y a pas de système de garderie dans les collèges, les enfants restent souvent un peu seuls après les cours chez eux, en attendant les parents. Et, souvent, ce temps est passé devant les écrans. Quand le parent rentre, c’est le tunnel du soir, le collégien n’est même pas douché etc… Pour pallier cela, Sangohan avait une checklist (qui lui mentionnait notamment de se doucher et de faire son sac) de choses à faire avant d’avoir éventuellement le droit d’allumer un quelconque écran. Cela a bien fonctionné et il a, petit à petit, abandonné cette liste car cela faisait partie de sa routine. Pour le sac de classe, nous l’aidions à le faire jusqu’aux premières vacances, ensuite, il avait pris l’habitude et c’était juste une rapide vérification.
En français, ton enfant aura probablement un livre à lire par trimestre avec des questionnaires de lecture en classe. Nous avons pris l’habitude de lire le livre tous les deux. Sangohan me résume ensuite chaque chapitre oralement et le reporte dans une fiche. Nous vérifions aussi qu’il a bien compris le vocabulaire (qu’il doit chercher dans le dictionnaire). Cela lui convient bien et nous continuons ce système de suivi en cinquième.
J’ai essayé de te brosser un tableau de tout ce qui peut t’inquiéter pour la sixième. Il y a beaucoup de choses qui changent : la taille de l’établissement, les différentes salles, les conseils de classes, les copains… Même si ton enfant devient autonome, le conseil qui me semble le plus important c’est de continuer à suivre de près sa scolarité, il va prendre, certes, plus de décisions, il aura moins besoin de ta présence juste à côté, mais vérifie bien où il en est. Il a encore besoin de toi.
